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L’année 1915, malédiction turque
Publié le :

Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - Cengiz Aktar, intellectuel turc, spécialiste des questions européennes, a publié en français dans Libération une tribune intitulée "L'année 1915, malédiction turque". Il s'interroge au sujet de la Turquie : "Sommes-nous frappés d’une malédiction couplée à un mensonge centenaire ?" L'auteur parle de "dégénérescence engendrée par le génocide". Pour mémoire, Cengiz Aktar est l'un des 4 initiateurs de la pétition turque lancée en décembre 2008 afin d'adresser des excuses aux Arméniens pour la "Grande Catastrophe" de 1915, ce terme étant destiné – de l’aveu même de l’un des quatre intellectuels turcs - à jeter aux oubliettes la qualification de « génocide arménien », adoptée par de nombreux parlements à travers le monde. L’article de Cengiz Aktar a d'abord été publié fin décembre en anglais sur Today’s Zaman, mais surtout, et ce fait est essentiel, en turc dans Taraf. Un bon point pour Cengiz Aktar qui a tendance d'ordinaire à tenir ce type de propos uniquement à destination de l'Europe, pour montrer la "magnifique ouverture" d'une certaine Turquie. Dommage que la traduction en français soit vraiment de piètre qualité. Une relecture du texte aurait été d'autant plus nécessaire que le sujet ne supporte pas d'approximations.

Si les propos sont très forts, on aurait aimé que Cengiz Aktar n'ait pas pour seul objectif ce qui peut faire du bien aux Turcs (cette fameuse « thérapie collective »), mais qu'il parle également des réparations dues aux Arméniens. La dimension de reconnaissance des crimes énumérés et de dénonciation du déni est irréprochable, mais tout est uniquement axé sur le bien que cela ferait à la Turquie de reconnaître ses crimes, et sur le mal que le génocide arménien a fait à l’Anatolie. En somme, l’essentiel est que le meurtrier soit soulagé. La demande de justice de la victime n’est clairement pas l’angle choisi.

Autre sujet d’inquiétude : on ne sait pas comment cette mention de la "malédiction" des morts arméniens peut être perçue par des ultra-nationalistes turcs. "Ah, ces Arméniens : même morts, ils sont toxiques. Quel lobby à éliminer d’urgence !"

Enfin, la relation de facto entre « on a Erdogan à cause de la malédiction du génocide arménien » est irrationnelle et partisane. Pour être crédible, Cengiz Aktar aurait dû plutôt relier la « malédiction » aux problèmes d'identité et de société qui empoisonnent la Turquie depuis un siècle.

Il serait bon de lire ou relire à cette occasion le texte du chercheur turc Sait Çetinoglu, paru sur le site Repair (voir en fin d’article). Çetinoglu y expose les raisons pour lesquelles les compensations et indemnisations sont une nécessité morale et explique pourquoi une restitution sans condition des biens arméniens devenus propriété d’Etat s’impose. Rappelant que « toutes les couches de la société et tous les niveaux de l’État ont participé, d’une manière ou d’une autre, au processus génocidaire et en ont tiré profit », il explique que les Arméniens et autres peuples victimes de génocide devraient pouvoir déterminer les compensations et indemnités pour les pertes humaines subies et il souligne que le devoir de tous devrait être de les soutenir « sans condition et sans restriction ».

Le Collectif VAN vous propose l'article de Cengiz Aktar paru le 16 février 2015 dans Libération.



LĂ©gende : Cengiz Aktar.


Libération

Publié le 16 février 2015

Par Cengiz Aktar

L’année 1915, malédiction turque


La Turquie se désintègre de l’intérieur sous les coups incessants de l’homme fort, l’omnipotent monsieur Erdogan. Chaque jour apporte son lot de déconvenues et de mauvaises nouvelles touchant pratiquement à tous les aspects de la vie d’une société. Comment la Turquie, pays phare de la région il n’y a pas longtemps, a pu finir ainsi ? Sommes-nous frappés d’une malédiction couplée d’un mensonge centenaire. C’est peut être l’imprécation de femmes et d’hommes privés de cercueil et de prière, de ces Arméniens sans arme qui ont péri sur leurs terres.

