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L’assassinat de Hrant Dink et le néonationalisme (ulusalcilik) en Turquie
Publié le : 20-02-2007

Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - Le Collectif VAN vous propose une traduction résumée d’un article en anglais paru dans le journal turc New Anatolian du 17 février 2007. Les auteurs ont, pour la première fois en Turquie (et ailleurs ?), défini, exposé et dénoncé clairement le néonationalisme en Turquie. Un article majeur à lire et à conserver.

Onder Aytac & Emre Uslu
New Anatolian
17 février 2007

(…)
Ce mouvement, dont l’influence semble se répandre au plus haut niveau de l’Etat et de la société, n’est pas un groupe organisé avec une doctrine établie. Ses composantes ont des différences philosophiques, mais nous pouvons distinguer trois éléments fondamentaux dans leur pensée : la mise à l’écart de l’islam dans le nationalisme turc, un anti-occidentalisme radical et un exclusionnisme ethnique.

Bien que le nationalisme adopté par les fondateurs de la République turque ait une tonalité nettement laïque, il a intégré l’islam en tant que ciment psychologique pour s’assurer que des populations d’origines ethniques différentes à l’intérieur des frontières de la nouvelle Turquie restent unies. Les ulusalcilar, cependant, donnent la priorité aux symboles du nationalisme turc et de la race turque, et accordent une importance secondaire au kémalisme et à la laïcité. Ils sont contre les idéologies de gauche, contre une application de la démocratie et les droits de minorités chaque fois que l’homogénéité du nationalisme turc pourrait être menacée.

Si les nationalistes orthodoxes ont adopté des positions anti-européennes et anti-américaines en matière de politique étrangère, les néo-nationalistes turcs rejettent toute occidentalisation.
(…)

Un examen des manifestes et des déclarations politiques ulusalci met en évidence le thème commun de « la Turquie aux Turcs ». Les ressources naturelles turques doivent appartenir aux citoyens turcs, non à des capitalistes étrangers. La « mondialisation » est un des pires gros mots du vocabulaire néo-nationaliste. Pour eux, les Kurdes, qu’ils soient de Turquie ou d’Irak, sont des agents de l’impérialisme américain. Par conséquent les formules habituelles proposées pour résoudre le problème kurde sont sans fondement.

Bien entendu, le soutien sans réserve de l’administration Bush à Israël a mené des commentateurs des médias à accuser le gouvernement US d’être “aux mains des Juifs” et par conséquent ils ont laissé entendre qu’Erdogan, en tant que serviteur de la politique américaine au Moyen-Orient, est en même temps un agent du sionisme.

Pourquoi ulusalcilik a-t-il prospéré au point de devenir une force politique si puissante aujourd’hui?

La première raison est la victoire écrasante du Parti de la Justice et du Développement (AKP) aux élections de 2002, qui a permis d’établir un gouvernement de parti unique, et la deuxième est la mise en oeuvre par le gouvernement AKP d’un processus de réformes accéléré en vue de l’adhésion à l’UE.

Les élites de l’Etat turc (fonctionnaires, système juridique et Armée) sont strictement laïques. Elles n’ont jamais eu confiance en Erdogan, qu’elles soupçonnent de vouloir secrètement introduire des éléments de la Charia dans le système constitutionnel et législatif de la Turquie. L’insatisfaction des élites est plutôt due au fait qu’Erdogan ait nommé des individus fidèles à l’AKP à des postes administratifs élevés, précédemment occupés par l’establishment laïque pendant toute l’histoire de la république. Et pour répondre aux critères de Copenhague, la législation de l’AKP a réduit l’influence des militaires au sein du Conseil National de Sécurité (MGK) et a éliminé la présence des militaires dans les Cours de sûreté et au sein du Ministère chargé de l’enseignement supérieur (YOK). C’est pourquoi l’élite laïque civile dépossédée de son pouvoir considère l’Armée comme une alliée dans la lutte contre Erdogan et son supposé programme islamiste.
De plus, la politique économique libérale de l’AKP a créé un secteur privé florissant et a stimulé les investissements étrangers. Les nationalistes accusent l’AKP (comme ils l’ont fait pour les gouvernements précédents dirigés par Turgut Ozal) de faire renaître les “capitulations” que l’Occident avait imposées à l’Empire ottoman et de violer le principe d’étatisme d’Atatürk.

