Aujourd'hui : Dimanche, 22 avril 2018
 Veille Media Contact



 
 
 
 

 
 
 
Dossier du Collectif VAN - #FreeOsmanKavala ! Liberté pour #OsmanKavala !
PHDN
Rejoignez le Collectif VAN sur Facebook
Cliquez pour accéder au site Imprescriptible : base documentaire sur le génocide arménien
Observatoire du Négationnisme
Le Collectif VAN, partenaire du Festival de Douarnenez 2016
xocali.net : La vérité sur Khojali !
Cliquez ici !

Imprimer dans une nouvelle fenêtre !  Envoyer cette page à votre ami-e !
 
Turquie : Génocide culturel contre les civilisations chrétiennes
Publié le : 11-04-2017

Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - « L’église arménienne historique Sourp (Saint) Minas de la ville d’Erzeroum en Turquie orientale sert désormais d’étable. Erzeroum, ou Karin en arménien, est une ville située dans la région montagneuse arménienne de l’est de la Turquie. Au début de l’année 1915, 40 000 Arméniens vivant dans la ville d’Erzeroum ont été déportés à Deir-el-Zor. Le nombre total d’Arméniens qui sont arrivés à Deir-el-Zor est sans doute de moins de 200, un taux de destruction de 99,3 %. Étant donné que les Arméniens et les autres chrétiens ont été largement exterminés, il est devenu presque impossible de préserver les églises historiques en Turquie. De nombreuses églises arméniennes, grecques, assyriennes/syriaques dans le pays ont été détruites ou utilisées à des fins sacrilèges. Les civilisations chrétiennes autochtones ont été systématiquement éliminées de l’Anatolie par les gouvernements et les citoyens turcs. Il est grand temps que l’Occident se lève pour protéger les églises et les autres sites chrétiens en Turquie, qui sont sur le point de disparaître à jamais. » Le Collectif VAN remercie la journaliste Uzay Bulut, pour lui avoir accordé l’autorisation de traduire son article en anglais paru sur le site Clarion Project. Uzay Bulut écrit principalement sur la question kurde, l'antisémitisme et les minorités ethniques et religieuses de Turquie.

Légende photo : L’église historique d’Erzeroum est désormais utilisée comme étable (reproduction à titre gracieux).


Turquie : une église arménienne historique utilisée comme étable

Par Uzay Bulut
Mercredi 5 avril 2017
Publié par Clarion Project

L’église arménienne historique Sourp (Saint) Minas de la ville d’Erzeroum en Turquie orientale sert désormais d’étable. Le journal turc Erzurum Pusula a récemment couvert la situation dans un article intitulé « Si vous avez une église, vous avez un problème ! »

« Les ruines d’une église historique de Gezkoy ont été nationalisées » indique l’article. « Le Conseil des Monuments l’a récemment enregistrée. De fait, si l’on met de côté son architecture qui est différente des autres structures là-bas, un millier de témoins serait nécessaire pour pouvoir la qualifier d’église. Elle s’écroule, ne bénéficiant d’aucun entretien ni de protection. Cette église à une caractéristique intéressante. Elle appartient à un particulier. »

Selon le rapport, un avocat d’Erzeroum « a acheté » en 1934 l’église qui est située dans la ville d’Aziziye. Après son décès, l’église est revenue à ses héritiers. L’église est désormais utilisée par des ivrognes en été et comme étable en hiver.

Le maire de la ville d’Aziziye, Muhammet Cevdet Orhan, souhaite transformer l’église « désertée et non-utilisée » en mosquée, ou la restaurer, a déclaré le journal, qui conclut son article en disant que « l’église a causé de grands problèmes au maire. »

Le site d’informations Haberler avait également rapporté en 2012 que l’église était utilisée comme étable.

