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La Turquie après le meurtre de Hrant Dink
Publié le : 14-03-2007

Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - Compte-Rendu Info Collectif VAN. "La Turquie après le meurtre de Hrant Dink" : sous ce titre, s'est tenu à Paris un débat organisé par le Racort (Rassemblement des Associations Citoyennes des Originaires de Turquie), le CRDA, la LDH, et qui a rassemblé de nombreux Français d'origine arménienne et des Turcs. Les deux intellectuels turcs présents n'ont pas convaincu l'assemblée de leur sincérité. Si certains de leurs propos indiquent une progression dans les cercles intellectuels de Turquie, leur analyse sur le point essentiel (le génocide arménien), indique clairement qu'ils ne sont que la face "présentable" du négationnisme feutré que l'Etat turc compte opposer désormais à l'Union européenne. Vrai débat et faux démocrates ? En tous cas, vrai danger à dénoncer sans ambiguité.


Samedi 10 mars 2007, de 17h00 à 19h00, s'est tenue à la Maison de l'Europe à Paris, une conférence organisée par l'association Racort (Rassemblement des Associations Citoyennes des Originaires de Turquie), le CRDA, la LDH, sur le thème : "La Turquie après le meurtre de Hrant Dink". Cette conférence était animée par Ferhat Kentel, journaliste au quotidien en ligne "gazetem.net" et professeur de sociologie à l'université de Bilgi (Istanbul) et Ahmet Insel, professeur d'économie à Paris I et à l'université de Galatasaray et éditeur du mensuel "Birikim"...

En préambule, Madame Catherine Lalumière, Présidente de la Maison de l'Europe à Paris, a pris la parole pour délivrer un "message fraternel" en rappelant que l'assassinat de Hrant Dink était une "catastrophe".

Madame Lalumière a commencé par un exposé introductif : il faut, selon elle, retenir la nécessité "de surmonter le désir de vengeance" (sic), vu la "nécessaire" vocation de la Turquie dans l'Europe, en posant la question de savoir "que se passe-t-il aujourd'hui en Turquie ?". Madame Lalumière a recommandé à l'auditoire de savoir "écouter la douleur arménienne".

On ne se demande de quelle douleur il s'agit, car jusque là, pas un seul mot sur le génocide arménien comme d'ailleurs sur le tract distribué par RACORT où il est fait état des "événements tragiques vécus par la population arménienne en 1915 sous l'Empire ottoman". A écouter Madame Lalumière, on en déduit que les Arméniens seraient animés d'un désir de vengeance (ses propos sous-entendent : qui d'autres que les Arméniens pourraient l'être…).

Bref, il faut retenir de son intervention éclairante :), l'invitation à la fraternité entre tous, dans le meilleur des mondes…

Le Professeur Insel qui a l'art de soutenir une chose et son contraire, a pris la parole.

Précisons que de 17h00 à 18h15, à aucun moment le mot "génocide" n'a été prononcé. Ahmet Insel a débuté son intervention en posant une question : "pourquoi Hrant Dink a-t-il été assassiné ?".

"Hrant Dink, Arménien turc, a voulu faire sortir la communauté arménienne du silence" et parlant des communautés, le "démocrate" turc précise qu'il existerait aujourd'hui à Istanbul "entre 50 et 70.000 Arméniens", "3.000 à 5.000 Grecs orthodoxes", 20 à 30.000 Juifs, 20 à 50.000 Arabes chrétiens" (les Kurdes ne sont pas considérés comme une minorité officiellement reconnue en Turquie, est-ce pour cela qu'Insel a omis de les citer ?).

L'universitaire turc a poursuivi :
"Hrant Dink, en 1996, voulait sortir la communauté arménienne de l'isolement par Agos, journal bilingue arménien-turc, et a posé la question de la présence des Arméniens de Turquie: acteurs culturels, les faire parler sur un espace, donc Agos fut une réelle réussite tiré à 5.000 exemplaires ; Hrant Dink dérangeait mais comme un démocrate, il avait révélé l'origine arménienne de la fille adoptive de Mustafa Kémal et ainsi déclenché les foudres de l'état-major des armées.

Le fait que l'on puisse parler, relater la potentialité arménienne de la fille adoptive de Mustafa Kémal remettait en cause le sacré de la République alors que le sacré devrait être l'égalité. Or, Hrant Dink a été visé de manière organisée par les milieux nationalistes qui ont pris l'option de chasser toute prise de parole."

