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Robert Kotcharian : ''La Turquie doit demander pardon''
Publié le :

Propos recueillis par PIERRE ROUSSELIN.
Publié le 19 février 2007
Actualisé le 19 février 2007 : 08h32

En visite à Paris à l'occasion de l'Année de l'Arménie en France, le président arménien évoque pour « Le Figaro » le débat sur la reconnaissance du génocide de 1915.

LE FIGARO. - Comment jugez-vous l'attitude de la France sur la pénalisation de la négation du génocide arménien ?

Robert KOTCHARIAN. - Nous sommes reconnaissants à la France d'avoir donné force de loi à la reconnaissance du génocide arménien. Je sais qu'il y a des tentatives d'aller plus loin. Elles ne sont pas de notre initiative mais résultent plutôt des efforts de la communauté arménienne. C'est une affaire politique interne à la France, et il lui revient de trouver les formules qui lui conviennent. Mais, bien évidemment, l'Arménie ne peut qu'être d'accord avec tout ce qui concerne la reconnaissance du génocide arménien.

Les relations de votre pays avec la Turquie peuvent-elles s'améliorer après le meurtre à Istanbul du journaliste arménien Hrant Dink ?

Les avis divergent mais je pense que cet assassinat n'aura pas d'influence, une fois passé le choc initial. Le problème est beaucoup plus profond et prend sa source dans l'histoire du peuple turc. Les empires ont toujours du mal à demander pardon et c'est encore plus vrai lorsqu'il s'agit d'un empire oriental.

Pourquoi l'Arménie refuse-t-elle la proposition turque de créer un comité mixte d'historiens sur la question du génocide ?

La normalisation des rapports bilatéraux incombe aux gouvernements et non aux historiens. C'est pourquoi nous sommes prêts à établir avec la Turquie des relations diplomatiques sans conditions préalables, à créer une commission intergouvernementale et à discuter de toutes les questions, y compris les plus sensibles. Sur le continent européen, plusieurs pays ont des différends historiques ou territoriaux. Ceci ne les empêche pas d'avoir des frontières ouvertes, des relations normales, et de discuter parallèlement des problèmes existants. La vraie question est la suivante : pourquoi les autorités d'Ankara refusent-elles l'idée de la création d'une commission intergouvernementale pour trouver des solutions à tous les problèmes bilatéraux ?

Une adhésion de la Turquie à l'Union européenne serait-elle bonne pour l'Arménie ?

Le processus de l'adhésion à l'UE suppose de sérieuses réformes pour la transformation de la société turque. Cela signifie une progression vers une Turquie plus prévisible, plus ouverte, plus tolérante vis-à-vis des minorités, plus disposée à réévaluer son histoire, etc. En outre, avec une adhésion de la Turquie, nous aurions une frontière avec l'UE, ce qui serait évidemment positif. Mais nous ne voulons pas d'une adhésion à l'Union « à crédit ». N'oublions pas que les négociations ont été entamées avec un pays bloquant ses frontières avec son voisin, sans parler du problème non résolu des relations avec Chypre.

Quelle solution espérez-vous pour le Haut-Karabakh, territoire azerbaïdjanais peuplé d'Arméniens, dont vous exigez l'indépendance ?

Tout peuple a un droit absolu à son indépendance. Il n'y a pas d'exemple d'un peuple qui ait dû renoncer à son indépendance après l'avoir acquise dans les faits. Il est absurde de parler de l'intégrité territoriale de l'Azerbaïdjan, car le Haut-Karabakh a acquis son indépendance lors de l'effondrement de l'URSS dans un processus juridique irréprochable et n'a jamais fait partie de l'Azerbaïdjan indépendant. Les négociations ne peuvent viser qu'à fixer un délai pour la reconnaissance de l'indépendance du Haut-Karabakh au moyen d'un référendum.

Votre visite à Paris coïncide avec l'Année de l'Arménie en France. Êtes vous satisfait des relations bilatérales ?

L'organisation de l'Année de l'Arménie en France témoigne des relations exceptionnelles entre nos deux pays. Je voudrais souligner le soutien de la France dans l'approfondissement de la coopération avec les structures européennes, la médiation active et le rôle constructif de la France dans le processus du règlement du conflit du Haut-Karabakh. Nos relations économiques sont par ailleurs en progression. De grandes compagnies françaises sont présentes dans les branches diverses de notre économie. Nous attachons enfin une importance majeure à la coopération dans les domaines culturel, de recherche et d'enseignement. L'Université Française d'Erevan est ainsi devenue une des écoles d'enseignement supérieur les plus prestigieuses du pays.



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Source/Lien : Le Figaro



   
 
   
 
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