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1915, Le peuple turc doit regarder la vérité en face
Publié le :

Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - Le Collectif VAN vous propose cet article publié sur le site Repair le 9 février 2015.















Repair

lundi 9 février 2015

Sait Çetinoglu

Historien turc

Sans langue de bois et avec une franchise rare, Sait Çetinoglu expose les raisons pour lesquelles les compensations et indemnisations sont une nécessité morale et explique pourquoi une restitution sans condition des biens arméniens devenus propriété d’état s’impose. Rappelant que « toutes les couches de la société et tous les niveaux de l’État ont participé, d’une manière ou d’une autre, au processus génocidaire et en ont tiré profit », il explique également que les Arméniens et autres peuples victimes de génocide devraient pouvoir déterminer les compensations et indemnités pour les pertes humaines subies et souligne que le devoir de tous devrait être de les soutenir « sans condition et sans restriction ».

Sevan Nişanyan, un des reprĂ©sentants de la communautĂ© armĂ©nienne de Turquie connu pour son franc-parler, a Ă©tĂ© pris pour cible pour ses critiques envers la religion et le rĂ©gime actuel. Il Ă©copera dÂ’une peine de prison quasi Ă©quivalente Ă  la perpĂ©tuitĂ© pour une bĂŞte infraction Ă  la rĂ©glementation foncière. Il est dĂ©tenu depuis un an dans un centre de dĂ©tention de haute sĂ©curitĂ©, trimbalĂ© d'une maison dÂ’arrĂŞt Ă  l'autre (quatre Ă©tablissements diffĂ©rents). Dans un tel contexte, jÂ’ai bien conscience que parler de justice peut paraĂ®tre ironique et je voudrais donc prĂ©ciser ma dĂ©marche: jÂ’essaierai ici dÂ’Ă©laborer lÂ’idĂ©e de « processus » pour parler du gĂ©nocide armĂ©nien de 1915 et le concept de « justice a posteriori ».

William A.Schabas, juriste spécialisé en droit pénal, jouit d’un prestige international. Bien que les quelques références faites au concept de crime contre l’humanité remontent à quelques centaines d’années, précise-t-il dans un exposé détaillé sur le crime de génocide, c’est lors du processus génocidaire de 1915 qu’il est utilisé pour la première fois dans son acception contemporaine. Il insiste également sur le fait que la quête de justice sur le génocide arménien est toujours en suspend : “Dans un communiqué des trois forces alliées,les massacres perpétrés contre la population arménienne de Turquie ont été déclarés « crime contre l’humanité » et les personnes ayant pris part aux événements seront tenues pour individuellement responsables. Des voix se sont cependant élevées lors des négociations de paix d’après-guerre pour remettre en question la condamnation pénale et aucune poursuite n’a jamais été lancée au niveau international pour les événements de 1915 (dits “génocide” en arménien)”1. Ses propos démontrent la persistance de l’injustice.

Silence d’un côté et déni de l’autre: d'une certaine manière, le génocide se poursuit encore aujourd'hui. Même après cent ans de “realpolitik” et d’hypothèque judiciaire, il faut que la justice se libère enfin de ses chaînes avant qu’il ne soit trop tard.

La demande de justice est, comme chacun-e sait, un droit fondamental. Elle est universelle. La recherche d’équité implique d’envisager la demande de justice de la société arménienne dans sa dimension humaine et universelle. Le crime de génocide entre dans la catégorie particulière de « crime contre l’humanité » et doit donc être envisagé à la lumière de valeurs universelles.

Le génocide est un processus. Dans cette perspective, les processus du génocide de 1915 doit être pensé sur une période de dix ans allant de 1913 à 1922. C’est dans ce laps de temps que se sont produits les événements les plus dramatiques. Ils avaient eu des précédents, en 19132 dans la région égéenne. Le processus se déroula sur dix ans et aboutit finalement par quelques soubresauts dans un contexte renouvelé par les persécutions kémalistes. Le contexte historique du génocide de 1915 ici précisé est valable pour le peuple arménien tout comme pour les autres peuples alors éradiqués.

