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Turquie : « Les Arméniens et les Turcs se sont tués mutuellement »
Publié le :

Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - Ayşe Kulin est depuis des dĂ©cennies lÂ’une des auteures les plus lues de Turquie. Pour prĂ©senter son nouveau roman « Hayal » (Le RĂŞve), elle a Ă©tĂ© invitĂ©e sur la chaĂ®ne CNN Turc, Ă  lÂ’Ă©mission « Questions incompatibles ». Concernant le gĂ©nocide armĂ©nien, Ayşe Kulin sÂ’est exprimĂ©e en ces termes : «JÂ’aime beaucoup les ArmĂ©niens mais ceci est une dĂ©portation. CÂ’est un Ă©vènement vĂ©cu durant la guerre. CÂ’est difficile de dire gĂ©nocide pour ce qui a Ă©tĂ© vĂ©cu pendant la guerreÂ… Nous nÂ’avons pas commencĂ© Ă  les massacrer sans rime ni raison comme lÂ’ont Ă©tĂ© les Juifs ». De nombreux auteurs, dont Karin Karakaşlı, ont rĂ©agi Ă  ces propos odieux. Des pĂ©titions contre ou pour Ayşe Kulin ont Ă©tĂ© lancĂ©es. LÂ’Ă©crivaine Ayşe Kulin, se considĂ©rant comme une « intellectuelle », a rĂ©digĂ©, par lÂ’intermĂ©diaire de Karin Karakaşlı, une lettre destinĂ©e aux ArmĂ©niens de Turquie. Elle y prĂ©sente ses « excuses » (!) aux ArmĂ©niens en ces termes : « Les ArmĂ©niens et les Turcs se sont tuĂ©s mutuellement en se battant dans une guerre terrible ». Karin Karakaşlı lui a rĂ©pondu au nom de la communautĂ© armĂ©nienne en dĂ©nonçant cette mentalitĂ© qui perdure depuis le gĂ©nocide de 1915. Le Collectif VAN vous propose la traduction de lÂ’article paru en turc, dans le journal AGOS, le 13 fĂ©vrier 2014.

AGOS

Nota CVAN : en Turquie, les journalistes (ou les journaux) ont pour « tic » professionnel de répéter plusieurs fois les mêmes paragraphes. Le Collectif VAN traduit scrupuleusement les articles en laissant les doublons.

Un véritable dialogue sur 1915

13 février 2014

Les discussions dĂ©butant avec les paroles de lÂ’Ă©crivaine Ayşe Kulin dans une Ă©mission de tĂ©lĂ© « Nous nÂ’avons pas massacrĂ© les ArmĂ©niens sans rime ni raison comme lÂ’ont Ă©tĂ© les Juifs » pourraient ĂŞtre la base dÂ’un vĂ©ritable dialogue sur 1915. Ayşe Kulin a rĂ©pondu cette semaine par une lettre Ă  lÂ’article de Karin Karakaşlı concernant les propos dÂ’Ayşe Kulin publiĂ©s dans le journal AGOS la semaine dernière.

Les discussions dĂ©butant avec les paroles de lÂ’Ă©crivaine Ayşe Kulin dans une Ă©mission de tĂ©lĂ© « Nous nÂ’avons pas massacrĂ© les ArmĂ©niens sans rime ni raison comme les Juifs » pourraient ĂŞtre la base dÂ’un vĂ©ritable dialogue sur 1915.

Ayşe Kulin a rĂ©pondu cette semaine par une lettre Ă  lÂ’article de Karin Karakaşlı concernant les propos dÂ’Ayşe Kulin publiĂ©s dans le journal AGOS la semaine dernière.

Karin Karakaşlı a alors rĂ©digĂ© un article en mettant lÂ’accent sur les sentiments et les pensĂ©es qui ont Ă©tĂ© rĂ©vĂ©lĂ©s ou bien qui pourraient ĂŞtre rĂ©vĂ©lĂ©s chez beaucoup dÂ’ArmĂ©niens comme chez elle, après la lettre de Kulin.

Le point de vue dÂ’Ayşe Kulin concernant ce qui a Ă©tĂ© vĂ©cu en 1915 reprĂ©sente un point de vue rĂ©pandu dans la population de Turquie.

