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Turquie : Le journalisme nÂ’est pas un crime
Publié le :

Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - Le Collectif VAN vous propose de lire ce Communiqué de presse d'Amnesty International.









Amnesty International

Censure et liberté d'expression

Turquie. Le journalisme nÂ’est pas un crime

La Turquie s’est hissée à la première place d’un classement affligeant : d’après le Comité pour la protection des journalistes, la Turquie est le pays qui emprisonne le plus de journalistes au monde.

En 2016, un tiers des journalistes et professionnels des médias emprisonnés dans le monde étaient détenus dans des prisons turques ; la vaste majorité d’entre eux dans l’attente d’un procès.

La liberté d’expression subit des attaques constantes et toujours plus nombreuses en Turquie. Depuis la tentative de coup d’État de juillet 2016, les universitaires, les journalistes et les auteurs qui critiquent le gouvernement risquent de faire l’objet d’enquêtes pénales, de poursuites, de manœuvres d’intimidation et de harcèlement et de censure.

Cette stratégie, qui s’ajoute à la fermeture d’au moins 156 organes de presse par décret exécutif pris sous l’état d’urgence, envoie un message clair et inquiétant et a de graves conséquences pour la liberté de la presse. L’ampleur de la répression des médias par le gouvernement turc est telle qu’elle a été décrite par certains comme la « mort du journalisme ».

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Demandez la liberté de la presse en Turquie

Joignez-vous à nous et publiez un selfie #FreeTurkeyMedia sur les réseaux sociaux pour montrer votre solidarité avec les plus de 120 journalistes emprisonnés en Turquie.

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Ahmet Şık : en dĂ©tention depuis le 29 dĂ©cembre 2016

Ahmet Şık est un journaliste dÂ’investigation aguerri et est habituĂ© aux poursuites et Ă  la dĂ©tention motivĂ©es par des considĂ©rations politiques. Il a en effet Ă©tĂ© emprisonnĂ© pendant plus dÂ’un an en 2011 pour avoir Ă©crit un livre dĂ©crivant lÂ’infiltration supposĂ©e des structures Ă©tatiques par des partisans du dignitaire religieux Fethullah GĂĽlen, Ă  lÂ’Ă©poque un alliĂ© du Parti de la justice et du dĂ©veloppement (AKP) au pouvoir.

En dĂ©cembre 2016, Ahmet Şık a de nouveau Ă©tĂ© emprisonnĂ© dans lÂ’attente dÂ’un procès, accusĂ© cette fois dÂ’avoir fait de la propagande pour la branche armĂ©e du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et ce que le gouvernement appelle l’« organisation terroriste Fethullah » (FETĂ–), qui serait, dÂ’après le gouvernement, dirigĂ©e par Fethullah GĂĽlen et responsable de la tentative de coup d’État.

Ahmet Şık a Ă©tĂ© renvoyĂ© Ă  la prison de Silivri, six ans après y avoir Ă©tĂ© dĂ©tenu pour la première fois. Il y partage une cellule avec deux autres dĂ©tenus. Il ne peut sÂ’entretenir quÂ’avec sa famille proche et uniquement Ă  travers une vitre et par le biais dÂ’un tĂ©lĂ©phone une fois par semaine. Leurs conversations sont enregistrĂ©es. Il nÂ’est pas autorisĂ© Ă  recevoir du courrier ou des livres.

Dans lÂ’acte dÂ’accusation Ă©mis en avril 2017, huit tweets, deux interviews et un article dont Ahmet Şık est lÂ’auteur ont Ă©tĂ© prĂ©sentĂ©s Ă  titre de preuves de son soutien Ă  trois organisations interdites qui ont toutes des objectifs complètement diffĂ©rents et souvent opposĂ©s. Il est accusĂ© d’« aide Ă  une organisation terroriste ».

« Je nie les accusations portées contre moi. L’enquête porte sur mes activités professionnelles, en d’autres termes, sur mes activités de journaliste. »

DĂ©position dÂ’Ahmet Şık, 30 dĂ©cembre 2016

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La peur est paralysante

L’érosion de la liberté de la presse n’est pas nouvelle en Turquie. En 2013, lorsque les vastes manifestations contre la destruction du parc Gezi ont éclaté à Istanbul, l’une des principales chaînes d’informations diffusait un documentaire sur les pingouins plutôt que de couvrir les manifestations. Des journalistes ont perdu leur emploi parce qu’ils avaient mécontenté les autorités. Des organes de presse qui critiquaient les autorités ont été repris et leur ligne éditoriale a été modifiée pour être plus complaisante à l’égard du gouvernement.

Le journalisme indépendant est au bord du gouffre en Turquie : plus de 120 journalistes et autres professionnels des médias sont emprisonnés et des milliers d’autres ont perdu leur emploi en raison de la fermeture de plus de 156 organes de presse.

La peur d’aller en prison pour avoir critiqué les autorités est palpable : les articles des journaux et les programmes de discussion de l’actualité, très populaires en Turquie, ne comptent que très peu d’opinions dissidentes et les points de vue ne sont pas très variés.

Les journalistes travaillant pour des organes de presse étrangers et les journalistes indépendants n’ont pas été épargnés. Certains ont été expulsés ou se sont vu refuser l’entrée sur le territoire turc, et d’autres ont vu leur carte de presse révoquée.

