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Combien il y a-t-il de Turquie ?
Publié le :

Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - Le Collectif VAN vous propose la traduction d'un article paru en anglais dans Today's Zaman du 21 avril 2007.
A lire MÜMTAZ’ER TÜRKÖNE, on comprend bien que, comme dans le cas de l'assassinat de Hrant Dink, c'est la Turquie qui est victime du triple assassinat de Malatya. Pas un mot pour demander pardon aux familles des victimes, aux minorités chrétiennes, mais une analyse faussée pour expliquer que cette sauvagerie est due aux "douleurs croissantes de la modernisation". L'auteur semble oublier que cette modernisation est sans doute en marche depuis la nuit des temps, car, contrairement à ce qu'il affirme, les massacres n'ont pas manqué au cours des siècles, dans l'Empire ottoman. Les derniers en date étant les massacres orchestrés par le sultan Abdül Hamid en 1895/96 (qui ont fait 300 000 victimes arméniennes), ceux d'Adana en 1909 avec leurs 20 000 victimes arméniennes, et bien sûr le génocide arménien de 1915 qui vit l'extermination d'un million cinq-cent mille Arméniens en Turquie. Sans compter les génocides des Grecs Pontiques et des Assyro-Chaldéens. Tout ce qui a fait que de 40% à l'époque de l'Empire ottoman, les minorités chrétiennes ne représentent plus que 0, 001 % aujourd'hui. Sa vision angélique de la protection des populations chrétiennes est décidemment bien éloignée de la sinistre réalité.


de MÜMTAZ’ER TÜRKÖNE

Le commentaire, “il y a désormais deux Turquie”, fait par le New York Times après “le rallye républicain” qui s’est tenu à Ankara le 14 avril, est trompeur, car il sous-entend que la foule enthousiaste qui s’est réunie à Tandogan Square et ceux qui sont au pouvoir, ont deux visions différentes de la Turquie.

L’élément trompeur de ce commentaire provient du fait qu’il existe plus de deux Turquie. De fait, il y a un grand nombre de Turquie en Turquie. Sans mentionner de chiffre, il n’est pas correct de le réduire à deux. On devrait être capable de décrire différentes visions de la Turquie comme des peintures vivantes. Cependant, l’existence de nombreux pays dans un seul pays ne nous est pas spécifique. Il existe différentes visions de l’Amérique en Amérique et différentes visions de la France en France également. Démocratie et pluralisme unifient ces perspectives différentes, les résorbant dans différentes visions d’un seul et même pays. Il y a une démocratie à l’oeuvre et une culture de la démocratie qui soutient la démocratie en Turquie. Pour cette raison, il n’y a finalement qu’une Turquie.

Les horribles meurtres commis mercredi à Malatya, sont, tristement, une partie de cette vision. La compétition politique que l’on a pu remarquer à Tandogan Square à Ankara et qui a créé un débat entre le gouvernement et l’opposition, mais aussi les meurtres de Hrant Dink et des trois personnes à Malatya, et le chômage et la pauvreté, en dépit du haut taux record des exportations en mars, appartiennent tous à ce même monde. Ce monde est affecté négativement par le feu irakien proche de lui, et il est perturbé, car sujet au comportement désagréable de l’Europe vis-à-vis du processus d’adhésion.

