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Turquie : lettre de Sevan Nişanyan
Publié le : 27-01-2014

Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - Sevan Nişanyan (prononcer Nichanian) est un Arménien de Turquie, écrivain, linguiste, professeur et hôtelier. Depuis le 2 janvier 2014, cet homme de grande valeur, qualifié de génie iconoclaste, est emprisonné pour une durée d’au moins 2 années, du fait de constructions illégales. Il avait en effet entrepris de nombreux travaux de conservation du patrimoine architectural dans le village de Şirince à İzmir et avait ouvert depuis 1999 plusieurs maisons d’hôtes. Grâce à lui, ce petit village grec de Şirince est devenu l’un des endroits les plus touristiques de Turquie. Avant de se rendre en prison en début d’année, Sevan Nişanyan a écrit une lettre à Hayko Bağdat, journaliste arménien de Turquie, pour expliquer sa position face au verdict qui le frappe. Le moins que l’on puisse dire, c’est que les propos de Sevan Nişanyan sont déconcertants et qu’ils sont sans doute à lire avec plusieurs grilles de décodage. Toujours aussi facétieux, l’intellectuel semble se réjouir de cette parenthèse « enchantée », avant de conclure par une sobre attaque du mode de gouvernance de la Turquie. Le Collectif VAN vous propose la traduction de l’article paru en turc, dans le journal Taraf, le 17 décembre 2013.

Taraf

Sevan Nişanyan a écrit avant de partir (en prison)

Hayko Bağdat

17 décembre 2013

Sevan sera en prison cette semaine. Ce que j’écris ne sera pas suffisant, je lui ai donc demandé d’écrire. Il a écrit pour nous tous.

« Il ne faut pas exagérer à ce point. Finalement d’après les lois, j’ai commis un crime, la justice est plus ou moins rendue d’une manière correcte et la sanction a été décidée. S’opposer à son application car c’est Sevan qui est sanctionné n’est pas juste. S’il y a un traitement par personne, c’est justement à ce moment-là qu’il faut manifester.

Qu’aurait dû faire le juge ? Dire « Il y a des gens qui admirent cette personne, que ceci soit ignoré » ? La thèse suivante n’est pas correcte : « Tout le monde fait des constructions illégales, seul Sevan est puni. »

Tous ceux qui sont attrapés sont jugés. Il y a beaucoup de personnes emprisonnées à cause du crime de construction illégale dans le pays.

N’oubliez pas que chaque information à propos de « construction illégale » que vous lisez dans les journaux n’est pas comme vous l’imaginez. Chaque dossier a ses spécificités. Par ailleurs, la plupart des gens qui commettent ce crime ne le font qu’une seule fois. Ils analysent les lacunes dans la législation. C’est pourquoi, s’ils reçoivent une punition, c’est une peine légère. Et si la personne n’a pas été coupable auparavant, la peine est reportée ou annulée. A ma connaissance, il n’y a personne qui ait environ 30 casiers judiciaires comme moi.

C’est rare aussi que les crimes soient commis publiquement et de force.

La punition attribuée n’est pas disproportionnée ou bien illogique.

Au total, j’avais 21 ou bien 24 ans de peine de prison, je n’ai pas le calcul exact. « Ce n’est pas possible » ont-ils dit. Ils ont fait beaucoup d’efforts pour trouver une solution. Finalement, en octobre dernier, ils ont fait une nouvelle règlementation concernant le crime de construction illégale dans les lieux historiques. Environ 13,5 années de mes peines de prison ont été supprimées. On ne peut pas ignorer cela. Maintenant la question est de savoir si ça va être 1 an, 3 ans ou 5 ans et également dans quelles conditions. Pour quelqu’un qui a mon âge, ce ne sont pas des détails sans importance, mais ce ne sont pas des choses que je ne peux assumer non plus.

La totalité de la peine ne pourrait-elle pas être supprimée ?

Je pense que oui mais je ne connais vraiment pas la vraie nature de l’affaire. Cela n’a pas été supprimé pour une raison. Peut-être se sont-ils dit : « On ne peut pas tout pardonner, qu’il reste un peu en prison cet espiègle. » Peut-être certains de mes articles les ont-ils agacés. On dit qu’en particulier, mon article datant du 6 juin dans votre journal [Nota CVAN : le journal Taraf] dont le titre est « Chaque Premier Ministre goûtera la démission » [Nota CVAN : Référence à la religion musulmane, « Chaque être vivant goûtera la mort »] a attiré beaucoup de réactions. Peut-être, cela a-t-il influencé la décision finale.

Si cela a influencé, c’est fait. C’est encore mieux.

Selon moi, il est plus important de ne pas avoir de « dette de gratitude » que de rester plus ou moins une année de plus en prison.

De temps en temps, on doit rester avec soi-même.

Le surplus de sociabilité dérange la discipline intérieure, cela empêche d’approfondir des idées.

Depuis quelques années, j’avais un rêve qui ne passait habituellement pas par ma tête. Je me demandais si j’allais au monastère Sourp Khazar à Venise [Nota CVAN : monastère de la Congrégation arménienne des Mekhitaristes sur l’Ile Saint-Lazare] et que je leur disais « prenez-moi pour quelques années », cela serait-il accepté ? En octobre dernier, j’ai eu l’intention de me rendre à Venise justement pour cela. J’ai voulu discuter avec certaines personnes de valeur là-bas et me renseigner un peu sur ce sujet. Cela n’a pas eu lieu, il n’y a pas eu de coïncidence.

C’était peut-être bien comme ça. Le monastère a une valeur de conscience.

Il faut faire semblant de croire aux choses auxquelles tu ne crois pas ou bien au moins rester silencieux. La prison est meilleure de ce côté. Il n’y a pas de « dette spirituelle». On n’emprisonne que ton corps, on ne touche pas à ton intérieur. Tu es même plus libre que dans la vie sociale ordinaire.

Qu’on ne touche pas à mon ordinateur, à mes livres et aussi à ma solitude. Le reste n’a pas d’importance.

Si tu te demandes « pourrais-je faire quelque chose ? », je te dirai d’y réfléchir.

Bien évidemment, le sujet n’est pas composé uniquement de tout cela. Ce sont des parties me concernant et aussi cet évènement concret. Il y a également l’arrière-plan de cette affaire. Il y a des dimensions concernant le mode de gouvernement de ce pays, son système juridique, ses préjugés, son ingratitude et son manque d’horizon. Je n’ai pas commis ce crime pour rien. Je ne l’ai pas commis non plus pour mon plaisir ou pour mes revenus.

N’écoute pas Eyüp Can qui dit que je suis fou. Je mène un combat un peu plus sérieux.

Mais si je commence à écrire cela, cette lettre ne finira pas. Le mieux est de la terminer là. Un jour, j’écrirai la suite sur mon blog.

Je t’embrasse sur tes yeux. J’ai beaucoup apprécié ton attitude pendant les événements de Gezi. Quel que soit le prix, je suis sûr que tu ne changeras pas ta position. »

Sevan Nişanyan

Traduction du turc : NA.T. pour le Collectif VAN

Titre original: Sevan Nişanyan giderayak yazdı


Lien original : http://www.taraf.com.tr/hayko-bagdat/makale-sevan-nisanyan-giderayak-yazdi.htm


Lire aussi :

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Source/Lien : Taraf



   
 
   
 
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