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Turquie : "Un lien doit être établi entre la mort de Hrant Dink et les évènements de 1915"
Publié le :

Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - Le Collectif VAN vous propose la traduction d’un article de Taner Akçam paru en turc dans le journal Agos le 02 février 2007 : "Le gouvernement et les politiques doivent réaliser qu'un lien doit être établi entre la mort de Hrant et les évènements de 1915, c'est-à-dire la confrontation avec l'histoire. Verser des larmes de crocodile pour Hrant et continuer à mener une politique de haine envers les Arméniens, en ce qui concerne 1915, ça peut apporter des résultats extrêmement dangereux."

DE TEMPS A AUTRE
Un sérieux danger
Agos (no:566 - 2 février 2007)

Taner Akçam


Après l'assassinat de Hrant Dink, le premier ministre Erdogan a dit qu'il poursuivrait l'enquête jusqu'au bout comme il se doit. J'aimerais beaucoup, vraiment beaucoup le croire. Bien que je sache qu'il a prononcé des paroles semblables pendant les événements de Semdinli et la rafle d’Ankara-Danistay et qu'il n’a rien pu faire, je voudrais continuer à le croire. Car, aujourd'hui je pense que nous sommes face à un "danger" plus important. Avec l'assassinat de Hrant Dink, le danger est que les 60.000 Arméniens Stanbouliotes commencent peu à peu à quitter le pays. Il faut se rendre compte des très sérieuses conséquences du décès de Hrant sur les Arméniens d'Istanbul. Peut-être, comme celles du séisme qui s'était produit après les événements des 6/7 septembre...Si la Turquie ne peut pas garder ses 60.000 Arméniens qui lui restent de 1915, si ces gens là, peu à peu quittent le pays, elle aura à s'expliquer difficilement, très difficilement, sur certaines choses. Je vais essayer d'expliquer pour quelle raison mes propos sont dépourvues d'exagération.

Hrant était l'espoir de la communauté arménienne d'Istanbul. Il expliquait et démontrait la possibilité de vivre en tant qu'Arménien, de son nom, de son identité et au vu de tous. Au début des années 90, quand Hrant réfléchissait sur son projet du journal Agos, et discutait de ce sujet avec ses amis, ces derniers le prévenaient: "Ils t'écraseront, ils ne te laisseront pas vivant". Personnellement, moi, j'ai été témoin de quelques-unes de ces réunions. En conclusion, malgré toutes les pressions, Hrant a réussi à démontrer qu'il était possible de vivre autrement. Et juste maintenant, cet espoir court le danger de foutre le camp.

L'assassinat de Hrant a été perçu dans le monde comme le 1,5 million+1ème victime du génocide arménien. A Istanbul, pendant les obsèques, j'ai surpris certains intellectuels faire la moue, gênés par ce slogan. Là, je veux donner un avertissement. Ne prenez pas cette expression comme de la "propagande de la diaspora" et ne la rejetez pas. Ce sentiment-là, je propose de le prendre très au sérieux. Que ça plaise ou non, partout dans le monde, à Istanbul aussi, presque chaque Arménien associe l'assassinat de Hrant Dink aux évènements de 1915 et il est perçu dans ce contexte. Maintenant, lier l’état psychologique de ces évènements au passé fait naitre de nouveau dans la tête de chaque Arménien d'Istanbul la question suivante: " Est-ce juste de rester? ". Que personne ne se doute de cet état de fait.

A Istanbul, entre un citoyen Arménien et un citoyen Turc, les attentes de la vie ne présentent pas de grandes différences. Comme un simple individu, l'Arménien Stanbouliote vit pour un travail confortable, une bonne instruction pour ses enfants avec la perspective d'un bon travail. Et aussi il souhaite sauvegarder sa foi et son identité et de ne pas être rabaissé pour cela. Car, depuis l'assassinat de Hrant, chaque Arménien Stanbouliote se pose la même question " Est-ce-que ça vaut la peine?

... Comme l'un de mes amis arméniens a écrit "On a tué Hrant Dink parce qu'il était Arménien ! Ce matin mon cousin m’a demandé si la peur était dans nos gènes. A-t-il raison ? Ils ont assassiné Hrant Dink ! Le virus de la peur s'est de nouveau installé dans mon coeur..." Ce virus de la peur doit être pris très au sérieux...
La réunion (lors des funérailles) d'Istanbul ne peut pas être suffisante pour garder l'espoir.

Je crois que le peuple va prendre en considération jusqu'où le gouvernement va mener son investigation sur ce crime. Et ce qui est plus important, s'il va continuer à exercer sa politique habituelle ou non. Et le vrai danger est là. D'après les informations des journaux "Le projet prioritaire d'Ankara est de lancer une guerre juridique contre le gouvernement d'Erévan et contre la diaspora arménienne dans une arène internationale".

C'est-à-dire on continue l'ancienne politique. La reprise de la mentalité de "duel du génocide" pour 1915, ne va servir qu'à renforcer la mentalité qui a tué Hrant. Pourtant, il faudra donner en priorité des signaux forts comme quoi certaines dispositions politiques vont changer. Si le gouvernement ne fait aucun effort pour le changement de langage d’ennemi envers les Arméniens en insistant sur le "soi-disant génocide", il peut assister à des conséquences encore plus graves. Il ne faut pas oublier qu'après l’assassinat de Hrant, les inscriptions menaçantes sur les murs des églises vont prendre un autre sens. Considérer les propositions d'ouverture de la frontière avec l'Arménie comme une "exploitation sentimentale" sera interprété autrement.

Si le gouvernement a une grande peine pour Hrant, il doit se poser sérieusement la question sur ce que Hrant voulait avancer. Je vais présenter en détail dans un autre texte les deux projets de Hrant pour avancer dans la vie. Ici je les résume en une phrase : OUVREZ ENFIN CETTE PORTE. Selon Hrant, la solution de tous les problèmes dus au conflit arméno-turc était l'ouverture de cette porte.

Quand le gouvernement rétorque durement en qualifiant d"exploitation sentimentale" la proposition de l'Arménie pour "le règlement des relations sans conditions", on voit bien qu'il n'a pas compris pourquoi Hrant est tué.
Le gouvernement et les politiques doivent réaliser qu'un lien doit être établi entre la mort de Hrant et les évènements de 1915, c'est-à-dire la confrontation avec l'histoire. Verser des larmes de crocodile pour Hrant et continuer à mener une politique de haine envers les Arméniens, en ce qui concerne 1915, ça peut apporter des résultats extrêmement dangereux.

Ce qui a été dit avant la mort de Hrant et qui a eu pour conséquence la mort de Hrant, se répète de la même façon après sa mort. Pour chaque Arménien une question importante se pose "Puisque rien ne change, est-ce que ça vaut le coup ?"
Et qui sait, peut-être dans ce pays il y a une grande majorité qui veut ça, c'est-à-dire le départ des Arméniens ne representant qu’une très petite minorité. Il nous faut incliner la tête et réfléchir sérieusement.

© Traduction Collectif VAN 2007



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Source/Lien : AGOS



   
 
   
 
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