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Genève : Pressions turques contre le mémorial du génocide arménien
Publié le : 14-01-2015

Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - "Un projet d’art, commémorant les meurtres de masse des Arméniens commis par l’Empire ottoman, a rallumé les tensions entre le gouvernement turc et la diaspora arménienne de Suisse, en ravivant des décennies de méfiance et de rancœur mutuelles et en opposant le gouvernement fédéral de Berne au gouvernement local à Genève, où le monument doit être érigé. A seulement quelques mois du centenaire du génocide, le 24 avril 2015, les enjeux sont plus élevés que jamais, et jusqu’à présent la Turquie l’emporte. Conformément aux lois fédérales de la Suisse, la décision finale appartient au gouvernement cantonal à Genève qui doit rendre son verdict à la mi-janvier". Le Collectif VAN vous propose la traduction d'un article en anglais publié sur le site Al-Monitor le 24 décembre 2014.

Légende : Le rendu 3-D des «Reverbères de la mémoire".

Al-Monitor

Le futur mémorial du génocide arménien irrite Ankara

Par Amberin Zaman
Publié le 24 décembre 2014

Un projet d’art, commémorant les meurtres de masse des Arméniens commis par l’Empire ottoman, a rallumé les tensions entre le gouvernement turc et la diaspora arménienne de Suisse, en ravivant des décennies de méfiance et de rancœur mutuelles et en opposant le gouvernement fédéral de Berne au gouvernement local à Genève, où le monument doit être érigé.

A seulement quelques mois du centenaire du génocide, le 24 avril 2015, les enjeux sont plus élevés que jamais, et jusqu’à présent la Turquie l’emporte. Au début du mois de décembre, le ministère suisse des Affaires étrangères a déclaré qu’il s’opposait à l’érection du monument arménien dans le canton de Genève car “il est important pour les autorités fédérales de préserver l'impartialité absolue de Genève”, où les Nations Unies et d’autres organisations internationales ont leurs sièges, comme s’en vante l’agence de presse officieuse turque Anadolu.

Plus vraisemblablement, les Suisses réagissent à l’intimidation turque, affirment les militants arméniens et les observateurs diplomatiques. L'ONU aurait également pris le parti de la Turquie. Une porte-parole de l'ONU à Genève a refusé de faire des commentaires.

“Le fait que la diplomatie suisse a capitulé si volontiers devant la pression turque est un scandale international ”, se plaint Vicken Cheterian, un universitaire genevois d'origine arménienne dans une interview donnée à Al-Monitor.“ Une belle œuvre d'art est aujourd'hui en exil, à la recherche d'un havre de paix où elle pourra se reposer afin de refléter la mémoire d'un peuple sacrifié et le déni de l'humanité”.

Le projet, appelé "Réverbères de la Mémoire" ou "Lampadaires de la mémoire", se compose de huit lampadaires placés dans un arc au sein d’un parc situé entre le bâtiment de la Croix-Rouge internationale et du Palais des Nations, où la Société des Nations, précurseur des Nations Unies, se trouvait autrefois. Les réverbères, d’où jailliront de longues larmes en chrome dans lesquelles les piétons pourront voir leurs propres reflets, s’élèveront à neuf mètres de haut (29,5 pieds). Sur les piliers, seront inscrits des textes sur l'exil et la dépossession, de la célèbre psychanalyste franco-arménienne Janine Altounian, dont les parents ont survécu au génocide.

Le porte-parole du ministère turc des Affaires étrangères n'a pas répondu aux appels pour commenter la situation. Mais les responsables turcs parlant sous couvert de strict anonymat, ont reconnu en privé à Al-Monitor que le gouvernement suisse a été “encouragé“ à évincer le projet du monument en bronze qui a été conçu en 2008 par l'artiste arméno-français Melik Ohanian. Conformément aux lois fédérales de la Suisse, la décision finale appartient au gouvernement cantonal à Genève qui doit rendre son verdict à la mi-janvier. Selon Stefan Kristensen, activiste suisse d’origine arménienne, si l’administration locale suit le conseil du ministère des Affaires étrangères, les organisateurs du projet porteront la question devant les tribunaux. “Il n'y a aucune base juridique pour céder à la pression qu’exercent Berne et Ankara”, affirme Kristensen.

La sympathie du peuple suisse envers les Arméniens n’a rien de nouveau, et Cheterian dit que ce monument est "un cadeau de notre communauté pour remercier Genève et la Suisse de leur attitude humanitaire pendant la guerre et le soutien qu’elles ont accordé aux orphelins et aux survivants du génocide". A la fin du 19e siècle, lorsque le sultan ottoman régnant, Abdul Hamid II, a ordonné les pogroms contre les Arméniens, plus de 400 000 citoyens suisses (13,7 % de la population) ont signé une pétition exigeant que leur gouvernement fédéral intervienne auprès de la Sublime Porte pour mettre fin à sa brutalité.

