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Atatürk, « étoile scintillante » d’Hitler
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Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - « Le lien le plus évident à faire entre les Nazis et le régime d’Atatürk ce sont, bien sûr, les tragédies que sont le génocide juif et le génocide arménien, ce dernier ayant eu lieu avant l’arrivée d’Atatürk au pouvoir. Les Nazis pensaient que les Arméniens étaient les « Juifs de l’Orient » et que leur mort et leur extermination jouaient un rôle clé dans l’émergence d’une Turquie moderne. Dans ses discours, Hitler se référait constamment aux Arméniens, comme étant au même niveau que les Juifs, et dans un article il a déclaré que le « misérable Arménien » est « vil, corrompu, sordide, sans conscience, ils sont comme des mendiants, soumis, même comme des chiens. » Les textes nazis proclamaient que l’extermination ou l’expulsion des Arméniens était une « nécessité impérative. Dans son nouveau livre très documenté, Atatürk in the Nazi Imagination, (Atatürk dans l’imaginaire nazi) Stefan Ihrig rend compte du rôle important qu’Atatürk et la Nouvelle Turquie ont joué dans les esprits d’extrême droite à l’époque de Weimar en Allemagne, une influence qui a perduré pendant les années nazies ». Notons que si Atatürk n’était pas à l’origine du génocide de 1915, il l’a parachevé amplement. Le Collectif VAN vous propose la traduction d’un article passionnant, publié en anglais sur le site The Daily Beast le 24 novembre 2014.

LĂ©gende : Photo dÂ’AtatĂĽrk et Hitler, en ligne sur le site Parti Nazi Turc (http://ww2.turknazipartisi.com)

The Daily Beast

Liaisons dangereuses

24.11.14
De William OÂ’Connor

Le dictateur du 20e siècle le plus adulé par Hitler

Si les historiens pensent que c’est Mussolini qui a inspiré à Hitler sa montée au pouvoir, c’est un autre de ses contemporains que le despote appelait « son étoile scintillante ».

Les obsessions d’Adolf Hitler, car c’était un homme enclin aux idées fixes malsaines, étaient dangereuses pour le monde, qu’elles le concernent lui-même ou Eva Braun, sa haine des juifs – ou de façon plus obscure, la Turquie.

Dire que les origines de l’ascension du Troisième Reich ont été examinées en profondeur serait un euphémisme. Et pourtant, un élément de la prise du pouvoir par Hitler a été grandement négligé – l’importance de la Turquie et de Mustafa Kemal Atatürk (ou comme Hitler l’appelait, son « étoile scintillante ») sur la pensée du Führer.

Dans son nouveau livre très documenté, Atatürk in the Nazi Imagination, (Atatürk dans l’imaginaire nazi) Stefan Ihrig rend compte du rôle important qu’Atatürk et la Nouvelle Turquie ont joué dans les esprits d’extrême droite à l’époque de Weimar en Allemagne, une influence qui a perduré pendant les années nazies. La révolution turque a été le sujet étranger ayant fait l’objet du débat le plus vif dans les années 1920, et, non seulement les Nazis ont pris modèle sur le Mouvement national turc, mais les dirigeants nazis, de Hitler à Goebbels, ont été personnellement fascinés par tout ce que faisait Atatürk.

Après la Première Guerre mondiale, les Allemands – en particulier les conservateurs– ont été submergés par l’idée qu’ils avaient été injustement traités à la Conférence de Paix de Paris (‘violés’ est un mot qu’ils utilisaient souvent) et poignardés dans le dos par des bureaucrates soumis et les minorités de Berlin. Toutefois, alors même que les Allemands s’apitoyaient sur leur sort, une autre super puissance vaincue subissait une transformation spectaculaire.