« Les ArmĂ©niens et les Turcs se sont tuĂ©s mutuellement en se battant dans une guerre terrible ». Cette approche de Kulin nÂ’est bien Ă©videmment pas acceptable pour les ArmĂ©niens. Karakaşlı sÂ’est ainsi exprimĂ©e sur cette approche : «Justifier la sauvagerie par les conditions de guerre a un cĂ´tĂ© qui me blesse beaucoup. »

Malgré cela, nous souhaitons que ce dialogue avec toute sa réalité construise le début d’un dialogue sain et sur une base élargie à propos de 1915.

Lettre de Ayşe Kulin :

Je le désigne comme un massacre


Chère Karin Karakaşlı,

Depuis l’émission « Questions Incompatibles », j’avais répondu seulement aux trois messages m’insultant. Comme j’ai vu que je n’arrivais pas à expliquer mon problème, j’avais décidé de ne plus jamais répondre.

J’ai évité de faire une déclaration dans la presse car il existe aussi une contre-pétition de la pétition qui est contre moi, d’autres pourraient aussi être ouvertes, et moi, sans le vouloir, j’ai peur de devenir le leader de mouvements d’idées auxquels je n’appartiens pas.

Mais, lorsque j’ai vu AGOS le week-end, j’ai senti la nécessité de vous donner des explications. S’il y a des gens qui peuvent comprendre mon problème, s’il y a des gens qui peuvent savoir ce que ça veut dire de devenir victime d’une parole mal comprise, vous, la famille AGOS, êtes les meilleures personnes.

Dans le stress des questions posées successivement à l’émission en direct, sans pouvoir dire la suite de ma phrase, oui, j’ai dit quelque chose de faux. Mon but n’était pas du tout de dire « Les Arméniens ont été massacrés car ils le méritaient » comme on me l’attribue. Ceux qui me connaissent ou lisent mes livres savent que je ne dis pas cela et que je ne pense pas comme ça. Ce que je voulais dire était ceci : « Dans ce pays, ce qui a été fait aux Arméniens était différent de ce qui a été fait par Hitler aux Juifs. Dans une guerre terrible, les Arméniens et les Turcs se sont tués mutuellement en se battant. Les guerres sont terribles. En fait, chaque guerre est un massacre. »

Moi, je ressens la honte et la tristesse pour la part d’erreur des Turcs. Je partage vos peines de tout mon cœur. Je suis la fille d’une famille qui a vécu les peines d’une guerre et d’une déportation en arrivant, à la même période, des Balkans et du Caucase. Comment pourrais-je ne pas comprendre ? Comment ne partagerais-je pas vos peines ?

Les lignes au-dessus expriment mes sentiments sincères.

Le point qui nous sépare est le suivant : alors que les Arméniens et beaucoup de Turcs désignent ce qui a été vécu comme un génocide, mon cœur ne l’acceptant pas, je préfère le désigner comme un massacre.

Je sais que je ne paierai pas ma vie Ă  cause de ma phrase mal comprise. Mais, croyez-moi, jÂ’ai perdu ma joie de vivre.

Je m’excuse de tout mon cœur auprès de vous, les Arméniens de Turquie, pour ma phrase qui a été mal comprise.
En m’excusant de nouveau auprès de vous, je continue à penser que ce qui a été vécu en 1915 n’est pas un génocide mais un massacre parce que mon cœur n’arrête pas de me chuchoter que les Turcs n’avaient pas l’intention d’éliminer la race des Arméniens. Et je voudrais vivre en croyant à cela et en croyant que ce pays appartient à vous, à moi et à nous tous.

Ayşe Kulin

****

Lettre de Karin Karakaşlı :

Ce n’est pas le génocide ou le massacre qui est important mais le contenu et le sens


Chère Ayşe Kulin,

Dans la mesure où votre lettre a été envoyée par mon intermédiaire aux Arméniens de Turquie, j’ai ressenti la nécessité de rédiger une brève réponse.

Mon article se base sur vos propos à l’émission « Questions Incompatibles » et sur votre ancien article au sujet de votre beau-frère arménien mais comme vous le comprendrez, ceci est essentiellement une critique d’une mentalité répandue et bien enracinée.