Traditions multiculturelles
On a compris que les meurtres horribles des trois personnes engagées dans des activités missionnaires à Malatya, l’une d’entre elle était allemande, ainsi que les meurtres précédents du prêtre Santoro à Trabzon et de Hrant Dink, sont tous nourris par ce détestable climat. Il existe un grand nombre de jeunes Turcs qui sont comme des mines dérivant dans la mer, à la recherche d’endroits à toucher pour y exploser. Ces jeunes personnes, qui sont incapables de faire un raisonnement de cause à effets, eu égard à ces événements qu’ils voient se dérouler dans le pays, ou dans les développements du monde, commettent ces meurtres qui nous donnent des frissons. Ceux qui en déduisent, à la vue de ces meurtres, que les Turcs sont d’une nature sauvage et barbare et qui attribuent ce monde sombre et lugubre derrière ces meurtres, à la société comme un tout, ne comprennent rien. La société turque possède une riche tradition, du rarement vu dans l’histoire, de coexistence avec un respect des différences. Et ces meurtres sont les résultats des douleurs apportées par la modernisation, et non ceux des traditions exemplaires enregistrées dans l’histoire.
Un voyageur français qui a traversé l’Anatolie d’un bout à l’autre, au début du 19e siècle a noté avec stupéfaction l’harmonie qui régnait entre les membres des différentes religions, qui vivaient ensemble. Et, il a même noté un exemple de blague faite communément par les Turcs et les chrétiens : Un Turc musulman dit en plaisantant à son voisin chrétien, “Et si je participais aux fêtes de Pâques et si tu jeûnais 10 jours pendant le ramadan, pour effacer les différences entre nous ?” Dans l’Empire ottoman, les communautés chrétiennes représentaient 40% de sa population. L’État avait formé des structures administrative et judiciaire très saines, afin de permettre aux différentes religions et croyances de vivre en paix côte à côte, et il avait octroyé une large autonomie aux non musulmans. L’existence de différentes croyances était basée sur l’intégration des traditions Romaines aux lois islamiques. Chaque communauté religieuse était totalement indépendante eu égard à ses affaires internes. Des tribunaux religieux réglaient les différends à l’intérieur de la communauté chrétienne. Le représentant de l’État, soit le gouverneur, était oblige de faire appliquer les jugements émis par ces cours religieuses. De façon similaire, chaque congrégation chrétienne avait le droit d’ouvrir des écoles et des orphelinats et de les gérer en toute indépendance. L’Église collectait les impôts avec le soutien direct de l’État. La légitimité de cette tradition, qui existait depuis des siècles, parmi les musulmans était renforcée par des lois religieuses. Un non musulman vivant sous une loi musulmane était ainsi placé sous la protection de tout citoyen musulman. Le mot utilisé pour se référer aux non musulmans, dhimmi, signifiait étymologiquement et socialement que la protection de la vie, de la propriété et de l’honneur des non musulmans incombait aux musulmans. Si un résident non musulman était également citoyen d’un autre pays, on l’appelait du nom de müstemin qui signifie, “une personne confiée aux musulmans.” Une tradition si délicate ne donne pas naissance à la sauvagerie. De fait, elle n’a pratiquement jamais existé pendant les six siècles du régime ottoman.

Les douleurs croissantes de la modernisation
Les exemples de brutalité que l’on peut parfois rencontrer en Turquie aujourd’hui sont les résultats de la modernisation et des douleurs subies inhérentes au processus de modernisation : elle ne fait pas partie de notre tradition qui, pour ainsi dire, a pris place dans tous les tissus de la société et de l’histoire, façonnée par de telles traditions.

Nous savons parfaitement aujourd’hui que la brutalité raciste qui s’est développée et enracinée en Allemagne dans les années1930 n’était pas un recul de l’humanité vers sa forme primitive et sauvage. La brutalité apportée par le naturel ne pourrait jamais être aussi terrifiante et destructrice que la brutalité moderne. Analyser les cas survenus en Turquie comme étant des symptômes particuliers à cette société, c’est rabaisser de façon cruelle les effets collatéraux de la modernisation.
La Turquie est en train de changer rapidement, ce qui, en retour, rend extrêmement difficile pour les jeunes, qui sentent la pression du changement, de trouver un moyen de suivre leurs traditions. D’un côté, une vie sociale attrayante est offerte, grâce au miroitement artificiel donné par les médias, qui altèrent même les limites des rêves. Et en même temps, le fossé se creuse, entre cette fausse vie qui se moque de leurs rêves et les difficultés de leur vie. Les jeunes luttent pour surmonter cet écart en se battant avec des fantômes fabriqués dans un monde schizophrénique et en fomentant et en dirigeant leur haine envers leurs “ennemis”. Tandis que la modernisation échoue à atteindre les besoins de hauts niveaux de ces jeunes, le traditionnel échoue également à les aider à ré-établir leur équilibre, puisqu’ils sont écrasés par sa destruction.

