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Centenaire du Génocide Arménien : hostilité naissante ou réconciliation ? - II
Publié le :

Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - Le Collectif VAN vous invite à lire cet article publié sur le site Repair le 1er février 2015.
















LĂ©gende : Illustration par Kassouny...

Repair

dimanche 1er février 2015

Par Styopa Safaryan,
Fondateur de l’Institut arménien des affaires internationales et de sécurité

Le deuxième incident dangereux a eu lieu le 21 septembre 2014, date du 23ème anniversaire de l’indépendance de l’Arménie, lorsque des membres du même groupement terroriste ont dynamité l’église arménienne des Saints Martyrs et le mémorial du Génocide — adjacent de la ville syrienne de Deir-es-Zor — qui symbolise le Génocide arménien et où étaient recueillis de nombreux reliques des martyrs et qui, le 24 avril de chaque année, devient un lieu de pèlerinage pour des milliers d’Arméniens7. Ankara ayant des liens profonds par ses réseaux de reconnaissance et d’agents aurait pu parfaitement influer sur le choix de la cible. Or, après l’incident, des informations relatives au « marché mutuellement avantageux » entre eux ont filtré encore une fois dans la presse internationale.

Il est à noter que la veille même de cet acte de vandalisme le Catholicos de la Grande Maison de Cilicie Aram I avait annoncé, lors de la cinquième conférence Arménie-Diaspora, son intention de saisir prochainement la Cour constitutionnelle de Turquie, demandant la restitution du siège historique du catholicosat de Cilicie à Sis et, en cas de refus d’Ankara, de poursuivre la requête devant la Cour européenne des droits de l’homme à Strasbourg. C’est lors de cette même conférence que Serge Sargsyan a parlé de son intention de rappeler les deux protocoles arméno-turcs à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale, en qualifiant la politique conduite par les autorités turques actuelles de négationnisme perfectionné.

On peut croire qu’à l’avenir la stratégie implicite et indirecte de la Turquie visant à influer par ces méthodes sur la volonté de l’Arménie et de la Diaspora arménienne va augmenter davantage les risques pour les Arméniens et les monuments du patrimoine arménien, surtout au Proche-Orient, voire sur le territoire de la Turquie. D’abord comme cible d’attaques, puis comme objets de « sollicitudes » de la part des autorités turques et, finalement, comme objet de battage publicitaire.


Le conflit du Karabakh à nouveau prétexte à la non ouverture de la frontière, mais passage obligé pour la politique de conditions préalables

La méfiance ou les préjugés n’auraient pas surgis lors de l’analyse de démarches et d’approches du gouvernement turc évoquées ci-dessus, ainsi que de sa disponibilité de s’engager, avec l’Arménie, sur la voie de dialogue nouveau et ouvert s’il n’y avait pas une circonstance substantielle.

Bien sûr, la Turquie sait parfaitement que la preuve la plus irréfutable de sa politique ouvertement hostile et malveillante envers l’Arménie est que la frontière arméno-turque demeure fermée, et que cette dernière est encerclée conjointement avec l’Azerbaïdjan. Aussi, les autorités turques sont conscientes que l’ouverture de la frontière arméno-turque (même sans établissement de relations diplomatiques) est la voie la plus courte et la plus efficace pour la mise en place d’une ambiance de confiance nécessaire à la reprise du dialogue qui serait perçue à Erevan comme un signe évident de renoncement à la politique répressive à son encontre.

Il convient de rappeler quÂ’Ă  lÂ’Ă©poque oĂą Ankara et Erevan sÂ’Ă©changeaient les messages dont il a Ă©tĂ© question ou, plus exactement, pendant les jours oĂą le ministre Davutoğlu commentait la politique armĂ©nienne dÂ’Erdoğan et sa disponibilitĂ© Ă  remettre sur les rails le processus de rĂ©conciliation, des Ă©vĂ©nements très importants sont survenus sur lÂ’axe dÂ’affrontements armĂ©no-azĂ©ri.

