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Les Turcs évoluent, le pouvoir résiste
Publié le :

Sud Ouest

Publié le 22/04/2015 à 04h50 , modifié le 22/04/2015 à 07h47 par Alexandre Billette, à Istanbul

Le mot « génocide » n’est plus tabou dans la société turque. Mais Erdogan craint la remise en cause des bases du régime

«Nous aurions pu déporter les 100 000 Arméniens qui vivent dans notre pays, mais nous n'en avons rien fait, et ils sont toujours les bienvenus en Turquie. » Cette déclaration inconcevable a été prononcée il y a une semaine par le président turc. Recep Tayyip Erdogan réagissait à la reconnaissance par le Parlement européen du génocide perpétré contre les Arméniens, à quelques jours des cérémonies du centenaire de ce massacre, qui connaîtront leur point d'orgue ce vendredi 24 avril. Les paroles du chef de l'État, au mieux ambiguës, et lourdes d'une menace gratuite, illustrent bien la rigidité dans laquelle se drape le pouvoir turc face à la question arménienne. L'évocation publique récente par le pape François du génocide, celle du Parlement européen et celle, attendue, de l'Allemagne montrent aussi l'isolement croissant d'Ankara, alors que l'utilisation du mot « génocide » est toujours - théoriquement - passible de poursuites en Turquie pour atteinte à la dignité de la nation. Les autorités turques déploient également un puissant lobby à Washington, car elles craignent que Barack Obama ne prononce publiquement « the G-word », reconnaissant ainsi le caractère génocidaire des massacres de 1915. Le ministre des Affaires étrangères, Mevlüt Çavusoglu, est de passage dans la capitale américaine cette semaine.

Des élections en juin

Pourtant, voilà un an, Recep Tayyip Erdogan, alors Premier ministre, avait pour la première fois présenté ses condoléances au peuple arménien en publiant un communiqué officiel. Il y évoquait « les Arméniens qui ont perdu la vie dans les circonstances qui ont marqué le début du XXe siècle ». Ces paroles avaient été accueillies froidement par la communauté arménienne. Elles s'inscrivent dans le droit-fil de la position du Parti de la justice et du développement (AKP, au pouvoir depuis 2002) : « Il y a eu des massacres et des victimes de toutes parts, autant arméniennes que turques. »

Rien de tel cette année, et le pouvoir turc va commémorer les « événements » survenus il y a cent ans en assurant le service minimal. Il espère que les regards se porteront vers les célébrations du centième anniversaire de la bataille des Dardanelles, organisées au même moment, et dans la polémique (lire ci-dessous).

Il faut dire que le contexte politique a changé : le régime d'Erdogan, devenu président en août dernier, est affaibli sur la scène internationale, et le gouvernement turc a aujourd'hui les yeux rivés sur les prochaines élections législatives, en juin.


S'il les remporte largement, le parti du président entend profiter d'une majorité qualifiée pour modifier la Constitution au profit du chef de l'État. Dans ces conditions, mieux vaut ne pas prêter le flanc à la critique, au sein de la frange la plus nationaliste de l'électorat, sur une question arménienne qui ne rapporterait rien politiquement…

Malgré tout, si le pouvoir turc reste braqué, la société turque, elle, évolue lentement sur ce dossier arménien. Au-delà de l'usage du mot « génocide », de moins en moins tabou, une partie de la presse se penche désormais sur la question, les publications académiques se multiplient, des débats sont organisés…

Une société qui avance

Pour Cengiz Aktar, politologue à l'Istanbul Policy Center et l'un des auteurs d'une demande publique de pardon aux Arméniens en 2008, « le travail de mémoire se fait dans la société turque ; le mouvement, petit à petit, se banalise, il est sain, pérenne, et important. Même au sein de la classe politique, il n'y a plus d'unanimité ; jusqu'à l'intérieur de l'AKP, il y a des personnalités, des élus capables de s'exprimer, en privé, pour une reconnaissance du génocide arménien. »

Alen et Pinar, deux trentenaires stambouliotes, font partie de ces « âmes errantes », les descendants des survivants arméniens ainsi nommés par le journaliste Hrant Dink, assassiné à Istanbul en 2007. « Il y a un mouvement, encore fragile mais inéluctable, des petits pas de réconciliation qui peuvent laisser espérer pour l'avenir », explique Alen.
« À Istanbul, du moins dans certains milieux, on sent une véritable curiosité, un intérêt pour la culture arménienne, mais aussi pour comprendre enfin l'histoire de 1915. Et c'est quelque chose de relativement nouveau par rapport à il y a dix ans », confirme Pinar, qui porte une discrète croix en pendentif. « Quelque chose que je n'aurais probablement pas porté avant, peut-être parce que je me sens un peu plus forte en tant qu'Arménienne aujourd'hui. »

Rendez-vous place Taksim

Pour la sixième année de suite, des milliers de Stambouliotes - Arméniens, Turcs, Grecs, musulmans, chrétiens et athées - vont se retrouver ce vendredi soir sur la grande place du Taksim, au centre de la partie européenne d'Istanbul, pour commémorer le massacre, à compter du mois d'avril 1915, de centaines de milliers d'Arméniens.

« Sur cette question du génocide arménien, tôt ou tard la vérité éclatera. En fait, elle a déjà éclaté ; le génie est sorti de la bouteille », assure le politologue Cengiz Aktar. Mais « la Turquie officielle », elle, reste campée sur ses positions, au risque sinon, veut-on croire à Ankara, de remettre en question les fondements mêmes de la république bâtie par Mustafa Kemal Atatürk.





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Source/Lien : Sud Ouest



   
 
   
 
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