Avec pour résultat ces scènes sanglantes de brutalité que ce pays et sa société ne méritent pas. Les actes féroces perpétrés à Malatya devraient être vus comme le dernier exemple de cette aberration psychologique. On devrait certainement prendre en compte le fait qu’ils sont l’expression, non pas de sentiments meurtriers religieux, mais d’un état de folie désespérée. Malatya a produit Mehmet Ali Agça, celui qui a voulu assassiner le Pape Jean Paul II. Mais cette même ville de Malatya était aussi la ville de naissance de Hrant Dink. Cette même ville de Malatya a également donné à la Turquie deux présidents qui ont dirigé la République turque. C’est pourquoi, ce sur quoi nous devons nous concentrer, c’est le changement constant et profond et les douleurs croissantes causées par ce changement, au lieu de mettre en avant la notion de deux Turquie ou plus.

Une Turquie unie
Dans ce cas, il serait plus correct de voir la foule qui s’est rassemblée le 14 avril à Tandogan Square, non pas comme l’une des deux Turquie, mais comme un indicateur de la démocratie à l’oeuvre et un atout pour une Turquie unie, tout comme cette manifestation nous fournit la réaction démocratique d’une société civilisée et mature, justement l’opposé de ce qu’il s’est passé à Malatya. La Turquie est en train d’abandonner sa vieille habitude, soit de résoudre ses problèmes par des méthodes extra démocratiques. Les gens sont à présent capables d’exprimer leurs objections démocratiquement, sans nécessairement donner libre cours à leur colère. L’opposition a prouvé qu’elle était faible à cause de la domination du Parti AK au Parlement. La faiblesse de l’opposition la rendait plus attractive pour recourir à des méthodes anti-démocratiques puisqu’elle partageait le pouvoir remis en question. Avec la fonction de président, ceux qui ont été élus légalement veulent une plus grande part de la puissance d’État, qui est toujours supérieure à la puissance politique, et les dynamiques de l’économie de marché ont légitimé cette exigence.

L’opposition, pour la première fois, a préféré faire ressentir son opposition par une manifestation démocratique de masse, plutôt qu’en partant à la recherche d’un coup d’Etat. Et elle a réussi. Même si le Premier ministre Erdogan a sous-estimé la foule qui s’est rassemblée sur la place, il semble avoir été affecté par cette scène. Maintenant, le Président de la Turquie devra prendre en compte les réactions démocratiques du peuple, ainsi que l’équilibre à l’intérieur de l’État. À partir du moment où il sera élu, le Président représentera la nation turque dans sa totalité. Tandogan transformera ses obligations constitutionnelles en une situation de facto. Le Président représentera également ces foules qui ont montré, par leurs réactions démocratiques, qu’elles ne voulaient pas de lui.

La récente brutalité est l’œuvre du modernisme extrême. Une démocratie mature est l’œuvre du modernisme nourri par la tradition. Les hooligans, la xénophobie et le racisme culturel, qui ont également cours en Europe, sont générés par ces coins sombres du modernisme et ils trouvent facilement des partisans. De la même façon, un sens de responsabilité, de dévotion envers les valeurs humaines et l’instinct de protection du monde futur sont aussi nourris par cette même source. Partout dans le monde, chaque pays a plus d’une facette. Le meurtre de Hrant Dink a bouleversé toute la Turquie. Et pareillement, la société manifeste sa réaction face à la férocité de Malatya. D’un autre côté, la manifestation de Tandogan Square était la face démocratique de la Turquie. Mais décrire cette manifestation comme étant une Turquie différente serait une injustice à la démocratie turque et à la culture démocratique.

21.04.2007

©Traduction C.Gardon pour le Collectif VAN 2007- www.collectifvan.org





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Source/Lien : Today's Zaman



   
 
   
 
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