Ceci ne fait partie d’aucune campagne mais pourrait être vu comme l’expression de l’indignation partagée par les Arméniens où qu’ils vivent.

Traiter une douleur collective en la comparant avec une autre, ou bien justifier la sauvagerie par les conditions de guerre, a un côté qui me blesse beaucoup. Les Arméniens et les Turcs ne se sont pas tués mutuellement en se battant dans une guerre terrible. Les Arméniens, l’un des plus anciens peuples de ces terres, ont été déracinés en prenant comme justificatif les conditions de guerre. Ils ont laissé leurs biens, leurs églises, leurs écoles, leurs monastères, leurs vignobles, leurs champs, leurs magasins et ils sont morts sur les chemins qui n’arrivent nulle part. Il y a des chemins interminables, nous, nous disons des chemins de la mort puisqu’ils n’ont pas de destination finale. Sur ces chemins, beaucoup se sont fondus avec la nature, dans des amas d’ossements sans tombe. La vérité manque encore aujourd’hui à leurs âmes pour être béatifiées. De plus, la négation de cette grande peine, est le socle qui légitime de nombreuses horreurs qui se sont abattues comme des dominos, d’une manière systématique, durant l’histoire de la République (de Turquie).

« Les guerres sont terribles. En fait, chaque guerre est un massacre » dites-vous. Mais, malheureusement, les massacres ne sont pas des guerres. Pour ma part, il existe plutôt un problème concernant le contenu et le sens que vous accordez au mot « massacre » que votre pensée attribue à ce qui a été vécu en 1915 (« ce qui a été vécu en 1915 n’est pas un génocide mais un massacre »). Comme je l’ai indiqué dans mon article, alors que ces gens, indépendamment des définitions génocide ou massacre, pensaient - en tant que citoyens du pays - qu’ils pourraient vivre dans une société sans pression après la Seconde Constitution, ils ont été éliminés. Si la décision de la destruction de la racine, sous forme de déportation, n’était restée limitée qu’aux troupes arméniennes des villes de l’Est (« qui coopéraient avec les Russes » comme on dit), nous aurions pu utiliser les notions de « conditions de guerre » ou de « tueries mutuelles » comme vous l’avez dit. Mais, pour mes ancêtres qui ont été éliminés tout d’abord par l’arrestation d’environ 250 intellectuels (de leurs avocats à leurs députés, de leurs médecins à leurs religieux, de leurs auteurs à leurs musiciens), c’est-à-dire tout d’abord de ces personnes auxquelles on a coupé la voix, puis, dont la présence a été effacée sur ces terres, il m’est impossible de dire que le peu de personnes ayant survécu n’est pas le signe d’un génocide. Je ne sais pas si c’est possible que vous ressentiez ce que je raconte et que vous compreniez le but de mon article.

« Je sais que je ne paierai pas ma vie à cause de ma phrase mal comprise. Mais, croyez-moi, j’ai perdu ma joie de vivre » dites-vous. Hrant Dink a été ciblé pour sa phrase dont le sens a été déformé sciemment et non pas pour une phrase mal comprise. La Justice et le lynchage par la presse ont été des étapes tellement systématiques que la commémoration de l’assassinat est devenue aujourd’hui le symbole commun de toutes les peines commises par l’Etat, de la première négation de l’histoire récente, jusqu’à aujourd’hui. Même cette vérité toute seule raconte beaucoup de choses.

En tant que personne dont la joie de vivre a été totalement confisquée en 2007, je souhaite sincèrement que vous retrouviez votre joie de vivre le plus tôt possible.

Et ne vous inquiétez pas, au-delà de vos excuses, ce qui est essentiel pour moi est votre mentalité.

J’espère, qu’un jour, vous comprendrez vraiment.

Traduction du turc : NA.T. pour le Collectif VAN

Titre original : 1915Â’e dair sahici bir diyalog

Source originale
: http://www.agos.com.tr/haber.php?seo=1915e-dair-sahici-bir-diyalog&haberid=6578


Lire aussi :

Turquie : "Mon oncle par alliance arménien a survécu : par conséquent il n'y a pas eu de génocide"

Turquie : Nous nÂ’avons pas massacrĂ© les ArmĂ©niens sans raison (Ayşe Kulin)




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Source/Lien : AGOS



   
 
   
 
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