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Turquie : ZĂĽrcher compare la situation actuelle Ă  celle de 1915
Publié le :

Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - Le Collectif VAN vous propose la traduction d'un article en turc paru dans le Magazine Nokta/Birgün du 18 février 2007.
Analyse intéressante de Jan Erik Zürcher, un expert de l’Histoire turque, récompensé en 2005 par le Ministère des Affaires Etrangères turc pour le soutien qu’il apporte en faveur de l’entrée de la Turquie dans l’UE…


Jan Erik ZĂĽrcher interview.
Magazine Nokta/BirgĂĽn

LÂ’EXPERT HOLLANDAIS SUR LÂ’HISTOIRE DE LA TURQUIE PROF. ERIK-JAN ZURCHER:

Les jours actuels nous rappellent la pĂ©riode dÂ’İttihat Terakki (Union et Progrès)

D’après Zürchere, "Dans la Turquie actuelle il y a une sorte de schizophrénie. D’un coté il y a une république fondée sur les principes de laïcité, de la démocratie et de la citoyenneté. De l’autre coté la confrontation des notions « musulman et non musulman », un héritage qui vient de la période 1912-1922.
TALİN SUCİYAN (*)

Vous dites : La période de la modernisation de l’armé turque, commencée au début du 19ième siècle, s’est terminée sur un échec au début du 20ième siècle. Vous parlez des soldats déserteurs de l’époque, sujet qu’on ne voit nulle part dans les livres de l’éducation nationale. Vous parlez de 300 000 déserteurs en 1917. Pouvez-vous nous expliquer un peu plus ce phénomène, par exemple les déserteurs de la bataille de Sakarya ?

Les efforts de création d’une armée moderne avec un système de service obligatoire avaient en partie réussi. Seulement la 1ère guerre mondiale était une guerre industrialisée et l’armée ottomane n’avait pas la structure pour cela. Au début de la guerre les munitions étaient importées de l’Allemagne et de l’Autriche voir même les pansements…Le transport a posé beaucoup de problèmes. Il y avait peu de liaisons ferroviaires. Les soldats devaient marcher à jeun durant des semaines, ils étaient désespérés et ils s’évadaient. Dans toutes les armées on observait des déserteurs. En Occident, dans les armées allemande, française, anglaise le taux des évadés était de 1%.

Alors que dans l’armée ottomane, il était de 20%, 20 fois plus. En 1971 on parle de 300 000 évadés vers la fin de la guerre au moins 400 000, peut être plus. Dans les tranchées il n’y avait plus que 100 000 personnes. Certains se sont évadés avec leurs armes et ont créé des bandes (tchété). Les évadés se réfugient dans les villages, les villageois ne les dénoncent pas aux gendarmex. Durant la guerre de libération ‘Kurtulus Savasi’ les gens ont été emmenés sur le front par la force.

Dites-vous que la charrette d’Elif est un mythe ? (C’est un symbole ; une femme qui a apporté des munitions aux soldats)
Non, il y a des exemples de ce style mais les paysans en avaient marre. De leur point de vu, l’Etat est très loin. Entre 1919-1920 ils ont du mal à trouver des soldats. Il y a des écrits à ce sujet. En juillet 1920 lors d’une discussion secrète, un parlementaire de Konya, Vehbi Bey dit « 200 personnes montent dans les trains, il n’y a plus que 20 personnes à Afyon Karahisar. Ils se sont tous évadés ».

D’où détenez-vous ces informations?
Mes sources sont les registres de l’Assemblée turque. C’est diffusé. En été 1920, la situation s’aggrave. La menace disant « les Grecs arrivent » est là. Ils créent les tribunaux spéciaux ‘Istiklal Mahkemeleri ‘ pour régler le problème des évasions. L’attitude ferme donne ces résultats. D’après les ressources de Shaw, les rapport secrets anglais indiquent que même pendent la guerre de libération ‘Kurtulus Savasi’ le nombre de déserteurs est très important. Les conditions sont difficiles et il n’y a pas encore de sentiment de patriotisme. Le soldat d’origine paysanne ne se voit pas comme un citoyen. En Allemagne et en France grâce à la propagande de l’Etat, le patriotisme et le chauvinisme sont inculqués. Un évadé anglais n’est pas sûr du soutien de sa famille. Ce n’est pas le cas en Anatolie.

Quelles sont vos ressources pour dire que les paysans montraient une sympathie envers les évadés?
Il y a les rapports des militaires allemands dans l’armée ottomane. Par exemple Liman von Sanders, Kress, Guse et d’autres.