La trace de l’implication turque qui crée la trame de ces événements semble créer des raisons de « poids » pour la non ouverture de la frontière avec l’Arménie et l’augmentation de la pression sur Erevan en y associant l’axe parallèle. Comme il a été prouvé par le passé, la reprise des hostilités dans la zone de conflit du Karabakh est la voie la plus courte.

La partie azérie a violé d’abord brutalement et de façon inédite le régime du cessez-le-feu le 5 mai, au Nakhitchévan, entraînant des pertes humaines. Au cours de l’histoire de l’accord de cessez-le-feu, conclu en mai 1994 entre les trois parties du conflit du Karabakh, l’Arménie, la RHK et l’Azerbaïdjan, cela était très inhabituel dans ce secteur de la frontière8. Non seulement les experts militaires arméniens, mais également le ministre de la défense de la RA ont parlé sans équivoque de l’implication turque.

Les experts ont rappelé que l’unité créée le 20 décembre 2013 par décret du président azerbaïdjanais Ilham Aliev sur la base du cinquième corps d’armée du Nakhitchévan et sous le nom d’armée complète « a toujours été sous l’attention vigilante des forces armées turques et on pourrait dire qu’elle est en quelque sorte le corps expéditionnaire de cette armée »9.

Le ministre arménien de la défense Seyran Ohanian aussi a fait une telle allusion en se référant aux données fournies par le renseignement militaire : « Le secteur du Nakhitchévan est spécifique dans les forces armées de l’Azerbaïdjan, parce qu’on y a constitué une armée au complet, distincte, et durant sa formation nous avons toujours été renseignés de l’assistance turque, de présence sur ce territoire de mercenaires, ainsi que de petites unités »10.

Dans notre analyse consacrée à cet incident11, outre les motivations de l’Azerbaïdjan d’activer le conflit ou le lien du processus d’adhésion de l’Arménie à l’Union économique eurasiatique (« Avec le Karabakh ou sans lui ? ») nous avions abordé également quelques objectifs liés à l’implication turque.

1) La tension à la frontière du Nakhitchévan signifiait exciter les grandes puissances comme l’Iran, mais en premier lieu la Turquie, ce qui signifie à son tour l’entraîner indirectement dans les affaires du Caucase où l’implication grandissante de la Russie est une réalité.

2) Cette tension était liée aussi à la IVe session du Conseil de coopération des Etats turcophones se tenant à la même époque dans la ville de Bodrum avec la participation des présidents turc, azerbaïdjanais, kazakh et turkmène qui, pour contrebalancer le projet d’intégration eurasiatique promu par la Russie, poursuit également le but de création d’une zone de libre échange avec les pays ciblés par Moscou et en particulier ceux du Caucase.

3) Outre l’intégration économique et politique des pays turcophones dont il a été question à Bodrum, le président azéri avait fait inscrire aussi à l’ordre du jour la question de solution du problème du Haut Karabakh dans le cadre de son intégrité territoriale et celle de mettre en œuvre les quatre résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU12.

Si en juillet-août la Turquie était plongée d’un côté dans la campagne présidentielle du 10 août, de l’autre, pendant la provocation d’envergure déployée par Bakou à la même époque elle s’est repositionnée en tant que partie poursuivant et soutenant les intérêts de l’Azerbaïdjan. Les preuves de son soutien politique et moral à l’Azerbaïdjan sont nombreuses, même si celles de sa participation militaire directe n’existent pas pour l’instant.