MĂŞme si lÂ’on entend dire que tout le monde nÂ’Ă©tait pas au fait des crimes contre lÂ’humanitĂ© perpĂ©trĂ©s et des mesures prises pendant le processus gĂ©nocidaire, la majoritĂ© Ă©tait au courant3 et la responsabilitĂ© collective est largement partagĂ©e. Est-il possible que lÂ’ĂŞtre humain soit inconscient de ses propres faits et gestes ? Toutes les couches dÂ’une sociĂ©tĂ© et tous les niveaux de lÂ’administration avaient-ils perdu conscience pour en arriver lĂ  ? İl nous faut donc reconnaĂ®tre quÂ’il sÂ’agit bien dÂ’un crime collectif.

Toute la société est responsable

Toutes les couches de la société et tous les niveaux de l’État ont participé, d’une manière ou d’une autre, au processus génocidaire et en ont tiré profit. Rien ne pourra jamais l’effacer et les profits retirés sont d’ailleurs toujours valables aujourd’hui.

La formulation de cette vérité, bien que limpide, provoque de nombreuses réactions. Dans le reportage que j’ai fait récemment avec Greta Avetisyan pour l’Armedia le 9 décembre 2014, elle disait: “En Europe, on qualifie de “nazis” celles et ceux qui disent qu’ils ne sont pas responsables des actes de leurs grands-parents. Considérer des terres historiquement arméniennes comme turques ou comme intégrées au Kurdistan revient à s’associer aux crimes génocidaires. C’est une manière d’accepter la colonisation de l’Arménie historique.”4. Mais c’est son usage de “Kurdistan” qui a dérangé. Les a priori s’y sont mêlés, et la discussion s’est terminée en expliquant, entre autres, que le Kurdistan n'était pas concerné:

Ce qui se passait au-delà de l’Euphrate n’était pourtant rien d’autre qu’une expulsion des populations et une colonisation de l’Arménie historique5.

Il faut bien entendu préciser que les peuples victimes de génocide (Arméniens, Grecs Pontiques, Grecs de Turquie, Assyro-Syriaques) ne sont en aucun cas à l’origine de ces événements. Il nous faut reconnaître cette réalité sans condition et bien comprendre que l’impunité perdure encore aujourd’hui faute de réparation.

N’oublions pas également le traitement partial qui en est fait : une partie seulement des événements est mise en avant, tandis que d'autres aspects sont totalement négligés. On rappelle la maison de la famille Kasapyan transformée en palais présidentiel, alors qu’on n’évoque nullement les biens confisqués en Arménie historique, en d’autres termes de l’autre côté de l’Euphrate. Cette négligence6 témoigne d’un double standard7 qu’il faut abandonner si l’on veut commencer par aborder le problème avec un sens minimum de la justice.

Les victimes se sont vues dépouillées de leurs biens, privées de leur culture, éloignées de leurs enfants réduits à l’esclavage, massacrées et déshumanisées au moment du génocide.

C'est un problème de conscience tout autant qu'un problème juridique. Cela implique donc aussi un sens de l’équité dans l’approche et une évaluation des événements selon les principes de justice universelle.

Il s’agit, au bas mot, de demander réparation pour cette injustice historique et d’obtenir une justice a posteriori. Il est possible de le présenter de la manière suivante :

Pour commencer, il est fondamental que l’État, les organisations professionnelles (Association turque des métiers du soin, Société des journalistes …), les syndicats et les chambres professionnelles, soient poussés à soutenir cette quête de justice. Ils pourraient, par exemple, exprimer la sincérité de leur engagement en portant à l’ordre du jour le massacre de certains de leurs membres. Cette attitude constituerait une avancée significative pour demander ensuite une cérémonie symbolique au Parlement (TBMM) en mémoire des parlementaires arméniens assassinés pendant le génocide (ces derniers avaient été emmenés pour être soi-disant jugés. Ils furent finalement torturés, puis exécutés).

