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Turquie - Rakel Dink déclare : "Avant tout, les discours des dirigeants doivent changer" (version complète)
Publié le :

Info Collectif VAN - www.collectifvan.org -

Le Collectif VAN vous propose la traduction d'une interview en turc de Rakel Dink, la veuve du journaliste arménien Hrant Dink assassiné à Istanbul le 19 janvier 2007.

Milliyet le 09/02/2007
RAKEL DINK : Si on lui disait de se taire, on l’aurait tué aussi…

Rakel Dink, lorsqu’elle racontait que son mari Hrant Dink défendait l’amour et la fraternité, et qu’il cherchait la solution en restant en Turquie, a dit : « 'Il a dit : où que je sois, je ne vais pas me taire. Dois-je rester sans rien dire et dois-je fermer ma bouche ?'. Si on lui disait de se taire, on l’aurait tué aussi. En conclusion il n’a jamais pensé à quitter ce pays ». Rakel Dink a rappelé la seule fois où le désespoir l’avait envahi ; lorsqu’il avait édité l’article sur l’identité de Sabiha Gokcen (la fille adoptive d’Ataturk). «L’article disant qu’elle était d’origine arménienne, avait été largement diffusé dans les médias turcs. Ce fut le début des événements. Ensuite nous avons retrouvé notre espoir. Je pouvais constater qu’après cet article, il subissait une énorme pression sur ses épaules et je le vivais avec lui. Il l’a payé.»
Après l’assassinat du rédacteur en chef du journal Agos, le premier reportage de son épouse Rakel Dink a été diffusé sur Kral TV (09/02/2007). Elle a répondu aux questions de la journaliste Ayse Onal et elle s’est exprimée sur leur amour, sur la lettre qu’elle avait lue lors des obsèques jusqu’aux slogans criés…


Il m’a fait écrire ces paroles en les soufflant à mes oreilles.

Rakel Dink a raconté qu’afin de pouvoir écrire sa lettre adressée à son mari qu’elle avait lue lors de la cérémonie des obsèques, elle s’était réfugiée auprès de Dieu. Dans cette lettre, elle disait que son mari voulait que les hommes vivent comme des frères, et que personne ne doive se voir comme supérieur à un autre. En racontant ces souhaits Rakel Dink a dit « Conformément à ma religion et ma foi, il voyait le monde comme Jésus voulait le voir » et elle a continué :
« C’est pourquoi pour pouvoir écrire cette lettre je devais entrer en contact avec mon Dieu. J’ai voulu, qu’à l’aide des mots choisis, cette lettre cible tout ce qui concerne à la fois la vie et l’âme. C’était comme s’il m’avait fait écrire ces paroles en me les soufflant mot à mot. Par la suite j’ai pu constater que ma lettre était comme mon mari et mon Dieu l’auraient voulu. Pour moi c’était un miracle. »

Les obsèques et le slogan ’nous sommes tous des Arméniens’

Rakel Dink a précisé que ceux qui avaient participé aux obsèques et ceux qui aimaient Dink, avaient partagé leur douleur. Et elle a continué « nous sommes à la fois honorés et reconnaissants ». « C’était une révolte, nous sommes heureux que les manifestations se soient déroulées en silence et qu’elles se soient terminées sans incidents. C’est du jamais vu en Turquie, c’est un miracle. » A propos des slogans ‘nous sommes tous des Arméniens‘ qui ont suscité tant de polémiques, Rakel Dink a exprimé ses idées et elle a demandé des changements :
« Eux, ils ne voulaient que partager notre douleur. Nous sommes à la fois honorés et reconnaissants. Ils ont partagé notre douleur. Durant tant d’années à l’école nous avons récité tous les matins ‘Je suis Turc. Je suis juste…’ Est-ce que nous sommes devenus Turcs ? La personne est ce qu’elle est née. Personne ne peut changer ses origines. Je ne comprends pas les personnes qui ne peuvent pas réfléchir à cela.
En fin de compte si tu es un être humain, lui aussi est un être humain, donc ton frère humain. Lui aussi a les mêmes droits que toi. Cela me parait ridicule de voir l’autre différent de soi.
C’est une question de mégalomanie. Lorsque ce sont eux qui humilient l’autre, cela n’est pas considéré comme une humiliation. »

Dans une famille, on ne peut pas faire la discrimination entre les enfants.

Si vous avez trois enfants dans une maison et si vous faites la discrimination entre ces enfants, pouvez-vous y avoir la paix ? L’Etat doit aussi agir ainsi, il ne doit pas faire de discrimination entre ses enfants. Donner à l’un peu de droits et à l’autre beaucoup de droits, donner à l’un le droit d’insulter et à l’autre le devoir de se taire, est une injustice. Ainsi ce pays ne peut pas être en paix, les fondations s’abîment.

