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Turquie : Un Arménien nommé conseiller en chef de Davutoglu
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Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - « Bien que Mahchupyan ait souligné que l’offre de conseiller en chef ne clarifiait pas ses possibles domaines d’activités, il est évident pour chacun que la Turquie a pris cette mesure à la veille du 100e anniversaire du génocide arménien, afin de montrer au monde sa générosité et son absence de problème avec les Arméniens. Mais le stratagème de l’AKP vis-à-vis de la communauté internationale n’est même pas perçu en Turquie par son propre électorat et les partisans de ces partis qui se décrivent eux-mêmes comme démocratiques, mais qui considèrent qu’accorder une fonction de haut rang à un Arménien est une trahison. » Le Collectif VAN vous propose la traduction d’un article en anglais paru sur le site démocratique d'Arménie CivilNet le 28 octobre 2014.

CivilNet

Nomination de Mahchupyan : une nouvelle étape dans la politique de négation du génocide ?

ALINE OZINIAN

CivilNet

28 octobre 2014

Le journal turc Sabah, qui en est arrivé à être considéré ces dernières années comme le porte-parole du Parti pour la Justice et le Développement [AKP], a annoncé la nomination d’Etienne Mahchupyan au poste de conseiller en chef du Premier ministre turc Ahmet Davutoglu, le 25 octobre. Sabah a « agrémenté » la nouvelle de la nomination avec le fait qu’après le message « constructif » d’Erdogan le 24 avril, ceci était encore une étape importante vers une « normalisation » des relations entre la Turquie et l’Arménie (le terme utilisé dans les protocoles Arménie-Turquie), cette fois due à Davutoglu qui a choisi un Arménien pour conseiller en chef.

Dans la presse turque, cette nomination a été vue comme une étape importante qui aidera Davutoglu dans sa politique sur les minorités et améliorera les relations Turquie-Arménie. En même temps, Mahchupyan nie l’orientation arméno-turque de sa nomination, donnant un rôle plus large à ses activités. Mahchupyan a dit que c’était une proposition captivante qu’il avait accepté avec joie. Entre-temps, les médias turcs ont souligné son origine arménienne, mettant en relief que l’AKP avait même réussi à nommer un Arménien au poste de conseiller en chef du Premier ministre.

Qui est Etienne Mahchupyan ?

La relation de Mahchupyan et Davutoglu a un passé intellectuel de longue date. Ils se sont rencontrés lorsque Davutoglu était à l’université et ils ont continué à se voir même après que Davutoglu est devenu ministre des Affaires étrangères. Mahchupyan a été membre du « Conseil des sages » créé par le gouvernement pour trouver une solution à la question kurde.

Après avoir obtenu ses diplômes dans les prestigieuses universités de Bogazici et d’Ankara, Mahchupyan a également enseigné dans ces universités. Il a géré ses propres affaires jusqu’en 1996, puis a travaillé en tant que consultant pour d’autres compagnies. En 1996, il a mis fin à sa vie entrepreneuriale et a fait ses premiers pas en politique, en écrivant des articles principalement pour des médias démocratiques et démocratiques de gauche.

Mahchupyan est également l’auteur de nombreux articles scientifiques, de monographies et de livres concernant la question de la démocratisation en Turquie et l’orientation vers l’Occident, la démocratie libérale, la relation entre l’armée et l’État, la religion et la démocratisation, les relations turco-kurdes etc.

À partir de 2001, Mahcupyan a travaillé pour le journal conservateur islamique guléniste Zaman, mettant en avant l’idée que les islamistes avaient le plus grand potentiel pour créer une nouvelle Turquie.

Mahcupyan a aussi été l’un des meilleurs amis de Hrant Dink. En plus d’être des camarades politiques, ils ont aussi passé leur temps libre à voyager ensemble, faisant des paris sur les courses et discutant avec passion de tout ce qui avait trait au football. Leur éventuelle nomination en tant que députés de l’AKP avait même été discutée à l’époque.

Mahchupyan, qui a fréquemment écrit pour Agos, a assuré le poste d’éditeur en chef après l’assassinat de Hrant.

Mahchupyan, défenseur de l’AKP

En 2010, Mahchupyan démissionne de son poste d’éditeur en chef chez Agos et retourne travailler chez Zaman. Au cours des premières années au pouvoir de l’AKP, certains démocrates et libéraux, qui ne partageaient pas la position islamique et conservatrice du parti, ont continué à soutenir la politique du parti. Mahcupyan, qui était considéré comme un intellectuel aux opinions démocratiques de gauche, faisait partie de ce groupe de gens.

