L’Arménie à la Berlinale
Publié le : 20-02-2007
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Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - Le critique de cinéma Malik Berkati (j:mag), nous envoie de Berlin, en exclusivité pour le Collectif VAN 2007, son article sur « Le mas des alouettes » des frères Paolo et Vittorio Taviani. Un grand merci pour ce cadeau.
Après le film d’Atom Egoyan „Ararat“, présenté en 2003, le Festival International du Film de Berlin présente à nouveau en avant-première un film ayant pour thème le génocide arménien : « Le mas des alouettes » des frères Paolo et Vittorio Taviani.
Très attendu par les festivaliers, le film n’a pas réussi à convaincre la critique internationale et a quelque peu déçu la communauté arménienne. Pour les premiers, le travail cinématographique des frères Taviani est resté trop conventionnel, sans originalité, dans un rythme lent qui tend parfois à l’inertie scénographique. Certes, l’on retrouve le travail de joailliers des Taviani dans la direction d’acteurs et surtout le cadrage des scènes, mais cette perfection technique dessert le thème du film en l’enfermant dans une sorte d’épisodes filmés en tableaux.
Pour les seconds, la déception tient principalement d’un sentiment d’esthétisation de l’histoire comme de l’Histoire, et du fait que le scénario ne colle pas assez au roman d’Antonia Arslan, ne rend pas suffisamment la complexité et l’émotion du texte original.
Le public, par contre, a très bien reçu ce long-métrage qui s'articule autour d’un sujet dont tout le monde a entendu parler, mais dont très peu en dehors de la communauté arménienne ne connaît les réalités. A cet égard, et malgré ses faiblesses, ce film est bienvenu. Dans le générique d’ouverture, il est précisé que le scénario du film est librement adapté du livre. Il ne s’agit donc pas d’un rendu exact du livre, mais d’une approche personnelle des réalisateurs inspirés par l’angle de la petite histoire dans la grande histoire : le génocide des arméniens à travers une riche famille qui vit en Arménie et qui, dans l'attente de l'arrivée de parents installés en Italie, restaure un mas pour les accueillir. Mais les funestes projets des Jeunes Turcs vont les précipiter dans la tragédie collective du génocide.
Cette approche grand public permet de sortir du cercle des initiés ou de celui de la diaspora arménienne et donne une opportunité d'éveiller l'intérêt pour cet épisode de l'histoire et pourquoi pas, à partir de là, de s'y intéresser à travers des témoignages plus pointus. C'est d'ailleurs ce qui est arrivé aux frères Taviani, comme ils nous l'ont expliqué au terme de la Première à Berlin: "L'origine du film, c'est le livre. En le lisant, on a réalisé qu'on était ignorants de ce qu'il s'était passé, tout comme la plupart des gens de ce monde.
Mais on a aussi pensé qu'en faisant un film sur cet épisode de l'histoire, on faisait un film contemporain sur l'horreur la plus terrible, hier comme aujourd'hui, tel au Kosovo, au Rwanda par exemple. On savait que ce film provoquerait des réactions contradictoires en Europe et en Turquie, mais on veut aussi dire que tous les pays d'Europe ont leurs zones d'ombre, que ce soit en Allemagne, en Italie, en France, etc.
Il faut faire la lumière sur son passé, et pourquoi la Turquie ne le ferait pas et ne condamnerait pas les Jeunes Turcs, ce qui n'implique pas tous les Turcs! Les Turcs ont besoin de trouver une nouvelle forme de liberté, et nous espérons qu'Erdogan leur offre la liberté d'expression et abroge l'article de loi controversé. En ce sens, nous sommes avec le peuple turc. Dans ce film, nous montrons des Turcs qui sont bons, qui font partie des bons. Nous espérons que dans quelques années, le film pourra être passé dans les écoles turques, même si nous ne sommes plus là pour le voir, nous espérons que cela puisse se passer un jour."
Dans la section "Forum" du festival, un documentaire arménien a également été présenté, "Stone Time Touch". Dans un style cinématographique expérimental, on suit le voyage d'une femme de la diaspora du Canada vers l'Arménie. En réalité, il y a deux femmes, la réalisatrice Gariné Torossian et l'actrice Arsinée Khanjian qui reprend la route du pays qui a tant changé depuis le tournage qu'elle avait effectué en 1993 avec Atom Egoyan pour son film "Calendar".
L'ensemble donne une sorte de patchwork d'images et de sons, d'expériences et de réflexions, amenant le spectateur sur une ligne ténue où il balance entre réalité et fiction. Ce film est un très bel essai sur l'identité, le mythe et la réalité, mais il risque d'être assez hermétique pour le grand public, peu habitué aux formats expérimentaux du cinéma, ainsi qu'aux sentiers narratifs, voire contemplatifs, pris par les protagonistes qui distillent par petites touches l'histoire collective du peuple arménien.
La masseria delle allodole; Paolo et Vittorio Taviani; avec Angela Molina, Arsinée Khanjian, Paz Vega, Moritz Bleibtreu, Mohammed Bakri, Tchéky Karyo; Italie-France-Bulgarie-Espagne; 2007; 122 minutes.
Stone Time Touch; Gariné Torossian; Canada; 72 minutes.
Malik Berkati, Berlin - j:mag
Exclusivité pour le Collectif VAN 2007
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