Aujourd'hui : Mercredi, 22 janvier 2020
 Veille Media Contact



 
 
 
 

 
 
 
Dossier du Collectif VAN - #FreeOsmanKavala ! Liberté pour #OsmanKavala !
PHDN
Rejoignez le Collectif VAN sur Facebook
Cliquez pour accéder au site Imprescriptible : base documentaire sur le génocide arménien
Observatoire du NĂ©gationnisme
xocali.net : La vérité sur Khojali !
Cliquez ici !

Imprimer dans une nouvelle fenętre !  Envoyer cette page ŕ votre ami-e !
 
Génocide arménien : "Le mas des Alouettes" réveille les fantômes turcs
Publié le :

Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - Le Collectif VAN vous propose cette traduction d'un article paru en anglais sur SPIEGEL Magazine le 14 février 2007. Le jeu extraordinaire des acteurs empêche le film de tomber dans la sentimentalité. Les Taviani ont réussi à produire des images que les spectateurs du film regretteront d’avoir vues, car c’est le genre d’images qu’il est difficile d’oublier. C’est à la fois la réussite du film et sa malédiction.

LE GENOCIDE ARMENIEN AU FESTIVAL DU FILM DE BERLIN
'Le mas des Alouettes' réveille les fantômes turcs


De Wolfgang Höbel et Alexander Smoltczyk

14 FĂ©vrier 2007

Le film « Le mas des Alouettes » va sûrement soulever une controverse cette année au Festival du Film de Berlin. Il présente le tabou le plus sensible en Turquie -- le génocide des Arméniens perpétré en 1915. Un service de sécurité accru a été mis en place pour la Première, mercredi soir.

Tabou en Turquie
… Mais, un film ne rencontrera que peu de concurrence, car il représente une contribution des plus importante et émouvante à la culture du souvenir. Il traite du génocide perpétré par les Turcs envers les Arméniens, un sujet qui est toujours considéré comme un tabou en Turquie. De fait, les sentiments à ce sujet sont si forts que les représentants du gouvernement turc sont toujours en tain d’essayer de convaincre les autres d’éviter aussi le sujet. La semaine dernière par exemple, le ministre turc des Affaires étrangères, Abdullah Gül, a fait clairement comprendre que les relations de son pays avec les États-Unis seraient sérieusement compromises par la résolution du Congrès américain, qui condamnerait officiellement le génocide de 1915 commis par les Turcs.

"Si cette résolution est adoptée," a menacé Gül, en s’adressant aux représentants de l’administration Bush, qui cherchent à obtenir une alliance stratégique avec la Turquie, "pourquoi devrions-nous continuer à nous entraider? "Près d’un siècle après le génocide Arménien, le sujet reste explosif. Lorsque l’écrivain et Prix Nobel Orhan Pamuk, a eu le courage d’écrire sur le génocide, les ultranationalistes lui ont immédiatement fait un procès. Après le meurtre du journaliste turco-arménien Hrant Dink, Pamuk, par peur pour sa vie, s’est enfui à l’étranger. Le génocide arménien est sûr de devenir un sujet chaud à Berlin -- lieu de résidence d’environ 250 000 Turcs -- où les réalisateurs légendaires Paolo et Vittoria Taviani présenteront pour la première fois leur film "Le mas des Alouettes" mercredi soir. C’est un film sur le génocide, qui choque, et le distributeur du film est nerveux. La Direction du Festival par crainte d’émeutes, a loué un service de sécurité supplémentaire.

Des paquets de chair
C’est un film empli d’images vives et de gestes significatifs. Dans une scène, un soldat turc est à côté d’une table de déjeuner opulente. Il prend délicatement la soupière, l’élève dans les airs, s’immobilise un instant, puis lentement il commence à renverser la soupe sur la nappe damassée. L’horreur débute par quelque chose d’insignifiant, plantant le décor pour l’inimaginable de la façon la plus polie.
Dans une autre scène, les serviteurss turcs refusent soudainement de décharger le camion de leurs maîtres arméniens en disant qu’il est trop tard, qu’ils ont assez travaillé. Peu de temps après, les maîtres, déjà désignés pour la boucherie en tant qu’ennemis du peuple, sont réduits à des paquets de chairs sanglotants, alors qu’ils supplient pour leur vie. C’est ainsi que commence le génocide.

