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Exclusif : De sa prison, Sevan Nichanian, parle de la Turquie et de l’islam
Publié le : 11-02-2015

Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - Avec l’aide de l’écrivain et militant turc, Sait Çetinoğlu, l’ONG PEN a pu faire parvenir sa demande d’interview et ses questions à Sevan Nichanian [Nişanyan selon l’orthographe turque] dans la prison de Yenipazar, où l’écrivain arménien de Turquie purge actuellement une peine de deux ans, du fait d’un litige avec les autorités turques dans une affaire de construction. Notons d’ailleurs qu’il risque la perpétuité pour ces prétextes totalement fallacieux, avec 15 autres procès en cours. Le vrai but de l’Etat turc est bien évidemment de museler cet intellectuel arménien, et ce en particulier en cette année 2015 qui verra les commémorations du centenaire du génocide arménien. Le 22 mai 2013, une cour d’Istanbul l’avait aussi déclaré coupable de ‘dénigrement des valeurs religieuses’ et Sevan Nichanian a été alors condamné à plus d’un an d’emprisonnement. C’est de cela que l’écrivain arménien parle ici.

Malgré son isolement carcéral, Sevan Nichanian prend part dans cette interview exclusive au débat actuel concernant l’islam et l’islamisme : « Ce pays [La Turquie], tout comme le monde en général, a urgemment besoin d’un vrai débat sur le rôle de l’islam dans la société moderne. Mais ce débat est impossible si chaque phrase contraire aux croyances, aux préjugés, aux habitudes ou aux sensibilités de ceux qui se sont autoproclamés les porte-paroles de l’islam, va être interdite ou va faire l’objet d’un procès ou bien va être accueillie par des paroxysmes de colère. » « Sevan Nichanian est un personnage controversé en Turquie en raison de ses vives critiques du kémalisme, de l’islam, ainsi que de son opposition ouverte au refus des autorités turques de reconnaître qu’il y a eu un génocide arménien. »

Le Collectif VAN vous propose la traduction d’un article en anglais publié sur le site Pen International le 5 février 2015.



Photo : Sevan Nichanian est un personnage controversé en Turquie en raison de ses vives critiques du kémalisme, de l’islam, ainsi que de son opposition ouverte au refus des autorités turques de reconnaître qu’il y a eu un génocide arménien.

Pen International

5 février 2015

Sevan Nichanian condamné à une peine d’emprisonnement pour ‘dénigrement des valeurs religieuses’

Sevan Nichanian [Nota CVAN : Nişanyan selon l’orthographe turque] est un écrivain, un linguiste, un hôtelier et un intellectuel issu de la minorité arménienne de Turquie, dont les dictionnaires étymologiques, les livres de voyages et les traités sur la culture anatolienne, islamique et turque ont été largement salués en raison de leur importance pour le discours culturel turc contemporain. C’est un personnage controversé en Turquie en raison de ses vives critiques du kémalisme (l’idéologie du fondateur de la Turquie moderne, Mustapha Kemal Atatürk), de l’islam, ainsi que de son opposition ouverte au refus des autorités turques de reconnaître qu’il y a eu un génocide arménien.

L’une des plus grandes controverses dans laquelle Nichanian a été impliqué concerne un post de blog en septembre 2012. S’exprimant sur son blog personnel, Nichanian a critiqué l’appel du gouvernement à introduire une nouvelle motion contre le « discours de haine » en réponse à la sortie du film L’innocence des musulmans. Le film a suscité de vastes protestations à travers le monde, du fait de sa description peu flatteuse du prophète Mohammed. Dans son post écrit pour défendre la liberté d’expression, Nichanian critiquait la tentative du gouvernement de faire interdire la critique du Mohammed historique.

Le ministère public a jugé que le post de Nichanian constituait une diffamation religieuse et il a été accusé en vertu de l’article 216/3 du Code pénal turc. Le 22 mai 2013, une cour d’Istanbul l’a déclaré coupable et il a été condamné à 15,5 mois d’emprisonnement [Nota CVAN : toutes les dépêches de l’époque parlent d’une condamnation de 13,5 mois de prison]. Cette condamnation et la peine de prison font l’objet d’un appel.

