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Le génocide des Arméniens perdure
Publié le : 24-06-2015

Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - Le Collectif VAN diffuse ici l'article de Grégoire Jakhian publié le 22 juin 2015 sur le site du Centre Communautaire Laïc Juif - CCLJ.












Légende : Grégoire Jakhian


CCLJ

Lundi 22 juin 2015 par Grégoire Jakhian

Dans la dernière édition du Jewish Post (n°84 mai-juin 2015), Grégoire Jakhian, président de l’Assemblée des Arméniens de Belgique a publié une uchronie dramatique illustrant l’injustice à laquelle sont encore confrontés les Arméniens.

Il y a cinq ans, le Jewish Post rendait compte d’une conférence de feu le bâtonnier de Bruxelles, Edouard Jakhian, qui s’intitulait : « Arménie, un génocide qui n’en finit pas ».

Ce titre reste d’actualité et rappelle aux Arméniens que l’histoire n’est pas juste, que l’injustice est historique, que le courage est rarement étatique et que tout drapeau (quel qu’il soit) agité éveille les passions les moins humanistes.

Faisons œuvre de fiction dramatique et pédagogique. Voici donc cette fiction.

L’Allemagne est vaincue en 1945. Les Alliés réclament l’extradition de plusieurs responsables nazis. Certains des Nazis sont cachés en Allemagne, d’autres à l’étranger chez des sympathisants, principalement à Ankara.

Les Alliés qui occupent une partie des côtes allemandes organisent la tenue de procès devant des tribunaux militaires allemands pour juger une cinquantaine de responsables nazis. Beaucoup seront condamnés à mort par contumace. Le massacre des Juifs (le mot génocide sera créé plus tard) a conduit les juges militaires à prononcer ces peines sévères.

Mais ce qui a surtout déterminé les juges, c’est la décision des Nazis d’avoir mené l’Allemagne dans une guerre qui fut perdue et qui a souillé l’honneur de la nation allemande et de sa grande armée.

Les Juifs qui ont survécu aux massacres et déportations se dispersent dans le monde. Les familles et les âmes sont démembrées. Aucun Juif ne peut retourner en Allemagne : leurs documents d’identité en lambeaux portent la mention : « interdit de retour ». Les Nazis les appellent : « les rebuts ». Le rebut est ce qu’il y a de plus méprisable dans une population ou de plus mauvais et à abandonner dans une fabrication.

Les corps des morts n’ont aucune sépulture. Leurs biens immobiliers sont occupés par des Allemands. Les synagogues sont pillées et laissées à l’abandon. Certaines sont, pierre par pierre, détruites par des chercheurs de trésor qui sont convaincus que les murs et structures contiennent de l’or caché par ce peuple mécréant mais prétendument riche. D’autres synagogues serviront, bien longtemps après la fin de la guerre, de cibles pour les exercices de tirs de l’armée allemande.

L’Allemagne doit se reconstruire. Les Alliés ne souhaitent pas l’occuper. Les Alliés ne veulent pas d’un tribunal international que prévoit pourtant le traité d’armistice pour juger les monstres nazis. Ils veulent tirer un trait sur le passé et sur la mort des Juifs. Ils veulent une nouvelle Allemagne et faire table rase du passé. Ils trouvent dans le Général Rommel un candidat parfait pour fonder la nouvelle République allemande sur les cendres encore fumantes du IIIe Reich.

Rommel se fait appeler le « Père des Allemands ». Rommel, Père des Allemands, devient ainsi le premier président de la jeune République fédérale allemande, cinq ans après la fin de la guerre.

L’une de ses premières décisions fut de gracier et de réhabiliter tous les massacreurs de Juifs condamnés à mort par contumace au sortir de la guerre par les tribunaux militaires du Reich. Certains d’entre eux avaient été entre-temps assassinés en exil par des commandos juifs qui, écœurés par l’impunité dont ils jouissaient, se sont fait justice eux-mêmes. Antigone prit donc les armes.