Dans leurs chef-d’oeuvres, "Padre Padrone" (1977) et "La nuit de San Lorenzo" (1982), les réalisateurs italiens Paolo et Vittorio Taviani, tous deux ayant plus de 70 ans, traitent des effets humains de la persécution et de la violence politique -- avec le désir de se rebeller contre le destin. Si "La nuit San Lorenzo" - un épisode du mouvement de la résistance italienne contre les milices fascistes de Mussolini-, réussit à décrire la violence insensible, avec les outils d’une comédie absurde, "Le mas des Alouettes" est un mélodrame profondément sombre.

Dans l’enfer politique que le film décrit, Moritz Bleibtreu et Paz Vega sont parfait dans le rôle des amants maudits. "Ce n’est pas un film contre la Turquie, au contraire," disent-il, et avec raison. Mais ceux qui ont publié au Danemark les caricatures qui ont tant enflammé le monde musulman étaient aussi dans leurs droits. "Le mas des Alouettes" pourrait bien devenir un scandale politique cette année à la Berlinale.

Obéissance, lâcheté, opportunisme et bassesse
Le scénario, basé sur un roman d’Antonia Arslan - professeure de littérature vivant à Padoue -décrit l’histoire de la famille d’Arslan. Le roman décrit les Avakian, une famille arménienne respectable de la classe moyenne, qui vit dans une ville de province et qui espère que les choses ne vont pas empirer. Le film commence par des scènes intimes de beaux visages, des femmes aux longues robes, filmées dans une lumière à la Vermeer. Le patriarche de la famille est mort et même le colonel turc Arkan (André Dussollier), vient présenter ses respects au défunt.

Mais c’est alors qu’Arkan reçoit des ordres d’Istanbul, ordres auxquels il obéit promptement. Dans quelques scènes uniquement, les réalisateurs montrent ce mélange d’obéissance et de lâcheté, d’opportunisme et de bassesse qui ont de tout temps rendu possible les nettoyages ethniques et les pogroms. Les hommes et les enfants mâles sont crucifiés, castrés et découpés en morceaux, tandis que les femmes sont envoyées dans des marches mortelles dans les déserts de l’Est de l’Anatolie. Nazim, un mendiant (joué par le réalisateur palestinien Mohammed Bakri), a trahi ses maîtres, mais pris de regrets il tente d’aider au moins les femmes. Youssuf (Moritz Bleibtreu), un soldat turc, est attiré par la fille fière de la famille, qui a survécu (Paz Vega) et il tombe amoureux d’elle. Lors d’une tentative pour s’échapper, Nunik se sacrifie pour permettre à ses nièces de fuir. Lorsque Youssuf reçoit l’ordre -- "Jette-les dans le feu d’abord, puis coupe-leur la tête" -- il décapite Nunik pour lui éviter d’être brûlée vivante.

Le jeu extraordinaire des acteurs -- et l’incompréhension totale de tels événements -- empêche le film de tomber dans la sentimentalité, en dépit des costumes et de la surabondance de sang. Les Taviani ont réussi à produire des images que les spectateurs du film regretteront d’avoir vues, car c’est le genre d’images qu’il est difficile d’oublier. C’est à la fois la réussite du film et sa malédiction.

Regarder ce film est quasiment insupportable. Selon des témoignages, les soldats donnaient le choix aux mères de tuer elles-mêmes leurs bébés mâles. D’autres disent que l’on forçait les femmes à mettre leur bébé sur leur dos dans un sac et de se placer dos-à-dos avec une autre femme en se tenant les bras très serrés, et... On ne veut pas savoir ou voir ce qu’il s’est alors passé.

