Aujourd'hui : Mercredi, 26 juin 2019
 Veille Media Contact



 
 
 
 

 
 
 
Dossier du Collectif VAN - #FreeOsmanKavala ! Liberté pour #OsmanKavala !
PHDN
Rejoignez le Collectif VAN sur Facebook
Cliquez pour accéder au site Imprescriptible : base documentaire sur le génocide arménien
Observatoire du Négationnisme
xocali.net : La vérité sur Khojali !
Cliquez ici !

Imprimer dans une nouvelle fenêtre !  Envoyer cette page à votre ami-e !
 
Un démocrate turc d'Allemagne écrit le roman du génocide arménien
Publié le :

Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - Le Collectif VAN vous propose la traduction d'une interview (légèrement résumée) de première importance, parue en turc dans Agos le 20 avril 2007. Le journal arménien de Turquie interroge le Turc Dogan Akhanli qui vit en Allemagne depuis 1987, après avoir passé deux ans dans les prisons turques. Dogan Akhanli a obtenu le statut de réfugié politique en Allemagne et vit à Cologne. Il écrit des romans, travaille avec l’organisation des Droits de l’homme et tient une fois par mois, le rôle de « guide touristique » pour EL-DE Haus (il s’agit du bâtiment où les nazis torturaient leurs prisonniers, bâtiment transformé en musée-témoin).
Avec Ali Ertem et son travail courageux pour la reconnaissance du génocide arménien auprès des communautés turques d’Allemagne, l’espoir d’une révolution dans les mentalités turques est également porté par Dogan Akhanli, qui a écrit un roman sur le génocide arménien de 1915, « Les juges de l’apocalypse ». Curieusement, ce roman paru en turc en 1999 (Editions Belge de Ragip Zarakolu), n'a fait l'objet d'aucun écho dans la presse turque (mis à part Agos). Sa traduction en allemand vient de paraître en 2007, sous le titre : "Die Richter des Jüngsten Gerichts".





AGOS 577 - 20/04/2007

"Les juges de l'apocalypse"

Interview de Dogan Akhanli par Sandy Zurikoglu Erdogan


Q-Vous êtes un littéraire et vous travaillez pour les Droits de l’homme, pourquoi participez-vous à ces visites en tant que guide ?

D.Akhanli – On peut croire qu’entre les Jeune-Turcs et les Nazis il n’y a pas de relation, alors que notre histoire croise l’histoire allemande d’une façon étonnante. Par exemple, Ernest Reuter, le Maire de Berlin-Ouest, était en exil en Turquie durant la deuxième guerre mondiale. En 1946 avant les élections, le quotidien berlinois Vortwärts avait écrit : « Est-ce que Berlin va avoir un maire turc ? ». Franz Von Papen qui avait ouvert le chemin du pouvoir à Hitler en 1933 était officier dans les forces ottomannes entre 1915 et 1918 au 4ème régiment du Moyen-Orient en Palestine. Nous ne connaissons pas tout cela. Je participais à ces tours avec Heinz Humbach qui était témoin de cette époque. Il racontait en allemand et moi en turc. Maintenant qu’on l’a perdu des suites d’un cancer, je continue seul ce chemin.

Q- A quoi faites-vous attention lors de ces visites ?

D.Akhanli - Je n’ai pas de but politique. Je n’impose pas mes idées, je raconte les faits. Il y suffisamment de documents dans les archives du Ministère des Affaires Etrangères et de EL-DE Haus. Je réponds aux questions posées. Ce n’est pas très fatiguant.

Q- Est-ce qu’il est aussi facile de travailler dans les archives du Ministère des Affaires Etrangères ?

D.Akhanli - C’est l’exemple même d’'archives ouvertes’. Vous rentrez tranquillement et vous consultez ce que vous voulez.

Â…..

Q- Est-ce que les Turcs s’intéressent à ces visites ?

D.Akhanli – Pas très brillant. Malgré tous nos efforts, les média turcs n’ont pas voulu parler de ces visites. D’ailleurs, y compris les média de gauche turcs, aucun journal n’a voulu parler du livre « Les juges de l’apocalypse », à l’exception d’Agos.

Q- Comment est-ce que vous avez commencé à vous intéresser aux événements de 1915 ?

D.Akhanli - Je suis né à Chavchat. Les Arméniens de chez nous n’ont pas été déportés en 1915 car c’était un territoire russse. C’est en 1918 qu’ils ont été déportés. Lorsque j’étais enfant mon père montrait certaines personnes en disant « Ils sont devenus riches en « cassant » les Arméniens » et il nous interdisait d’avoir des contacts avec ces familles. (Nota CVAN : La traduction du mot génocide en turc « soykirimi » est composée de deux mots : « race + casser » qui donne « soykirimi ». Le verbe « casser » est aussi l’équivalent du mot arménien « tchartel »). De ce fait, nous avions appris très tôt que « casser les Arméniens » était quelque chose de mauvais.