De plus, c’est assez tard que les nationalistes turcs ont compris que le processus d’adhésion à lUE impliquait de sacrifier en grande partie leur statut et leur idéologie. Profitant de son écrasante majorité au parlement, le régime de l’AKP a rapidement fait voter de vastes réformes, dont beaucoup accroissaient les libertés individuelles et de ce fait menaçaient indirectement l’autorité de la puissante bureaucratie d’Etat, qui servait depuis si longtemps de base au nationalisme laïque. Que ces réformes soient adoptées par un parti politique ayant un programme très différent du leur, représentait une cause d’inquiétude supplémentaire.

Qui sont les ulusalcilar?

Comme cela a été dit, les néo-nationalistes n’ont pas de parti politique ou de structure de commandement supérieur, mais il y a un grand nombre d’organisations militantes qu’on peut identifier comme ulusalci, et qui sont fondées sur le partage des principes du mouvement par leurs membres.

Ces organisations comptent parmi elles les bien nommés Kuvaiye Milliye Hareketi(Mouvement des Forces Nationalistes) et le Vatansever Kuvvetler Guc Birligi Hareketi (Mouvement Unifié des Forces Patriotiques, VKGB). Le VKGB, dirigé par des officiers supérieurs à la retraite, revendique plus de 100 branches dans 46 villes. L’Association pour la Pensée de Kémal (ADD), présidée par un ancien commandant de gendarmerie, Sener Eruygur, a cherché à dominer le mouvement sur les plans doctrinaire et idéologique. La liste de ses membres affiche un nombre impressionnant de professeurs d’université et de titulaires de doctorats, et elle revendique 4852 membres dans tout le pays.
Plus connu sont le Buyuk Hukukcular Birligi (la Grande Union des Juristes) et son leader, Kemal Kerincsiz. Ce sont Kerincsiz et son organisation qui ont intenté les nombreux procès engagés sur la base du célèbre article 301 contre des intellectuels et des écrivains, les plus connus étant le prix Nobel Orhan Pamuk et le journaliste d’origine arménienne Hrant Dink, accusés d’avoir insulté « l’identité turque ».

Les néo-nationalistes s’enorgueillissent de dominer un nombre impressionnant de médias. Ils contrôlent le quotidien Yeni Cag; plusieurs périodiques, parmi lesquels Turk Solu et son magazine pour la jeunesse, Ileri; Yeni Hayat; Turkeli, publication du VKGB, et l’hebdomadaire Aydinlik, la voix de Turk Isci Partisi (Parti des Travailleurs Turcs) et de son vénérable leader marxiste Dogu Perincek, qui s’est transformé récemment en Kémaliste pur et dur. Il y a deux chaînes télévisées néonationalistes : : KanalTurk and Mesaj TV.

En outre, le quotidien d’Istanbul Cumhuriyet, apprécié de la vieille intelligentsia kémaliste, se fait souvent le porte-parole de thèmes ulusalci. Cumhuriyet était autrefois le journal le plus respecté du pays, mais à cause de ses attaques venimeuses contre les chefs de l’AKP et leur politique, il a perdu ses prétentions d’objectivité. Plusieurs journaux appartenant au courant dominant prêtent leurs colonnes à des “experts” ulusalci à côté de commentateurs plus orthodoxes, dont Emin Colasan (Hurriyet) et
Melih Asik (Milliyet). (Le chroniqueur principal de Yeni Cag's n’est autre que Rauf Denktas, le très populaire nationaliste radical, ancien président du TRNC.)

Les néo-nationalistes turcs ont leur propre réseau souterrain, avec des officiers de l’armée en activité ou à la retraite, dont des éléments significatifs sont apparus au grand jour grâce à une série de révélations alarmantes au milieu de l’année dernière.