Lorsque les derniers vestiges de l’Empire ottoman ont été démantelés par les Alliés et le Traité de Sèvres, la Turquie moderne a aussi été découpée, et des parties importantes ont été attribuées à la Grèce et à l’Arménie, ainsi qu’à d’autres grandes puissances telles que la Grande-Bretagne, l’Italie et la France [Nota CVAN : le Traité de Sèvres n’ayant pas été ratifié, ces « parties importantes » n’ont jamais « été attribuées à la Grèce et à l’Arménie »]. Cependant, à partir de 1919, les nationalistes turcs, menés par Atatürk à Ankara, se sont transformés de perdants assiégés en une force déterminée qui a repoussé les Grecs, les Français et les Arméniens sur de multiples fronts. En quelques années difficiles, ils ont vaincu les forces apparemment invincibles déployées contre eux et, plus important encore, ils ont été en mesure de négocier un nouveau traité, le Traité de Lausanne, en 1923, qui établissait la Turquie moderne.

« Aux yeux d’une Allemagne désespérée et dévastée », écrit Ihrig, « c’était un rêve nationaliste qui se réalisait, ou plutôt quelque chose comme une pornographie hyper-nationale. »

Les textes nazis proclamaient que l’extermination ou l’expulsion des Arméniens était une « nécessité impérative ».

Le 29 juin 1919, les journaux allemands ont annoncé la signature, la veille, du Traité du Versailles qui mettait fin à la Première Guerre mondiale et obligeait l’Allemagne à payer des compensations et à concéder des territoires. Deux jours plus tard, les journaux ont entamé ce que l’on peut seulement décrire comme une histoire d’amour avec Mustafa Kemal Pacha (Atatürk par la suite). Les articles sur la Turquie et son leader bravache allaient remplir les journaux et les hebdomadaires allemands.

Au cours des quatre ans et demi suivants, le journal conservateur Kreuzzeitung allait publier un total de 2200 articles et rapports sur la Turquie. Le journal affilié aux Nazis, Heimatland a accordé un huitième de son espace, chaque semaine du 1er septembre au 15 octobre 1923, à des présentations d’Atatürk. Dans tout le pays, les journaux se référaient à la Turquie en tant que « modèle » pour l’Allemagne. Les faiseurs d’opinions nationalistes encensaient ce qu’ils voyaient comme des puissantes tactiques de négociations de la Turquie – consistant essentiellement à : ‘donnez-nous tout ce que nous voulons ou nous continuerons à nous battre’ – et décriaient l’acceptation par l’Allemagne des conditions des Alliés. Certains, tel que le pasteur et homme politique influent, Max Maurenbrecher, ont même commencé à déclarer que si les Allemands s’étaient battus pour leur liberté et leurs frontières comme les Turcs, ils ne souffriraient pas des conditions onéreuses de Versailles. La révolution turque était un « rêve nationaliste-révisionniste devenu réalité, et même une version fétichisée, car il s’était réalisé par l’épée, sur le terrain, avec de grandes batailles et de nombreux rebondissements épiques », écrit Ihrig.

De fait, dit Ihrig, la Turquie allait devenir une sorte de Fürstenspiegel pour les conservateurs allemands. Le Fürstenspiegel ou « Miroir des Princes » est un genre littéraire qui utilise une histoire lointaine (géographiquement ou historiquement parlant) pour donner des conseils sur certaines actions dans le présent. Les conservateurs allemands qui écrivaient sur la Turquie louaient le rôle militant actif qu’elle jouait pour forger son destin national, ainsi que le fait qu’Atatürk était allé à Ankara et non à Constantinople pour diriger un Mouvement völkisch unifié. Le fait qu’Atatürk soit d’Ankara était important, car Hitler et ses alliés pensaient que leur mouvement était fort en raison de ses racines à Munich et non à Berlin. Par la suite, l’histoire de la vie d’Atatürk a été utilisée pour promouvoir l’importance d’un Führer.

La compréhension populaire de la montée au pouvoir d’Hitler souligne souvent l’influence de Mussolini et sa marche sur Rome. En fait, argumente Ihrig, « la fonction supposée du modèle de Mussolini, principalement déduite de l’importance de l’Italie fasciste par la suite, a conduit de nombreux auteurs à surestimer l’Italie » et par conséquence « seuls de rares historiens mentionnent Atatürk comme faisant partie de l’atmosphère générale pré-putsch. » En fait, comme le souligne Ihrig, Mussolini s’appelait lui-même « Le Mustapha Kemal d’une Ankara milanaise », quand il est arrivé au pouvoir.