Citons parmi celles-ci le traitement de soldats azĂ©ris blessĂ©s dans les hĂ´pitaux turcs de la part de lÂ’Agence turque de coopĂ©ration internationale et de dĂ©veloppement (Turkish International Cooperation and Development Agency (TIKA)). DÂ’ailleurs les soupçons quÂ’il sÂ’agirait en rĂ©alitĂ© de citoyens turcs ou que leur nombre serait plus que les trois blessĂ©s annoncĂ©s nÂ’ont pas Ă©tĂ© dissipĂ©s13. Le prĂ©sident de la Grande assemblĂ©e nationale de Turquie Cemil Čiček14 et le ministre des affaires Ă©trangères Davutoğlu15 leur ayant rendu visite ont saisi l'occasion pour faire des dĂ©clarations non seulement morales, mais aussi politiques, soutenant lÂ’AzerbaĂŻdjan et sa politique dÂ’aventurier.

Quelques autres événements qui ont suivi ont montré à l’évidence ne serait-ce que l’implication politique ou la motivation de la Turquie dans l’exacerbation du conflit. Après la rencontre tripartite des ministres de la défense de l’Azerbaïdjan, de la Turquie et de la Géorgie tenue le 19 août au Nakhitchévan il a été annoncé que « les trois pays feront des exercices militaires conjoints dont le but est l’augmentation de la capacité combative des forces armées », ainsi que « la défense conjointe des infrastructures énergétiques et des communications de la région » tandis que l’objectif de la rencontre de Nakhitchévan serait « l’examen et la signature du plan de mesures visant à renforcer la sécurité de tous les sites stratégiques ».

Par ailleurs, il avait été décidé de convoquer à l’avenir des rencontres similaires à Tbilissi et à Istanbul. Les experts militaires azéris et turcs estiment que cette initiative de la Turquie dans le domaine de la défense et de la sécurité devrait déboucher, à terme, sur la création d’une nouvelle alliance militaire16.

Ankara et Bakou avaient grand besoin d’éventuelle menace « pétrolière et gazière » émanant de l’Arménie, ce qui permettrait à la Turquie, en cas d’exacerbation du conflit, de s’y impliquer directement en tant qu’alliée et partie concernée, y compris pour porter des frappes à Erevan depuis le Nakhitchévan17. Les exercices militaires conjoints d’une envergure sans précédent de l’armée azérie avec les unités des forces armées turques (avec la participation d’environ 35.000 effectifs de tous les corps d’armée et l’expérimentation de tous les types d’armements) qui se sont tenus du 12 au 20 octobre sont certainement la suite de tout cela.

Plus tard, lors de sa toute première visite officielle en qualitĂ© de prĂ©sident de la Turquie que R.T. Erdoğan a effectuĂ©e Ă  Bakou, le 2 septembre, il a dĂ©clarĂ© que « NÂ’importe quel règlement du conflit entre lÂ’ArmĂ©nie et lÂ’AzerbaĂŻdjan autour du Haut Karabakh doit prendre en compte lÂ’intĂ©gritĂ© territoriale de lÂ’AzerbaĂŻdjan », et la Turquie dont « la pierre angulaire de la politique extĂ©rieure doit ĂŞtre la paix et la stabilitĂ© au Sud Caucase considĂ©rera son soutien Ă©ventuel dans ces cadres »18.

Le jour suivant, lors de sa confĂ©rence de presse conjointe avec Ilham Aliev le prĂ©sident turc a dĂ©clarĂ© quÂ’avant dÂ’arranger ses relations avec la Turquie, lÂ’ArmĂ©nie doit Ă©tablir la paix avec lÂ’AzerbaĂŻdjan, et cela doit ĂŞtre le problème numĂ©ro un pour Erevan. Faisant remarquer que le règlement du conflit du Haut Karabakh est une prioritĂ© pour la Turquie et un indice du niveau des relations entre les deux pays, Erdoğan avait ajoutĂ© : « Si le problème armĂ©no-azĂ©ri est rĂ©glĂ©, sera rĂ©glĂ© Ă©galement le problème armĂ©no-turc. Cependant, si le premier nÂ’est pas rĂ©glĂ©, le second restera dans le mĂŞme Ă©tat. Nous lÂ’avons dĂ©clarĂ© aussi par le passĂ© et je le rĂ©itère. Notre soutien dans cette question sera dĂ©terminĂ© Ă  lÂ’avenir aussi »19.