Aujourd'hui, les peuples victimes de génocide dans la région ont un large éventail de demandes en termes d'indemnités et de justice a posteriori : elles vont d'une simple excuse (officielle. ndlt.) à la restitution de 150 000 kilomètres de terres saisies après l'armistice de Moudros, en passant par la modification du nom de l'avenue « Halaskargazi » à Istanbul en avenue « Hrant Dink ».

Les compensations et indemnisations sont une nécessité morale

Les Arméniens et autres peuples victimes de génocide devraient pouvoir déterminer les compensations et indemnités pour les pertes humaines subies. Notre devoir est de les soutenir sans condition et sans restriction.

L’hétérogénéité des demandes peut poser problème, mais on peut s’en remettre à un juge/spécialiste pour mieux dépasser cette difficulté et formuler quelques propositions grâce à son éclairage :

Parmi les chercheurs travaillant sur le génocide, Henry Theriault de l’université de Worcester, souligne clairement, dans son travail sur le génocide arménien, que les compensations et indemnisations envisageables relèvent avant tout d’une nécessité morale: “Les meurtres, les viols et les mauvais traitements, le coût culturel, social, et autres pertes sont indiscutablement irrattrapables. Il y a pourtant UNE chose très importante qui peut véritablement être faite.”. Dans son propos, il rappelle les problèmes d’indemnisations et la difficulté à rendre justice et énumère une série de propositions concrètes pour les réparations:

“Voici quelques indemnisations possibles du gĂ©nocide armĂ©nien: premièrement, la restitution ou l'indemnisation pour les terres et les biens spoliĂ©s. İl faut, par ailleurs, prendre en compte ;

1. les biens et propriétés disparus ou détruits,

2. le calcul d'un intérêt sur les pertes matérielles subies,

3. le prix du travail forcé (esclavage),

4. les douleurs des morts et des rescapés,

5. la perte d’un million et demi de personnes en tant que membres d’une communauté, membres d’une certaine famille,

6. des indemnisations doivent également être versées auprès des institutions culturelles, religieuses et éducatives.

Deuxièmement, la Turquie doit faire avancer concrètement l’indemnisation des pertes arméniennes non-versées. Elle se doit également de soutenir les survivants dans leur effort pour se reconstruire: la jeune République d’Arménie en développement, aussi bien que sa diaspora, fruit du génocide, regroupée autour d’institutions économiques, politiques, sociales sans oublier les victimes dans le giron turc.Troisièmement, l’État turc doit accepter toutes les étapes du génocide, il doit faire en sorte que le peuple turc apprenne la vérité historique et doit faire son possible pour faire connaître le génocide à l’échelle internationale. Quatrièmement, en parallèle du versement des indemnisations, l’État et la société turque doivent entrer dans une phase de réhabilitation. Il leur faut éradiquer tous les éléments de la tradition et des pratiques institutionnelles liées à l’idéologie du génocide. Il leur faut mettre fin aux attitudes stigmatisantes envers les Arméniens, mettre fin à l’expression multiforme d’une identité nationale turque soit disant supérieure, vision héritée de l’Empire, fondée sur un complexe de supériorité vis-à-vis des Arméniens et autres communautés. Cette phase de réhabilitation doit se concentrer tout particulièrement sur l’oppression et la violence faite aux femmes arméniennes: elles ont constitué une cible privilégiée pour la simple raison qu’elles étaient femmes car le viol et l’exploitation sexuelle ont été l’essence du génocide arménien
8. »9

Une restitution sans condition des biens devenus propriété d’état s’impose

Il est essentiel de créer une base de dialogue et une atmosphère propice pour mettre en place toutes ces propositions. Pour un résultat équitable et salutaire, il est nécessaire d’assurer les conditions d’un dialogue de qualité afin de permettre l’expression des différents points de vue sans contrainte et la libre formulation de leurs demandes.