Les enquêtes de police suite à l’assassinat d’une juge de la Cour d’appel en mai dernier ont révélé que l’assassin était sous le contrôle d’un groupe néo-nationaliste de militaires à la retraite et que le meurtre était probablement une opération « noire » destinée à passer pour l’œuvre de réactionnaires religieux . Une autre série d’arrestations a révélé l’existence du Gang Atabeyler, composé surtout d’officiers subalternes en activité appartenant aux Forces spéciales, en possession de diagrammes apparemment destinés à servir à des tentatives d’assassinat contre Erdogan et son principal conseiller en politique extérieure, Cuneyt Zapsu. Plus inquiétant encore, une troisième bande clandestine neutralisée par la police, le Gang du Sauna, spécialisée dans les chantages et extorsions, comptait à la fois des militaires et anciens militaires ulusalci et des membres de la mafia turque.

L’assassinat de Hrant Dink

Les ulusalcilar ont fourni le contexte idéologique de l’assassinat du rédacteur de journal arménien Hrant Dink le mois dernier ; et les poursuites pénales contre Dink, engagées sous la bannière de l’article 301 par Kemal Kerincsiz, président de l’Union des Avocats d’Istanbul (néo-nationaliste), ont fait de lui une cible probable de la violence extrémiste. Il s’avère que l’assassin de 17 ans, Ogun Samast, n’était qu’un membre d’une petite bande d’adolescents qui s’étaient réunis autour d’un fanfaron professant des opinions extrémistes et xénophobes certes vagues, mais exprimées avec force. Certains pensent que cette petite bande apparemment indépendante est représentative d’un phénomène nouveau et dangereux. Ces individus se qualifient de nationalistes, ulusalci ou anti-impérialistes, ils trouvent sur internet des amis qui pensent comme eux, et choisissent leurs cibles. Ces gens ont une organisation horizontale, plus secrète que les groupes terroristes habituels, avec entre eux des liens distendus. Dink avait reçu des menaces de mort de la part de brutes néo-nationalistes connues, comme le colonel à la retraite Veli Kucuk, qu’on dit être le leader de ces réseaux mafieux ulusalci, mais il n’y a aucune preuve qui fasse le lien entre ces éléments répugnants et le meurtre.

Les commentateurs nationalistes et ulusalci se sont lancés dans une campagne éhontée pour tirer de ce crime atroce un capital pour leur propagande. Divers chroniqueurs ont fait des allusions mystérieuses à une implication des services de renseignement occidentaux. Plusieurs ont trouvé un mobile dans l’idée que l’assassinat aurait été susceptible de faciliter le vote de la résolution du Congrès américain sur le « génocide », et le journal Tercuman a carrément affirmé que Samast était d’origine arménienne ! Comme on pouvait s’y attendre, il y en a eu, y compris parmi les principaux porte-parole du Parti du Mouvement Nationaliste (MHP) qui ont accusé explicitement la CIA, le Mossad ou les deux. Pendant ce temps, un journaliste néo-nationaliste réputé pour son aptitude à mettre au jour des conspirations compliquées sur la base de preuves minimales, a trouvé un lien entre le lieu de résidence de la bande de Samast, sa ville natale de Trabzon, et un certain « projet de la Mer noire ». Ce projet, prétend l’auteur, a pour but de projeter l’influence américaine dans des régions à l’est de la Turquie et comporte, parmi ses éléments clés, la main-mise sur Trabzon comme base américaine. Parmi les ulusalcilar de premier plan, c’est seulement l’homme qui porte la plus grande responsabilité de cette terrible affaire qui a montré un peu de contrition. Dans une déclaration publique peu de temps après le crime, Kerencsiz a en effet condamné l’utilisation de la violence à des fins politiques.L’organe de presse ulusalci Turk Solu, cependant, à travers un éditorial de Gokce Firat, a trouvé un point d’origine de la conspiration plus proche de nous et à l’intérieur du pays, en décrivant l’assassinat de Dink comme un stratagème de la propagande « de la dictature fasciste kurdo-islamiste » de Turquie. Firat, démontrant sa capacité à entretenir deux opinions contradictoires au même moment, est aussi enthousiasmé par l’assassinat : « La Turquie a perdu un ennemi ! » C’est ce dont il a informé ses lecteurs, avec une joie non dissimulée.

© Traduction Collectif VAN 2007



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