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Le nouveau nationalisme violent de la Turquie
Publié le :

Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - Le Collectif VAN vous propose la traduction d'un article en anglais paru dans Newsweek International.

L’élite proeuropéenne de la Turquie est la cible d’une vague grandissante de violence ultranationaliste

De Owen Matthews
Newsweek International

Édition du 5 mars 2007 - Les menaces arrivent chaque jour, souvent par email. "Vous, les traîtres à la Turquie, vos jours sont comptés" dit l’un d’entre eux. "Arrêtez de vous prostituer et de prostituer votre pays aux étrangers ou vous en subirez les conséquences."

Il n’y a pas longtemps, E, un écrivain turc célèbre, aurait haussé les épaules à la vue de ces lettres - comme le faisait son ami Hrant Dink, le directeur d’Agos, le principal journal turc en langue arménienne en Turquie, et qui a été pendant des années la cible des courriers haineux des nationalistes. Mais après que Dink a été abattu le mois dernier par un jeune assassin ultranationaliste de 17 ans, les menaces sont soudainement devenues mortellement sérieuses. "Les choses changent en Turquie, mais pour le pire," dit E, demandant à ce que son nom ne soit pas mentionné par peur de représailles. "Avant l’assassinat de Dink, je m’exprimais toujours contre le nationalisme et son étroitesse d’esprit. À présent, j’ai peur pour ma vie."

Une vague de violence déferle sur la Turquie, qui prend pour cible son élite moderne proeuropéenne. Des libéraux éminents comme Can Dundar, chroniqueur au journal Milliyet, qui a soutenu la marche des 100 000 personnes à Istanbul qui protestaient contre le meurtre de Dink, a reçu des avertissements lui intimant "d’être smart" et de baisser d’un ton la couverture médiatique de l’événement. Le Prix Nobel - l’écrivain Orhan Pamuk, dénigré par les nationalistes pour ses commentaires de l’an dernier condamnant les massacres des Arméniens ottoman en 1915, a annulé une tournée de lectures en Allemagne et a quitté la Turquie pour s’auto-exiler aux USA. De nombreux autres intellectuels et journalistes ont été mis sous protection de la police.

Ce ne sont pas uniquement les intellectuels qui se sentent attaqués. Le parti du gouvernement en place en Turquie, l’AKP, est confronté au même danger : un contre-courant nationaliste qui sape quatre années de progrès. Le PM turc Recep Tayyip Erdogan, qui fut craint par l’élite occidentale de la Turquie en raison de sa culture islamiste, se retrouve en train de lutter pour protéger les valeurs libérales, des Droits de l’homme et de la liberté d’expression en passant par la candidature à l’Union européenne. Erdogan a condamné le meurtre de Dink comme "une balle tirée dans le cœur de la démocratie turque." Les tueurs, a-t-il dit, n’étaient pas "des nationalistes mais des racistes" qui désiraient isoler la Turquie du monde moderne. Mais les preuves s’accumulent, la vague se retourne contre lui et son agenda européen.

Les nationalistes ont une liste chaque fois plus longue de griefs. Le principal : que Erdogan, poussé par Bruxelles, ait accordé plus de droits culturels aux 13 millions de Kurdes du pays. Mais, au lieu de la paix, l’an dernier a vu une poussée d’attaques de la guérilla kurde envers les soldats turcs. Ce qui a donné de l’eau au moulin, en retour, d’un certain nombre de groupes nationalistes anti-kurdes. Le leader de l’un de ces groupes, Le Patriotic Forces à Mersin, une ville multi ethnique dans le sud-est turc à majorité kurde, a récemment appelé "les patriotes turcs" à descendre dans la rue pour empêcher les Turcs de "prendre le dessus." Pire, le projet d’Erdogan pour l’UE, dans sa globalité, a été remis en question en décembre dernier lorsque Bruxelles a partiellement suspendu les discussions en raison du problème avec Chypre. Après tant de sacrifices pour Bruxelles, de nombreux Turcs ont considéré cela comme "une gifle en plein visage," dit Naci Tunc, une activiste du Nationalist Action Party, ou MHP.
Les élections nationales se déroulant cet automne, Erdogan lui-même subit une intense pression politique le poussant à adopter une ligne plus nationaliste. De récents sondages dans le Milliyet montre que le soutien au MHP a augmenté de 14.1%, soit une augmentation de 8.4% par rapport au vote de 2003, tandis que le soutien à l’AKP est passé de 33% à 26%. Un révélateur de la volonté d’Erdogan de s’arranger avec les nationalistes implique le fameux Article 301, une disposition du code pénal national qui permet de criminaliser "le dénigrement de la turcité" et qui a été utilisée pour inculper des douzaines de journalistes et d’écrivains, Pamuk compris. Bruxelles insiste pour que cet article disparaisse; tous les partis d’opposition en Turquie, à la chasse aux votes nationalistes, insistent pour qu’il reste. "Nous voulons changer l’article," a dit un membre éminent du Cabinet d’Erdogan. "Mais nous sommes seuls."

Un autre test aura lieu en avril, quand Erdogan devra décider de se présenter ou non au poste de Président — un poste largement symbolique, mais un de ceux qui permet d’apposer son veto sur toute législation. Le président est élu par le Parlement, où Erdogan jouit d’une confortable majorité. Mais en tant qu’ancien islamiste, emprisonné, il y a peu de temps, en 1999, pour sédition, il sera confronté à une forte opposition des conservateurs de ce que l’on appelle "l’Etat profond", c’est-à-dire la bureaucratie, la justice, l’armée séculaire et politiquement puissante. Ils insistent pour choisir un président plus modéré et séculaire, pour contrebalancer Erdogan, ou qui que soit le candidat que l’AKP choisira pour lui succéder.

Peut-être que pas même Erdogan en personne, à ce jour, sait s’il s’engagera à la course à la présidence. Mais s’il le fait, les islamistes haïssant les radicaux nationalistes sont sûrs d’être échauffés. Dangereusement, il existe des preuves reliant les nombreux ultranationalistes de Turquie à l’Armée et aux forces de sécurité. Une vidéo divulguée par la presse au début du mois, montrait le meurtrier de Dink, Ogün Samast, 17 ans, posant après son arrestation avec des officiers de police souriant et brandissant un drapeau. Une enquête internationale a également montré que des avertissements relatifs au meurtre de Dink ont été ignorés par la police d’Istanbul - mais il n’est pas clairement défini si cela est dû à la négligence ou si cela était intentionné.

Erdogan est un politicien bien trop rusé pour éveiller l’antagonisme de l’Armée au point d’en arriver à un coup d’État style ancien. Mais en même temps, il doit faire attention. La semaine dernière le chef militaire, Yasar Buyukanit, s’est exprimé contre ceux qui pensaient à "diviser la nation." C’était un avertissement ouvert aux libéraux pro-arméniens et aux séparatistes Kurdes, mais par dessus tout, à Erdogan, en raison du problème épineux de la réforme de l’Article 301 et de sa candidature au poste de président.

C’est un délicat exercice d’équilibriste. Il doit d’abord prendre des mesures sévères envers les brutes ultranationalistes sans s’aliéner un électorat nationaliste croissant. Et il a besoin de poursuivre son programme de réformes gouvernementales, pour que la candidature de la Turquie à l’UE ne soit pas un échec irrévocable. La résistance à sa politique se montrant de plus en plus violente, ce sera une tâche de plus en plus difficile - voir impossible.

Avec Sami Kohen à Istanbul

© Traduction C.Gardon pour le Collectif VAN (2007)



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Source/Lien : Newsweek International



   
 
   
 
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