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24 avril 2007/ Belgique : la présidente du Sénat fleurit le Mémorial aux victimes du génocide des Arméniens
Publié le :

Madame Anne-Marie Lizin , Présidente du Sénat, a honoré de sa présence la cérémonie commémorative organisée par le Comité des Arméniens de Belgique.

Après un discours ferme du président du comité, appelant les élus à faire en sorte qu’aux élections législatives du 10 juin prochain la Belgique retrouve la Mémoire, le deuxième personnage du Royaume a fleuri le monument.

Détails et photos : Lizin honore la commémoration du 92e anniversaire du génocide des Arméniens

Discours prononcé par M. Michel Mahmourian , président du Comité des Arméniens de Belgique :

« Excellence,

Madame la Présidente du Sénat,

Mesdames et Messieurs les Sénateurs et Députés,

Mesdames et Messieurs,

Chers Amis,

C’était il y a 92 ans. Une catastrophe sans précédent. L’Arménie anéantie dans un bain de sang. Les grandes nations ont immédiatement condamné la Turquie en formulant un nouveau concept : le crime contre l’humanité. Car en assassinant le peuple arménien, c’est l’humanité que l’on frappait à mort.

Moins de 10 ans plus tard, l’émotion était retombée et les rescapés priés de se faire oublier. On voulait tout oublier, y compris et surtout les promesses de justice. Au point que lorsque Hitler prit le pouvoir, on ne vit rien venir. Imitant les jeunes-turcs, les nazis bannirent les Juifs, pour mieux les vouer au néant. L’humanité amnésique courrait à une seconde catastrophe. Car la Mémoire était perdue.

Comme la première fois, la guerre éteinte, le monde atterré, se souvenant alors du sort des Arméniens, condamna en créant un nouveau concept : le génocide.

Au début, nombre de Juifs rescapés racontaient. Mais au bout de peu d’années, on leur fit la sourde oreille. Ils finirent par se taire et la Mémoire se perdit à nouveau.

En 1994, profitant de sa guerre, le Rwanda se rua sur ses Tutsi pour en finir. A nouveau, le monde réagit trop tard et mal. Il condamna sans avoir besoin de créer un nouveau concept.

L’année suivante, la Belgique s’honora en adoptant une loi pénalisant le négationnisme. Un seul génocide était visé, mais la voie était ouverte. Aujourd’hui, on vient de l’apprendre, l’Union Européenne recommande à tous ses membres d’imiter l’exemple belge.

13 années ont passé depuis la 3ème catastrophe. On voit bien aujourd’hui, hélas, que les victimes de génocides dérangent à nouveau. On aimerait qu’ils se taisent et laissent en paix les bourreaux, les faussaires et tous ceux qui perpétuent le génocide. Parce que la Mémoire heurte leur susceptibilité. Parce qu’il ne faut surtout pas les froisser. Et pendant que notre pays honore les négationnistes, en leur donnant du « Monsieur le Ministre », d’autres carnages raient de la surface du globe des peuples innocents. Si on peut liquider impunément les Arméniens et narguer les rescapés, pourquoi pas les Darfouris ?

Pendant 25 ans, les Arméniens revenus des Enfers portaient seuls la honte d’avoir été damnés. Depuis lors, 3 x hélas, les jeunes-turcs ayant fait des émules en Allemagne et au Rwanda, ils ont été rejoints par les Juifs et les Tutsi, auxquels je renouvelle ici mon plus fraternel salut, en la personne de Me Philippe Markiewicz, président du Comité de Coordination des Organisations Juives de Belgique et de Monsieur Albert Gakumba, représentant l’association Ibuka, que je remercie vivement de leur présence.

Juifs, Tutsi, Arméniens forment ensemble une intangible fraternité. La seule véritable, selon Malraux, car elle a été forgée de l’autre côté de la mort.

Cette fraternité est gardienne d’une mémoire irremplaçable. Une mémoire qui peut sauver l’humanité. Mais une mémoire qui dérange un certain conformisme de l’indifférence et de la lâcheté, un faux angélisme qui n’est autre que l’esprit de Munich.

« Qui fait l’ange fait la bête » disait Pascal. Nous, Juifs, Tutsi Arméniens, savons que la bête ne peut être vaincue en faisant l’ange. Lorsque nous demandons à être écouté, ce n’est pas pour exciter la pitié. Nous ne sommes pas des pleurnichards et nous l’avons prouvé. Souvenez-vous de Missak Manouchian. Ce rescapé du génocide de 1915, dès 1941 à Paris, prit les armes contre l’occupant allemand. Avec d’autres immigrés, notamment des Juifs polonais, il combattit par tous les moyens les rafles de Juifs, fit dérailler les trains. Des centaines d’attentats sont attribués à ce commandant FTP tombé en 1944 et fusillé par la Gestapo.

Ecoutez la Mémoire des victimes de génocides, elle est votre meilleur guide, surtout lorsque, comme de nos jours, l’avenir est plus qu’incertain.

On dit qu’empêcher tout nouveau génocide serait utopique. Dans l’état actuel du désordre mondial, cela est sans doute vrai. Malgré d’indéniables progrès, il n’y a pas encore de véritable justice au dessus des Etats et, même avec sa compétence universelle, la Belgique ne peut y suppléer seule.

En revanche, il est au pouvoir de la Belgique de fermer ses frontières - mais pas ses prisons - aux génocidaires Hutus et aux patriotes du génocide turc. Il est au pouvoir de la Belgique de réduire au silence ceux d’entre eux qu’elle a laissé entré, comme elle réduit au silence depuis 1995 ceux qui nient le génocide nazi. C’est le moins qu’elle puisse faire. Elle s’y était décidée au printemps 2005, mais y a finalement renoncé, à notre grand dam. Depuis lors, l’extrême droite belge, menottée par le cordon sanitaire, regarde incrédule les négationnistes hutus et turcs piétiner leurs plates-bandes en toute liberté en perpétuant l’idéologie la plus criminelle qui soit, grâce à l’argent du contribuable.

N’avons-nous donc tant vécu que pour cette infamie ?

Le 19 janvier dernier le génocide des Arméniens a fait une victime de plus, un homme de paix et de réconciliation, le journaliste Hrant Dink, abattu devant son bureau à Istanbul. Faudra-t-il que cela se reproduise à Saint-Josse-ten-Noode ou à Schaerbeek pour que renaisse l’espoir ?

Madame la Présidente du Sénat,

Mesdames et Messieurs les Parlementaires,

La Belgique retourne aux urnes le 10 juin prochain. De grâce, faites qu’elle y retrouve la Mémoire. »




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