Aujourd'hui : Dimanche, 22 avril 2018
 Veille Media Contact



 
 
 
 

 
 
 
Dossier du Collectif VAN - #FreeOsmanKavala ! Liberté pour #OsmanKavala !
PHDN
Rejoignez le Collectif VAN sur Facebook
Cliquez pour accéder au site Imprescriptible : base documentaire sur le génocide arménien
Observatoire du Négationnisme
Le Collectif VAN, partenaire du Festival de Douarnenez 2016
xocali.net : La vérité sur Khojali !
Cliquez ici !

Imprimer dans une nouvelle fenêtre !  Envoyer cette page à votre ami-e !
 
Turquie : Pourquoi l’écrivain arménien Sevan Nichanian est-il en prison?
Publié le : 13-02-2015

Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - Il y a un an, Orhan Kemal Cengiz, avocat turc des droits de l'homme, et chroniqueur, écrivait dans Al-Monitor, un article incisif pour dénoncer l’incarcération abusive et discriminatoire le 2 janvier 2014 de l’écrivain arménien de Turquie, Sevan Nichanian [Nişanyan selon l’orthographe turque]. Cet article n’a malheureusement rien perdu de son actualité et de sa pertinence. Nichanian, l’un des plus grands intellectuels de Turquie, écrivain, journaliste, linguiste, architecte, hôtelier, est toujours en prison pour « absence de permis de construire », dans un pays pourtant connu pour être le « nirvana de la construction illégale et de l'urbanisation corrompue ». Le Sultan Erdogan le sait bien, lui qui a construit récemment sans permis son palais démesuré, un bâtiment qui n’est pas sans rappeler celui de Nicolae Ceausescu. Oui, mais voilà, Sevan Nichanian n’est pas président de Turquie. Et il n’est pas un « vrai Turc ». Il risque donc cinquante ans de prison pour sa rénovation du village oublié de Sirince. A l’instar de nombreuses personnes en Turquie, Nichanian pense que les causes réelles de sa peine de prison sont son identité arménienne et ses opinions iconoclastes concernant le kémalisme, l’islam, et le négationnisme des autorités turques à l’encontre du génocide arménien. Le Collectif VAN vous propose la traduction de cet article publié dans Al-Monitor le 30 janvier 2014.


Nota CVAN : Les Arméniens - reconnus officiellement comme une minorité de Turquie – ne sont ni « Turcs » comme indiqué dans le titre de l’article ci-dessous, ni « d’origine arménienne » comme mentionné dans le texte. Ce sont des « Arméniens de Turquie ». Certes, ils sont des citoyens (de seconde zone) de la République turque, mais leur refuser leur identité, c’est contribuer à effacer la présence trois fois millénaire du peuple arménien dans ce qui est actuellement la Turquie. C’est poursuivre – le plus souvent sans s’en rendre compte - le génocide de 1915. Il serait bon que ceux qui - tels Orhan Kemal Cengiz - sont sensibilisés aux discriminations que les Arméniens de Turquie subissent, fassent l’effort de bien nommer les choses.



Légende photo: Sevan Nichanian [Nişanyan], un Arménien de Turquie né en 1956, est actuellement en prison pour des « constructions illégales » Photo postée le 27 décembre 2013. (photo Facebook/Sevan Nichanian)


Pourquoi l’écrivain turc Sevan Nichanian est-il en prison?

Al-Monitor

30 janvier 2014

Orhan Kemal Cengiz

Sevan Nichanian [Nota CVAN : Nişanyan selon l’orthographe turque], un citoyen turc d’origine arménienne [Voir le Nota CVAN à la fin de notre introduction ci-dessus] né en 1956, est sans doute l'une des personnalités les plus hautes en couleurs de la vie intellectuelle turque. Dans le livre Fausse République, il a écrit pour questionner le « tabou d'Ataturk » en Turquie, suscitant la colère des nationalistes turcs laïques. Il a outragé des cercles religieux avec sa critique des croyances musulmanes, il a provoqué la colère des féministes et des gauchistes. Il n'a jamais hésité à parler franchement du génocide arménien.