PEN International note que Nichanian risque d’autres peines de prison pour avoir offensé l’élite conservatrice et est très inquiet de constater que sa condamnation et sa peine sont motivées par l’animosité contre sa liberté d’expression légitime en tant qu’intellectuel public.

L’organisation pense que le commentaire de Nichanian relève tout à fait du domaine de la critique légitime historique et religieuse et que sa condamnation pour diffamation religieuse est une violation de son droit à la liberté d’expression, ainsi que de son droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion/croyance.

Ces deux droits sont protégés par les articles 18 et 19 du Pacte international relatif aux droits civiles et politiques (PIDCP) et les articles 9 et 10 de la Convention européenne des droits de l’homme (CEDH), dont la Turquie est un État partie.

L’article 216/3 fonctionne comme une loi sur le blasphème en criminalisant le ‘dénigrement des valeurs religieuses’ en public. Cet article a été critiqué car il accorde des niveaux différents de protection aux différentes religions ou croyances et parce qu’il est appliqué de manière discriminatoire, plus particulièrement quand il s’agit de croyances non-orthodoxes ou non-religieuses ou anti-religieuses. Ces inquiétudes ont été mises en évidence dans les procès du célèbre pianiste et compositeur Fazil Say et des journalistes Ceyda Karan et Hikmet Cetinkaya. PEN réitère le commentaire fait dans le Plan d’action de Rabat relatif à l’interdiction de l’incitation à la haine nationale, raciale et religieuse en matière de lois sur le blasphème : « Le droit à la liberté de religion ou de croyance, inscrit dans les normes juridiques internationales, n’inclut pas le droit d’avoir une religion ou une croyance exempte de critiques ou de ridiculisation ». PEN pense que le droit fondamental à la liberté d’expression garantit le droit à exprimer des opinions critiques, mêmes celles qui offensent, choquent ou perturbent. PEN appelle les autorités turques à abroger l’article 216/3 et à renoncer à tous les procès intentés à des écrivains en vertu de cette loi, pour leur expression légitime.

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L’interview ci-dessous a été menée avec l’aide de Sait Çetinoğlu, qui a très aimablement fait parvenir les questions de PEN à Nichanian dans la prison de Yenipazar, où l’écrivain arméno-turc [Nota CVAN : Les Arméniens - reconnus officiellement comme une minorité en Turquie - ne doivent pas être désignés par le terme d’ « Arméno-Turcs », mais par celui d’ « Arméniens de Turquie »] est actuellement en train de purger une peine de deux ans, du fait d’un autre litige avec les autorités turques dans une affaire de construction.


Un procès vous a été intenté à cause d’un article écrit sur votre propre blog. Que nous apprennent ce procès et le fait que vous avez été condamné à son issue sur l’état de la liberté d’expression en Turquie ?

Sevan Nichanian : Le post du blog pour lequel j’ai été condamné argumentait simplement qu’un discours irrespectueux sur un ancien leader arabe – sous-entendu le prophète Mohammed – était une question de liberté d’expression qui devrait être protégée par la loi. Les propos sur le prophète illustrant ce point étaient modérément irrespectueux.

De ce fait, un ministre du gouvernement m’a attaqué en utilisant un langage infâme, un assistant important du Premier ministre de l’époque, ainsi que de hauts fonctionnaires religieux ; plusieurs journaux ont lancé une campagne de lynchage ; j’ai reçu des centaines de menaces de mort ; j’ai été poursuivi en justice dans une dizaine de tribunaux à travers le pays ; et j’ai été condamné à 15,5 mois de prison pour blasphème.
[Nota CVAN : toutes les dépêches de l’époque parlent d’une condamnation de 13,5 mois de prison. Cette peine semble donc avoir été durcie, à moins qu’il ne s’agisse d’une erreur de transcription].

Je pense que cette affaire illustre bien à quel point la liberté d’expression est en danger dans ce pays ; du moins, en ce qui concerne les préjugés islamiques.