Q - Quand est-ce que vous avez commencé à travailler sur le sujet ?

D.Akhanli - J’ai commencé à réfléchir à la question lorsque nous avons été arrêtés avec ma femme et mon fils le 12 Septembre. Mon fils n’avait que 16 mois. Il a dû être hospitalisé après être resté 10 jours au poste de police. Ma femme a subi également des interrogatoires avec moi. J’ai été condamné et j’ai passé la période entre 1985 et 1987 dans la prison militaire. Durant cette période, j’ai réfléchi aux raisons pour lesquelles l’homme peut être aussi rempli de violence envers un autre homme. Plus tard lorsque je me suis réfugié en Allemagne, j’ai pu réaliser des œuvres qui racontent l’histoire de ceux qui ont subi la violence. Le premier « En attendant la mer » raconte l’histoire des gens qui ont subi la violence car ils étaient d’idéologie gauchiste. Pour le deuxième « Le champ des coquelicots » j’ai aussi traité le comportement violent des gens qui ont eux même subi la violence. Et dans le dernier « Les juges de l’apocalypse » j’ai essayé de traiter l’histoire d’un peuple qui a subi la violence.

Â…..

Q- Est-ce que cÂ’est facile de raconter la violence ?

D.Akhanli – Pour ceux qui ont subi la violence, il est impossible d’écrire sur le sujet. Si je ne me trompe pas « Les juges de l’apocalypse » est le troisième roman dans son genre. Le roman de Franz Werfel « Les Quarante jours du Musa Dag », celui d’Edgar Hilsenrarth « Le conte de la pensée dernière » et mon roman édité en 1999. Aucun Arménien n’a écrit un roman sur le génocide. Car le concept du génocide est une réalité pour lui et il est impossible de le décrire avec des mots. (Nota CVAN : rappelons la première trilogie romancée, parue sur le sujet dans les années 60 en France, œuvre de Victor Gardon, Vahram Gakavian de son vrai nom, Arménien né à Van en 1903 : "Le Vert soleil de ma vie" (1959), "Le Chevalier à l'émeraude (1961) et "L'Apocalypse écarlate").


Q- Avez-vous lu le livre dÂ’Antonia Aslan ?

D.Akhanli - Pas encore mais elle est de la troisième génération. Je ne pense pas que celui qui a vécu le génocide ou ses enfants pourrait écrire un roman sur ce sujet.

Q- D’après vous quelle est l’œuvre qui raconte mieux cette époque ?

D.Akhanli – « Ararat » d’Atom Egoyan. Il a choisi la meilleure voie ; il ne raconte pas 1915 mais l’histoire d’un film qui traite de la question. Ararat est un film qui démontre comment le passé peut détruire notre vie actuelle. Il n’essaye pas de démontrer la vérité car la vérité est plus violente que nous ne pouvons l’imaginer. Justement c’est pour cette raison que moi aussi j’ai utilisé un style surréaliste pour écrire « Les juges de l’Apocalypse ».

Q - Est-ce que vous lisez Agos ?

D.Akhanli - Oui je le lis et beaucoup de gens autour de moi le lisent.

Q- Comment le trouvez-vous?

D.Akhanli - Je pense que nous les Turcs nous sommes sans gêne et sans scrupules ; Nous occupons de plus en plus les pages d’Agos. J’apprécie beaucoup les articles de Baskin Oran, d’Ayse Hur, d’Aydin Engin. Mais ils auraient pu créer leur propre journal et y exprimer leurs idées. Je n’adhère pas à ce que Aydin Engin a écrit sur les droits de Dogu Perincek (Nota CVAN : au sujet de la liberté d’expression). Si c’était Hrant ou un autre Arménien qui avait écrit cela, ça aurait un autre effet.

Q- Et le décès de Hrant ?

D.Akhanli - Je n’ai pas un seul mot à dire. Je participe à chaque journée de conférence et de visite avec la photo de Hrant. Aussi longtemps que la Turquie ne résoudra pas ce problème je vais continuer mon action ; il y aura toujours des personnes qui vont poser la question.

Q – Vous travaillez sur un sujet sensible et vous avez été la cible d’attaques. N’avez-vous pas peur ?

D.Akhanli - J’ai survécu à un putsch, j’ai subi des interrogatoires. Je ne suis pas Orhan Pamuk. Il n’y a rien qu’ils puissent me faire de plus. Ce sont ceux qui mentent qui doivent avoir peur.


© Traduction : S.C pour le Collectif VAN (2007)





Retour à la rubrique



   
 
   
 
  Collectif VAN [Vigilance Arménienne contre le Négationnisme]
BP 20083, 92133 Issy-les-Moulineaux - France
Boîte vocale : +33 1 77 62 70 77 - Email: contact@collectifvan.org
http://www.collectifvan.org