Il s’agit peut-être d’interminables tempêtes dans nos âmes, lancées par leurs fantômes qui planent depuis cent ans dans notre ciel, escortées par ceux des Grecs et Syriaques et plus tard des Alévis et Kurdes, de tous nos concitoyens qu’un sombre destin a foudroyé.
Les massacres restés impunis, il y a un siècle, sont peut-être payés par les descendants que nous sommes. Toute cette malédiction à cause de vies volées, de foyers ravagés, d’églises désacralisées, de biens confisqués, d’écoles dessaisies.

Sommes-nous en train d’acquitter ces injustices aussi grandes que les montagnes de l’Anatolie ? Ce grand règlement se fait-il par le biais d’une immoralité générale ?

C’est comme si notre société était en train de pourrir depuis un siècle, dégoulinante de pus et d’arrogance. Malgré la malédiction centenaire, 2015 aussi sera marquée par l’éternelle querelle : « Y a-t-il eu génocide ou pas ? ». Nous allons suivre comment les tenants actuels de l’Etat vont redoubler d’efforts, en Turquie et à l’étranger, pour masquer cette honte. S’ils le pouvaient, ils zapperaient l’an 2015 pour passer directement en 2016 ! La « pensée » négationniste, limitée à quatre thèses indignes -révolte, collaboration avec l’ennemi, visées et provocations des impérialistes et autovictimisation (« ce sont plutôt les Arméniens qui nous ont massacrés »)- sera récitée dans de conférences encravatées. Nous serons les seuls à écouter cette chanson.

Et les 24 et 25 avril, des cérémonies officielles seront organisées non à l’occasion du génocide, mais pour l’« Anzac Day » aux Dardanelles. Nous allons écouter de nombreux contes héroïques sur cette bataille, mais nous ne pourrons pas convaincre grand monde de les entendre avec nous. Que faut-il qu’il nous arrive de plus pour qu’on puisse régler nos comptes avec cette sanguinaire invention de la nation ? Pour apprendre et commémorer l’extermination d’un peuple travailleur et paisible par ses voisins martiaux et spoliateurs. Pour pouvoir ressentir, ne serait-ce qu’un bref moment, l’ampleur de la persécution au cours de ces sombres journées de l’été 1915, aussi glacial que la mort.

Pour laisser enfin de côté les devinettes stupides « Etait-ce un génocide ou pas ? » et les mots croisés sur « Qui a massacré qui ? », et n’écoutons que notre conscience : comment ce peuple arménien de quelques millions d’âmes en 1915 a totalement disparu d’Anatolie, comment les rares survivants doivent leur existence à la conversion forcée et à une vie dissimulée.

Pour saisir, enfin, le génocide culturel parfait, selon les termes du journaliste assassiné Hrant Dink, et la perte immense d’une civilisation.

Pour réaliser que le génocide nommé à cette époque par les Arméniens la « Grande Catastrophe » n’a pas été seulement la leur, mais aussi celle de tout le pays.

Pour se rendre compte que le sort de nos citoyens non musulmans qui ont été tués, chassés et obligés à fuir est également une extermination et une perte de culture et de civilisation.

Pour ressentir le blâme des enfants et petits-enfants après la confiscation des biens et des propriétés. Pour s’imprégner de la sagesse de Yasar Kemal qui affirme : « Aucun autre oiseau ne peut s’abriter dans un nid que le propriétaire a dû fuir, celui qui détruit un foyer ne peut avoir de foyer, dans la terre de la cruauté, s’épanouit seule la cruauté. »

Même ceux qui rejetteront, d’un revers de la main, toutes ces vérités, ne le feront qu’à cause de la dégénérescence engendrée par le génocide. Le génocide arménien, la Grande Catastrophe de l’Anatolie, est la mère de tous les tabous sur ces terres. Sa malédiction continuera de nous frapper aussi longtemps qu’on refusera d’en parler, de la déchiffrer, de faire face. Son centenaire est une occasion historique de laisser de côté tout ce qu’on a appris par coeur, d’entendre et de comprendre l’Autre et de commencer la thérapie collective.


Lire aussi :

1915, Le peuple turc doit regarder la vérité en face




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Source/Lien : Libération



   
 
   
 
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