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Turquie : Erdoğan sÂ’exprime sur la libertĂ© dÂ’interdire
Publié le :

Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - Le Collectif VAN vous invite à lire cet article de Daniel Fleury publié sur Kedistan le 14 mars 2017.









Kedistan

Erdoğan sÂ’exprime sur la libertĂ© dÂ’interdire

Chronique de Daniel Fleury

14 mars 2017

Les “interdictions” faites aux ministres turcs de lÂ’AKP de tenir meeting dans diffĂ©rents pays europĂ©ens ou landers allemands font Ă©ructer Erdoğan.

Une partie de la “gôche” européenne appelle au calme, à la raison, et par exemple, le gouvernement français laisse volontiers le ministre des affaires étrangères turc tenir meeting et conférence de presse à Metz, durant lesquelles il reprend les qualificatifs de “nazis” à l’encontre de pays européens voisins.
Doit-on placer le débat sur le terrain de “la liberté d’expression” ?

Erdoğan nÂ’hĂ©site pas Ă  le faire, et son outrance coutumière y trouve un terrain favorable. “Nazisme” contre “nouvelle dĂ©mocratie turque dÂ’après 15 juillet“, voilĂ  Ă  peu près le niveau des discours.

Et, en écho, toutes les droites et extrêmes droites xénophobes européennes entonnent le crédo de l’interdiction de “meetings islamistes” sur le sol des belles démocraties.
Nous voilà dans le choc de “civilisations”, ou du moins son avatar…

Et quand tout cela se fait, tant aux Pays-Bas, qu’en France ou en Allemagne, sur fond d’échéances électorales en cours, ou imminentes, cela devient arguments de campagne pour identitaires de tous bords.

Nous voilĂ  revenus Ă  des instrumentalisations politiques, favorables de part et dÂ’autre, au renforcement des courants populistes identitaires, avec toute la division que cela suppose, et toutes les confusions et brouillages surtout.
Voilà donc remis en selle le faux débat sur la Turquie et l’Europe, entre autres, qui a cours depuis plus d’une décennie.

Pour rappel, et pour faire court, lÂ’accession au pouvoir dÂ’Erdoğan, mais surtout sa crĂ©dibilitĂ©, doivent beaucoup Ă  son aura “moderniste europĂ©enne” dont il enfila le costume, et Ă  lÂ’adĂ©quation entre les propres orientations Ă©conomiques libĂ©rales de ses “soutiens” et la finance internationale, dont lÂ’europĂ©enne, en recherche dÂ’investissements juteux. Le repli “politique” europĂ©en qui suivit a quasi effacĂ© cette “embellie”… Et cet effacement a dÂ’ailleurs autant servi les desseins politiques populistes du rĂ©gime AKP, que ceux des droites europĂ©ennes, dont les politiciens surfaient sur la xĂ©nophobie et les “identitĂ©s nationales”.
Comme pour le putsch manquĂ© de juillet, le repli europĂ©en dÂ’alors fut un “cadeau du ciel” pour Erdoğan, confrontĂ© quÂ’il Ă©tait aux “ouvertures” dĂ©mocratiques du processus de rapprochement, qui suscitaient en Turquie mĂŞme, des ruptures, tant dans la jeunesse que parmi les reprĂ©sentations des “minoritĂ©s”.

LÂ’illusion dĂ©mocratique europĂ©enne aurait pu lier les mains dÂ’un rĂ©gime dont le seul but Ă©tait pourtant de se maintenir au pouvoir, et dÂ’en faire profiter ses secteurs Ă©conomiques et financiers alliĂ©s, tout en maintenant un verrouillage autoritaire. Le dernier livre dÂ’Ahmet İnsel dĂ©veloppe très bien cet aspect, et pose la question de savoir comment ces doubles mouvements de replis, europĂ©ens et turcs, ont favorisĂ©s des classes politiques au pouvoir, en dialectique, de part et dÂ’autre du BosphoreÂ…
Bref, dire que ce qui se passe en Turquie “secoue inĂ©vitablement lÂ’Europe entière“, et vice-versa, ne se lit pas que chez lÂ’Ă©crivaine Aslı Erdoğan, mais dans la rĂ©alitĂ© des vingt dernières annĂ©es.

Et cÂ’est bien encore le cas avec ces meetings de campagne pour le OUI au changement constitutionnel, animĂ©s par des ministres en personne, tentant de sÂ’imposer malgrĂ© les mises en garde et les interdictions. LÂ’occasion Ă©tait trop belle pour Erdoğan, et sa capacitĂ© de vocifĂ©ration, pour ne pas en appeler Ă  nouveau au “Monde”…
En passant, nous pouvons souligner qu’envoyer des “ministres” pour prêcher la bonne parole du Reis, était de fait une provocation totalement réfléchie, alors que le Conseil de l’Europe s’était divisé en ce début d’année sur une prise en compte des rapports multiples sur “les atteintes au droits humains et les menaces pour la paix” et leur inscription à l’ordre du jour de cette assemblée, liée à la Cour Européenne des Droits de l’Homme.
Les pressions multiples du gouvernement AKP, les aides de ses nouveaux alliés (Russie) et l’abstention de gouvernements sociaux démocrates européens avaient permis pour un temps de repousser l’examen politique des répressions en cours et des crimes actuels et exactions passées au Bakur.