Ouvrons une parenthèse : la question d’un versement n’est pas plus facile que de parler de compensations et d’indemnisation. Une partie des victimes du génocide vit en effet avec des individus ayant tiré profit du génocide. Le fait que l’indemnisation soit payée aux victimes avec leurs propres impôts pose problème et mérite discussion. Il serait trop simple de faire encore payer la facture aux quelques survivants du génocide. N’oublions pas que ce réflexe existe potentiellement dans toutes les sociétés coupables de crimes. La mise en place d'une atmosphère de liberté et de sécurité est donc vitale.

L’État pourrait faire un geste et on peut Ă©numĂ©rer ici quelques mesures faciles Ă  mettre en Âśuvre: assurer le retour des exilĂ©s sans condition; restituer les droits liĂ©s Ă  la citoyennetĂ© pour celles et ceux qui en ont Ă©tĂ© injustement privĂ©s et la remise dÂ’un passeport turc pour ceux qui le souhaitent ; restituer la topologie armĂ©nienne du territoire pour dissiper cet Ă©cran de fumĂ©e et cesser dÂ’ĂŞtre “le pays qui oublie son nom”, selon la formule de notre cher Sevan Nişanyan.

Si l’on s’en remet à l’avis des spécialistes, une restitution sans condition des biens, aujourd’hui propriétés étatiques, constituerait la preuve décisive d'une démarche résolue pour démarrer le versement de compensations et d’indemnisations.

La quasi-totalité des pertes figure dans les archives de l’État. Puisque les titres de propriété ont été numérisés, il serait très simple de les évaluer et de retracer les changements et les saisies des titres de propriété dans les registres courants depuis 1913. Une partie des biens est enregistrée à titre privé ; d’autres au nom de l’État. Rien n’empêche légalement l’État de restituer sans condition la partie qu’il possède aux ayants droit. S’il n’existe pas d’ayant droit, les biens peuvent être transmis aux institutions de la société des victimes.10

Acquis de manière variable, la restitution ou la compensation de biens aujourd’hui aux mains de personnes privées fait l’objet d’un autre débat. Ils sont en effet le résultat de divers modes de saisie et d’appropriation. Un de ces mécanismes consistait à convertir à l’Islam les enfants arméniens (fille ou garçon orphelin /de familles massacrées) pour les marier et ainsi récupérer les richesses de leur famille11. La perspective d’appropriation de biens arméniens est l’une des raisons principales de disputes pour récupérer les filles et les femmes issues en particulier de familles riches et qui auraient échappé au convoi vers la mort. Mais ces histoires constituent également un aspect des récits de vie des survivant-e-s. Certains biens ont été récupérés grâce à des documents falsifiés, d’autres ont été achetés à l’État ou réappropriés par voies détournées. Dans cette perspective, la question de la restitution et des compensations est évidemment complexe12.

ReconnaĂ®tre le passĂ© relève de lÂ’Ă©thique. LÂ’Ă©laboration de valeurs Ă©thiques est nĂ©cessaire. La morale de la sociĂ©tĂ© sÂ’est dĂ©veloppĂ©e dans un contexte oĂą Ă©ducation et droit camouflent les faits historiques. Certains ont assassinĂ© leur voisin pour sÂ’approprier une richesse inespĂ©rĂ©e. L'Ă©conomie de la sociĂ©tĂ© sÂ’est construite sur la spoliation de biens et par le mariage Ă  des femmes dont les familles avaient Ă©tĂ© pillĂ©es. Une rĂ©habilitation morale du gĂ©nocide de 1915 est fondamentale. Il nous faut enfin comprendre que cÂ’est cette morale qui est la source de tous nos problèmes. Il est illusoire dÂ’espĂ©rer une Ă©quitĂ© et une justice quelconque dans un tel contexte moral. CÂ’est le pourrissement qui nous guette. AujourdÂ’hui, nous avons tout sous les yeux. İl nous faut dĂ©passer cette morale et les rĂ©flexes qui en dĂ©coulent. Cette rĂ©paration aura un effet thĂ©rapeutique et viendra assainir la sociĂ©tĂ©.

