Aujourd'hui : Samedi, 4 juillet 2020
 Veille Media Contact



 
 
 
 

 
 
 
Dossier du Collectif VAN - #FreeOsmanKavala ! Liberté pour #OsmanKavala !
PHDN
Rejoignez le Collectif VAN sur Facebook
Cliquez pour accéder au site Imprescriptible : base documentaire sur le génocide arménien
Observatoire du NĂ©gationnisme
xocali.net : La vérité sur Khojali !
Cliquez ici !

Imprimer dans une nouvelle fenętre !  Envoyer cette page ŕ votre ami-e !
 
Centenaire du Génocide Arménien : hostilité naissante ou réconciliation ? - I
Publié le :

Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - Le Collectif VAN vous invite à lire cet article publié sur le site Repair le 1er février 2015.
















Repair

dimanche 1 février 2015

Styopa Safaryan

Fondateur de l’Institut arménien des affaires internationales et de sécurité

Après quatre ans d’interruption, Erevan et Ankara ont montré des signes de « rapprochement » en 2014 sans que l’on puisse savoir s’ils vont conduire à de nouveaux heurts dus à la haine accumulée ou à la construction des bases d’une réconciliation.

La tentative précédente de rapprochement dite de la « diplomatie de football » débutée en juin 2008 a conduit péniblement à la signature, à Zurich, le 10 octobre 2009, de deux protocoles négociés, mais est entrée complètement dans l’impasse début 2010. Le parlement turc a lié leur ratification au règlement du conflit du Karabakh, accueillant également avec colère l’interprétation à ce sujet donnée par la Cour constitutionnelle de l’Arménie dans le cadre de la procédure de ratification1. Si en Arménie les deux textes ont d’abord été inscrits à l’ordre du jour des questions urgentes, cette position d’Ankara a provoqué leur report par décret présidentiel et leur renvoi à une procédure d’examen et de ratification dont la perspective reste incertaine

Ankara et Erevan prêtes au dialogue, mais avec des programmes opposés

De nouveaux messages ont Ă©tĂ© Ă©changĂ©s entre Erevan et Ankara après un intervalle de quatre ans. Le 24 avril 2014, Recep Tayyip Erdoğan, encore premier ministre, a publiĂ© un message qui, en raison de sa teneur, a provoquĂ© Ă  la fois des applaudissements et des critiques. Dans ce texte, le premier ministre turc demandait au monde entier et Ă  lÂ’ArmĂ©nie « dÂ’avoir une approche Ă©quitable sur le plan religieux et ethnique, non discriminatoire et Ă©gale » pour lÂ’Ă©valuation, lÂ’Ă©vocation et la commĂ©moration des Ă©vĂ©nements survenus dans lÂ’Empire ottoman lors de la Première guerre mondiale, comme ont Ă©tĂ© non discriminatoires, selon ses paroles, leur caractère et leurs consĂ©quences2. Il estimait inacceptable, voire « inutile pour la construction dÂ’un avenir commun » « lÂ’exploitation des Ă©vĂ©nements de 1915 et leur transformation en objet de conflit politique afin de justifier la haine contre la Turquie », « lÂ’engendrement de la haine sur la base de lÂ’histoire et la crĂ©ation dÂ’un nouvel antagonisme ».

LÂ’un des points forts du message Ă©tait que, selon lÂ’auteur, lÂ’apprĂ©ciation « de la douleur commune » de la Première guerre mondiale par « une mĂ©moire juste » relevait de la « compĂ©tence humaine et scientifique ». Aussi, rappelant que les archives turques Ă©taient ouvertes et quÂ’il avait Ă©tĂ© proposĂ© par le passĂ© de « mettre en place une commission dÂ’historiens en vue dÂ’Ă©tudier ensemble les Ă©vĂ©nements de 1915 » — ce qui restait toujours valable — il faisait remarquer que « les historiens turcs, armĂ©niens et Ă©trangers joueront un rĂ´le important pour jeter la lumière sur ces Ă©vĂ©nements ». SÂ’appuyant sur ces thèses, Erdoğan dĂ©clarait que lÂ’esprit de lÂ’Ă©poque exige « un dialogue en dĂ©pit des dĂ©saccords, une entente mutuelle, en Ă©coutant et en suivant les autres, en apprĂ©ciant les modes de concessions, en rejetant la haine et en faisant place au respect et Ă  la tolĂ©rance ».