Peut-on voir un lien entre les évadés, les tchétés et les graines de l’Etat profond actuel ?
Techkilat-ı Mahsusa de lÂ’Ă©poque ressemble Ă  lÂ’Etat profond. A la fois organisation de renseignement et de guĂ©rilla. Au dĂ©but de la guerre, le lien avec les tchĂ©tĂ©s semble très important. Les tchĂ©tĂ©s ne sont pas uniquement composĂ©s dÂ’Ă©vadĂ©s. CÂ’est un rĂ©seau important autour du Techkilat-i Mahsusa. Comme Vehbi Bey lÂ’avait dit, ils ont jouĂ© un pĂ´le important dans les forces ‘Kuvayi MilliyetÂ’, seulement cÂ’Ă©tait difficile de les contrĂ´ler. Un jour ils se comportaient comme des rĂ©sistants de guĂ©rilla, un autre jour comme des tchĂ©tĂ©s et ils organisaient des pillages. Dans les rĂ©gions sous occupation des Grecs, ils faisaient partie du ‘Kuvayi MilliyetÂ’. Dans les rĂ©gions oĂą il nÂ’y avait pas dÂ’occupation, ils se comportaient comme des tchĂ©tĂ©s.

Une sorte de double identité??
Oui. Vehbi Bey se plaint de cette situation. Ceux qui s’étaient évadés avec leurs armes ont formé des tchétés. Lorsque le ‘Kuvayi Milliyet’ s’est formé ils sont devenus des héros. Il n’y a pas que les évadés, les prisonniers avaient le choix entre la prison et le Techkilat-i Mahsusa. Techkilat-i Mahsusa s’est également servi des ‘achiret’ (forme de tribu féodale Kurde) et des Tcherkez…

Vous êtes un scientifique spécialisé sur l’histoire de la Turquie. Le premier ministre Erdogan a dit « Dépuis l’époque de l’Empire ottoman, l’Etat profond a toujours existé». Pouvez-vous nous expliquer que représentait l’Etat profond dans l’Empire ottoman et que représente-t-il aujourd’hui ?

On peut trouver les racines de l’Etat profond chez Ittihat ve Terakki (Union et Progrès). Car c’est à cette époque là que le triangle armée-politique-Techkilat-i Mahsusa est créé. Il y a un parti politique, mais en même temps il y a un mouvement plus fort dans l’ombre. Il y a une armée mais les militaires jouent un rôle important dans la vie politique. Les militaires sont politisés. C’est un phénomène nouveau. Après les événements de Bab-i Ali ( une sorte d’intervention forcée où après avoir assassiné le chef de l’armée, Ittihat Terakki avait pris le pouvoir), le 23 Janvier 1913, les militaires commencent à jouer un rôle important dans l’Etat. Ittihat Terakki avait une branche spécialisée, nommée ‘Fédai’. C’est toujours d’actualité. Entre 1913-1914, l’organisation Teshkilat-i Mahsusa est fondée à partir de ces fédais. Enver pacha qui a joué un rôle majeur dans la vie politique et dans l’armée est en contact direct avec ces gens là. Sulayman Askeri, Ali Cetinkaya, Yakup Cemil, ne sont pas des militaires hauts gradés comme Mustafa Kemal ou Enver, mais ils ont des liaisons avec des personnalités haut placées. On diagnostique les caractéristiques de l’Etat profond sur ce point là. De ce fait on peut observer ici les racines de cette tradition. Ce sont les mêmes personnes qui ont créé par la suite la République. La République est créée par les militaires progressistes (Terakki-ste). C’est la raison pourquoi Musatafa Kemal a opéré un nettoyage radical en 1926. Après l’attentat d’Izmir (les progressistes avaient essayé de tuer Mustafa Kemal), la plupart d’entre eux se sont retirés de leur mission. 15 d’entre eux sont pendus. Car Mustafa Kemal connaissait le danger de ces liaisons.

On voit la première fois la relation triangulaire entre l’armée, les politiques et les organisations souterraines à l’époque d’Ittihat ve Terakki (Union et Progrès).Cette tradition commence là. Aujourd’hui, nous essayons de mesurer le rôle du Général Veli Kucuk. Je ne sais pas si c’est vrai ou pas mais cela rappelle effectivement l’époque d’Ittihat Terakki. A cette époque aussi les journalistes opposants ont été assassinés par les Fédais d’Ittihat Terakki. A Susurluk (un accident de voiture dans les années 90 ou les personnages de différents milieux se trouvaient dans la même voiture), nous avons pu voir le lien de l’Etat avec le monde souterrain. Là aussi il est question de l’Etat profond. Ce qui me fait plus peur, c’est de découvrir derrière l’assassinat de Hrant Dink une organisation de cette nature ; c’est à dire l’Etat profond. Si c’est le cas nous sommes face à un problème fondamental.

Les intellectuels turcs évitaient d’utiliser le terme de ‘racisme’ dans leurs analyses de la société turque. Ces derniers jours on parle du racisme ouvertement. Qu’en pensez vous ?
Je pense que ce sont les fruits du chauvinisme. On parle du ‘sang’. C’est pourquoi ce que Hrant Dink avait dit à ces lecteurs arméniens, a été mal interprété. Leur attitude et leur mentalité me rappellent le nationalisme de Milosevic. Peut-être ce que Milosevic a fait aux Bosniaques et aux Kosovars n’est pas du racisme mais le résultat est le même : nettoyage ethnique…

Nettoyage ethnique ? NÂ’est-ce pas du racisme ?
On peut au moins dire que la théorie du racisme n’a pas joué un rôle.