Il Ă©tait donc facile et prĂ©visible, pour un Erdoğan, dÂ’enfoncer le fer dans le ventre mou europĂ©en, Ă  lÂ’occasion de cette campagne rĂ©fĂ©rendaire pour son sacre.
On est à la fois dans la psychologie politique du personnage, et dans la nécessité de trouver “officiellement” des voix dans la diaspora turque (3 millions de personnes en Europe, soit plus d’un million d’électrices et d’ électeurs potentiellEs) et la radicaliser, confrontée qu’elle est de plus en plus ici à la divulgation des crimes du régime, par voies de médias, même édulcorées. Garantir une marge pour la triche qui ne manquera pas avec les voix de la diaspora fait aussi partie de l’objectif.

Mais cette “aubaine” pour Erdoğan, en est Ă©galement une pour toutes les voix identitaires qui sÂ’expriment dans les pays europĂ©ens et portent le poison du racisme et de la division dans les classes populaires et pas queÂ…

Nous sommes bien loin de “je cause avec tout le monde, et je laisse causer tout le monde”, ou, pour le dire plus politiquement correct, “la liberté d’expression”.

En Turquie, les milliers de tuéEs du Bakur ne sont plus là pour la réclamer.
Les otages politiques emprisonnés ou en procès en cascade, non plus. Les familles, projetées dans la misère sociale, du fait des purges et des arrestations, sont autant priées de se taire, que réduites au silence par la menace et la répression s’il le faut. Toutes ses paroles-là se sont éteintes, sont empêchées, et les mots rentrés dans les gorges par force.
Alors, interdire à un ministre des basses œuvres de l’AKP de s’exprimer peut-il être mis en balance avec ce silence de mort imposé ? Ma liberté d’expression n’irait pas jusqu’à faciliter la prise de parole de l’assassin.

N’y a-t-il pas déjà dans la diaspora turque européenne suffisamment de loups gris ou de supporters d’AKP pour faire campagne pour le sacre du Reis ?
La parole même de toute opposition n’est-elle pas muselée déjà, avec la fermeture de chaînes d’infos émettant via des satellites européens, la mise sous surveillance anti-terroriste de membres de mouvements kurdes, la surveillance des réseaux et des communautés ?

La question nÂ’Ă©tait pas de savoir sÂ’il fallait interdire ou pas lÂ’expression des partisans dÂ’une Turquie fascisante, mais simplement de savoir pourquoi seules ces voix-lĂ  sont soutenues et mises en avant.
Et pourquoi ces gouvernements européens aux mains liées par des accords migratoires ou des contrats économiques se taisent depuis plus de deux ans…

Il est facile Ă  des gouvernements qui ont signĂ© un deal financier avec Erdoğan afin quÂ’il serve de chien de garde pour les rĂ©fugiĂ©s des guerres, de hausser le ton sur cette provocation, alors que les mĂŞmes nÂ’ont jamais amplifiĂ© la voix de lÂ’opposition dĂ©mocratique turque et kurde. Et la surenchère, lorsquÂ’elle procède dÂ’arrières pensĂ©es racistes, brouille encore le message davantage.
Au final, ce sont les populistes identitaires qui se renforceront, ici et là-bas. L’exact inverse de ce que peuvent attendre les partisans du NON, et celles et ceux qui réclament justice pour les crimes du régime.

Pourtant, être crédule au point d’attendre des gauches européennes en campagne, et de leurs variantes sociales démocrates ou sociales libérales, tout autant que des droites libérales autoritaires, autre chose que des positionnements opportunistes, serait croire au lapin de Pâques.
Il n’est guère que les courants “communistes” qui aient conservés quelques réflexes “internationalistes” et aient condamné cette mascarade organisée, en écho aux mouvements kurdes de la diaspora.

La seule question qui mĂ©rite dÂ’ĂŞtre posĂ©e, cÂ’est celle de la facilitation de lÂ’expression des voix de lÂ’opposition au rĂ©gime Erdoğan en Europe, face aux provocations. JusquÂ’ici, on a plutĂ´t vu ces mouvements dÂ’opposition accusĂ©s de crĂ©er des “troubles Ă  lÂ’ordre public”, lĂ  oĂą ils portaient la contradiction. Et savoir que les bureaux de votes, pour certains, se trouveront dans des locaux associatifs favorables Ă  lÂ’AKP, et non systĂ©matiquement dans les consulats, devrait aussi mobiliser les autoritĂ©s gouvernementales en Europe, davantage que “lÂ’accueil” dĂ», paraĂ®t-il, Ă  un ministre dÂ’un gouvernement assassin.

Et, pendant que tout ce monde communique sur la polémique créée, on continue dans le gris des tribunaux, à juger des journalistes, des intellectuels, des opposants politiques, tout comme à réprimer l’expression du NON sur place. Pas de problème sur la “liberté d’interdire”, dans le nouvel ordre constitutionnel turc.

Il sera dit un jour, sans doute aussi sur Kedistan, si le magazine se survit à lui-même, que les gouvernements européens ont contribué à ce que la nuit soit plus épaisse encore en Turquie, aux couleurs d’un croissant de lune rouge sang… Tandis que les couteaux s’aiguisaient en Europe…

Et s’il fallait parler en plus du rôle que joue la Turquie dans l’approfondissement des guerres en Syrie et en Irak, nous verrions que ces lames tuent déjà bien des vies, et que le manche n’est pas toujours tenu par ceux qu’on croit.

Traductions & rédaction par Kedistan.




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Source/Lien : Kedistan



   
 
   
 
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