L’héritier de l’église, Sabri Ergin, vit en Allemagne. Le journal Agos l’a interviewé l’an dernier. Ergin a déclaré qu’il a hérité de l’église de sa mère, qui elle-même avait hérité de son père, d’un terrain sur lequel l’église est située. « L’église ne peut pas être utilisée actuellement car il n’y a plus de paroissiens ici », a dit Ergin, qui a poursuivi :

« Quand je suis allé au patriarcat arménien, là, quelqu’un m’a dit de lui donner l’église. Nous ne sommes pas ici en train de distribuer des propriétés. De plus, d’autres personnes veulent l’acheter. Ils m’ont dit qu’une église semblable s’était vendue à 1,5 million de dollars, mais je n’ai pas vendu l’église. »

Ergin a ajouté que la municipalité d’Aziziye l’avait deux fois menacé de détruire l’église. « Ils m’ont dit qu’ils détruiraient l’église si je ne la restaurais pas en une semaine. Donc j’ai fait enregistrer l’église comme monument historique en 2010. » Mais en 2016, la municipalité a de nouveau contacté Ergin et lui a dit qu’ils voulaient que l’église soit détruite. Ergin a dit qu’il porterait l’affaire devant la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) si l’église, classée comme monument historique, était détruite.

Ergin a ajouté qu’il avait prévu de restaurer l’église en 2012, mais n’avait pas été en mesure de le faire pour des raisons financières. « Quand j’ai préparé le projet, le budget était d’environ 500 000 dollars. Nous voulons que l’église accueille des activités artistiques et culturelles… S’il y avait ne serait-ce qu’une petite communauté arménienne aujourd’hui, ce serait plus facile. »

De Karin/Théodosiopolis à Erzeroum

Erzeroum, ou Karin en arménien, est une ville située dans la région montagneuse arménienne de l’est de la Turquie. Elle s’est trouvée pendant des siècles à l’intérieur des frontières des royaumes arméniens. Elle a ensuite fait partie de l’Empire romain. Mais la population est restée à majorité arménienne sous la domination romaine et la ville possédait encore une grande communauté arménienne sous la domination ottomane.

Cependant, mis à part les Arméniens chrétiens « islamisés » ou cachés, dont le nombre exact est inconnu, il n’y a pas de communauté arménienne ou d’autre communauté chrétienne aujourd’hui à Erzeroum. C’est une ville désormais totalement islamisée. Il n’y a que des Kurdes, des Turcs ou des Azéris. Comment cela s’est-il passé ?

Selon le Dictionnaire historique des lieux historiques : Europe du sud « Les origines de la ville moderne d’Erzeroum remontent à la fondation de Théodosiopolis à la fin du 4e siècle. Tant les Arabes que les Turcs connaissaient Théodosiopolis sous le nom d’Arz-ar Rum, traduit différemment par ‘Terre des Roum’, ‘Domaine des Byzantins’ ou ‘Frontière de la Grèce’ dont son nom actuel provient.

Les Turcs désignaient toutes les communautés chrétiennes d’Anatolie par le terme de ‘communauté romaine’ et qualifiaient les gens de ‘Roum’, qui signifie Romain, un terme encore utilisé de nos jours.

La ville a toujours été une cible pour les armées musulmanes, que ce soit les Arabes, les tribus turques d’Asie centrale, les Ottomans et la République turque.

« Vers la fin du 4e siècle après J-C, l’Empereur romain Théodose 1er construit une forteresse à la frontière, sur le site qui est actuellement Erzeroum, et qu’il appelle Théodosiopolis… Théodosiopolis est prise par les Arabes en 653. Ils occuperont la ville pendant presque un siècle. Théodosiopolis devient ensuite une ville byzantine et prend le nom de Karin en 978, mais peu après elle est incluse dans le Royaume arménien bagratide de Kars. »

Les armées turques d’Asie centrale : les nouveaux hommes de la frontière

« Au 11e siècle, une nouvelle menace se profile à l’est : des clans turkmènes dirigés par des chefs seldjoukides. Les Turcs sont d’abord apparus en Asie centrale au 7e ou 8e siècle, ont entamé une migration vers l’ouest et ont rencontré les Arabes au 9e siècle. À la fin du 11e siècle, les Arabes avaient converti à l’Islam la majorité des Turcs, et ils les recrutaient comme guerriers. L’apparition des Turcs seldjoukides en Anatolie marque le déclin de la domination chrétienne romaine-byzantine. »