Insel a poursuivi en rappelant les dispositions de l'article 301 du Code pénal réformé pour tenir compte des observations de l'Union Européenne et afin qu'il soit harmonisé avec les textes de l'Union et c'est ainsi, à la faveur de cette réforme, qu'est née la notion "d'injure contre la turcité".

C'est dans ce contexte que Hrant Dink a publié un article dans Agos qui demandait aux Arméniens de "libérer leur haine vis-à-vis des Turcs", et à reconstruire l'Arménie : "libérez-vous du mauvais sang du Turc qui circule en vous".

Or, cette phrase aurait été mal interprétée par les Turcs eux-mêmes et c'est pourquoi il a été poursuivi sur le fondement de l'article 301 du Code pénal turc et a été condamné à une peine de 6 mois d'emprisonnement avec sursis.

Hrant Dink a multiplié les voies de recours jusqu'à la Cour de Cassation qui a rejeté son pourvoi.

Insel a poursuivi en indiquant que Hrant Dink "a été désigné à la vindicte populaire" en sorte que l'attentat dont il a été victime est selon Insel, purement "raciste" – "on est parti tuer l'Arménien, son assassinat a été presque préparé par ce climat de haine permanente agité par les milieux ultranationalistes" -.

S'agissant de l'assassinat de Hrant Dink, il a précisé que "depuis 6 mois, on savait mais ça n'a pas été pris au sérieux".

Il a ajouté "ce jour (samedi 10 mars 2007 à 13h00), avait lieu une manifestation devant AGOS pour protester contre l'enlisement de l'enquête, on sent que l'enquête va être fermée à court terme et que nous ne saurons pas qui a manipulé ce jeune garçon de 17 ans alors qu'à ce jour, environ 60 journalistes ont été tués en Turquie".

"L'assassinat de Hrant Dink a déclenché une réaction, plus de 100.000 personnes ont manifesté. On a pensé qu'il y avait un nouveau mouvement" mais pour Insel, "il ne faut pas attacher plus d'importance à ce phénomène. Ce n'est pas avec une telle manifestation qu'on va renverser la vapeur".

En effet, "les mouvements nationalistes ont lancé une contre-offensive", et on peut dire à ce jour que "le fait de dire que nous sommes tous Arméniens constitue une injure.

Ce qui reste après Hrant Dink ? Il reste cette sensibilité à la dimension raciste du nationalisme turc qui est un racisme : aujourd'hui, on commence à débattre du racisme en Turquie. La société turque doit se mobiliser contre le racisme chez elle.

Il doit y avoir une prise de conscience pour la nécessité de combattre le racisme en Turquie. Or, la démocratisation en Turquie est en recul. Je ne suis pas aussi optimiste que Madame Lalumière. L'Union Européenne ne joue plus en Turquie un rôle d'accélérateur mais de ressentiment. Si Hrant Dink a été tué en 2007 et non pas en 2004 ce serait parce que le ressentiment nationaliste serait plus fort car pour les nationalistes turcs, un Arménien de Turquie reste un Etranger".

Le journaliste Ferhat Kentel a pris la parole en insistant sur le fait qu'il y avait en Turquie "un processus de redécouverte de la société et qu'il était nécessaire de se débarrasser de tous les préjugés racistes".

Il a précisé que la découverte du passé remettait en cause leur vision de la Turquie : "au fur et à mesure qu'on apprend l'Histoire, nous découvrons qu'il y avait des Arméniens. J'ai découvert à 30 ans l'existence des Arméniens, l'Histoire turque est parsemée de coups d'Etats militaires, chaque coup d'Etat a un point commun : réinstaller l'unité du pays. Le 1er coup d'Etat en 1960 contre les démocrates a fait disparaître le parti démocrate."

Ferhat Kentel a posé la question : "où sont passés les gens de gauche ?"
"Ces gens-là bougent dans le nouveau mouvement social dans la mesure de ce qui est permis, on s'adapte à ce nouveau contexte. Hrant Dink refusait une identité communautariste, identitaire, homogénéisée". Selon Ferhat Kentel, il disait "je suis Arménien. J'ai une histoire propre mais je suis citoyen turc" en sorte qu'il effectuait "un va-et-vient entre citoyenneté et identité". "Il faut que l'optimisme parle de plus en plus car la société turque est une société schizophrène et que la parole qui vient de l'extérieur ne doit pas favoriser le blocage".