Se prĂ©parant Ă  se rendre au Pays de Galles pour y participer au sommet de lÂ’OTAN, Erdoğan a promis dĂ©jĂ  Ă  Bakou de faire inscrire la question du Haut Karabakh Ă  lÂ’ordre du jour du sommet, en rappelant Ă  lÂ’Alliance atlantique lÂ’importance des promesses faites Ă  lÂ’AzerbaĂŻdjan, quÂ’il fallait tenir comme elle a tenu dÂ’autres promesses faites Ă  dÂ’autres pays20.

Le 5 septembre, Erdoğan dĂ©clarait lors de la sĂ©ance de la commission OTAN-Ukraine : «Il est important que lÂ’OTAN tienne la promesse faite Ă  lÂ’AzerbaĂŻdjan. Le règlement du problème du Karabakh dans le cadre de lÂ’intĂ©gritĂ© territoriale est dÂ’une grande importance et ce conflit doit ĂŞtre rĂ©solu »21.

Erevan a considéré tout cela juste comme « un show pour sauver la face d’Aliev »22, alors qu’Ankara avait non seulement besoin de faire plaisir au petit frère ulcéré ou sauver sa face, mais également reprendre à nouveau, à propos du problème du Karabakh, les positions qui à deux reprises, en 1990-1994 et en 2008-2010 l’avaient aidé à ne pas ouvrir la frontière avec l’Arménie dans les circonstances de pression internationale et sans conditions préalables.

Au moins Ankara sait bien avoir suscitĂ© la curiositĂ© de la communautĂ© internationale par ses messages de mai et de juin, aussi faut-il sÂ’attendre Ă  des pressions importantes de la part de cette dernière. CÂ’est pourquoi une nouvelle fois il se servait du conflit du Karabakh comme dÂ’un instrument tactique. DÂ’autant plus que le premier ministre Davutoğlu dĂ©clarait dans lÂ’un des neuf points du Manifeste prĂ©sentĂ© le 21 aoĂ»t lors de son Ă©lection au poste de prĂ©sident du parti « Justice et DĂ©veloppement » et, lors de lÂ’examen du programme de son nouveau gouvernement Ă  la Grande assemblĂ©e nationale de Turquie que «Les points clĂ©s de lÂ’ordre du jour de la politique Ă©trangère de Turquie sont Chypre et le problème armĂ©nien ».

Face à une nouvelle affirmation de relancer les relations arméno-turques et sur fond d’éventuelles pressions internationales Ankara est conscient du risque de reconnaissance du Génocide de la part de certains pays de l’UE qui l’ont exploité de temps en temps en même temps que les questions chypriote, kurde et celle de la démocratie interne turque afin de ralentir, voire stopper son adhésion à la famille européenne. Cette fois-ci le Centenaire du Génocide et les déclarations d’Erevan se sont ajoutés à celles-ci.

Aussi, les autorités turques ont eu beau déclarer que l’UE resterait pour Ankara un objectif stratégique23, il est néanmoins évident que pour lui les axes turco-européen et turco-arménien sont implicitement liés, en conséquence la démarche dans le sens d’intensification du second exige, en tant que moyen tactique, l’activation du premier et vice versa.

Rien que lÂ’ambitieuse conception de la « Nouvelle Turquie » et les voies pour y atteindre dont tous les critères ont Ă©tĂ© prĂ©sentĂ©s par R. Erdoğan et A. Davutoğlu aussi bien lors du congrès de leur parti24 que devant le parlement turc (le fait de faire partie aux 10 puissances Ă©conomiques du monde dans une « Marche sacrĂ©e » bourrĂ©e dÂ’Ă©lĂ©ments islamiques) tĂ©moignaient plutĂ´t des intentions de la Turquie de devenir non pas membre de lÂ’UE, de plus aux couleurs religieuses, mais dÂ’une puissance rĂ©gionale. Par consĂ©quent, il ne reste que gĂ©rer les risques au sujet de la question armĂ©nienne qui surgissent sur cette voie en provenance de lÂ’UE, dÂ’autres pays et dÂ’ArmĂ©nie.