Nichanian purge maintenant le premier mois d’une peine de deux ans d'incarcération à Torbali, dans la province d'Izmir. Apparemment, Nichanian n’est pas en prison pour ses opinions anticonformistes ou son identité, mais pour « constructions illégales » Est-ce vraiment le cas? Pourquoi seul Nichanian est en prison, pour avoir construit [sans permis] dans un environnement de construction illégale effrénée?
Sa peine d'emprisonnement ne punit-elle pas en réalité ses idées dérangeantes ?

Tout a commencé en 1995, quand Nichanian a déménagé dans le village de Sirince, à proximité du canton de Selcuk, dans la province d’Izmir. C'était un petit village dont personne n’avait entendu parler avant que Nichanian ne s’y installe et ne commence à réparer les routes, à restaurer les maisons en ruine et à ouvrir un petit gîte touristique de charme.

Aujourd'hui, cependant, selon des chiffres fournis par Mujde Tonbekici, l’ancienne femme de Nichanian, Sirince est devenu une destination importante, attirant environ 600.000 à 800.000 touristes étrangers et locaux par an. Peu de temps après son installation à Sirince, Nichanian a gagné le cœur de la population locale avec ses apports au village. Mais tout le travail de restauration et de construction a rencontré de sérieuses barrières bureaucratiques et en 2001, il a été condamné à 10 mois de prison pour infractions liées à la construction.

Selon les fonctionnaires, leurs enquêtes sur les activités de construction de Nichanian étaient légalement justifiées. Sirince est soumis à des restrictions de construction imposées par le gouvernement, mais pour une raison quelconque, « les règles de construction de la période de transition » émises pour les zones soumises à de telles limitations, n'ont jamais été présentées pour Sirince.

Par conséquent, Nichanian a été condamné à une peine de deux ans de prison pour l’installation sur son propre terrain d’un petit abri de 40 mètres carrés (430.5 pieds carrés). Des dizaines de procès ont été intentés contre Nichanian pour entretien illicite, réfection et construction. Si tous ces procès finissent en peines d’emprisonnement, Nichanian pourrait bien passer le reste de sa vie en prison.

L'ancienne femme de Nichanian a parlé du processus qui a conduit Nichanian en prison : « Sirince est une zone de construction limitée. C'est pourquoi vous ne pouvez pas construire ce que vous voulez. C'est bien. Mais dans la loi, il y a une clause qui dit que le gouvernement doit publier des règlements de construction pour la période de transition jusqu'à ce que le plan final du zonage de construction, soit fait. C’est pour vous permettre de construire légalement. Mais voyez, cela fait 30 ans et nous n'avons toujours pas les directives pour la période de transition ou le plan de construction final. Nous nous sommes heurtés à de grands problèmes à cause de cela. Nous ne pouvions pas réaliser notre construction. Nous avons rencontré cinquante fois l'agence gouvernementale en charge de cela, mais nous n’avons pu obtenir les permis. Sevan, étant un homme qui ne peut rester les bras croisés, les relançait constamment, mais à la fin il a déclaré ‘C'est bon’, et il a commencé à construire. »

Nichanian pense que les causes réelles de sa peine de prison sont son identité et ses opinions. Il était amer et en colère avant d’aller en prison. Il a fait part de ses sentiments à Hasan Cemal, journaliste turc: «Toute ma vie - avec mes livres, mon travail dans le village - j’ai essayé de faire quelque chose de bon pour le peuple. Qu'ai-je obtenu en retour ? De l'Etat, j’ai toujours reçu des soupçons, de l'inimitié et du despotisme. J’ai toujours dû faire face à des préjugés ethniques et politiques, avec un manque de respect et de mépris. Cinq gouvernements, huit sous-gouverneurs — je ne sais pas combien de ministres et de gouverneurs ont changé. Chaque fois nous obtenons deux ou trois personnes convenables et nourrissons de grands espoirs. Mais à la fin, rien ne change. »