« Les Seldjoukides commencent à mener des attaques sur le territoire byzantin en 1045 ; une vaste force menée par Inal met à sac Théodosiopolis en 1048. [En 1071] le sultan seldjoukide Alp Arslan… défait définitivement l’armée démoralisée de l’Empereur Romain IV Diogène à Manzikert (aujourd’hui Malazgirt) en Anatolie orientale. »

« Après la bataille de Manzikert, la ville d’Erzeroum à majorité arménienne tombe aux mains des Seldjoukides, ce qui laisse la voie ouverte aux clans turkmènes incontrôlés - les nouveaux hommes de la frontières de l’Islam, les fondateurs d’une Turquie turque - qui déferlent en Anatolie. »

« La religion, la langue et les coutumes turques sont imposées dans toute la région. Les Turcs seldjoukides deviennent les chantres de l’Islam sunnite, non seulement contre les chrétiens, mais aussi contre les chiites.

En 1514, les Turcs ottomans prennent Erzeroum à Esmail, un chef de clan turkmène chiite. Les chrétiens de l’Empire ottoman deviennent des « dhimmis », des populations indigènes non-musulmanes qui se soumettent par un traité à la domination musulmane.

Massacres et conversions forcées

L’auteur Robert Aram Kaloosdian, dont le père venait du village de Tadem à Kharpert, qui porte aujourd’hui le nom d’Elazig, en Turquie orientale, écrit en 2015 dans son livre Tadem, My Father’s Village: Extinguished during the 1915 Armenian Genocide (Tadem, le village de mon père : disparu pendant le génocide arménien de 1915) :

« Le gouvernement autocratique discriminait les non-musulmans, y compris les juifs, mais aussi les Grecs et les autres chrétiens, et les traitait avec mépris et suspicion. La discrimination religieuse et les conversions forcées ont eu raison de la population arménienne et certaines communautés ont abandonné leur foi chrétienne.

« Dans les années 1880, les églises et les monastères vides à travers le pays restaient les témoins silencieux d’une population qui avait abandonné l’Église arménienne par peur et contrainte. Dans certaines régions de l’Arménie ancienne, tel le plateau faiblement peuplé de Dersim, les habitants locaux s’étaient convertis à l’Islam pour éviter les persécutions et les impôts très lourds. »

C’est vers 1890 que les Arméniens ont subi des massacres à grande échelle dans tout l’Empire ottoman. Les massacres génocidaires d’un grand nombre d’Arméniens ont été réalisés sous le sultan ottoman Abdul Hamid II entre 1894 et 1897. L’estimation va d’un chiffre « bas » de 80 000 personnes à un chiffre élevé de 300 000. Cependant, le génocide de 1915 a éclipsé ces massacres antérieurs et a entraîné l’extermination systématique de 1,5 million d’Arméniens dans tout l’Empire ottoman.

Génocide à Erzeroum

Les Arméniens d’Erzeroum et d’autres villes ottomanes ont été éliminés de leur patrie par les méthodes les plus sauvages qui soient. Max Erwin von Scheubner-Richter, le vice-consul allemand en poste à Erzeroum en 1915, décrit le génocide dans la ville : « Ils ont tué les femmes, les enfants et les vieux en les brûlants vif, en les découpant, les étranglant, les jetant dans les rivières, en les abattant en groupe et en les poussant du haut des falaises. Des gens affamés et gelés ont été condamnés à mort en subissant des tortures atroces. Des milliers d’Arméniens déportés sont morts sur la route et en raison des épidémies dans les camps de déportation. »

Le professeur Ugur Ümit Üngör écrit dans son article Le génocide arménien, 1915 :