Les autorités allemandes s’en prirent violemment à ces terroristes. Plus tard, elles n’ont pas manqué de rappeler que les Juifs sont morts pendant la guerre du typhus, qu’en toute hypothèse il y a plus d’Allemands morts que de Juifs morts, que les Juifs avaient rejoint le camp des Alliés et que leur disparition n’en fait – pas plus pas moins – que des victimes de guerre, que l’Allemand est bon et travailleur tandis que le Juif est félon alors que, jusqu’avant la guerre, les Allemands appelaient les Juifs « le peuple fidèle », sans compter que la majorité des Juifs avait toujours servi avec dignité et courage dans l’armée allemande.

Le gouvernement allemand formé par Rommel, Père des Allemands, est composé d’anciens Nazis, détruit les archives nazies compromettantes. Le pouvoir législatif également. Quant au pouvoir judiciaire, il n’existe que sur papier : il dépend directement de l’exécutif dominé par les anciens membres du parti nazi. Le palais présidentiel allemand est construit sur un terrain abandonné par une riche famille juive. L’armée allemande sera confiée à des états-majors qui ne cesseront de perpétuer l’impératif nationaliste conçu par les Nazis. Elle massacrera quelques dizaines de survivants juifs qui ont publiquement revendiqué une autonomie dans le silence des Alliées. Rommel, Père des Allemands, était déjà président.

L’usage de l’hébreu et du yiddish est interdit. L’Etat allemand confisque les biens des dernières associations et congrégations juives encore en activités.

Avant les massacres de Juifs, il y avait 10 millions de citoyens allemands dont plus de 2 millions de Juifs.

Après la guerre, il n’y avait plus que 60 à 70.000 Juifs en Allemagne. Tous les autres furent massacrés ou jetés sur les chemins de la désespérance pour y mourir, les survivants prirent la route de l’exil diasporique.

Le programme scolaire allemand, depuis la guerre et à l’initiative de de Rommel, Père des Allemands, ne dit mot sur le massacre des Juifs et d’autres minorités qui vivaient jusqu’à la guerre en paix sur les territoires allemands.

Le cursus académique passe ainsi sous silence que la République allemande est née des meurtres délibérés de Juifs sans que les auteurs, la nature et la gravité de ce crime n’aient été reconnus et condamnés par la jeune république.

En revanche, le cursus scolaire promeut que les Juifs ont massacré les Allemands et taisent le mot « génocide », entre-temps créé par le Professeur Lemkin.

En 2015, tant d’années après les faits, les Allemands considèrent qu’il ne peut y avoir eu génocide parce que le mot n’existait pas au moment des faits, que l’absence de condamnation des auteurs du génocide par une juridiction internationale ou d’un Etat membre de l’Union Européenne rend impossible la criminalisation des propos négationnistes, que les juges ne peuvent s’instituer historiens.

Les Allemands rappellent que si des Juifs sont morts c’est à cause de la guerre. Les Allemands tiennent à rappeler que leur Président actuel a présenté ses condoléances aux héritiers des Juifs et à ceux des Allemands morts pendant la guerre… La critique historique est remplacée par le dogme de l’immaculée mais féconde Allemagne.

Les Allemands n’expliquent toutefois pas pourquoi les Juifs intellectuels qui ne vivaient pas sur le front de guerre ont été les premiers à avoir été arrêtés, déportés et massacrés, pourquoi les femmes et les enfants ont été massacrés, pourquoi les soldats allemands éventraient les femmes enceintes et passaient au sabre les fœtus, pourquoi les archives étrangères de l’époque révèlent que les Nazis ont délibérément organisé l’élimination des Juifs dans un délire nationaliste d’homogénéiser les populations d’origine allemande et chrétienne, pourquoi les documents allemands de l’époque confirment cette intention génocidaire, pourquoi des Justes allemands ont refusé d’exterminer des Juifs, pourquoi des historiens allemands non inféodés au gouvernement allemand reconnaissent le génocide au péril de leur liberté et de leur vie, pourquoi un Prix Nobel de Littérature allemand a été poursuivi sur la base de l’article 301 du Code pénal allemand pour avoir offensé la germanité et la nation allemande en soutenant publiquement la thèse infamante qu’il y avait eu un prétendu génocide, pourquoi il n’y a plus que 70.000 Juifs en Allemagne alors qu’ils auraient dû être des millions, pourquoi des villes juives entières n’existent plus et sont des champs laissés à l’abandon, pourquoi les hommes politiques allemands manient l’insulte suprême en traitant leurs adversaires de « juifs ».