Le paysage national est dissimulé par un écran de fumée. Le peuple doit pouvoir dépasser cette vision, et regarder la vérité en face. N’oublions pas que c’est d’une dette à l’humanité dont il s’agit. Renonçons au déni et gardons à l’esprit qu’une fois justice rendue, nous tous et tous les segments de la société s’en trouveront assainis. N’oublions pas non plus que briser le silence, aborder et parler véritablement de ces problèmes, s’efforcer de rendre une justice a posteriori relèvent tout simplement d’un comportement humain et qu'accepter la vérité constitue la clé de toute résolution.

[1] William A. Schabas,. Uluslararası Ceza Mahkemesine Giriş, çev. GĂĽlay Arslan, Cambridge University Press, Aİ TĂĽrkiye Şubesi, 2004, s 60.

[2] En Janvier 1914, Hilmi Uran informe de lÂ’extermination et de sa dimension ethnique Ă  la prĂ©fecture de Çeşme oĂą il a Ă©tĂ© envoyĂ©. Il consacre tout particulièrement une partie de ses mĂ©moires aux actes de terreur survenus Ă  Çeşme et dans les environs: “Quand jÂ’ai commencĂ© Ă  travailler Ă  la prĂ©fecture de Çeşme, quelques familles de rums[2] particulièrement prĂ©cautionneuses trouvèrent de bon ton de partir subitement pour les Ă®les. Cela provoqua un vent de panique parmi les rums et un vaste mouvement de dĂ©parts se rĂ©pandit Ă  Çeşme et dans les environs, si bien que lÂ’on ne put bientĂ´t plus rien contrĂ´ler. Certains dÂ’entre eux, sortis Ă  la hâte de chez eux avec un minimum dÂ’affaires sous lÂ’effet de lÂ’angoisse, continuaient mĂŞme Ă  faire des allers-retours pour rĂ©cupĂ©rer quelques effets persuadĂ©sde pouvoir les emmener. Cette affaire de migration avait immĂ©diatement pris des proportions diplomatiques, et avant mĂŞme dÂ’avoir pu en comprendre les vĂ©ritables raisons, une commission mixte dÂ’enquĂŞte avait Ă©tĂ© dĂ©pĂŞchĂ©e Ă  Çeşme depuis Istanbul. La commission arriva Ă  Çeşme, rencontra de nombreux rums et visita leurs maisons. LÂ’un des principaux traducteurs Ă©tait visiblement dĂ©terminĂ© Ă  trouver une raison Ă  ces dĂ©parts, au point quÂ’il Ă©tait revenu vers moi et mÂ’avait lancĂ© dÂ’un ton accusateur,:Â’Nous nÂ’avons rien pu trouvĂ©, mais 40 000 personnes ne sÂ’enfuient de gaietĂ© de coeur.Â’ Certes, sans aucun doute. 40 000 personnes ne pouvaient pas partir de gaietĂ© de coeur dÂ’un seul coup, et il fallait sÂ’en convaincre. Ces deux semaines avaient marquĂ© le dĂ©but et la fin de la migration des rums qui modifia radialement le visage de Çeşme. » Hilmi Uran, Souvenirs, 1959. pp68-71

[3] Il est avĂ©rĂ© que les assassinats dÂ’unionistes avaient rencontrĂ© un certain soutien collectif (partisans du parti Union et Progrès. ndlt). Halil Menteşe, lÂ’un des leaders dÂ’Union et Progrès exprimait une certaine rĂ©alitĂ© quand il disait « Il nÂ’y a pas beaucoup de turcs en Anatolie qui nÂ’ait absolument rien Ă  voir avec ces dĂ©parts de populations » Taner Akçam. La question armĂ©nienne et les droits de lÂ’homme. Imge. 2014. p527