Le pharmacien suisse Jacob Kunzler et sa femme Elizabeth occupent une place prépondérante dans le panthéon arménien des héros. Entre 1899 et 1922, ce couple a sauvé des milliers d'orphelins arméniens en Turquie et au Liban.

Par ailleurs, la Suisse a des lois qui criminalisent la négation ou la justification du génocide. En 2007, un tribunal fédéral a jugé Dogu Perincek (écrivain turc et homme politique de gauche) coupable de discrimination raciale pour avoir déclaré, sur le sol suisse, que le génocide était "un mensonge international". L’affaire a été portée devant la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) en 2013. La cour basée à Strasbourg a conclu que la Suisse avait violé le droit de Perincek à la liberté d'expression. Au mois de mars, la Suisse a fait appel devant la Grande chambre de la CEDH pour infirmer cette décision. L'Arménie se présentera au procès aux côtés de la Suisse avec sa propre équipe d'avocats. Celle-ci comprendrait Amal Alamuddin, l'avocate très respectée des droits de l'homme d'origine libanaise, mariée avec l’acteur George Clooney. Par ailleurs, Najib, le grand-oncle d’Alamuddin, aurait été marié à Ida, la fille de Kunzler.

Perincek répétait simplement les arguments de la ligne officielle de la Turquie. Ce pays nie que la tragédie de 1915 était un génocide. Imposer sa propre version des événements – d'après laquelle la plupart des Arméniens sont morts de froid, de faim et de maladie pendant la déportation forcée vers le désert de Syrie - a longtemps été la pierre angulaire de la politique étrangère turque. Saboter de futurs monuments du génocide fait partie intégrante de cette politique. Ainsi, lorsque les habitants d'origine arménienne de la ville de Montebello en Californie ont décidé de construire un monument pour honorer les victimes de 1915 au milieu des années 1960, Myron Goldsmith, un major de l'armée à la retraite, qui a également été Consul général honoraire de Turquie, a fait pression sur le conseil municipal pour empêcher la construction de ce monument.

Cet épisode est très bien décrit dans le livre du journaliste Michael Bobelian (2009), “Enfants d'Arménie : Un génocide oublié et la lutte séculaire pour la justice”. Nous apprenons, par exemple, que Goldsmith a accusé les Arméniens de "monter un complot communiste" et que le département d'Etat “a contacté le conseil municipal de Montebello pour le presser d’annuler le projet”. En fin de compte, le conseil a voté en faveur du monument, mais “a cédé à la volonté du Département d'État”, en dédaignant les demandes arméniennes de mentionner le génocide sur sa plaque de dédicace.

Un ancien officier de renseignement turc, qui a demandé à conserver l'anonymat, a déclaré à Al-Monitor que le gouvernement turc “a gaspillé des centaines de milliers de dollars" afin de mener des opérations clandestines pour vandaliser des mémoriaux du génocide arménien. La Californie est le foyer de la plus grande communauté de la diaspora arménienne aux Etats-Unis, et trois diplomates turcs y ont été assassinés par vengeance par des Arméniens entre les années 1973 et 1982.

En 2011, la lutte contre les monuments s'est déplacée à Kars, une ville turque proche de la frontière fermée avec l’Arménie, dont l’ancien maire avait commandé une sculpture symbolisant la réconciliation. Le président turc (alors Premier ministre), Recep Tayyip Erdogan, a dit de la sculpture qu’elle était une "monstruosité" et une ’“abomination” devant être démolie et remplacée par "un beau parc”. Les travaux de démolition des deux personnages géants se faisant face, les mains tendues dans un geste symbolique de paix, ont commencé au mois d’avril de la même année par leur décapitation.

“Il a coûté plus cher de démolir le monument que de le construire”, a noté l'ancien maire Naif Alibeyoglu.

Ces actions vont à l'encontre de l'assouplissement récent de la position officielle de la Turquie : l’année passée, Erdogan est allé jusqu'à présenter une sorte d'excuses [Nota CVAN : il a présenté ses "condoléances", ce qui n’implique aucune reconnaissance de la responsabilité turque] lorsqu’il a reconnu les souffrances endurées par les Arméniens dans une déclaration faite le 24 avril.

L'utilisation du mot “génocide” n’est plus une infraction pénale en Turquie. Pourtant, les efforts déployés de la Turquie pour supprimer la construction des monuments commémoratifs, constituent “une forme d’agression pernicieuse contre notre droit de nous souvenir et de célébrer le fait d’être encore en vie”, a déclaré Heghnar Zeitlian Watenpaugh, historienne de l’art à l’université de Californie, dans une interview par email avec Al-Monitor. Si Ankara devait réussir à faire interdire le projet des “Réverbères de la mémoire”, les blessures du passé seront encore plus difficiles à guérir.

Traduction de l’anglais Collectif VAN – 14 janvier 2015 – www.collectifvan.org


Lire aussi :

Nouvelle résistance au mémorial du génocide arménien à Genève

Dossier du Collectif VAN : Affaire Perinçek




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Source/Lien : Al-Monitor



   
 
   
 
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