Ihrig déclare que les deux principaux journaux nazis allemands Heimatland et Völkischer Beobachter, faisaient l’apologie des « méthodes turques » dès 1921. Les Nazis affirmaient qu’une force brutale avait été nécessaire pour que la Turquie obtienne son indépendance, et, insidieusement, ils mettaient l’accent sur la répression menée par Atatürk sur les minorités et toutes les voix dissidentes. Un idéologue nazi, Hans Trobst, a explicitement écrit sur la « purification nationale » menée par la Turquie pour se débarrasser des « suceurs de sang » et des « parasites », tels que les Arméniens et les Grecs ; Trobst a ensuite été invité à rencontrer Hitler, après que le leader a lu ses articles sur la Turquie. Ihrig note que le secrétaire d’Hitler a écrit à Trobst de la part d’Hitler, lui disant : « Ce à quoi vous avez assisté en Turquie est ce que nous devrons également faire à l’avenir afin de nous libérer. »

Ces louanges de l’agression turque ont jeté les bases du putsch de la Brasserie pour Hitler, lors duquel il a tenté, en vain, de prendre le pouvoir à Munich en 1923. Ce n’est qu’après cet échec, soutient Ihrig, qu’Hitler a vu qu’il était nécessaire d’emprunter une voie politique plus « légitime », comme Mussolini. Dans son discours final lors de son procès, Hitler a cité Atatürk (et ensuite Mussolini) comme exemples illustrant pourquoi sa tentative de prise de pouvoir n’était pas assimilable à une trahison – c’était, a-t-il dit, pour « obtenir la liberté pour sa nation ».

Une décennie plus tard, en 1933, Hitler déclarera au journal turc Milliyet qu’Atatürk était, selon ses mots, « le plus grand homme du siècle » et il avouera au journal que lors des « sombres années 1920 », « le combat victorieux pour la libération qu’Atatürk a mené afin de créer la Turquie lui avait donné confiance dans la réussite du Mouvement national-socialiste. » Hitler appelait le mouvement turc son « étoile scintillante ». En 1938, le jour de son anniversaire, Hitler a déclaré aux journalistes et aux hommes politiques « qu’Atatürk a été le premier à montrer qu’il est possible de mobiliser et de régénérer les ressources qu’un pays a perdu. À cet égard, Atatürk était un professeur. Mussolini a été son premier étudiant et moi le second. »

L’engouement allemand pour Atatürk et la Turquie a diminué après le putsch de la Brasserie. Des années plus tard, quand les Nazis ont été au pouvoir et ont lancé leurs guerres, la Turquie a refait surface – les propagandistes allemands faisaient référence à Atatürk quand ils argumentaient sur la nécessité d’un Führer loyalement suivi par son peuple sans questionnement, lorsqu’ils mettaient en avant le besoin d’un parti politique unique et de l’obligation de faire des sacrifices nationaux, et lorsqu’ils insistaient sur la nécessité de réprimer les dissensions internes afin de présenter un front uni face aux ennemis extérieurs.

De fait, l’obsession allemande pour la Turquie était si flagrante sous les Nazis, que le ministère allemand de la Propagande s’est plaint en 1937, que la couverture médiatique positive de la Turquie devenait « insupportable ».

Même si l’obsession d’Hitler pour la Turquie était stratégique, elle était aussi profondément personnelle. Ihrig fait un travail minutieux, détaillant les liens historiques de l’Allemagne avec l’Empire ottoman, et même potentiellement son implication dans le génocide arménien, mais l’attachement personnel du leader nazi à la Turquie et à Atatürk est particulièrement fascinant.

Hitler, par exemple, considérait un buste d’Atatürk par Josef Thorak comme étant « l’un de ses biens les plus précieux », selon le photographe officiel du Führer, Heinrich Hoffmann.