Le 27 mai dernier, en rĂ©ponse Ă  la proposition dÂ’Erdoğan « dÂ’examiner Ă©quitablement, scientifiquement et sur tous les plans » les Ă©vĂ©nements historiques par une commission, le prĂ©sident armĂ©nien a invitĂ© officiellement « le prĂ©sident de la Turquie, celui qui sera Ă©lu lors de la prochaine Ă©lection, Ă  se rendre en ArmĂ©nie le 24 avril 2015 pour faire face aux tĂ©moignages Ă©loquents de lÂ’histoire du GĂ©nocide armĂ©nien »3. De son cĂ´tĂ©, Serge Sargsyan « a appelĂ© tous les Etats et la communautĂ© internationale Ă  reconnaĂ®tre et Ă  condamner, Ă  la veille du centième anniversaire du GĂ©nocide armĂ©nien, ce crime sans prĂ©cĂ©dent », en informant quÂ’il avait Ă©galement envoyĂ© des invitations aux chefs de plusieurs Etats pour se rendre en ArmĂ©nie courant 2015 — et surtout le 24 avril — en vue de rendre hommage, aux cĂ´tĂ©s des ArmĂ©niens, Ă  la mĂ©moire dÂ’un million et demi de victimes innocentes du GĂ©nocide.

Soulignant son intérêt « à mettre en place des conditions appropriées afin de trouver une voie de réconciliation entre les deux peuples » et rappelant et saluant « la demande de vérité et de justice que des milliers de Turcs de la jeune génération adressent à leur gouvernement » le président arménien a réaffirmé son engagement à la normalisation des relations avec la Turquie sans conditions préalables et à l’ouverture de la frontière turque, même si la partie turque ne se limite seulement qu’à des déclarations en la matière. « Si le désir est vraiment sincère, la Turquie connaît bien la voie de la mise en œuvre de la réconciliation Arménie –Turquie », tandis que « la seule démarche possible pour se débarrasser du lourd fardeau du passé que les pouvoirs publics doivent accomplir est la reconnaissance du Génocide arménien. Il est impossible d’obtenir des résultats sérieux par des demi-mesures ».

La reconnaissance internationale du Génocide contre les recherches de « la mémoire juste »

Certes, la Turquie ne pouvait ne pas être préoccupée par les trois déclarations de Serge Sargsyan selon lesquelles :

1) « il ne faut pas espérer que le centenaire du Génocide mette le point final à notre cause ; il n’est qu’une étape pour faire notre deuil, nous revigorer l’esprit et atteindre la vérité. »

2) L’Arménie et les Arméniens vont se présenter à ce rendez-vous du centenaire « avec des objectifs renouvelés et un nouvel agenda pan-arménien, avec nos projets d’un Etat plus puissant et d’une Diaspora plus unie », lorsqu’on fera le bilan d’une étape historique en annonçant « l’avènement d’une nouvelle étape de combat au nom de rétablissement de la justice historique. »

3) « C’est avec un nouvel élan, une nouvelle énergie et détermination que nous continuerons notre lutte pour la reconnaissance et la condamnation du crime contre l’humanité, le Génocide arménien », en tant que message fort adressé à l’humanité.

LÂ’article du 4 mai du ministre turc des Affaires Ă©trangères Ahmet Davutoğlu est peut-ĂŞtre la rĂ©ponse turque Ă  ces dĂ©clarations. Dans le titre de lÂ’article, le chef de la diplomatie turque rĂ©sumait le principal objectif du message du 24 avril de R. T. Erdoğan : « Atteindre la mĂ©moire juste pour tous »4. Dans son article, Davutoğlu Ă©tayait les thèses du message en dĂ©voilant certaines dĂ©marches et certains choix dÂ’Ankara dans cette direction.