Insel a repris la parole pour parler de l'article 301 du Code pénal en ajoutant qu'il avait été "réformé 3 ou 4 fois de suite en 4 années" et que le gouvernement "avait modifié l'ancien article 159 du Code pénal qui pénalisait l'injure à l'Etat".
On y a ajouté le principe de "turcité", "les procureurs ouvrent des procès pour ne pas prendre de responsabilité s".

En revanche, l'article 305 du Code Pénal "n'est jamais appliqué" alors qu'il prévoit "de lourdes peines" dans l'hypothèse "d'atteintes à l'intérêt national" et notamment "l'évocation du génocide arménien".

Il a précisé qu'en Turquie, les intellectuels "se battaient" pour l'annulation de l'article 301 (Nota CVAN : et l'article 305 ?).

A la question d'un auditeur du public souhaitant savoir ce qui empêchait "la Turquie de reconnaître le génocide arménien", Insel a répondu que la vraie question posée était la "question identitaire" et que l'on assistait à "une recomposition des questions identitaires".

La Turquie vit dans "un délire de revendications identitaires", "tous ceux qui ont la qualité de citoyen turc sont Turcs" ; "officiellement, la République turque n'existe pas" mais au contraire, ce qui existe c'est " la République de Turquie" (sic).

Il a posé la question de savoir pour quelle raison le génocide arménien est "un tabou" :"pour l'immense majorité de la population, c'est quelque chose qui n'a pas existé : l'ignorance est le facteur premier de la peur derrière la reconnaissance du génocide ou des crimes de l'humanité, il y a en toile de fond, une répression pénale".

C'est là que Insel a basculé et alors que la salle pensait qu'il considérait les événements de 1915 comme un génocide, il a opéré un distinguo subtil entre génocide et crime contre l'humanité.

Le génocide de 1915 serait un "crime contre l'humanité" et non pas un "génocide".
Nota CVAN : Comme l'a expliqué Barbara Lefèbvre, lors des deux débats organisés par la Licra dimanche 11 et lundi 12 mars, le génocide se distingue en cela qu'il vise un groupe en particulier (groupe religieux, ethnique, etc.). C'est donc toute la réalité de la spécificité du génocide arménien que remet en cause l'universitaire turc. Les conséquences au niveau des poursuites par les instances internationales sont également différentes.

Insel a poursuivi en ajoutant qu'au final, "la reconnaissance du génocide arménien" aboutirait à des " revendications indemnitaires ou territoriales" en précisant : "nous ne sommes pas encore sortis de la peur de la dislocation de l'Empire ottoman : dans la déportation, tueries, massacres, il y avait aussi un immense transfert des richesses, il y a eu une mainmise sur les biens" selon lui, et c'est pourquoi la Turquie ne veut pas reconnaître le génocide… en sorte que les obstacles à la reconnaissance selon lui du crime contre l'humanité de 1915 ne concerne pas la République de Turquie mais "l'Empire ottoman".

Or, il y aurait "une continuité des cadres dirigeants". "Talaat Pacha est toujours considéré comme un héros national".

Interpellé par quelqu'un dans le public qui l'incitait à venir se recueillir le 24 avril au Mémorial du génocide arménien à Paris, Ahmet Insel a suggéré de réfléchir à une commémoration commune en Turquie à la date du 24 avril en précisant que ce devrait être une commémoration non "pas du génocide mais de toutes les personnes qui ont perdu leur vie pour saisir la mémoire commune : il faut d'abord que nous enterrions nos morts arméniens et musulmans".

Nota CVAN : accablant constat de constater que les "démocrates" turcs sont en fait sur la même ligne que les forces nationalistes et le gouvernement turc. Ainsi donc, Ahmet Insel, se positionne en parfait accord avec le gouvernement turc, pour célébrer cette "mémoire commune" des morts indifféremment arméniens ou turcs.

Ferhat Kentel est intervenu pour préciser qu'il fallait sortir "du nationalisme moderne, prendre en compte l'autre, le moi dans l'autre, l'autre dans le moi…" (Nota CVAN - Masturbation intellectuelle ? No comment...).

Insel a rajouté : "on ne peut pas définir l'Histoire par la loi. En tant qu'universitaire, je suis contre qu'on interdise de ne pas parler de génocide comme de sanctionner la négation du génocide", "tout crime contre l'humanité n'est pas forcément un génocide, il y a une gradation des crimes contre l'humanité".

