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Scandale : L'Azerbaïdjan postule à la direction de l'Unesco (#Djulfa)
Publié le : 20-03-2017

Info Collectif VAN - www.collectifvan.org L'Azerbaïdjan présente sa candidature à la direction générale de l'Unesco en la personne de Polad Bülbüloglu, actuel ambassadeur azéri en Russie. Que l'Azerbaïdjan puisse postuler à ce poste dépasse l'entendement : le pouvoir azéri avait fait raser méthodiquement en 2005 le magnifique cimetière médiéval arménien de Djulfa (au Nakhitchevan, sur les bords de la rivière Arax) faisant disparaître à jamais les milliers de Khatchkars (pierre-croix sculptées), témoignages sacrés du patrimoine arménien chrétien. Ainsi donc l'Azerbaïdjan pourrait être amené à diriger l'Unesco ? Et pourquoi pas Daech qui a si bien détruit tant de vestiges appartenant à la mémoire de l'humanité en Syrie et en Irak ? En un mot comme en sang, n'offrez pas la direction de l'Unesco à l'Azerbaïdjan.

Déjà en 2005, tandis que les bulldozers de l'armée azérie brisaient en mille morceaux ces stèles de Djulfa, si représentatives de l'art chrétien arménien, l'Unesco - pourtant alertée - avait brillé par son absence de réaction.

En 2010, 5 ans après le Crime de Djulfa, 5 ans trop tard, l'Unesco inscrivait enfin l'art du Khatchkar sur la Liste du patrimoine culturel immatériel de l'humanité. Effectivement, ce patrimoine-là était devenu totalement immatériel, du moins en Azerbaïdjan.

Car ce pays - qui se vend pourtant comme une "terre de tolérance" - s'acharne contre toutes les traces de culture arménienne à l'intérieur de ses frontières. Hormis la cathédrale arménienne de Bakou, les églises arméniennes d'Azerbaïdjan et celles situées sur des territoires historiques arméniens (tel le Nakhitchevan, province arménienne offerte par Staline à l'Azerbaïdjan) sont systématiquement détruites.

En juin 2011, le chemin de croix des khatchkars continue à l'Unesco sous une forme ubuesque : la Turquie et l'Azerbaïdjan obtiennent gain de cause pour censurer une exposition-photo qui se tient au siège de l'Unesco à Paris. L'Arménie, organisatrice de l'événement, avait en effet "osé" présenter des photos de khatchkars avec des légendes mentionnant leur localisation sur les anciens territoires historiques du peuple arménien, territoires dont une grande partie est située actuellement en Turquie et en Azerbaïdjan, deux pays anti-arméniens qui n'avaient pas été consultés pour l'exposition. Un crime de lèse-majesté à n'en pas douter.

L'Unesco s'était-elle soumise à la demande de censure turco-azérie du fait de la grande amitié qui lie la Directrice générale, Irina Bokova, et la Première dame d'Azerbaïdjan ? La question mérite d'être posée.

Nul doute en tous cas que les réseaux tissés au sein de l'organisation internationale par Mehriban Aliyeva, épouse du sympathique président azéri Ilham Aliyev (qui est qualifié de "prédateur des droits de l'homme" par RSF), ambassadrice de bonne volonté de l'Unesco, présidente de l’influente et généreuse Fondation Heydar Aliyev, seront mis à contribution en 2017 pour tenter d'obtenir du Comité exécutif de l'Unesco la proposition d'une candidature de Bakou à la succession de Mme Bokova. Soulignons d'ailleurs que Polad Bülbüloglu est le premier candidat à avoir déposé son dossier, et ce dès ce 9 mars.

Comme on l'apprend sur le site officiel, "Les entretiens des candidats au poste de Directeur général auront lieu en public lors des réunions plénières de la 201e session du Conseil exécutif, les mercredi 26 et jeudi 27 avril 2017. Les entretiens seront également diffusés sur le Web, conformément à la 196 EX/Decision 16 et 200 EX/Decision 14."

Le site de l'Unesco détaille l'ensemble de la procédure électorale :

"Le Directeur général est proposé par le Conseil exécutif et nommé par la Conférence générale pour une période de quatre ans. Les neuf candidats seront interviewés au cours de la 201e session du Conseil les mercredi 26 et jeudi 27 avril 2017. La personne sera désignée par le Conseil exécutif par un vote à bulletin secret lors d’un scrutin organisé pendant la 202e session du Conseil en octobre 2017. Le Président du Conseil transmettra le nom du candidat proposé à la Conférence générale lors de sa 39e session en novembre 2017. La Conférence générale examinera cette proposition et élira, au scrutin secret, la personne proposée par le Conseil exécutif."