Il accordait une importance unique à la Turquie dans les affaires de l’État. En 1934, un jour avant l’anniversaire d’Hitler, les drapeaux ont été mis en berne au quartier général des SA (Chemises brunes) à l’occasion de la mort de l’ambassadeur turc Kemalettin Sami Pacha — et selon Ihrig, Hitler lui-même a ordonné qu’il y ait un cortège funèbre pratiquement national pour le diplomate décédé.

Lorsqu’Atatürk meurt le 10 novembre, son décès est le principal sujet des journaux en Allemagne, en dépit du fait qu’il est survenu un jour après la terrible Nuit de cristal.

Joseph Goebbels était aussi un grand fan du dirigeant turc. En 1937, Goebbels écrit dans son journal : « Un vol agréable. J’ai terminé le livre sur Atatürk. Une fière vie de héros. Vraiment admirable. Je suis heureux ! » Puis, le 21 octobre 1938, le jour même où Hitler ordonne le démantèlement de la Tchécoslovaquie, Goebbels écrit que le décès d’Atatürk « serait une perte irremplaçable ». La santé du dirigeant turc avait commencé à décliner, mais quelques jours plus tard, Goebbels écrira dans une langue presque intime « La maladie d’Atatürk est très grave. Mais son fort tempérament l’aide à lutter contre une fin prématurée à ce stade. »

Le lien le plus évident à faire entre les Nazis et le régime d’Atatürk ce sont, bien sûr, les tragédies que sont le génocide juif et le génocide arménien, ce dernier ayant eu lieu avant l’arrivée d’Atatürk au pouvoir. Si Ihrig esquive adroitement un débat sur ce qui est exactement arrivé aux Arméniens en Turquie, il soutient qu’en ce qui concerne les Nazis, ce qui s’est exactement passé importe peu. Ils pensaient que les Arméniens étaient les « Juifs de l’Orient » et que leur mort et leur extermination jouaient un rôle clé dans l’émergence d’une Turquie moderne. Dans ses discours, Hitler se référait constamment aux Arméniens, comme étant au même niveau que les Juifs, et dans un article il a déclaré que le « misérable Arménien » est « vil, corrompu, sordide, sans conscience, ils sont comme des mendiants, soumis, même comme des chiens. » Les textes nazis proclamaient que l’extermination ou l’expulsion des Arméniens était une « nécessité impérative ». Les Nazis voyaient en Turquie ce qu’ils voulaient voir, indépendamment de la façon dont Atatürk et ses compatriotes se voyaient eux-mêmes.

Le livre d’Ihrig fournit une perspective suffisamment nouvelle sur les Nazis pour réaliser une chose qui semble impossible de nos jours – une percée dans la multitude d’ouvrages sur le sujet. Il est rempli de questions fascinantes qui ne sont pas abordées dans cette recension, en particulier les tours et détours utilisés par les Nazis, afin de pouvoir qualifier les Turcs d’Aryens. Les lecteurs de ce livre ne doivent pas être rebutés par le premier chapitre un peu pédant et sec, car le reste vaut vraiment la peine d’être lu.

Aujourd’hui, dans l’imaginaire allemand, la Turquie a surtout un rapport avec l’immigration, l’assimilation et l’adhésion à l’Union Européenne. Ihrig a réussi à montrer comment la relation entre ces deux centres de civilisation est beaucoup plus profonde et porte bien plus à conséquences que l’on ne pourrait le croire de prime abord.


©Traduction de l’anglais C.Gardon pour le Collectif VAN – 28 novembre 2014 – www.collectifvan.org

Vient de paraître :

Atatürk in the Nazi Imagination – November 20, 2014


By Stefan Ihrig (Author)

Agenda - Stefan Ihrig : « Atatürk dans l'imaginaire nazi »


Lire aussi :

Le rôle de l’Allemagne dans le génocide arménien de 1915

Le mythe des Schindlers turcs




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Source/Lien : The Daily Beast



   
 
   
 
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