Retour à la case départ ?

L’Arménie et la Turquie franchissent la date du centenaire du Génocide arménien de 1915 sans avoir tourné la page douloureuse de celui-ci, dans les conditions d’absence de relations diplomatiques, par des frontières fermées, avec le poids de la haine ancienne et nouvelle. Les deux rivaux se préparent à cette date mythique, chacun avec des préparatifs plus importants qu’à l’ordinaire, une détermination, des stratégies révisées, bien que pour tous les deux les incertitudes du passé soient plus nombreuses que les certitudes.

Depuis un peu plus de deux décennies, la Question arménienne avec ses composantes turque et, depuis les années 90, d’Artsakh (de Karabakh) qui s’y est ajoutée constitue le contenu déterminant des relations de l’Arménie avec la Turquie et l’Azerbaïdjan25. La principale force motrice dans les relations des parties demeure la haine d’antan ranimée par de nouveaux conflits ou leurs risques, par une politique malveillante et d’accusations mutuelles qui ne font qu’ouvrir et raviver la plaie non cicatrisée.

À peine lancée, la nouvelle tentative de réconciliation arméno-turque relancée en 2014 après une pause de quatre ans s’est déjà articulée intentionnellement, par les efforts d’Ankara, avec le problème du Karabakh, en tant que condition. La situation a quelque chose de déjà vu, à une exception près : dans les années 90, le conflit du Karabakh était parfaitement « chaud », alors qu’actuellement il risque à peine d’être activé à moins que des tentatives de sa plus grande exacerbation ne se manifestent pas.

Rien que cela montre à l’évidence que cette fois-ci encore la Turquie est intéressée exclusivement à faire semblant de vouloir régler le problème et, par le biais de demi-mesures, à franchir d’abord l’échéance du centenaire du Génocide, puis à faire traîner, ne serait-ce que pendant quelques années ou affaiblir le processus international de reconnaissance du Génocide.

Si lÂ’influence du conflit du Karabakh sur les relations armĂ©no-turques a toujours fait lÂ’objet de discussions, le fait quÂ’Ankara ait très souvent affectĂ© ce conflit par le biais de relations armĂ©no-turques est restĂ© dans lÂ’ombre. Dans la politique rĂ©gionale conduite par les actuelles autoritĂ©s turques, tant la question armĂ©nienne que le conflit du Karabakh sont « multifonctionnels ». ConformĂ©ment Ă  la conception « Fond stratĂ©gique » dÂ’Ahmet Davutoğlu, ils sont Ă©galement des actifs stratĂ©giques dont chacun peut se transformer en instrument tactique pour influer sur lÂ’autre et vice versa.

Le processus de réconciliation arméno-turque pourrait enregistrer une avancée si on arrive à réduire au minimum non seulement le lien et l’influence réciproque de ces deux problèmes, mais également en privant la Turquie de toute les possibilités de les utiliser à des fins tactiques. Transformer la réconciliation arméno-turque en objectif stratégique pour Ankara suppose tout d’abord un contrôle quasi parfait du conflit du Karabakh, en excluant tous les risques de déstabilisation. Surtout que, comme le montre l’expérience, l’Azerbaïdjan, la Russie et la Turquie y sont souvent intéressés, bien sûr, en poursuivant des intérêts divers.

La dérive ou les secousses tectoniques des intérêts des grandes puissances dans la région du Caucase peuvent, bien entendu, motiver la Turquie pour poursuivre les grands objectifs de sa politique régionale, de s’y lancer, en manifestant de l’intérêt, dans ce contexte, pour un agenda arméno-turc de moindre importance. Cependant, de telles secousses exacerbent rapidement les problèmes sécuritaires qui s’opposent justement au rapprochement arméno-turc.