Les Allemands et toute la propagande allemande refusent de reconnaître que le Juif a été massacré parce qu’il était Juif.

En 2015, un seul parti politique allemand, représentant les minorités de l’Est de l’Allemagne, reconnaît l’existence du génocide nazi.

Heureusement, les consciences en 2015 se réveillent. L’anniversaire du génocide est célébré dans toutes les capitales européennes. Les intellectuels occidentaux prennent clairement position en le reconnaissant. Mais les ambassadeurs d’Allemagne sont rappelés à Berlin chaque fois que leur Etat d’accueil reconnait le génocide.

En avril 2015, le bourgmestre belge d’origine allemande de Saint-Josse ne reconnait pas le génocide juif. Son parti bien. Il reste pourtant en fonction.

En avril 2015, le ministre des affaires étrangères belge ne veut pas parler de génocide mais de massacres.

En mai 2015, le bourgmestre d’une commune bruxelloise « n’autorise pas mais tolère » une manifestation pro-allemande pour nier le génocide juif.

En mai 2015, à la télévision publique allemande, lors d’une émission consacrée au Nazis, l’invité de marque a indiqué qu’un Hitler valait « 80 ou 120 » Rommel et s’est exclamé : « Regardez ce héros, il est unique dans l’histoire de l’Allemagne ».

Les négationnistes allemands et belges d’origine allemande pullulent. Ils rendent la voix des Allemands qui reconnaissent courageusement le génocide presque inaudible. Ils les menacent de mort.

A Berlin, le Monument de la Liberté abrite les dépouilles d’Adolf Hitler et d’Heinrich Himmler. Il est fleuri officiellement chaque année. Les Juifs n’ont que leur dignité et leur mémoire pour énergie. Ils vivent depuis la guerre pour transmettre leur culture et tenter d’obtenir justice de l’Allemagne, fût-ce symboliquement. Les Allemands ne demandent pas pardon : comment le feraient-ils puisque l’Occident ne les aide pas à confronter les négationnistes à leur passé. Pendant ce temps, le Juif poursuit son supplice de Sisyphe et tente de récupérer la lumière volée aux Dieux. Il espère.

Il attend un temps où peut-être un caricaturiste juif ou allemand pourra enfin dessiner, sur la première page d’un journal satirique allemand, Hitler avec les mots : tout est pardonné…

Cher lecteur, changez le nom « Juif » par « Arménien », l’adjectif « juif » par « arménien », « République fédérale allemande » par « République turque », « allemand » par « turc », « nazi » par « Jeune-Turc », « Berlin » par « Ankara », « Rommel, Père des Allemands » par « Kemal Atatürk » (Ataturk signifiant le Père des Turcs), « Hitler et Himmler » par « Enver Pacha et Talaat Pacha ». Vous saurez alors le cauchemar que vivent les Arméniens…

Le négationnisme et l’antisémitisme procèdent et s’alimentent de la même veulerie. Les Arméniens, les Juifs et les Tutsis sont soudés dans un même combat humaniste.

Le négationniste poursuit, par l’esprit, l’œuvre mortifère du génocidaire. Il n’a pas du sang sur les mains. Mais bien sur son âme.

Le génocide des Arméniens perdure…



Lire aussi :

Dossier du Collectif VAN : Le négationnisme au sein des partis politiques belges




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Source/Lien : CCLJ



   
 
   
 
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