Un silence assourdi
Voici ce que Vittorio Taviani en dit: "Le meurtre de l’innocent fait partie du théâtre de l’histoire depuis les Grecs, depuis Shakespeare. Il y a trois ans, nous avons découvert la tragédie arménienne, presque par accident, en lisant le livre d’Antonia Arslan. Nous voulions le raconter avec les moyens dont nous disposions." Arsinée Khanjian, une canadienne d’origine arménienne qui a perdu une partie de sa famille, joue le rôle d’Armineh Avakian. Dans une scène, on lui jette la tête coupée de son mari sur ses genoux. "Elle était inflexible sur la façon de jouer dans notre film. Elle sentait que c’était pour elle une sorte d’obligation envers ses grands-parents assassinés. Nous lui avons promis de ne tourner cette scène qu’une seule fois, et sans répéter," dit Paolo Taviani. "Selon le script, elle était supposée hurler. Mais tout ce qui est sorti d’elle fut un silence assourdi. Nous n’avons rien changé."

Les Arméniens étaient des chrétiens, souvent très éduqués et influents. C’est pourquoi ils furent idéalement désignés comme étant la cinquième colonne, lorsque l’Empire ottoman fut attaqué par la Russie. Mais les Ottomans ont perdu la guerre. Selon la version officielle d’Ankara, les Arméniens ont dû être déplacés pendant la guerre, et beaucoup d’entre eux sont morts à cause de maladie et par la main des tribus kurdes. Mais nombreux sont ceux qui contestant cette version.

"Un million d’Arméniens ont été assassinés. C’est une chose que pratiquement personne n’ose dire," avait déclaré Orhan Pamuk avant de recevoir le Prix Nobel de Littérature. Ses mots ont immédiatement fait de Pamuk la victime de la propagande nationaliste, qui répand la haine. La persécution et le meurtre de la minorité arménienne reste le plus grand traumatisme de la fondation de la Turquie moderne.

Ce sont en fait "les Jeunes-Turcs," qui voulaient absolument fonder un nouvel Etat moderne, qui ont émis les ordres qui ont abouti à la mort des Arméniens. Reconnaître le génocide en tant que tel reviendrait à admettre que les fondateurs spirituels de la Turquie moderne étaient des hommes qui aujourd’hui seraient accusés de crimes de guerre par le Tribunal International des Crimes de Guerre de la Haye. Mais la majorité des officiers accusés de crimes envers les Arméniens furent rapidement relâchés après la guerre.

Des efforts vains
Au cours de ces derniers 70 ans, les studios Metro-Goldwyn-Mayer d’Hollywood ont plusieurs fois prévu de faire le film "Les 40 jours de Musa Dagh," d’après le poète tchèque, scénariste et romancier Franz Werfel. Et Sylvester Stallone a également récemment fait savoir que faire le film l’intéressait. Mais le projet a été sans cesse été écarté pour des raisons politiques. Il semble apparemment plus important de rendre heureux le flanc Est de l’OTAN que de rendre justice à une minorité qui a déjà été fortement décimée.
Et même aujourd’hui, l’Union européenne évite d’utiliser le terme de "génocide," anxieuse de ne pas faire de l’ombre aux négociations pour la candidature de la Turquie à l’UE.

Le film est une coproduction Italie-France-Bulgarie-Espagne. La Turquie a tenté de faire pression sur European film fund Eurimage, pour stopper le projet des Taviani.
Mais cette fois, les efforts de la Turquie ont été vains.

Traduction C. Gardon pour le Collectif VAN (2007)
--------------------------------------

INTERVIEW DU SPIEGEL AVEC LES REALISATEURS PAULO ET VITTORIO TAVIANI

"Pourquoi cacher la tragédie arménienne?"

