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Kessab en Syrie : la destruction d’un refuge arménien sûr
Publié le : 07-04-2014

Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - « Bien que les Arméniens syriens n’aient pas participé à la guerre en cours – mis à part de jeunes Arméniens syriens enrôlés dans l’armée – la communauté arménienne n’a pas été épargnée par le ciblage systématique des minorités ethniques et religieuses mené par les forces anti-gouvernementales. (…) Pratiquement cent ans après le génocide arménien de 1915, le gouvernement AKP du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan semble avoir prouvé la phrase de William Faulkner : « Le passé n’est jamais mort. En fait, il n’est même jamais le passé. » Le Collectif VAN vous propose la traduction d’un article en anglais paru sur le site libanais Al-Akhbar le 26 mars 2014.

Al-Akhbar

Kessab en Syrie : la destruction d’un refuge arménien sûr

Par : Kevork Almassian

Publié mercredi 26 mars 2014

La ville syrienne de Kessab, qui était une destination de vacances appréciée, a récemment subi de violentes attaques menées par des groupes de rebelles liés à Al-Qaeda. Des hommes armés sont entrés dans la ville, ont pillé les maisons et les magasins arméniens, pris des familles en otages et profané les trois églises de la ville.

L’attaque a contraint au moins 2000 civils arméniens à chercher refuge à Lattaquié et dans les collines avoisinantes. Pour les observateurs de la Syrie, cet incident souligne le ciblage systématique des communautés chrétiennes dans le pays.

« Bien que les Arméniens syriens n’aient pas participé à la guerre en cours – mis à part de jeunes Arméniens syriens enrôlés dans l’armée – la communauté arménienne n’a pas été épargnée par le ciblage systématique des minorités ethniques et religieuses mené par les forces anti-gouvernementales. »

Appartenant à une ancienne civilisation, qui s’étend de la côte syrienne jusqu’à la vallée de la rivière Oronte, Kessab est situé tout au nord de la région de Lattaquié, à 2 km au sud de la frontière turque et à 7 km à l’est de la côte. La majorité de la population de Kessab et des alentours est composée des descendants des survivants des deux sièges d’Antioche (Antakya), qui ont eu lieu aux 13e et 14e siècles. De nombreux Antiochiens, principalement des Arméniens, avaient fui les persécutions ottomanes et avaient trouvé refuge dans des régions plus montagneuses, telles que Kessab. Des siècles plus tard, fuyant les massacres perpétrés par les Turcs ottomans, un grand nombre d’Arméniens s’était réfugié à Kessab, tandis que les autres périssaient dans le désert de Deir ez-Zor et, plus au sud, dans le désert de Jordanie.

Pratiquement cent ans après le génocide arménien de 1915, le gouvernement AKP du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan semble avoir prouvé la phrase de William Faulkner : « Le passé n’est jamais mort. En fait, il n’est même jamais le passé. »

La Turquie est intervenue dans la crise syrienne dès le début. Erdogan – ainsi que d’autres pays – a fourni des abris sûrs aux forces anti-gouvernementales dans le territoire même de la Turquie et a fermé les yeux sur l’afflux de combattants étrangers en Syrie, y compris ceux provenant de Tchétchénie et d’autres pays d’Asie centrale. Ces combattants forment actuellement les éléments les plus forts de l’État islamique en Irak et au Levant (ISIS) et d’autres groupes affiliés à Al-Qaeda.

Bien que les Arméniens syriens n’aient pas participé à la guerre en cours – mis à part de jeunes Arméniens syriens enrôlés dans l’armée – la communauté arménienne n’a pas été épargnée par le ciblage systématique des minorités ethniques et religieuses mené par les forces anti-gouvernementales : l’église St Kevork à Alep, l’église catholique arménienne de Raqqa, et bien d’autres églises, écoles et institutions.

Le gouvernement syrien, ainsi que plusieurs sites internet arméniens, ont rapporté que les récentes attaques transfrontalières avaient été lancées à partir de trois points de passages frontaliers en territoire turc. Selon les sources de la sécurité de Kessab, les attaques menées à l’artillerie lourde étaient couvertes par l’armée turque, alors que les blessés étaient traités dans la ville de Yayladagi en Turquie, toute proche de la Syrie.