Nichanian a été plus direct dans une première interview accordée à Agos, exprimant son point de vue au sujet de la véritable motivation derrière sa peine de prison: « Il est évident que le fait que je sois Arménien joue un rôle dans ce processus. En Turquie, toute personne qui sort du cadre est punie, même si votre nom est [celui d'un] « vrai Turc.» Si vous faites quelque chose en-dehors des clous, vous êtes punis. Et en plus, si vous êtes Arménien, votre punition est amplifiée. »

Nombreux sont ceux qui pensent que Nichanian a été condamné à la prison non pour des infractions de construction, mais à cause de ses opinions qui défient un certain nombre de tabous en Turquie. Une campagne de pétition locale et internationale pour sa libération précise :
« Sevan Nichanian est puni pour avoir réalisé une construction illégale sur son propre terrain en Turquie, paradis de la construction illégale, et depuis le 2 janvier 2014, il est incarcéré à la prison de Torbali à Izmir. En outre, au lieu de se voir attribuer un prix Nobel d'architecture pour ce qu'il a créé à Sirince, il risque environ cinquante ans de prison pour les dix-sept procès qui lui sont intentés. En fait, tout le monde sait que l'affaire contre Sevan Nichanian n’a rien à voir avec les infractions de construction. Il est puni pour son œuvre historique et littéraire contestant l'idéologie officielle.»

Une autre campagne de pétition affirme que ses opinions sur l'Islam sont la véritable raison de la peine de prison de Nichanian:

« Nous dénonçons l'injustice de x années de prison flanquée à Sevan Nichanian pour la construction d’une maison de village sur son propre terrain. La sentence émise contre Sevan Nichanian - qui a transformé Sirince en un paradis de la culture et du tourisme dans notre pays, nirvana de la construction illégale et de l'urbanisation corrompue - est injuste et honteuse.

Nous ne croyons pas que l'emprisonnement lourd et injuste de Sevan Nichanian soit dû aux règlements de construction, quand un autre procès contre lui a abouti à 13 mois et demi de prison pour avoir dit que les expressions satiriques et dénigrantes sur l'Islam, dans un pays à majorité musulmane, ne pouvaient être des crimes de haine.

La sentence prononcée contre Nichanian est un déshonneur qui devrait ébranler notre conscience et elle jette une ombre sur l’espoir pour la liberté de pensée. »
En résumé, il y a un groupe important en Turquie qui pense que l’incarcération de Nichanian n'a rien à voir avec les infractions aux règles de construction.

Les enquêtes sur la corruption lancées contre le gouvernement (qui n’aboutissent nulle part du fait de fortes pressions) ont révélé à Istanbul des permis de construire délivrés illégalement pour des montants de millions de dollars, ce qui rend tragi-comique le fait qu’un Arménien qui a construit un petit abri sur son propre terrain finisse en prison. C’est une réalité à laquelle on doit bien réfléchir pour comprendre la Turquie.


Orhan Kemal Cengiz est un avocat des droits de l'homme, chroniqueur et ancien président de l'association L’Agenda des droits de l'homme, une ONG turque qui travaille sur les questions de droits de l'homme, allant de la prévention de la torture aux droits des handicapés mentaux. Depuis 2002, Cengiz est l'avocat de l'Alliance des Eglises Protestantes turques

©Traduction de l’anglais Collectif VAN – 6 février 2015 – www.collectifvan.org



Lire aussi:

Dossier du Collectif VAN : Affaire Sevan Nişanyan [Nichanian]



Retour à la rubrique


Source/Lien : Al-Monitor



   
 
   
 
  Collectif VAN [Vigilance Arménienne contre le Négationnisme]
BP 20083, 92133 Issy-les-Moulineaux - France
Boîte vocale : +33 1 77 62 70 77 - Email: contact@collectifvan.org
http://www.collectifvan.org