Le film "Le mas des Alouettes" promet d’être le film le plus controversé du Festival du Film de Berlin.
Le SPIEGEL s’est entretenu avec les réalisateurs du film sur la tragédie arménienne et comment le meurtre de l’innocent fait partie de l’histoire de l’homme.

SPIEGEL: Vous ne vous retenez pas de montrer les atrocités commises sur les Arméniens. N’êtes-vous pas inquiets de choquer le public?

Vittorio Taviani: Chaque scène a été historiquement vérifiée, même les plus horribles. Nous ne voulions rien cacher. L’assassinat de l’innocent fait partie de l’histoire de l’homme et, depuis les tragédies Grecs, de l’art. Tous le dimanches, nos prêtres font leurs sermons sur l’infanticide à Bethlehem. Il ne reste rien, qu’un mot, mais il est prononcé dans l’église. C’est le travail du cinéma de le montrer -- et non de simplement de l’accentuer par des prises de vues dramatiques, mais de le montrer calmement.

Paolo Taviani: Le film ce concerne pas uniquement la Turquie de 1915, mais aussi le présent. Il y a eu des scènes similaires dans les Balkans, au Rwanda et au Soudan. Nous, Italiens avons assassiné, les Allemands ont assassiné. L’horreur peut survenir n’importe où n’importe quand. Pourquoi cacher la tragédie arménienne?

SPIEGEL: Le génocide Arménien reste un point faible dans l’identité nationale de la Turquie. Hrant Dink, un journaliste turco-arménien, a été récemment assassiné. Il y a t-il une inquiétude à avoir que le film puisse déclencher des réactions violentes parmi les nationalistes turcs, réactions similaires à celles qui ont suivi la publication des caricatures au Danemark ?


Vittorio Taviani: Nous n’y avons pas pensé quand nous avons fait le film.

Paolo Taviani: Nous ne disons pas que c’est un génocide. Que ce soit un génocide ou non, c’est aux historiens d’en décider. Nous disons, c’est une tragédie. Ce n’est pas un film documentaire. Avec notre film, notre intention n’est pas de soutenir une thèse ou une autre. Nous relatons une page de l’histoire par le biais du destin de nos personnages. La vérité est toujours sa propre vérité. À ce moment précis de nos vies, nous voulions relater une expérience collective par une série de destinées personnelles, chacune étant unique et désespérée et dans son propre droit. Après tout, nous racontons l’histoire de l’impossible amour entre un jeune Turc et une Arménienne. Le film se termine par le procès de Youssuf, le soldat turc, qui atteste des crimes commis. Ce n’est pas un film contre la Turquie. Au contraire, c’est un film pour tous ceux qui en Turquie veulent se confronter à l’Histoire. Après tout, 100 000 personnes ont manifesté à Istanbul contre le meurtre de Hrant Dink. Je suis convaincu que le film passera dans les écoles turques dans quelques années.

SPIEGEL: Pourquoi avoir choisi un acteur allemand, Moritz Bleibtreu, dans le rĂ´le du bon Turc?

Vittorio Taviani: Le réalisateur a le droit de choisir les visages qui correspondent à son imagination, peu importe la nationalité. Bleibtreu est remarquable. Le cinéma est toujours illusion. Même (le réalisateur italien Luchino) Visconti a fait jouer un Américain, Burt Lancaster, dans son film "Gattopardo."

Paolo Taviani: De plus, nous avons un acteur célèbre d’origine turque, Tchéky Karyo, dans le film. Karyo nous a dit après le film, qu’il savait qu’il n’était pas devenu un acteur pour rien.

Traduction C.Gardon pour le Collectif VAN (2007)

Armenian genocide at the Berlin film festival: 'The Lark Farm' Wakens Turkish Ghosts



Retour Ă  la rubrique




   
 
   
 
  Collectif VAN [Vigilance Arménienne contre le Négationnisme]
BP 20083, 92133 Issy-les-Moulineaux - France
Boîte vocale : +33 1 77 62 70 77 - Email: contact@collectifvan.org
http://www.collectifvan.org