[4] En arménien: http://armedia.am/?action=Exclusive&what=show&id=1247176618&lang=arm&lang=arm En turc: http://devrimcikaradeniz.com/dedemin-yaptiklarindan-sorumlu-degilim-diyenlere/

[5] « Pour Lemkin, le gĂ©nocide se dĂ©roule en deux phases principales. Pour reprendre ses termes : ‘Il existe deux Ă©tapes du gĂ©nocide : la destruction des caractĂ©ristiques nationales du groupe opprimĂ© et lÂ’imposition des caractĂ©ristiques nationales du groupe oppresseur sous la contrainte. Cette imposition se fait : soit Ă  lÂ’endroit du groupe oppressĂ©, après avoir autorisĂ© son maintien sur le territoire ; soit sur les territoires eux-mĂŞmes, une fois ce dernier mis Ă  lÂ’Ă©cart et les lieux investis par les membres du peuple oppresseur. ». PourYani Lemkin, le gĂ©nocide allait au-delĂ  de la liquidation physique et comprenait Ă©galement la destruction des territoires communautaires et culturels du groupe victime dÂ’agression. Taner Akçam. Les conversions forcĂ©es dÂ’armĂ©niens, le silence, la nĂ©gation et lÂ’assimilation. İletişim. 2014. p.81

[6] En 2014, prenant les Ă©lections prĂ©sidentielles pour prĂ©texte, un auteur kurde Ă©crivait : « Lourde tâche de dĂ©mĂ©nager Çankaya ! (Çankaya est le quartier dÂ’Ankara oĂą se trouvait lÂ’ancien palais prĂ©sidentiel. ndlt), un article qui abordait la question de la villa spoliĂ©e. Dans le chapeau de lÂ’article, il Ă©crivait : « Sur la colline de Çankaya, la famille Kasapyan nÂ’a rien vendu Ă  personne, ni mĂŞme sa villa. Leurs biens ont Ă©tĂ© saisis et spoliĂ©s. Et il ne sÂ’agit pas uniquement de la villa de Çankaya ; Ă  la mĂŞme pĂ©riode, une propriĂ©tĂ© Ă  Keçiören avait Ă©tĂ© saisie par la famille Koç, cette mĂŞme famille Ă  lÂ’origine de la construction du premier Parlement Ă  Ankara, dans le quartier dÂ’UlusÂ… Nous avons le droit de demander des comptes, et mĂŞme si les deux autres candidats (Ă  la prĂ©sidentielle. R.T. Erdoğan et E.İhsanoğlu. ndlt ) ne mÂ’intĂ©ressent pas. LÂ’histoire de cette villa, son identitĂ© et la question de sa reconstruction mĂ©ritent des explications, et je les attends de pied ferme. A mon avis, cÂ’est notre prĂ©sident Ă  nous, Selahattin Demirtaş (candidat HDP. ndlt ), qui sera le mieux placĂ© pour le faire.». CÂ’est un peu tendre le bâton pour se faire battre, mais cette remarque est parlante quant Ă  lÂ’ambiance Ă  lÂ’Est de lÂ’Euphrate. Nous nÂ’avons, par ailleurs, entendu aucune dĂ©claration. http://www.bianet.org/biamag/diger/157141-cankaya-tasinmasi-agir-yuk

