Aujourd'hui : Mardi, 10 décembre 2019
 Veille Media Contact



 
 
 
 

 
 
 
Dossier du Collectif VAN - #FreeOsmanKavala ! Liberté pour #OsmanKavala !
PHDN
Rejoignez le Collectif VAN sur Facebook
Cliquez pour accéder au site Imprescriptible : base documentaire sur le génocide arménien
Observatoire du NĂ©gationnisme
xocali.net : La vérité sur Khojali !
Cliquez ici !

Imprimer dans une nouvelle fenętre !  Envoyer cette page ŕ votre ami-e !
 
En Turquie, les victimes changent, mais le régime reste le même
Publié le :

Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - "Le discours official turc qui déforme les faits historiques et transforme les victimes en bourreaux et les bourreaux en victimes, détruit la capacité des Turcs à ressentir de l’empathie pour des groupes de gens ayant une autre origine ethnique ou une autre religion. Aujourd’hui, de nombreux Turcs ethniques sont les victimes de leur propre gouvernement répressif. (...) Tant que le peuple turc n’affrontera pas honnêtement son passé et ne prendra pas les mesures nécessaires pour assurer la justice et faire preuve de solidarité avec toutes les victimes du gouvernement turc, il sera condamné à vivre sous un régime islamiste répressif, qui l’est tout autant que les gouvernements turcs précédents. En Turquie, les victimes changent, mais la nature destructrice du régime reste la même." Le Collectif VAN vous propose la traduction de l’article de la journaliste turque Uzay Bulut, paru sur le site Philos Project le 18 avril 2017.


En Turquie, les victimes changent, mais le régime reste le même

Philos Project
Uzay Bulut
Mardi 18 avril 2017

51,4 % des plus de 58 millions de Turcs qui sont allés voter le 16 avril ont dit « Oui » au programme d’amendement constitutionnel du Parti pour la justice et le développement (AKP). Avec ce vote, ils ont décidé de passer à un régime exécutif présidentiel.

Il y a lieu de se demander si le gouvernement aurait gagné s’il n’avait pas placé en détention des milliers de dissidents politiques, imposé l’état d’urgence et qualifié les « non-votants » de terroristes et de traîtres. De plus, il y a eu de nombreuses irrégularités avant et pendant le décompte des voix. Le Haut Conseil électoral (YSK), par exemple, avait fait l’annonce controversée qu’il accepterait des sacs de bulletins de vote sans sceau, après avoir tenu une réunion suite à un nombre élevé de plaintes concernant ces sacs de bulletins sans tampon officiel.

Le principal parti d’opposition, le Parti républicain du peuple (CHP) a dit qu’il s’opposerait aux résultats du référendum au motif que les votes pour les amendements constitutionnels étaient manipulés en termes de contenu et de méthode. Le parti démocratique du peuple (HDP) pro-kurde, dont deux des dirigeants sont emprisonnés, a également déclaré que le résultat ne serait pas légitime avant les conclusions du recours en appel.

Les opposants au projet de loi, tant en Turquie qu’en dehors du pays, ont maintes fois déclaré que ce serait « la mort de la démocratie turque », comme si la Turquie avait toujours été une vraie démocratie. Une structure juridique démocratique garantit à chaque citoyen des droits humains fondamentaux et les libertés liées à la religion, l’identité ethnique, l’expression politique et aux rassemblements pacifiques, entre autres.

Un examen plus approfondi de l’histoire de la Turquie montre clairement que les citoyens turcs nés dans des familles non-musulmanes ou non-turques n’ont jamais entièrement eu ces droits et ces libertés. Pendant des décennies, ils ont subi des persécutions et des agressions meurtrières.

Le droit de vote est incontestablement essentiel dans les démocraties, mais il ne suffit pas à définir un régime comme étant une démocratie. Les non-musulmans ont rarement eu le droit d’être membres du Parlement turc. Par exemple, lors des élections nationales du 7 novembre 2015, seuls quatre chrétiens sont devenus députés sur les 550 membres que compte le Parlement. Mais pour le célèbre activiste des droits des minorités, Laki Vingas, cela constitue un progrès important, compte tenu des standards actuels turcs de démocratie. En 80 ans, seuls 24 non-musulmans sont devenus députés dans un pays qui était un territoire majoritairement chrétien jusqu’à la conquête turque au 11e siècle.