Trois jours avant l’assaut sur Kessab, le leader de l’opposition en Turquie, Kemal Kilicdaroglu, du Parti républicain du peuple (CHP), a appelé le chef d’État-major, le général Necdet Ozel « à ne pas s’engager dans une aventure » d’intervention militaire en Syrie, disant que : « Il [le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan] pourrait décider de faire entrer l’armée en Syrie avant les élections. »

La prédiction de Kilicdaroglu semble s’être réalisée, lorsque les forces aériennes turques ont abattu un avion de guerre syrien le 23 mars, dans une région où les groupes affiliés à Al-Qaeda se battaient contre l’Armée syrienne et les Forces de la Défense nationale pour prendre le contrôle d’un point de passage frontalier. Le Premier ministre Erdogan a félicité son armée lors d’un meeting de campagne dans le nord-ouest de la Turquie.

Les analystes estiment que ce pourrait être la dernière carte d’Erdogan avant les élections locales qui auront lieu en Turquie le 30 mars [Nota CVAN : cet article a été publié le 26 mars]. Certains observateurs syriens pensent que cette escalade de la part de la Turquie est un acte de provocation visant à entraîner les deux armées dans une confrontation directe, afin de mobiliser l’opinion publique turque et regagner le soutien qu’Erdogan avait perdu ces derniers mois, en raison des scandales de corruption et des restrictions sur la liberté des médias. Étant donné le déclin de la popularité d’Erdogan, il espère sans doute exporter la crise intérieure à l’étranger en vue d’obtenir une victoire morale qui pourrait l’aider lors des élections à venir.

Abdoullah Ali, expert des groupes islamiques en Syrie, a confirmé que la prise de contrôle avait été dirigée par Abou Mousa al-Chechani (Chechnyan), accompagné d’autres combattants expérimentés qui ont précédemment combattu en Afghanistan, en Bosnie, en Tchétchénie et en Irak, ce qui indique l’importance de cette bataille.

« Ces attaques cruelles et spontanées des villes et des villages de Kessab, peuplés d’Arméniens, sont les derniers exemples de cette violence activement encouragée par la Turquie voisine. »

Kessab était la seule ville frontalière avec la Turquie qui était contrôlée par le régime syrien. Le correspondant de guerre syro-arménien Sarkis Kassargian pense que prendre le contrôle de Kessab signifie prendre le contrôle de la frontière avec la Turquie, ce qui permet aux combattants anti-gouvernementaux d’avancer vers la côte et de renforcer leur position sur le terrain. De plus, la prise présumée du village de Samra par les forces rebelles leur donne un accès au point le plus élevé dans ce village.

Un influent groupe de défense arménien à Washington, le Comité national arménien d’Amérique (ANCA), a condamné le « massacre de Kessab » et a accusé la Turquie d’avoir facilité l’infiltration de groupes radicaux lors des attaques à l’encontre des chrétiens et d’autres minorités à Kessab. L’organisation a aussi appelé l’Administration américaine et le Congrès à faire pression sur Ankara pour que la Turquie cesse de soutenir « la destruction de Kessab. »

« Pendant des mois, nous avons averti la communauté internationale de la menace imminente que posaient les combattants extrémistes aux populations des minorités chrétiennes en Syrie », a indiqué le groupe dans une déclaration. « Ces attaques cruelles et spontanées des villes et des villages de Kessab, peuplés d’Arméniens, sont les derniers exemples de cette violence activement encouragée par la Turquie voisine. Nous appelons tous les États ayant de l’influence dans le conflit syrien à user de tous les moyens possibles pour faire cesser ces attaques contre la population civile et pacifique de Kessab, afin de lui permettre de rentrer chez elle en toute sécurité. »

Après avoir visé les villages peuplés d’Arméniens de Ghnaymiyeh et Yaakoubiyeh, c’est aujourd’hui le tour de Kessab. Environ 670 familles arméniennes ont fui à Lattaquié sous la protection de l’Armée syrienne. Les Arméniens qui avaient été déplacés d’Alep à Kessab se retrouvent de nouveau sans domicile à Lattaquié. « Est-ce notre destin ? » se demandent aujourd’hui de nombreux Arméniens.

Kevork Almassian est un analyste politique spécialiste du Moyen Orient. Il est également présentateur et producteur d’émissions pour Al-Etejah TV.


©Traduction de l’anglais C.Gardon pour le Collectif VAN – 31 mars 2014 – www.collectifvan.org


Lire aussi :

Le Front al-Nosra et la Turquie : les deux côtés d’une même pièce




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Source/Lien : Al-Akhbar



   
 
   
 
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