En parlant de la proposition turque de crĂ©ation dÂ’une commission dÂ’historiens afin de remĂ©dier Ă  « la douleur commune » hĂ©ritĂ©e des ancĂŞtres par « une mĂ©moire juste », il veut induire en erreur les historiens Ă©trangers en disant : « Tandis que la majeure partie de lÂ’historiographie occidentale nous parle de chrĂ©tiens ottomans spoliĂ©s et assassinĂ©s, les privations indicibles des musulmans ottomans restent largement ignorĂ©es en dehors de la Turquie » et Ă©voque les quelques cinq millions de citoyens ottomans qui, Ă  lÂ’Ă©poque de la dĂ©sagrĂ©gation de lÂ’Empire, avaient dĂ» quitter leurs domiciles dans les Balkans, au Caucase et en Anatolie. Manifestement lÂ’implication dÂ’historiens occidentaux peu versĂ©s dans lÂ’entreprise « dÂ’une ‟ottomanologie” complète et juste » devra ĂŞtre lÂ’une des directions prioritaires du gouvernement turc.

La deuxième cible est la Diaspora armĂ©nienne. Selon les termes de Davutoğlu, Ankara a adoptĂ© « une nouvelle conception de la diaspora » selon laquelle « toutes les Diasporas ayant leurs racines en Turquie, y compris la Diaspora armĂ©nienne, sont aussi les nĂ´tres et, en tant que telles, il faut les accueillir Ă  bras ouverts ». Toujours selon lui, « les diplomates turcs ont accueilli avec ferveur et sans aucun sentiment de vengeance la consigne du ministre des AE », mĂŞme si beaucoup dÂ’entre eux « dĂ©plorent toujours leurs amis et collègues tuĂ©s par lÂ’ASALA », ils sont toutefois conscients que « nous aurons rendu le meilleur hommage aux tuĂ©s, si nous arrivons Ă  enterrer ensemble la haine ».

Cette direction témoigne de l’objectif à long terme d’Ankara de diviser la Diaspora arménienne. Il semble qu’à la lumière de cet objectif on pourrait expliquer pourquoi par le passé Ankara avait donné son accord à la mise en place d’une commission de réconciliation arméno-turque composée d’hommes politiques et d’historiens arméniens d’Arménie et de la Diaspora.

Cela dévoile aussi les attentes de la Turquie de plusieurs démarches entreprises pendant les années précédentes : la restauration de l’église d’Akhtamar et l’autorisation à y célébrer, une fois par an, la messe, la promotion du tourisme de personnes d’origine arménienne vers l’Arménie historique, la restauration de l’église Sourp Giragos de Diyarbekir, l’organisation en Turquie de conférences scientifiques consacrées au Génocide arménien en y invitant des participants arméniens, la mise en place en Turquie de la transparence contrôlée sur ce sujet et aujourd’hui, l’intention de faire inscrire Ani sur la liste de monuments culturels protégés par l’Unesco et la nomination toute récente du journaliste et écrivain d’origine arménienne Etienne Mahtchoupian au poste de conseiller en chef du premier ministre turc.

Par des démarches pareilles la Turquie cherche à fasciner et à séduire non seulement la communauté internationale en lui faisant croire qu’un processus de rétablissement de confiance entre les peuples arménien et turc est en cours qu’il il ne faut pas l’entraver par la reconnaissance du Génocide, mais également diviser l’opinion publique à son égard en Arménie et au-delà. Une communauté internationale et des Arméniens divisés deviennent un terrain favorable pour dialoguer sur 1915 « au niveau de la compétence humaine et scientifique » et se faire des amis pour constituer « la mémoire juste ».