AujourdÂ’hui, 0,2 pour cent seulement de la population turque est chrĂ©tienne ou juive. En lÂ’absence de minoritĂ©s non-musulmanes, le gouvernement turc cible et opprime dĂ©sormais dÂ’autres Turcs, principalement des Turcs non-islamistes/laĂŻcs et les musulmans gĂĽlenistes – les partisans du guide islamique Fethullah GĂĽlen, un ex-alliĂ© du prĂ©sident turc Recep Tayyip Erdoğan, devenu aujourdÂ’hui son ennemi jurĂ©.

Les médias sont remplis d’articles concernant les agissements du gouvernement turc, qui cible, arrête, réprime, nie et, dans certains cas, torture les Turcs ethniques. Les attaques récentes contre les citoyens turcs-musulmans en Turquie sont une pratique courante du gouvernement. La différence désormais est celui qui en est la cible.

Cependant, la plupart des citoyens turcs ethniques n’ont pas compris le fait que les crimes actuels et historiques de la Turquie contre les minorités - grecque, arménienne, assyrienne, juive, alévie, kurde et yézidie - ainsi que le silence de la majorité musulmane turque, ont créé le régime anti-démocratique, oppresseur et autoritaire de la Turquie.

Un incident survenu rĂ©cemment en Grèce est une indication frappante de ce phĂ©nomène. Le club de football turc Beşiktaş a jouĂ© contre le club grec Olympiacos le 10 mars Ă  Athènes. Les fans turcs ont chantĂ© un hymne nationaliste La marche dÂ’Izmir qui glorifie les Turcs qui ont jetĂ© et noyĂ© les Grecs dans la mer ÉgĂ©e en 1922. Ils ont Ă©galement scandĂ© le slogan « Nous sommes les soldats de Mustafa Kemal ». Ironiquement, La marche dÂ’Izmir a Ă©tĂ© enregistrĂ©e en 1908 par un orchestre grec et une sociĂ©tĂ© de production grecque du nom dÂ’Orfeon. Les nationalistes turcs lÂ’ont apparemment transformĂ©e en un chant nationaliste anti-grec, sans en accorder le mĂ©rite aux premiers chanteurs, les Grecs.

Voici les paroles de lÂ’hymne :

Les fleurs sÂ’Ă©panouissent dans les montagnes d Izmir
Le soleil darde ses rayons dÂ’or
Les ennemis vaincus fuient comme le vent.
Je suis resté dans les montagnes d’Izmir
Écrivant les noms des martyrs dans mon carnet
Embrassant les pauvres orphelins.
Vive Mustafa Kemal Pacha,
Ton nom sera gravé sur des pierres précieuses.

La suite du poème est comme suit :

Ils [les Turcs] ont posé des bombes dans les montagnes d’Izmir
Ils ont planté le drapeau des Turcs juste devant
Ils ont noyé l’ennemi dans des victoires glorieuses
Oh, ma pauvre mère, ce fut notre destin
Laisse-moi sacrifier mon sang pour notre belle patrie
L’étreinte du prophète [Mohammed] est la place des martyrs.
Les cors ont résonné, en avant !
Les tentes ont été démontées, ne reste pas à la traîne !
Je suis un fils turc ; Je veux mourir
MĂŞme si la patrie est une Ă©pine, cÂ’est mon lit.
Ceux qui reviennent devraient avoir honte dÂ’Allah.
Vive Mustafa Kemal Pacha,
Ton nom sera gravé sur des pierres précieuses.

La marche d’Izmir fait référence à la marche et aux opérations militaires des soldats turcs dans la ville anatolienne de Smyrne (Izmir) en septembre 1922. Les Turcs étaient menés par Mustafa Kemal Atatürk, qui a fondé la République de Turquie un an après.

Les soldats turcs ont incendié et pillé les quartiers chrétiens de Smyrne, tuant les résidents arméniens et grecs sans défense. Les plus « chanceux » ont pu s’enfuir de chez eux et chercher refuge en Grèce ou dans d’autres pays. Puis les soldats turcs ont incendié les quartiers grecs et arméniens de la ville. Des dizaines de milliers de chrétiens ont perdu la vie ; les autres ont été déportés de force.