Ferhat Kentel a ajouté que l'on avait "nettoyé" les Arméniens de Turquie et que l'essentiel c'est de "sentir le génocide, le massacre" (Nota CVAN : ça sent mauvais, ça. Sentir ? Est-ce reconnaître ?).
Insel a encore insisté en disant que "tout le monde peut mettre du génocide partout", cependant , "on ne peut mettre du génocide sur tout"... "La société turque est conservatrice, elle ne conserve pas ses monuments arméniens y compris les siens".

Lorsqu'Insel a parlé du dynamitage systématique de nos monuments dans les années 1950-60, en précisant que le but était d'effacer toute trace de l'existence des Arméniens sur le sol turc, un monsieur dans l'assistance a crié "C'est génocidaire!" plusieurs fois - ce qui est une évidence. La réaction d'Insel a été de dire qu'il y avait aussi un problème avec le nationalisme arménien. Bref, dès qu'on emploie le mot génocide, on est étiqueté "nationaliste". Si on ajoute à cela le fait qu'Insel a accusé (sans précisions) l'UE d'être responsable de ce qui se passe en Turquie, on obtient du Baskin Oran... (intellectuel turc très virulent contre l'emploi du "mot en"G").

"Il y a une volonté d'effacer la mémoire arménienne en Turquie". Il a évoqué encore la résurgence du "nationalisme arménien" comme du "nationalisme turc" et que sur la question du génocide, "des archives sont ouvertes et d'autres non.

Les archives de l'état-major militaire ne sont pas ouvertes. Or, la plupart des historiens arméniens ne disposent pas de fichiers, le fait que l'Eglise d'Akhtamar a été restaurée à VAN constitue un premier pas en Turquie, tout en précisant que "nous n'avons qu'une seule association de défense des Droits de l'Homme", (la LICRA n'existe pas par exemple). Il a formulé un vœu en rappelant qu'en 2005, "on a tenu une première conférence en Turquie par des gens de Turquie sur le problème arménien. Certains ont indiqué qu'il s'agissait d'un génocide, d'autres un crime contre l'humanité. Il y a un vrai travail de mémoire qui a commencé en Turquie. On a pu le faire. En revanche, on a essayé de faire la même chose en Arménie et on n'a pas pu. Je voudrais qu'on discute de la même manière en Arménie".

Nota CVAN : Discuter de quoi ? Du négationnisme des "démocrates" turcs ? Car selon l'historien Yves Ternon qui, le lundi 12 mars, a commenté les propos d'Insel lors du débat organisé par la Licra à l'Hôtel St James à Paris, toute tentative de nommer le crime de génocide par un autre qualificatif (exemple "crime contre l'humanité"), relève du négationnisme. Un négationnisme d'autant plus pervers qu'il émane de gens cultivés, reconnus comme "démocrates" par la communauté internationale.
Conclusion : Comme on le supposait, que l'on soit nationaliste turc, laïc ou islamiste extrémiste, le discours sur la reconnaissance du génocide arménien en tant que génocide est exactement le même. L'enrobage seul, diffère. Quelques rares et réels démocrates turcs osent parler sans détour du génocide arménien. Ceux-là sont totalement isolés des autres et lâchés par la communauté des universitaires turcs. Tel est le cas actuellement de Taner Akçam, abandonné de tous face aux menaces et aux pressions du gouvernement turc. Le danger d'une Turquie négationniste qui avance désormais masquée, sous le couvert de pseudo-démocrates (des "démo-crades" ?), se fait chaque jour plus fort en France.
Il est urgent, pour les citoyens français que nous sommes, que le Sénat français vote la loi réprimant la négation du génocide arménien avant que cette négation larvée s'infiltre dans tous les cercles intellectuels et politiques français.

En attendant on peut compter sur les doigts d'une seule main les réels démocrates turcs qui défient le pouvoir en place à Ankara : Taner Akçam, Ali Ertem (qui lui, soutient la loi de pénalisation du négationnisme du génocide arménien), Ayse Gunaysu et Ayse Hür.
Deux hommes, deux femmes.
Cela fait quatre personnes sincères sur une population de plus de 70 millions, c'est un bon début. D'ici un siècle, ils seront au moins 50, vous verrez.

Compte-rendu : © Collectif VAN



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