Déclaration douloureuse et provocatrice de l’identité nationale turque
Publié le : 30-03-2007
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Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - Le Collectif VAN vous propose cette traduction d'un article paru en anglais sur The Independent du 30 mars 2007.
La restauration turque de l’église arménienne ne laisse aucune place à l’excuse
De Ian Herbert à Van, Anatolie, Turquie
Publié le : 30 mars 2007
Au milieu d’un lac bleu aux eaux salées, sur une île entourée de sommets montagneux enneigés, en Turquie orientale, les Arméniens chrétiens ont été invités hier à être les témoins de la restauration par la Turquie de l’un de leurs sites des plus sacrés.
Des bas-reliefs fait de pierres de tuf rouge, aux fresques du haut toit conique, la plupart des anciens trésors pouvaient de nouveau être admirés sur l’Église de la Sainte-Croix, âgée de 1000 ans, sur l’île d’Aghdamar sur le lac de Van, en Anatolie orientale. Sauf la croix; cette croix qui est visible sur les anciens dessins de l’église et les photographies datant de1908, juste avant que les Arméniens ne soient raflés, pour ne jamais revenir, de la ville de Van, au début de ce qu’ils décrivent comme étant leur génocide perpétré par les Ottomans.
La restauration de l’église a été vendue au monde - et plus particulièrement aux États-Unis, dont la Chambre des Représentants s’apprête à se prononcer sur la résolution qui déclarerait que les morts arméniennes constituent un génocide - comme la preuve que la Turquie désire remettre les choses au point avec les Arméniens. Mais, en dépit des protestations concernant le projet de restauration de l’architecte arménien, une croix n’a pas été installée - tout comme il n’est pas question que l’église chrétienne soit dans l’immédiat consacrée, pour que les Arméniens puissent, occasionnellement au moins, prier de nouveau en ce lieu. "L’église est ré-ouverte en tant que musée et n’a pas besoin de croix," a insisté cette semaine Yusuf Halacoglu, le directeur de la Société d’Histoire Turque. "Lors d’attaques, environ 22000 monuments ottomans ont été dépossédés de leurs croissants. Les autres pays accordant peu d’attention à ce fait."
L’insensibilité a donné le ton à la cérémonie d’hier qui, en dépit des nombreux posters turcs apposés partout et déclarant : Tarihe saygi, kulture saygi ("Respecte l’histoire, respecte la culture"), n’était qu’une déclaration douloureuse et quasi provocatrice de l’identité nationale turque. L’architecte/Évêque arménien Manuel qui a débuté la construction de l’église en 915 après JC, a employé des maîtres sculpteurs arméniens pour façonner les bas-reliefs chrétiens d’Adam et Ève, le déluge et Noé ainsi que David et Goliath. Mais la Turquie s’est appropriée le site saint avec la reconstruction qui a duré 3 ans et a coûté 2 millions de dollars (£1m) et elle ne s’en est pas cachée. Le croissant turc et la photo géante d’Atatürk étaient accrochés sur le devant de l’église, et après que l’hymne national turc a retenti triomphalement, le ministre du tourisme et de la culture, Atilla Koc, l’un des représentants officiels importants de la Turquie, a fait son allocution. "Nous protégeons la diversité culturelle et les biens des différentes cultures," a-t-il proclamé lors de son discours au cours duquel le mot "Arménie" n’a pas été prononcé une seule fois.
C’était peut-être aussi bien que seules 29 personnes soient venues d’Arménie - par la route, via la Géorgie, car les Turcs n’ont pas voulu ouvrir la frontière pour leurs voitures ni l’aéroport de Van pour leurs avions. Mais ceux qui ont fait le voyage ont pu voir l’homme le plus extraordinaire sur place.
Le Patriarche Mesrob Mutafian pense que son peuple a été victime d’un génocide - il l’appelle medzegherm (le grand massacre) - et il aimerait que le gouvernement turc prononce "de simples excuses envers mon peuple pour apaiser les tensions". Mais, il était prêt à accorder une certaine valeur au geste turc de restauration de l’église d’Aghdamar, dans l’espoir que les Arméniens et les Turcs puissent vivre ensemble. "Le gouvernement ... a courageusement achevé ce projet de restauration," a-t-il dit en se relevant. "C’est un mouvement positif dans les relations turco-arméniennes et j’offre mes profonds remerciements." Sa seule exigence a été que les Turcs permettent que l’église devienne un lieu de pèlerinage annuel, qui se terminerait par une cérémonie chrétienne.
Reste à voir si le Premier ministre modernisant de la Turquie, Recep Tayip Erdogan peut faire passer cela. C’est une année d’élection et la vague de nationalisme croissant est alimentée en grande partie par la réticence de l’Union européenne envers la candidature de la Turquie. Créer un antagonisme envers ceux qui considèrent qu’accorder davantage de concessions aux Arméniens est une "insulte à la turcité" pourrait mener à des querelles politiques. Ce qui pourrait expliquer pourquoi M. Erdogan, un progressiste qui a initié le projet d’Aghdamar et qui a également lancé l’idée d’une Commission Historique pour enquêter sur les événements de 1915, a jugé préférable de ne pas assister à la cérémonie d’hier.
Le gouvernement de M. Erdogan est tellement désespéré à démontrer que la Turquie est très tolérante envers la minorité arménienne qui compte 70000 personnes, qu’il a emmené les journalistes faire un tour du pays cette semaine. Ce voyage a révélé bien plus que ce que le gouvernement n’avait l’intention de montrer : les écoles arméniennes d’Istanbul, où seule la version turque de l’histoire - ignorer 1915 - est enseignée; les prêtres arméniens qui ont besoin d’installer des détecteurs de métaux à l’entrée des églises en raison des menaces des extrémistes; et, dans les bureaux du journaliste turco-arménien assassiné Hrant Dink, un flot d’emails abusifs émanant de nationalistes. (Le dernier article de Dink faisait part de son exaspération, car la date initialement choisie par les Turcs pour l’inauguration de l’église d’Aghdamar était le 24 avril - jour qui marque la commémoration de la rafle des intellectuels arméniens à Istanbul en 1915 -. Cette date a par la suite été modifiée.)
Le gouvernement Arménien étant réticent à se joindre à la Commission Historique de M. Erdogan, le Patriarche Mutafian a invoqué M. Levon Ter-Petrossian, l’ex- Président de l’Arménie, et sa recherche d’un accord commun. M. Ter-Petrossian désirait qu’un monument soit érigé à la frontière entre les deux pays, avec une inscription en arménien et en turc qui lirait "Je suis désolé". Il n’a jamais été construit.
Le ministre turc des Affaires étrangères a déclaré hier que la requête du Patriarche Mutafian, qu’une croix soit installée sur le dôme de l’église d’Aghdamar, avait été transmise au ministre de la culture. "Je prie pour qu’un jour elle y soit," a dit un autre ecclésiastique, George Kazoum, avant la cérémonie.
Pour le moment, les Arméniens ne peuvent seulement tirer de réconfort des croix que personne ne peut leur enlever. Hier, ils prenaient le soleil, loin du grand show turc orchestré, sur les pierres tombales du cimetière de l’église d’Aghdamar qui depuis 1000 ans se dresse là, malgré la neige, les tremblements de terre et les carnages humains.
©Traduction C.Gardon pour le Collectif VAN - www.collectifvan.org
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Source/Lien : The Independent
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