La culture cosmopolite de ce centre artistique très évolué a été complètement détruite. L’équilibre démographique entre les musulmans et les non-musulmans de la ville a complètement changé.

Dans un rapport adressé au Secrétaire d’État américain, George Horton, l’ancien consul général de Smyrne a dit : « Je souhaite redire que la politique constante du Turc – depuis la chute du [Sultan ottoman] Abdul Hamid – a été l’expulsion, le meurtre et l’élimination des races chrétiennes. »
Alors, 95 ans plus tard, pourquoi tant de Turcs ne montrent toujours pas de signes de regret, de honte ou de culpabilité à propos de ces incidents ? Voici quelques raisons :

• Selon les discours turcs courants, les Grecs, les Arméniens et les Assyriens n’étaient pas les victimes des persécutions turques. Au lieu de cela, on enseigne aux Turcs que ces groupes de gens étaient des assassins de masse, des violeurs et des pilleurs. Ils coopéraient avec les impérialistes pour diviser et détruire l’Empire ottoman. Voilà pourquoi les Turcs « opprimés » ont dû s’occuper des « perturbateurs ». Donc les Grecs et les Arméniens ont eu ce qu’ils méritaient : l’extermination.

• L’hymne d’Izmir parle de la marche des soldats turcs et de leurs propres sacrifices, mais pas de ce qu’ils ont fait en réalité à Izmir. Mais les Turcs affirment que les soldats grecs ont brûlé la ville avant de s’enfuir et de se noyer dans la mer Égée. Étant donné que les Turcs ne reconnaissent pas que leurs ancêtres ont massacré la population grecque et arménienne locale, ils sont fiers de « la marche » et des événements survenus à Izmir. Ils se concentrent uniquement sur les combats turcs contre les soldats grecs – arméniens – que les Turcs considèrent comme les envahisseurs de la ville. Par conséquent, ils sont très fiers de la chanson et la considèrent comme un hymne patriotique normal, sans même penser aux massacres.

Dans cette analyse, le fait que les chrétiens grecs, assyriens et arméniens sont les peuples premiers de l’Anatolie n’a aucune valeur. Les Turcs pensent qu’ils sont les seuls dirigeants permanents et dominants des terres qu’ils ont conquises au 11e siècle.

Selon la rhétorique turque (un lavage de cerveau, si vous préférez), les victimes sont les bourreaux et les bourreaux sont les victimes. Les autochtones sont les envahisseurs et les envahisseurs sont les autochtones. Les opprimés sont les oppresseurs et les oppresseurs sont les opprimés. La gauche c’est la droite et la droite c’est la gauche. Tout est inversé.

En 2015, le professeur Taner Akçam a écrit un article très complet sur la façon dont le génocide arménien était enseigné dans les écoles turques. « Les livres d’histoire de la Turquie sont remplis du message disant que les Arméniens sont poussés par des sources étrangères, ils veulent diviser le pays et tuer les Turcs et les musulmans », dit-il. « Ils incitent leurs propres citoyens à considérer un groupe spécifique de citoyens (les Arméniens) comme étant un ennemi. De plus, ils définissent le « problème arménien » comme la plus grande menace pour la sécurité nationale et exhortent les Turcs à être vigilants vis-à-vis de cette menace. »
Les livres d’histoire turcs disent que « La loi qui a autorisé la déportation des Arméniens a été créée car elle était nécessaire, mais la déportation avait un autre rôle très important, celui de protéger et de sauver les Arméniens. De qui, demandez-vous ? D’autres Arméniens. »

Malheureusement, la Turquie nie non seulement le génocide chrétien de 1915, mais elle en fait porter la responsabilité aux victimes. La propagande largement répandue sur l’histoire qu’on inculque aux Turcs dans les écoles, les médias turcs et ailleurs, donne un faux sens de suprématie aux Turcs et ouvre la voie à d’autres crimes contre des groupes tels que les Kurdes et les Alévis.

Par exemple, entre juillet 2015 et décembre 2016, le gouvernement turc a imposé plusieurs fois des couvre-feux 24/24 h dans diverses grandes villes à majorité kurde du sud-est de la Turquie. Les couvre-feux s’accompagnaient d’attaques militaires contre les populations civiles ; leurs résidences, magasins, bureaux, monuments historiques, réservoirs et infrastructures ont été bombardés et détruits.