ConsidĂ©rant chacun comme « partenaire potentiel dÂ’Ankara dans cette dĂ©marche », A. Davutoğlu a appelĂ© « toutes les personnes intĂ©ressĂ©es, les promoteurs de la politique et les milieux crĂ©atifs Ă  saisir lÂ’occasion et Ă  se joindre Ă  nous en vue de reconstruire un meilleur avenir pour les relations armĂ©no-turques. La dĂ©claration du premier ministre Erdoğan est un pas inĂ©dit et courageux en ce sens. Je pense que cÂ’est le moment de faire des investissements dans ces relations. Cependant nous ne pourrons rĂ©ussir que si cet effort trouve un accueil parmi des masses plus vastes prĂŞtes Ă  laisser leur empreinte dans cette intention de processus historique de rĂ©conciliation. La Turquie y est prĂŞte. »

Mais la politique d’Ankara à l’égard de la Diaspora, outre les démarches politiques supposées, menace d’avoir d’autres manifestations, notamment militaires, dont des signes ont été perceptibles à deux reprises au cours de l’année. La première fois c’était le 20 mars 2014 lorsque des groupements islamistes extrémistes bénéficiant du soutien militaro-politique et territorial et logistique non dissimulé de la Turquie (Etat islamique d’Iraq et du Levant et d’autres5) ont pénétré sans obstacle, par le check-point policier turc, dans la localité syrienne de Kessab peuplée d’Arméniens en l’occupant pendant plus d’une semaine et en poussant tous les habitants, y compris les Arméniens, à l’exode forcé. Bien que le fait soit fixé par les médias internationaux avec images filmées à l’appui6, le ministère turc des affaires étrangères a nié toute implication d’Ankara à cette opération, sans oublier de faire tout un tapage publicitaire autour de l’octroi d’un refuge à certains Arméniens de Kessab en le présentant comme la politique « d’accueil à bras ouverts de sa propre diaspora ».

--------------------------------------------------------

1. Les fonctionnaires turcs qui évoquaient jusque là le contenu des Protocoles signés déclaraient qu’ils concernaient la reconnaissance directe de la frontière interétatique et la reconnaissance indirecte de ses fondements, à savoir des traités de Kars et de Moscou de 1921 et la mise en place d’une commission gouvernementale d’historiens en vue de discuter du fait du Génocide. Tandis que, d’après la décision de la Cour constitutionnelle d’Arménie, les deux textes traitent exclusivement de l’ouverture de la frontière entre les deux pays, d’établissement de relations diplomatiques et de coopération dans certains domaines.


2. The unofficial translation of the message of The Prime Minister of The Republic of Turkey, Recep Tayyip Erdoğan, on the events of 1915, 23 April 2014, http://www.mfa.gov.tr/turkish-prime-minister-mr_-recep-tayyip-erdo%C4%9Fan-published-a-message-on-the-events-of-1915_-23-april-2014.en.mfa

3. Intervention du président arménien à la quatrième réunion de la commission d’Etat de coordination des événements du centième anniversaire du Génocide arménien, en arménien : http://www.president.am/hy/press-release/item/2014/05/27/President-Serzh-Sargsyan-Commission-on-coordination-of-activities-dedicated-to-100th-anniversary-of-Armenian-Genocide/ en anglais : http://www.president.am/en/press-release/item/2014/05/27/President-Serzh-Sargsyan-Commission-on-coordination-of-activities-dedicated-to-100th-anniversary-of-Armenian-Genocide/

4. A Just Memory For All”, Article by H.E. Ahmet Davutoğlu, Minister of Foreign Affairs of Turkey, 4 May 2014, http://www.mfa.gov.tr/a-just-memory-for-all-article-by-h_e_-ahmet-davutoglu_-minister-of-foreign-affairs-of-turkey.en.mfa

5. Stépan Safaryan, La Turquie, Al-Qaïda et le radicalisme islamique, http://hetq.am/arm/news/56658/turqian-al-qaidan-ev-islamakan-radikalizmy.html

6. Turkey 'aided Islamist fighters' in attack on Syrian town, http://www.telegraph.co.uk/news/worldnews/europe/turkey/10765696/Turkey-aided-Islamist-fighters-in-attack-on-Syrian-town.html



Lire aussi :

Centenaire du Génocide Arménien : hostilité naissante ou réconciliation ? - II




Retour Ă  la rubrique


Source/Lien : Repair



   
 
   
 
  Collectif VAN [Vigilance Arménienne contre le Négationnisme]
BP 20083, 92133 Issy-les-Moulineaux - France
Boîte vocale : +33 1 77 62 70 77 - Email: contact@collectifvan.org
http://www.collectifvan.org