Les avancées lentes et réticentes du parti vers une démocratisation de la Turquie, ce qui incluait aussi de trouver une solution au conflit turco-kurde, ont mené les forces politiques ci-dessus mentionnées à cesser de soutenir le gouvernement. Immédiatement après, les partisans du mouvement Gulen ont aussi renoncé à leur position pro-gouvernementale.

Mais tout en travaillant pour un journal guléniste, Mahchupyan a pris le parti d’Erdogan et a défendu la position de l’AKP lors du conflit Gulen-Erdogan il y a environ un an. Ceci a surpris les lecteurs de l’intellectuel, tenu en haute estime par les gulénistes.

Ses nouvelles vues politiques étant appréciées, Aksam, le journal le plus pro-gouvernemental, lui a offert de collaborer.

Récemment, Mahcupyan a même défendu Erdogan lors de la crise du « Désolé, on m’a même traité d’Arménien. » [Nota CVAN : Erdogan a récemment critiqué le fait que certains en Turquie aient osé lui prêter des origines géorgiennes et même, pire, arméniennes...]. Peu de temps après, dans une interview, Mahchupyan a rapproché la conduite d’Erdogan de celle de son père. Quand bien même le retournement abrupt de Mahchupyan et son acceptation inconditionnelle de toutes les mesures prises par l’AKP ont été durement critiqués par la communauté arménienne et les cercles démocratiques, il n’a cessé de dire que l’AKP représentait une chance pour détruire le kémalisme et le militarisme, et créer une « nouvelle Turquie » dans laquelle les Arméniens seraient activement impliqués.

Nomination de Mahchupyan en tant que nouvelle étape dans la politique de négation du génocide

Aujourd’hui, la nomination d’un Arménien au poste de conseiller en chef du Premier ministre est réellement importante, indépendamment du fait que l’Arménien se considère ou non comme un Arménien, qu’il souligne son ethnicité ou sa citoyenneté turque, qu’il mette l’accent sur la couverture honnête et l’acceptation des questions historiques de l’origine ethnique ou la démocratisation de la Turquie, ou leur cohérence.

Nous pouvons difficilement nous attendre à ce que même un intellectuel aussi talentueux que Mahchupyan soit suffisamment prudent pour éviter de devenir un instrument dans la politique anti-arménienne de la Turquie, et qu’il démissionnera de son « poste de responsabilité » de conseiller en chef.

Bien que Mahchupyan ait souligné que l’offre de conseiller en chef ne clarifiait pas ses possibles domaines d’activités, il est évident pour chacun que la Turquie a pris cette mesure à la veille du 100e anniversaire du génocide arménien, afin de montrer au monde sa générosité et son absence de problème avec les Arméniens. Mais le stratagème de l’AKP vis-à-vis de la communauté internationale n’est même pas perçu en Turquie par son propre électorat et les partisans de ces partis qui se décrivent eux-mêmes comme démocratiques, mais qui considèrent qu’accorder une fonction de haut rang à un Arménien est une trahison.

Il est possible que pour expliquer à ses partisans la nomination de Mahchupyan, le gouvernement citera les nombreux exemples d’Arméniens ayant accédé à de hautes charges dans l’Empire ottoman. Cette tradition a perduré avec les Jeunes-Turcs, un facteur qui ne les a pas gênés pour organiser le génocide arménien.

Ce à quoi nous assistons n’est ni un développement ni une tentative de dialogue, mais c’est plutôt l’étape suivante d’un jeu diplomatique inutile avec les Arméniens, dans lequel l’Arménie est malheureusement impliquée.

L’invitation à participer aux commémorations du 100e anniversaire du génocide arménien, lancée personnellement à Erdogan et ressemblant à une invitation de mariage, a été présentée par le côté arménien comme la solution diplomatique « géniale » et une futile déclaration « fière et triomphale » a suivi : « La balle est dans le camp adverse. » Cependant, il est temps de comprendre que l’objectif du jeu n’est pas de renvoyer perpétuellement la balle dans le camp de l’adversaire, mais de marquer un but.

La même logique implique que le coup arménien a fait des ricochets. La nomination de Mahchupyan est l’une des mesures les plus importantes prises par la Turquie, alors qu’elle se prépare pour le 100e anniversaire du génocide arménien. Un autre coup, que l’on ne peut exclure dans un futur proche, pourrait être la candidature de l’Arménien Margar Esayan au mandat de député du Parlement.

©Traduction de l’anglais C.Gardon pour le Collectif VAN – 30 octobre 2014 – www.collectifvan.org




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Source/Lien : CivilNet



   
 
   
 
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