Qu’est-ce que la cour a indiqué comme raisonnement sous-tendant sa décision ?

S.N : La cour a tenté de façon plutôt tendancieuse de baser sa décision sur des précédents à la Cour européenne des droits de l’homme. Elle a affirmé, sans preuves, que le message sur mon blog « menaçait l’ordre public ». Il était nécessaire d’ajouter cela pour pouvoir appliquer l’article 216 du Code pénal turc, qui criminalise le blasphème quand il menace l’ordre public.

À votre avis, qu’est-ce qui prêtait à objection dans ces arguments et pensez-vous qu’ils représentent une restriction indue de votre liberté d’expression ?

S.N : Je pense que ce pays [la Turquie], tout comme le monde en général, a urgemment besoin d’un vrai débat sur le rôle de l’islam dans la société moderne. Mais ce débat est impossible si chaque phrase contraire aux croyances, aux préjugés, aux habitudes ou aux sensibilités de ceux qui se sont autoproclamés les porte-paroles de l’islam, va être interdite ou va faire l’objet d’un procès ou bien va être accueillie par des paroxysmes de colère.

Quel est l’impact de ce genre de procès sur des critiques ouverts tels que vous ainsi que sur de simples citoyens ?

S.N : Les simples citoyens sont intimidés. Les critiques ouverts résisteront probablement plus longtemps, mais le rythme de la spirale de la répression fera que beaucoup y réfléchiront à deux fois.

Quel est l’impact de ces procès sur vos écrits ?

S.N : Je suis en prison depuis maintenant un an. Bien évidemment, cela a un effet modérateur sur les écrits de quiconque. J’utilise le temps que j’ai à me concentrer sur mes recherches universitaires, c'est-à-dire la linguistique historique.

Pourquoi est-il important que les formes d’expression qui offensent, choquent ou perturbent vaillent la peine d’être protégées ?

S.N : Tout ce qui est réellement nouveau dans une société va, par définition, offenser, choquer ou perturber. Vous ne pouvez pas nager à contre-courant d’une opinion reçue sans toucher les nerfs du propriétaire de l’opinion reçue.

Vous pouvez laisser les choses se faire dans leur ordre établi, ou vous devez encourager et protéger ceux qui risquent d’offenser et de choquer dans leur quête de nouvelles pistes de pensées. Parmi ceux qui offensent, il peut y avoir des pourvoyeurs de mauvaises idées. Mais il ne faut pas s’attendre à entendre de nouvelles idées sans être prêt à tolérer une certaine quantité d’idioties.


Ces dernières années, les procès intentés en vertu de l’article 216 du Code pénal turc ont de plus en plus occupé le devant de la scène ; de fait, certains ont décrit l’article 216 comme étant le nouvel article 301 de la Turquie. Qu’est-ce que cela nous apprend sur la manière dont les tabous ont changé en Turquie ces dernières années ?

S.N : En fait, l’article 216 est une loi relativement bien formulée. Dans un même environnement, il peut être utilisé pour pénaliser les campagnes de diffamation, par exemple contre les juifs ou d’autres minorités religieuses. Le problème est que la plupart des cours turques estiment que leur devoir est de défendre à tout prix l’autorité du gouvernement contre les revendications d’un individu ou les intérêts d’une minorité. Le nationalisme a été la vache sacrée du gouvernement turc jusqu’en 2002 ; donc, les libres penseurs et les dissidents ont été poursuivis pour avoir touché à ce bovin précis. Maintenant, l’islam est la vache sacrée, et il faut faire attention à ne pas irriter celle-ci.

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Les opinions exprimées par Nichanian lors de cette interview ne reflètent pas ou ne représentent pas nécessairement les opinions de PEN International.


©Traduction de l’anglais C.Gardon pour le Collectif VAN – 9 février 2015 – www.collectifvan.org


Lire aussi :

Dossier du Collectif VAN : Affaire Sevan Nişanyan [Nichanian]




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Source/Lien : PEN International



   
 
   
 
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