« Au début de l’année 1915, 40 000 Arméniens vivant dans la ville d’Erzeroum ont été déportés à Deir-el-Zor. Le consul allemand d’Erzeroum a rapporté en des termes explicites que la déportation aboutirait à ‘une extermination absolue’ (eine absolute Ausrottung). Et de fait, de nombreux Arméniens sont déjà morts ou gravement affaiblis avant même que le convoi parti d’Erzeroum ait atteint la frontière de la province. Une fois qu’ils ont atteint la ville de Kemah, les survivants de la marche ont été massacrés et leurs corps jetés dans l’Euphrate. Le nombre total d’Arméniens qui sont arrivés à Deir-el-Zor est sans doute de moins de 200, un taux de destruction de 99,3 %. »

Génocide culturel en cours

Étant donné que les Arméniens et les autres chrétiens ont été largement exterminés, il est devenu presque impossible de préserver les églises historiques en Turquie. De nombreuses églises arméniennes, grecques, assyriennes/syriaques dans le pays ont été détruites ou utilisées à des fins sacrilèges.

Le chercheur Raffi Bedrosian écrit : « De même que la population arménienne a été éradiquée de l’Anatolie en 1915, les églises et écoles aussi. À l’instar des centaines de milliers de maisons, de magasins, de fermes, de vergers, d’usines, d’entrepôts et de mines appartenant à des Arméniens, les bâtiments religieux et scolaires ont disparu ou ont été convertis pour d’autres utilisations. S’ils n’ont pas été détruits ou brûlés en 1915 ou laissés à l’abandon, tous ces bâtiments ont été transformés en banques, stations de radio, mosquées, écoles publiques, ou entrepôts sous monopole étatique pour le tabac, le thé, le sucre etc. ou sont simplement devenus des maisons privées ou des étables pour les Turcs et les Kurdes. »

Les civilisations chrétiennes autochtones ont été systématiquement éliminées de l’Anatolie par les gouvernements et les citoyens turcs. Il est grand temps que l’Occident se lève pour protéger les églises et les autres sites chrétiens en Turquie, qui sont sur le point de disparaître à jamais.

Uzay Bulut

©Traduction de l’anglais C.Gardon pour le Collectif VAN – 10 avril 2017 – www.collectifvan.org


Uzay Bulut est une journaliste de Turquie, basée à Washington après l’avoir été à Ankara. Elle détient un Master en Média et Culture à l'Université technique du Moyen-Orient à Ankara. Le travail journalistique de Bulut se concentre principalement sur la question kurde, l'antisémitisme et les minorités ethniques et religieuses de Turquie.


Clarion Project :

Clarion Project est une organisation à but non-lucratif qui sensibilise le public sur les dangers de l’Islam radical.

Les films primés par Clarion, vus par plus de 85 millions de personnes, montrent comment les islamistes radicaux utilisent le terrorisme, le meurtre, la soumission des femmes, l’endoctrinement des enfants, la persécution religieuse, le génocide des minorités, les violations des droits de l’homme, la prolifération nucléaire et le djihad culturel pour terroriser l’Occident.

Le site ClarionProject.org propose des informations, des analyses de spécialistes, des vidéos et des approches uniques sur l’Islam radical, tout en donnant aux musulmans modérés et aux militants des droits de l’homme une plateforme pour s’exprimer contre l’extrémisme.

Clarion Project s’engage dans l’activisme associatif pour atteindre ses objectifs.

Clarion Project est une organisation enregistrée 501(c)(3), basée à Washington, D.C.

------------------------

Lire aussi:

Dossier du Collectif VAN : les spoliations des biens des minorités en Turquie



Retour à la rubrique


Source/Lien : Clarion Project



   
 
   
 
  Collectif VAN [Vigilance Arménienne contre le Négationnisme]
BP 20083, 92133 Issy-les-Moulineaux - France
Boîte vocale : +33 1 77 62 70 77 - Email: contact@collectifvan.org
http://www.collectifvan.org