Avant tout, les discours des dirigeants doivent changer.

Pour que les enfants soient bien élevés, pour qu’ils soient élevés de manière juste, il faut supprimer les forces obscures de nos cerveaux et de nos vies. Car ces forces obscures nous empêchent d’élever correctement nos enfants. Il faut éliminer les graines de la haine, de l’animosité, sinon cela ne changera jamais. Mais d’abord les discours des dirigeants doivent changer. Car ces discours influencent les parents qui élèvent ces enfants. En fin de compte les enfants sont élevés comme les dirigeants le souhaitent.

Je suis confiante

Rakel Dink a dit que sa famille n’a pas changé ses convictions concernant la question de rester dans ce pays ou de le quitter. Pour décider, ils attendent que les investigations soient terminées. Elle a continué en disant « Ils nous assurent qu’ils vont continuer à creuser pour dévoiler ces forces obscures. Nous sommes confiants, j’espère que nous ne serons pas déçus. »

Seulement une fois il avait désespéré, c’était le début de l’affaire.

A la question, « Lorsque votre époux avait crée Agos, aviez-vous pensé à une éventualité qui aurait causé tant de souffrance à votre famille? » Rakel Dink a répondu de la façon suivante :
« J’y pensais les derniers jours ». Elle et son époux pensaient à une fin tragique sans pour autant la citer. « Mais nous étions heureux, comment peut-on arriver à réaliser nos aspirations si l’on ne fait rien pour l’obtenir, si on ne se donne pas la peine d’y arriver. »
Et elle a continué ; « Nous en avons parlé mais il m’a dit : où que je sois, je ne vais pas me taire. Dois-je rester sans rien dire et dois-je fermer ma bouche ? Si on lui disait de se taire on l’aurait tué aussi. En conclusion il n’a jamais pensé quitter ce pays. » Rakel Dink a rappelé la seule fois où le désespoir l’avait envahi ; lorsqu’il avait édité l’article sur l’identité de Sabiha Gokcen (la fille adoptive d’Ataturk). « Je pouvais constater qu’après cet article il subissait une énorme pression sur ses épaules et je le vivais avec lui, à côté, à ses côtés. »
Ce jour là, il allait très mal. Mais nous avons prié et nous avons repris nos forces. Car pour surmonter ces difficultés nous avions besoin d’une force surnaturelle. Nous avons retrouvé notre espoir. Non, ce pays doit changer. Car nous le voulions. Comment peut-on vivre sans espoir ?
LÂ’amour des Dink.

Rakel Dink a récité l’histoire de leur amour commencé lorsqu’ils étaient à l'orphelinat où ils se sont connus lorsqu’elle avait neuf ans.

«Il était très amoureux de moi, je regrette que vous ne puissiez pas l’écouter de sa propre bouche.» A l’orphelinat, les grands aidaient les plus jeunes. Hrant Dink l’avait aidée à apprendre le turc et l’arménien, (car elle ne parlait que le kurde lorsqu’elle est arrivée de Varto).
« Plus tard, il a commencé à jouer du ‘saz’ (pour chanter son amour), il mettait mes photos sur lui… les gens parlaient de nous comme Roméo et Juliette, lui il était Roméo. A l’époque cela me mettait en colère. Plus tard j’ai regretté car je l’ai fait souffrir. Mais lui, il ne m’a jamais causé de peine. Il m’a beaucoup aimée. C’est ça l’amour, sans rien attendre en contrepartie.
Il partageait son amour avec sa voix, ses paroles et ses bras. Il le partageait avec son stylo et avec tous ses comportements.

Ils ont séparé ma colombe de son nid, vous ne la séparerez pas du sien.

Rakel Dink a raconté que le personnel d’Agos l’avaient appelée le lendemain des obsèques et lui avaient dit qu’une colombe était entrée dans les bureaux et qu’elle n'en sortait plus. Elle leur a dit « Lâchez-la, ils ont séparé ma colombe de son nid, vous ne la séparerez pas du sien. »
Mais la colombe ne voulait pas partir. Elle y est restée durant une semaine, comme si elle voulait les surveiller. Rakel Dink a continué : « Je leur ai dit que Dieu leur avait envoyé un message. »

ANKA

© Traduction du turc: S.C. pour le Collectif VAN
(les deux derniers paragraphes seront rajoutés sous peu).

Crédit-Photo : Jean Manoug Yérémian

Titre original : Rakel Dink: Ona 'sus' desek gene öldürmüç olacaktik...
09:00 10/02/2007 / Cumartesi





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Source/Lien : Milliyet



   
 
   
 
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