L’approche traditionnelle selon laquelle la progression du processus arméno-turc est possible en cas de percée dans le problème du Karabakh est peut-être aussi ratée que la position turque sur la question des conditions. Comme l’a montré l’expérience précédente, les tentatives de coordination des détails du Grand accord de règlement du conflit ont joué leur rôle dans l’approfondissement de l’impasse arméno-turque.

Pour la Turquie, les agendas européen et arménien aussi sont interconnectés et ont à la fois une signification stratégique et tactique qu’Ankara met en jeu de la même manière qu’il utilise le problème du Karabakh dans sa politique arménienne. C’est là qu’il faut trouver la clé de l’énigme. Il semble que la reconnaissance du Génocide par l’UE, les Etats-Unis et d’autres pays, et d’autre part la démocratisation en profondeur de la Turquie à la suite de son intégration européenne, seraient capables de priver ce pays de la possibilité de se servir de l’agenda arménien comme instrument tactique sur d’autres axes en le transformant en perspective stratégique inéluctable.

Pour l’instant, Erevan et Ankara avancent sur différentes lignes de forces qui font se rapprocher la haine, qu’elle soit ancienne ou nouvelle. L’objectif d’Ankara est de prendre sous son contrôle absolu toutes les questions de l’agenda arméno-turc avec tous ses bénéficiaires : reconnaissance du Génocide, problème du Karabakh, historiens étrangers et arméniens, promoteurs de la politique, Diaspora, en gérant toute seul le processus pendant plusieurs années. Erevan, quant à elle, en proclamant ouvertement comme objectif la reconnaissance internationale du Génocide, va essayer, par le biais de la Diaspora et des structures de lobbying, de retirer le problème du Génocide du contrôle exclusif d’Ankara en le transmettant à la communauté internationale et à l’opinion turque libre, ce qui va tout à fait dans le sens de l’approche internationale/européenne.

Les risques pour la réconciliation sont particulièrement importants en cette année de centenaire du Génocide. Les démarches politiques et semi-militaires répressives de la Turquie l’année dernière et cette année font penser que de telles manifestations, avec l’apparition de nouveaux foyers d’hostilité, sont possibles aussi dans un avenir proche. L’Arménie et la communauté internationale doivent être capables de maîtriser tous les risques, sinon la réconciliation et la normalisation de relations seront substituées par une haine grandissante.


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7. Stépan Safaryan, Vandalisme contre l’église des Saints Martyrs : terrorisme ou crime prémédité ? http://hetq.am/arm/news/56541/vandalizm-srboc-nahatakac-ekexecu-handep-ahabekchutyun-te-tsragrvats-otchir.html

8. Stépan Safaryan, Frontière chaude arméno-azérie : la Turquie entrera-t-elle en jeu ? http://hetq.am/arm/news/55017/tezhacox-hay-adrbejanakan-sahman-turqian-kmtni-khaxi-mej.html


9. Pour la première fois depuis la conclusion du cessez-le-feu l’armée arménienne a essuyé des pertes sensibles sur la frontière arméno-nakhidjévanaise, http://www.tert.am/am/news/2014/06/06/jox/


10. Seyran Ohanian/ Nous ferons tout pour que le calme relatif au Nakhitchévan soit maintenu, http://www.tert.am/am/news/2014/06/06/Seryan-ohanyan-comment/


11. Stépan Safaryan, Frontière chaude arméno-azérie : la Turquie entrera-t-elle en jeu ? http://hetq.am/arm/news/55017/tezhacox-hay-adrbejanakan-sahman-turqian-kmtni-khaxi-mej.html