Que l'on nous permette de compléter la biographie du candidat de l'Azerbaïdjan qui omet sans doute d'y présenter sa rhétorique guerrière contre les Arméniens, comme on en découvre un exemple ci-dessous :

29.12.2009 - Polad Bülbüloğlu, Azerbaijan’s ambassador to the Russian Federation: "< ...> Every Azerbaijani must take part in the liberation of our lands. < ...> If the military path is chosen to resolve the Nagorno-Karabakh conflict, much will depend on Azerbaijanis who live in Russia, and each of us must be ready for this. If anybody hopes to stay behind and sit snug at home, while the army fights to reclaim our lands, that won’t be happening. The entire country, the whole society, all the people must rise and clench themselves into a single fist to back our president and liberate the lands. It cannot be otherwise." Armenophobia in Azerbaijan

Car l'Azerbaïdjan ne se contente pas de vandaliser et de réduire en poussière le patrimoine culturel des Arméniens aux fins de "prouver" que ces derniers n'ont pas de légitimité historique dans le Caucase. Son but ultime est l'éradication totale des Arméniens du Caucase (voire plus si affinités).

La guerre meurtrière contre le Karabagh, les encouragements à l'assassinat d'Arméniens, la diffusion de la haine raciste, la propagation d'un négationnisme d'État - qu'il s'agisse du génocide perpétré en Turquie en 1915 ou des pogroms successifs qui ont visé depuis plus d'un siècle les Arméniens d'Azerbaïdjan, du Karabagh et du Nakhitchevan - sans compter les graves atteintes aux droits de l'homme et à la liberté d'expression, tout cela est l'alpha et l'omega de cet État bien peu recommandable.

L'Azerbaïdjan sait pourtant trouver des relais complaisants à l'étranger comme le révèlent régulièrement de graves affaires de corruption, telles celle au sein de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE), où il apparaît que Bakou aurait fait des versements réguliers à un député italien pour plus de 2 millions d’euros afin, semble-t-il, d’influencer un vote sur un rapport consacré aux prisonniers politiques. Mais est-ce étonnant de la part d'un pays qui aurait payé 3 milliards d'euros à la Hongrie pour récupérer l'assassin Ramil Safarov, héros national en Azerbaïdjan pour avoir décapité un Arménien ?

À toutes fins utiles, avant qu'il ne vote, rappelons au Comité exécutif que "l’UNESCO a pour vocation la coordination de la coopération internationale en éducation, sciences, culture et communication."
Et que "par ce moyen, elle renforce les liens entre les nations et les sociétés et mobilise le plus grand nombre pour que chaque enfant et chaque citoyen :
• ait accès à une éducation de qualité, droit humain fondamental et condition indispensable de développement durable ;
• grandisse et vive dans un environnement culturel riche de diversité, de dialogue et où le patrimoine sert de trait d’union entre les générations et les peuples ;
• bénéficie pleinement des avancées scientifiques ;
• et jouisse d’une liberté d’expression pleine et entière, socle de la démocratie, du développement et de la dignité humaine."

"Les messages de l’UNESCO revêtent aujourd’hui, une importance accrue dans un monde globalisé, où les interconnexions et métissages doivent être autant d’opportunités pour construire la paix dans l’esprit des hommes et des femmes"
conclut le site internet de l'organisation.

Ainsi donc l'Azerbaïdjan pourrait être amené à diriger l'Unesco ? Et pourquoi pas Daech qui a si bien détruit tant de vestiges appartenant à la mémoire de l'humanité en Syrie et en Irak ?
En un mot comme en sang, n'offrez pas la direction de l'Unesco à l'Azerbaïdjan.


Collectif VAN


Légende photo : Visuel de la brochure créée par le Collectif VAN en 2006 à propos de la destruction par l'État azéri du cimetière médiéval arménien de Djulfa. Photo de Polad Bülbüloğlu, candidat azéri à la direction générale de l'Unesco.


Lire aussi :

THE NEW TEARS OF ARAXES

Djulfa : Brochure EN

Il y a 5 ans : la destruction du cimetière arménien de Djoulfa

Neuf candidats au poste de Directeur général de l’UNESCO

L’art des croix de pierre arméniennes. Symbolisme et savoir-faire des Khachkars

L'Azerbaïdjan élimine un patrimoine culturel datant de 12 siècles

Djulfa : Brochure FR créée par le Collectif VAN

Que se passe-t-il à l’UNESCO ?

La langue de bois, art immatériel préservé par l’Unesco

Ramil Safarov, l'assassin qui valait 3 milliards d'euros

DJULFA - UNESCO | Law Journal for Social Justice

Посол: «Настало время урегулирования нагорно-карабахского конфликта». Anspress. 29.12.2009.
http://www.anspress.com/siyaset/29-12-2009/posol-nastalo-vremya-uregulirovaniya-nagorno-karabahskogo-konflikta (rus)

Source : Armenophobia in Azerbaijan







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