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Condamné, Perinçek persiste à nier le génocide arménien
Publié le : 12-03-2007

Verdict

Un petit tribunal vaudois accomplit une première en Suisse. Chez les partisans turcs, les réactions contre ce jugement sont enflammées.

PHILIPPE MASPOLI
Publié le 10 mars 2007

Hier sur les marches du Palais de Montbenon, à Lausanne, Dogu Perinçek, leader du Parti des travailleurs turcs, réaffirme son négationnisme, quelques minutes après avoir entendu la lecture de sa condamnation. «Le juge a communiqué sa haine contre la Turquie. C'est une haine raciale impérialiste», lance-t-il. Le nationaliste, qui se réclame aussi du marxisme-léninisme, vient d'être condamné à nonante jours-amendes à 100 francs avec sursis pendant deux ans, ainsi qu'à un paiement de 3000 francs.

Selon le juge, Dogu Perinçek a bien enfreint la norme pénale antiraciste suisse en niant à plusieurs reprises, en 2005, le génocide commis par l'Empire ottoman contre les Arméniens en 1915 (500 000 à 1,5 million de morts). C'est un «mensonge international», affirme le politicien turc, qui préfère évoquer des «massacres commis de part et d'autre».

«Nous reporterons plainte»

Risque-t-il de nouvelles poursuites? «Pas sur sa réaction immédiate, sollicitée par la presse, à la sortie du procès», relève le procureur général du canton de Vaud Eric Cottier, dont le réquisitoire a été totalement suivi par le juge. Mais ensuite, ce sera une autre affaire. «Si demain, il nie à nouveau le génocide, nous porterons à nouveau plainte», affirme Me Philippe Nordmann, avocat de l'Association Suisse-Arménie (ASA).

Du côté des partisans turcs de Perinçek, la colère s'exprime: «Dégueulasse. Mauvaise interprétation du droit par le juge.» Présent hier lors de la lecture du verdict, le consul de Turquie à Genève Cemien Karaman explique avoir suivi le procès comme observateur. «Je ne peux pas faire de commentaire, vu mes fonctions. Mais je ne peux pas dire que ce jugement me réjouit», dit-il. L'Etat turc apporte-t-il un soutien matériel à Dogu Perinçek pour son combat? No comment.

Le négationniste doit verser une indemnité civile symbolique de 1000 francs à l'ASA, ainsi que 10 000 francs de dépens et 5000 francs pour les frais de la cause. Il annonce d'ores et déjà un recours. Son avocat, Me Laurent Moreillon, relevait mardi que l'affaire monterait jusqu'à la Cour européenne à Strasbourg.

Arméniens soulagés

L'Association Suisse-Arménie se déclare de son côté soulagée. «Ce jugement confirme que l'article 261 bis du Code pénal ne s'applique pas qu'à la Shoah», affirme-t-elle, en visant Christoph Blocher, qui veut réviser la norme antiraciste. Mais elle voit un gros bémol, le sursis: «A la place du juge, j'aurais hésité à l'accorder, car Dogu Perinçek a toujours dit qu'il persisterait», déclare Me Philippe Nordmann.

Indépendance

Le «petit juge» Pierre-Henri Winzap a fait son chemin, avec l'appui du procureur Eric Cottier, en évitant de peu l'écueil d'un impossible débat historique. «Un génocide n'a pas à être sanctionné par une Cour de justice internationale pour avoir valeur de génocide. Il faut et il suffit qu'il soit connu et reconnu comme tel», affirme-t-il, en évoquant sa reconnaissance par le Conseil national. Il marque l'indépendance de la justice face au pouvoir politique: «Si le Conseil fédéral n'a pas reconnu le génocide arménien, c'est pour un problème de relations internationales.»

Relations turco-suisses menacées

GABRIELLE DANZAS

«Avec ce jugement, la Suisse s'est jetée dans le feu», déclare Erkan Önsel, vice-président du Isçi partisi (Parti des travailleurs turcs) à Istanbul. Les juges n'ont même pas examiné les 90 kilos d'archives que nous avions apportés. En nous traitant de génocidaires, l'amitié turco-suisse a été détruite.» Le jugement va encore détériorer les relations entre les deux pays.

Le Ministère turc des affaires étrangères déclare «regretter» le verdict prononcé par la justice suisse contre le nationaliste turc Dogu Perinçek. Ankara espère que la procédure en appel permettra de réparer une «injustice».

Curieusement, ce procès n'a pas donné lieu à une mobilisation massive alors que la reconnaissance du «prétendu» génocide, selon la terminologie idéologique, mobilise habituellement les passions.

«Perinçek ne m'aime pas et je lui rends la pareille», écrit en préambule dans son dernier éditorial Mehmet Ali Birand. Pourtant, ce journaliste politique vedette en Turquie, respecté pour son combat pour la démocratie, ajoute: «J'applaudis son attitude sur la loi concernant le génocide arménien, qui l'a conduit à être traduit en justice.» Les médias ont également stigmatisé les incohérences, à leurs yeux, de l'Union européenne: d'un côté Bruxelles réclame la suppression de l'article 301 du Code pénal turc qui limite la liberté d'expression, mais ne trouve rien à redire sur les poursuites judiciaires suisses contre les idées de Perinçek.

Selon la presse: 'La Turquie est punie en la personne de Perince'

SDA-ATS News Service
La presse nationaliste turque se montre très critique à l'égard du jugement rendu vendredi à Lausanne contre Dogu Perincek. "Ignoble Suisse", titre en couverture le quotidien "Gözcü".

Dogu Perincek a déjà annoncé qu'il porterait l'affaire jusqu'à la Cour européenne des droits de l'homme. Le "Milliyet" et le "Sabah", indiquent que M. Perincek veut porter plainte contre le juge lausannois qui aurait pris une décision "partisane".

Les propos du Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan sur la question arménienne tenus vendredi lors d'un déplacement en Azerbaïdjan ont également récolté un large écho dans la presse turque.

Sans faire directement référence au procès Perincek, M. Erdogan a une nouvelle fois rejeté les accusations de génocide formulées à l'encontre des Turcs. "Aucune vérité ne peut être bâtie sur des mensonges", a clamé le Premier ministre.



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Source/Lien : 24 heures



   
 
   
 
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