[7] Depuis lÂ’Ă©poque de Mustafa Kemal, le palais prĂ©sidentiel est officiellement Ă  Çankaya, au cÂśur de la capitale, sur les hauteurs de la ville. Ce symbole de la RĂ©publique est une propriĂ©tĂ© qui appartenait, avant la Première Guerre mondiale, Ă  une riche famille armĂ©nienne, la famille Kasapyan, et que lÂ’Etat sÂ’est appropriĂ©e. CÂ’est, le moins quÂ’on puisse dire, une grosse gaffe pour un Etat construit sur la confiscation de biens armĂ©niens et autres minoritĂ©s ! Il est difficile de ne pas y voir un aveuÂ… Mais cÂ’est aussi le signe dÂ’un sentiment dÂ’impunitĂ© totale. Encore une fois, un mur de silence bien comprĂ©hensible entoure cette histoire troublante. Laure Marchand- Guillaume Perrier. La Turquie et le fantĂ´me armĂ©nien, sur les traces du gĂ©nocide. İletişim. 2014. P190.

[8] A Siverek, le 7 Octobre 1915, un groupe de musulmans envoie un tĂ©lĂ©gramme au Ministère de lÂ’IntĂ©rieur. Ils y font savoir que les jeunes adolescentes converties au dĂ©but du gĂ©nocide - avec le consentement du gouvernement - ont Ă©tĂ© mariĂ©es trois ou quatre mois auparavant et quÂ’elles sont probablement enceintes. Une longue liste de noms sÂ’y trouve : dans le quartier CamiÂ’-i Kebir Ebuzer Buharalı Osman ; quartier de Haşan Çele­bi Mahmud bin Mehmed; quartier de Mahalle-i mezkĂ»reden Mustafa bin Mehmed ; quartier de Mahalle-i mezkĂ»reden Mehmed bin EyĂĽb ; quartier de Hacı Ă–mer Bekçi şeyh ZĂĽlfikar ; fils du Molla Bekir, Bekir ; fils de Yervan, HĂĽseyin; quartier de KĂĽlabi Kıranzade HĂĽseyin ; quartier de KĂĽlabi Ali bin Mehmed, Karo Salih, Döşengi şeyh Yusuf ; quartier de CamiÂ’-i kebir, le fils de Mahmud bin Si- no, Mehmed ; quartier de mahalle-i mezkĂ»rdan, EyĂĽb Mako ; quartier de Calile Körikozade Mehmed ; quartier de KĂĽlabi, şeyh Mustafa bin HĂĽseyin ; quartier de Hacı- ömer, Ali SĂĽleyman ; quartier de CamiÂ’-i Kebir, Hacı Ă–mer, Ahmed bin Bekir ; quartier de Çelebi, Ali bin Musa ; quartier de CamiÂ’-i Kebir, Mustafa bin Hacı Abidin, Ahmed bin Beko ve KĂĽlabi Bey.

[9] Henry Theriault. « 21nci YĂĽzyıl TĂĽrkiyeÂ’si için Ermeni Soykırımı Sorunu: Sorumluluk ve ÇözĂĽme Yönelik Tazmin. » Ă–ncesi ve Sonrası ile 1915 İnkar ve YĂĽzleşme içinde, ed. S. Çetinoğlu, M. Konuk, Ăśtopya Yayınevi 2012.

[10] Des mécanismes de mise en commun peuvent être mis en place pour les indemnisations matérielles des ayants droit disparus. Elles permettraient d’assurer la réhabilitation et l’orientation de la communauté des victimes ; d’encourager les retours ; de renouveler les institutions éducatives et culturelles, et de soutenir les organes de presse, les activités culturelles et les investissements.

