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Khodjaly : l’arbre qui cache la forêt
Publié le :

Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - Le Collectif VAN reprend ici l'éditorial d'Ara Toranian publié le mardi 1er mars 2016 sur le site des Nouvelles d'Arménie Magazine.

















NAM

EDITORIAL

Khodjaly : l’arbre qui cache la forêt

par Ara Toranian

Rassemblements à Los Angeles, à l’Arc de triomphe, concert à l’Église Saint-Louis des Invalides : la propagande azerbaïdjanaise a franchi un nouveau cran cette année pour commémorer ce qu’elle appelle le « génocide de Khodjaly ». Une expression qui vise, selon Michel Onfray, à « faire du peuple arménien un peuple génocidaire pour se dispenser de dire qu’il a été un peuple génocidé ». Cette campagne a suscité une certaine complaisance, si l’on en juge par certains retwits malheureux ou l’accueil qu’ont cru devoir lui réserver quelques administrations dépendantes du ministère des Anciens combattants en France.

L’impact de cette opération de communication a certes été limité. Si certains se sont fait piégés, tout le monde n’est pas dupe, ou n’a pas d’intérêts à faire valoir auprès de cette pétro-dictature, dénoncée par toutes les ONG de la planète pour son mépris des droits de l’homme (ce qui justifie sans doute sa prétention à vouloir régenter le Haut-Karabagh)...

Cette soudaine attention pour ces événements, qu’entend susciter Bakou, pourrait cependant bien se retourner contre ses auteurs. En s’évertuant à mettre sous le feu des projecteurs ce conflit oublié, l’Azerbaïdjan pointe la réalité d’une guerre qui a déjà fait plus de 30 000 morts et que ses velléités de revanche pourraient bien rallumer, risquant d’ajouter de la guerre à la guerre dans une région saturée de violence.

Ces manœuvres invitent également à rappeler quelques vérités que la partie arménienne néglige de mettre en avant, tout absorbée qu’elle est toujours par le génocide de 1915. Dans la longue liste des boucheries qui ont marqué les dernières 150 années de son histoire, il semblerait en effet que, pour elle, tout massacre de moins d’un million de morts ne soit pas digne d’être rappelé au monde. La plupart des atrocités qu’elle a subies, qui seraient considérées comme des crimes imprescriptibles aux yeux de n’importe quel autre peuple, passent pour elle par « pertes et profits ».

Il en est par exemple ainsi, pour se cantonner à l’époque contemporaine, du pogrom de Soumgaït, qui a ensanglanté des jours durant cette ville portuaire située sur la Caspienne, à des centaines de kilomètres de l’enclave disputée. Cette chasse à l’Arménien a été lancée par les autorités azerbaïdjanaises le 28 février 1988 pour « punir » le Parlement de Stepanakert qui avait demandé à exercer quelques jours auparavant son droit à l’autodétermination. À cette période, il n’y avait pas de guerre en Azerbaïdjan. Mais bel et bien un racisme antiarménien inscrit dans l’ADN de ce pays et une tradition bien ancrée du massacre. Cette nuit de Cristal qui a duré plusieurs jours sans que la police ne réagisse a donné le « la » du conflit. Elle a fait des centaines de morts et des milliers de blessés parmi la paisible population de cette ville qui comptait 30 000 Arméniens, tous visés sur la simple base de leur appartenance au groupe sélectionné. Vous avez dit génocide ?

Faut-il revenir également sur les massacres de civils arméniens dans la ville de Kirovabad en novembre 1988 (près d’une centaine de morts et disparus) ? Le pogrom de Bakou du 13 au 19 janvier 1990 qui fit entre 300 et 400 morts parmi les Arméniens et mit un terme à la présence ancestrale des centaines de milliers d’entre eux dans cette ville du Caucase. Faut-il évoquer la boucherie du 10 avril 1992 dans le village de Maragha que la Baronne Caroline Cox, vice-présidente de la Chambre des Lords et témoin du désastre, a décrit en ces termes : « têtes décapitées, corps démembrés, restes d’enfants, terre sanglante et membres séparés des corps dans les lieux où les Azerbaïdjanais sciaient vifs des hommes. Nous avons vu des machettes acérées, avec du sang coagulé, qu’ils utilisaient afin de démembrer les gens... Après avoir tué de cette manière les habitants de Maragha, les Azerbaïdjanais ont pillé et incendié le village [...] Je n’oublierai jamais ce jour effrayant. » ?

Le problème des Arméniens est qu’ils ploient sous le nombre des horreurs. Et qu’ils connaissent trop bien le poids du mot génocide, dont Ankara et Bakou dénient le bien-fondé en ce qui concerne l’extermination d’un million et demi d’Arméniens en 1915, pour se permettre de l’employer à tout va, à l’instar des Turco-Azéris pour désigner les événements de Khodjaly qui ont fait entre 31 morts selon les journalistes sur place au moment des faits et 613 morts, d’après le régime de Bakou. À l’inverse, l’Azerbaïdjan et la Turquie ont intérêt à galvauder ce concept, à le banaliser, à le vider de son sens. Ainsi Erdogan n’a-t-il pas hésité à accuser les Chinois d’avoir perpétré un « génocide » à l’occasion des troubles du Xinjiang le 10 juillet 2009, les Français de s’être également rendus coupables d’un « génocide » contre les Algériens (ce qui lui a valu une remontrance d’Ahmed Ouyahia, Premier ministre de ce pays, qui lui a demandé à l’époque de cesser ce type d’instrumentalisation) ou les Israéliens d’en commettre un à Gaza en juillet 2014.

Ces manipulations ( on se souvient du détournement par Bakou de photos de la guerre en ex-Yougoslavie pour illustrer « les atrocités arméniennes » au Haut-Karabagh ) visent à noyer le poisson, à fourvoyer l’opinion en jouant sur les mots, les images et l’émotion. Ces procédés ne sauraient pour autant masquer la nature du conflit qu’Andréï Sakharov, prix Nobel de la Paix, décrivait en ces termes : « la guerre du Karabagh est une question d’orgueil national pour l’Azerbaïdjan et de survie pour les Arméniens ».

Depuis la fin du XIXe siècle, le panturquisme oeuvre à l’anéantissement définitif de l’entité arménienne dans la région. La guerre du Haut-Karabagh, déclenchée par Bakou et menacée d’être relancée aujourd’hui par sa course folle aux armements, s’inscrit dans cette perspective géostratégique. Le tour de l’Arménie, dont le président Aliev ne cesse de déclarer qu’elle est « un Etat artificiel construit sur des terres azerbaïdjanaises », est également programmé. Telle est la tendance. Incontestable. Depuis près d’un siècle et demi. Et l’exception de Khodjaly, si tant est que pour une fois les moutons se soient bien transformés en loups, comme on tente de nous en persuader, ne fait hélas que confirmer la règle.

mardi 1er mars 2016,
Ara ©armenews.com


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Source/Lien : NAM



   
 
   
 
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