Selon un rapport publié en février par le bureau du Haut-commissariat des Nations unies aux droits de l’homme :

Dans la ville de Cizre, à la fin du mois de janvier et au début de février, des hommes, des femmes et des enfants coincés dans des sous-sols de bâtiments auraient fait l’objet de bombardements commis par les forces de sécurité. Certaines des victimes coincées dans les sous-sols ont essayé d’attirer l’attention de la communauté internationale en téléphonant à des ONG et à des membres du Parlement, suppliant qu’on les sauve des bombardements. Les corps d’un nombre indéterminé de victimes ont été partiellement ou complètement détruits dans les incendies déclenchés par les bombardements et ensuite par la destruction rapide des lieux des incidents. La démolition des bâtiments a détruit les preuves et, par conséquent, a empêché l’identification et le traçage des dépouilles mortelles.

Un autre rapport de scientifiques du Centre hospitalier de l’université du Vaudois en Suisse, a également montré que les résidents turcs qui s’étaient abrités pendant le couvre-feu dans le sous-sol d’un bâtiment situé dans un quartier de Cizre, ont été tués par balle, puis brûlés.

Ces atrocités - et plus encore - à l’encontre des Kurdes, ont été commises avec l’approbation silencieuse de l’opinion publique turque. Certains ont même célébré les bombardements et les crimes de masse commis à Cizre et s’en sont moqué sur les réseaux sociaux.
Il ne serait pas exagéré de dire que le discours official turc qui déforme les faits historiques et transforme les victimes en bourreaux et les bourreaux en victimes, détruit la capacité des Turcs à ressentir de l’empathie pour des groupes de gens ayant une autre origine ethnique ou une autre religion. Aujourd’hui, de nombreux Turcs ethniques sont les victimes de leur propre gouvernement répressif. Malheureusement, les Turcs qui s’opposent au gouvernement turc sont désormais confrontés à leur propre annihilation venant de leurs propres sœurs et frères turcs.

Au cours des dĂ©cennies, ont rĂ©gnĂ© cette mĂŞme atmosphère et cette mĂŞme haine avec des menaces publiques et de la violence, mais cÂ’Ă©tait dirigĂ© contre les chrĂ©tiens, les juifs et les Kurdes. CÂ’est ce qui a incitĂ© les non-musulmans Ă  quitter la Turquie. Il Ă©tait impossible pour les citoyens non-musulmans et non-turcs de Turquie de vivre sous la menace constante et de ne pas savoir oĂą obtenir justice, puisque le gouvernement Ă©tait derrière cette haine et la dirigeait. Maintenant, elle se retourne aussi contre les Turcs ethniques car ils sont considĂ©rĂ©s comme nÂ’Ă©tant pas assez islamistes et ne soutiennent pas Erdoğan.

De nombreux observateurs sont d’accord pour dire que suite au référendum, la Turquie va devenir un État autoritaire. Mais ne vous y trompez pas. La Turquie a toujours été un État autoritaire. Le référendum a simplement codifié ce fait, pour que le reste du monde le voie clairement.

Tant que le peuple turc n’affrontera pas honnêtement son passé et ne prendra pas les mesures nécessaires pour assurer la justice et faire preuve de solidarité avec toutes les victimes du gouvernement turc, il sera condamné à vivre sous un régime islamiste répressif, qui l’est tout autant que les gouvernements turcs précédents. En Turquie, les victimes changent, mais la nature destructrice du régime reste la même.

©Traduction de l’anglais C.Gardon pour le Collectif VAN – 24 avril 2017 – www.collectifvan.org


Lire aussi :

Une journaliste turque révèle la persécution des Juifs en Turquie

Turquie : Génocide culturel contre les civilisations chrétiennes



Retour Ă  la rubrique


Source/Lien : Philos Project



   
 
   
 
  Collectif VAN [Vigilance Arménienne contre le Négationnisme]
BP 20083, 92133 Issy-les-Moulineaux - France
Boîte vocale : +33 1 77 62 70 77 - Email: contact@collectifvan.org
http://www.collectifvan.org