[11] Les mesures prises pour encourager les familles musulmanes Ă  adopter des enfants armĂ©niens sont particulièrement parlantes. Le principe de ces mesures – que nous pouvons baptiser « programme dÂ’encouragement Ă  lÂ’assimilation » - considĂ©rer de facto les enfants armĂ©niens et les filles prises pour Ă©pouses comme les hĂ©ritiers des biens de leur famille. CÂ’Ă©tait une façon pour les familles de rĂ©cupĂ©rer automatiquement la richesse des enfants accueillis par adoption ou par mariage. (abç). Le tĂ©lĂ©gramme envoyĂ© le 11 aoĂ»t 1915 Ă  la Commission des biens abandonnĂ©s doit, Ă  cet Ă©gard, ĂŞtre relevĂ© : « Dans le cadre de la règlementation sur lÂ’Ă©ducation et de lÂ’instruction, le responsable lĂ©gal de lÂ’enfant - converti ou mariĂ© -se voit confiĂ© les biens personnels de lÂ’enfant ainsi que les parts de son patrimoine familial si leurs dĂ©positaires sont dĂ©cĂ©dĂ©s. » Taner Akçam. Les conversions forcĂ©es des ArmĂ©niens, le silence, la nĂ©gation et lÂ’assimilation. İletişim. 2014. p81.

[12] Le tĂ©moignage du juriste et ancien parlementaire Mehmet Feyyat sur la rĂ©alitĂ© dans sa rĂ©gion est suffisamment Ă©clairant : « Les biens immobiliers de ceux qui sont tombĂ©s sur la route [morts pendant la dĂ©portation], les propriĂ©tĂ©s des ArmĂ©niens contraints Ă  lÂ’exode ont Ă©tĂ© vendues en parcelle par le TrĂ©sor Public après leurs dĂ©parts. JÂ’Ă©tais alors encore bĂ©bĂ© quand mon père, qui avait de lÂ’argent Ă  lÂ’Ă©poque, acheta notre terrain auprès du TrĂ©sor Public, en 1926. Les potentats locaux, les bey (petits seigneurs, ndlt), les cheikh (leader religieux, ndlt) et les notables Â… Tout le monde riait du zèle de mon père : « quelle idĂ©e dÂ’acheter un terrain au TrĂ©sor public ; prend-le et le tour est jouĂ© ! ». Avec le temps, il devint de plus en plus difficile de garder ces terres. Après les annĂ©es 40, tout le monde les faisait enregistrer au nom de la famille en versant quelques pots-de-vin. A part mon père, personne ou presque nÂ’avait vĂ©ritablement achetĂ© ces anciennes propriĂ©tĂ©s armĂ©niennes abandonnĂ©es au TrĂ©sor Public dans la rĂ©gion. Les propriĂ©tĂ©s avaient Ă©tĂ© rĂ©cupĂ©rĂ©es ou enregistrĂ©es sur dĂ©cision du tribunal. CÂ’Ă©tait une double erreur. Personne nÂ’avait pu en hĂ©riter puisqueces biens immobiliers appartenaient aux ArmĂ©niens (pp20-21) Les terres abandonnĂ©es par les ArmĂ©niens de Van ont toutes Ă©tĂ© pillĂ©es sur dĂ©cision de justice. JÂ’en ai dĂ©jĂ  parlĂ© prĂ©cĂ©demment. Tout le monde a alors fait enregistrer des titres de propriĂ©tĂ©, prĂ©tendant quÂ’il sÂ’agissait dÂ’un hĂ©ritage. La famille de Kinyas Kartal a Ă©galement Ă©migrĂ© de Van en Russie dans les annĂ©es 1920. Ils font partie des Kurdes de Russie. CÂ’est la tribu BĂĽrĂĽkan, dont une partie a Ă©migrĂ© Ă  Kars. Dans les annĂ©es 1950, Kinyas Kartal ouvrit aussi un procès pour obtenir les terres du TrĂ©sor public et les faire enregistrer au nom de lÂ’hĂ©ritage familial. Kinyas Bey vit Ă  Van, au Club dÂ’Anatolie, avec les anciens ministres. Ferit Melen [PrĂ©sident] et ses amis y sont Ă©galement, sans oublier le juge qui a attribuĂ© tous les biens de propriĂ©tĂ© Ă  Kinyas Bey ». (p231). Mehmet Feyyat. Halkın Savcısı. Scala Y. 2012.




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