12. Remarquons que, surtout au courant de 2014, le président azéri dans ses nombreuses interventions, telles que dans son message de mai à l’occasion de l’anniversaire de la première République d’Azerbaïdjan, puis en juin, dans sa parole de bienvenue à la conférence de l’OSCE et dans son discours à la IVe session du Conseil de coopération des Etats turcophones à Bodrum, puis le 8 août à Sotchi, lors de la rencontre tripartite à l’initiative du président russe V. Poutine, a souligné une nouvelle fois le fait que les quatre résolutions du CS de l’ONU n’ont pas été accomplies. Rappelons à l’époque de la première résolution du CS de l’ONU adoptée suite aux opérations de Kelbadjar, le 30 avril 1993, la Turquie avait déclaré qu’en cas de non accomplissement de celle-ci il faudrait appliquer des sanctions à l’égard de l’ « agresseur », de même qu’elle a menacé à maintes reprises de le faire par son intervention militaire et par ses actions. Stépan Safaryan, Le conflit du Karabakh dans la politique arménienne de la Turquie.

13. Turkish parliamentÂ’s speaker visits wounded Azerbaijani soldiers and Gazans http://en.cihan.com.tr/news/Turkish-parliament-s-speaker-visits-wounded-Azerbaijani-soldiers-and-Gazans_9575-CHMTUxOTU3NS80

14. Turkish parliamentÂ’s speaker visits wounded Azerbaijani soldiers and Gazans,http://en.cihan.com.tr/video/Turkish-parliament-s-speaker-visits-wounded-Azerbaijani-soldiers-and-Gazans_9575-CHMTUxOTU3NS8wLzIvMA

15. Turkish FM visits Azerbaijani soldiers wounded in battles with Armenians, http://www.news.az/articles/karabakh/91071


16. Stépan Safaryan, Bakou et Ankara entraîneraient-ils Tbilissi dans une nouvelle alliance militaire ou une nouvelle aventure ? http://hetq.am/arm/news/56153/baqun-ev-ankaran-tbilisiin-nerqashum-en-razmakan-nor-dashinqi-te-hakahaykakan-nor-arkatsakhndrutyan-mej.html

17. Stépan Safaryan, Défense antiaérienne des communications énergétiques et de transport :afterchocs d’août de Bakou ou début d’une nouvelle aventure ? », http://hetq.am/arm/news/56162/energetik-ev-transportayin-haxorduxineri-hakaodayin-pashtpanutyuny-baqvi-ogostosyan-hetcncum-te-nor-arkatsakhndrutyan-skzbnapul.html


18. Erdogan says Nagorno-Karabakh peace is foreign priority, http://www.aa.com.tr/en/turkey/382946--erdogan-says-nagorno-karabakh-peace-is-foreign-priority


19. Erdogan: Armenia's 1st task is peace with Azerbaijan,http://www.aa.com.tr/en/turkey/383280--erdogan-armenias-1st-task-is-peace-with-azerbaijan

20. Stépan Safaryan, Le nouveau message de l’OTAN au sujet du Karabakh, http://hetq.am/arm/news/56337/nato-i-xarabaxyan-nor-uxerdzy.html

21. Эрдоган поднял вопросы Карабаха и Крыма на саммите НАТО / Erdoğan a soulevĂ© les questions du Karabakh et de CrimĂ©e lors du sommet de lÂ’OTAN/, http://www.regnum.ru/news/polit/1844569.html

22. Armenian PresidentÂ’s spokesman on ErdoganÂ’s statement in Baku, http://www.panorama.am/am/politics/2014/09/04/a-saghatelyan/

23. New government to focus on EU and Kurdish bid, http://www.hurriyetdailynews.com/new-government-to-focus-on-eu-and-kurdish-bid.aspx?pageID=238&nid=71147&NewsCatID=338

24. The AKP's manifest destiny, http://www.al-monitor.com/pulse/ru/originals/2014/08/turkey-akp-davutoglu-erdogan-manifest-akyol.html#

25. Styopa Safaryan, Le conflit du Karabakh dans la politique arménienne de la Turquie


Lire aussi :

Centenaire du Génocide Arménien : hostilité naissante ou réconciliation ? - I




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