Mais on peut parler de sa pratique, non ?
La rĂ©publique sÂ’est fondĂ©e sur le nettoyage ethnique Après lÂ’affaire armĂ©nienne il y a des nettoyages ethniques entre les autres. Le nationalisme turc nÂ’accepte pas quelquÂ’un qui nÂ’est pas Turc Musulman, comme un vrai citoyen. NÂ’oublions pas Orhan Pamuk, Elif Şafak et Hrant Dink ont Ă©tĂ© poursuivis en mĂŞme temps. Seul lÂ’un dÂ’entre eux a Ă©tĂ© condamnĂ© et cÂ’Ă©tait celui qui nÂ’Ă©tait pas Turc et Musulman. Est-ce une coĂŻncidence ?

Il y a un problème fondamental en Turquie. D’une part une république fondée par Ataturk sur les traces de la révolution française, la notion de citoyenneté, l’idée d’une autorité nationale démocratique. En même temps cette république a été formée suite à un conflit ethnique, cela a donné sa forme nationaliste. L’idée de ‘l’autre’ était basée sur le tandem ‘musulman - non musulman’. Nous avons vu les événements de ‘Varlik Vergisi’ en 1942 (seul les non musulmans étaient imposés lourdement, certains sociologues décrivent la situation en disant ‘le capital avait changé de main’) et en 1955 à Eyup (pillages des propriétés des Grecs et des Arméniens). Nous pouvons parler d’une certaine schizophrénie en Turquie actuelle. D’un coté, il y a une république fondée sur les principes de laicité, de la démocratie et de la citoyenneté. De l’autre coté la confrontation des notions musulman et non musulman, un héritage qui vient de la période 1912-1922.

Vous parlez de l’enseignement de l’histoire turque en soulignant le fait qu’il est utilisé pour rendre les différences ethniques, sociales et religieuses inoffensives. Et vous dites que certaines notions sont devenus intouchables, comme Ataturk par exemple…

Le tabou le plus important en Turquie c’est l’Etat. L’Etat est intouchable. Il s’agit d’un héritage ottoman. On parle de l’immunité (intouchabilité) d’Ataturk en parallèle à l’immunité de l’Etat.Lorsqu’on dit qu’Ataturk est intouchable on sous- entend « l’Etat et les hommes d’Etat sont intouchables ». Ataturk n’est qu’un paravent, car à partir de l’école primaire on inculque la fidélité à Ataturk. Ataturk est utilisé comme un moyen. C’est très mauvais. Pour la démocratisation de la Turquie il faut enlever cette immunité, mais c’est une question vitale pour la Turquie. Il a sauvé le pays et il a réalisé des reformes importantes. Mais ce que j’essaie de dire c’est qu’il faut le voir comme un personnage. Il faut reconnaître sa place dans l’histoire turque mais c’est quelqu’un qui est mort en 1938. Il a réalisé des œuvres importantes en 1920 mais il faut admettre qu’on ne peut pas faire appel à lui (à ses idées) pour résoudre les problèmes du 21ème siècle. Le but n’est pas de nier sa grandeur. Il faut simplement le voir comme un personnage historique. Cela serait très utile pour la Turquie. S’ils avaient pu réaliser cela, Ataturk ne serait pas utlisé (symbolisé) sous cette forme. Les forces ultranationalistes et les forces antidémocratiques ne se réuniraient pas derrière Ataturk’.

"Erik-Jan Zürcher" a été remercié par une prime pour les services rendus pour l’entrée de la Turkquie dans l’EU
PROF. Erik-Jan ZĂĽrcher nĂ© Ă  Amsterdam, spĂ©cialiste de lÂ’histoire turque. Il a fait ses Ă©tudes de Licence et Doctorat Ă  lÂ’UniversitĂ© de Leiden. Dans sa thèse, ‘The Unionist Factor', il a analysĂ© le rĂ´le des Jeunes Turcs et dÂ’İttihat ve Terakki (Union et Progrès) dans le processus de crĂ©ation dÂ’un pays indĂ©pendant lors de la 1er guerre mondiale. Entre 1989-1999 il a Ă©tĂ© le prĂ©sident de la section turque de lÂ’Institut Internationale dÂ’Histoire dÂ’Amsterdam. Depuis 1997 il dirige Ă  UniversitĂ© de Leiden, les travaux sur la Turquie. En 2005 le Ministère des Affaires Etrangères turc lÂ’a honorĂ© avec une plaquette de service pour le soutien quÂ’il apporte en faveur de lÂ’entrĂ©e de la Turquie dans lÂ’UE. La plupart de ses livres sont traduits en turc.

© Traduction du turc: S.C. pour le Collectif VAN (2007)



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