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Deniz Yücel : détenu depuis février 2017

Deniz YĂĽcel, le correspondant en Turquie du journal allemand Die Welt, est le premier journaliste Ă©tranger Ă  avoir Ă©tĂ© placĂ© en dĂ©tention provisoire, en fĂ©vrier 2017, depuis la tentative de coup d’État. Il avait Ă©tĂ© ajoutĂ© Ă  un groupe sur Twitter qui avait Ă©tĂ© utilisĂ© pour publier certains courriels piratĂ©s. Le groupe Red Hack a publiĂ© des dizaines de milliers de courriels en septembre 2016, notamment certains qui auraient Ă©tĂ© obtenus en piratant le compte de Berat Albayrak, ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles et gendre du prĂ©sident Recep Tayyip Erdoğan.

Après 13 jours de garde à vue, il a été incarcéré dans l’attente de son procès pour « propagande pour le compte d’une organisation terroriste » et « incitation du public à la haine ».

En réalité, Deniz Yücel a été interrogé par le procureur et au tribunal à propos de sept articles portant sur un vaste éventail de sujets qui n’ont aucun lien avec les courriels piratés. Lors de sa déposition au tribunal, il a déclaré que les questions qui lui étaient posées étaient fondées sur des traductions erronées et des interprétations biaisées de ses articles.

Deniz Yücel est toujours détenu à la prison de Silivri. La demande de libération déposée par ses avocats a été refusée en mars 2017.


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La répression des médias en chiffres

1/3
C’est la part des journalistes emprisonnés dans le monde qui étaient détenus en Turquie en 2016

+ de 120
C’est le nombre de journalistes qui sont maintenus en détention depuis le début de la répression liée à la tentative de coup d’État

+ de 156
C’est le nombre d’organes de presse qui ont été fermés depuis la tentative de coup d’État

2 500
CÂ’est le nombre de journalistes qui ont perdu leur emploi

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Nazlı Ilıcak : en dĂ©tention depuis le 26 juillet 2016

Nazlı Ilıcak, une journaliste et commentatrice politique de premier plan, Ă©tait en vacances dans le sud de la Turquie lorsquÂ’elle a vu dans les mĂ©dias, le 25 juillet 2016, quÂ’un mandat dÂ’arrĂŞt avait Ă©tĂ© Ă©mis contre elle. DÂ’après son avocat, elle a Ă©tĂ© arrĂŞtĂ©e et placĂ©e en dĂ©tention alors quÂ’elle allait se prĂ©senter au poste de police le lendemain.

Le tribunal a ordonné son placement en détention dans l’attente de son procès, au motif qu’elle était introuvable le jour de l’émission de son mandat d’arrêt. Le tribunal a affirmé qu’il existait un risque qu’elle prenne la fuite, qu’elle altère des éléments de preuve et qu’elle fasse pression sur des témoins.

En plus des accusations d’appartenance à l’« organisation terroriste Fethullah » (FETÖ), elle a été interrogée pour des accusations de « tentative de renverser le gouvernement ou d’entraver l’exercice de ses fonctions » et de « propagande pour le compte d’une organisation terroriste ». Elle a été interrogée sur un programme de télévision qu’elle avait présenté la veille de la tentative de coup d’État. Elle risque la réclusion à perpétuité sans possibilité de libération conditionnelle.

« Mon travail à la chaîne de télévision était de présenter un programme, ni plus ni moins. »

Nazlı Ilıcak

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Conditions de détention en Turquie

Dans le cadre de lÂ’Ă©tat dÂ’urgence en Turquie :


les personnes détenues ne peuvent s’entretenir avec des avocats que de manière très limitée et, au mieux, dans le cadre de rencontres surveillées ;
certaines personnes détenues ne sont pas autorisées à recevoir du courrier ou des livres de l’extérieur ;
seule la famille proche des personnes détenues est autorisée à leur rendre visite une fois par semaine, leurs conversations se faisant au travers d’une vitre et par le biais d’un téléphone ;
aucun contact avec d’autres personnes détenues n’est autorisé, sauf avec celles qui partagent leur cellule.

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Kadri Gürsel : en détention depuis le 31 octobre 2016

Le journaliste chevronnĂ© Kadri GĂĽrsel est lÂ’une des neuf personnes qui travaillaient pour le journal Cumhuriyet et qui ont Ă©tĂ© emprisonnĂ©es en novembre 2016. Il est journaliste depuis 30 ans et est spĂ©cialisĂ© dans les relations internationales. Il est aujourdÂ’hui accusĂ© dÂ’infractions liĂ©es au terrorisme en raison dÂ’un article intitulĂ© « Erdoğan veut ĂŞtre notre père » quÂ’il avait rĂ©digĂ© en juillet 2016, peu de temps avant la tentative de coup d’État.

Dans lÂ’article, Kadri GĂĽrsel Ă©crivait quÂ’Erdoğan voulait sÂ’imposer de force Ă  la population, et suggĂ©rait que la façon de lutter contre cela Ă©tait de le rejeter et se rebeller, Ă  lÂ’instar de ce quÂ’il sÂ’est passĂ© en Tunisie, lorsque Mohamed Bouazizi sÂ’est immolĂ© par le feu, dĂ©clenchant une rĂ©volution qui avait menĂ© au renversement de Ben Ali, lÂ’ancien prĂ©sident de Tunisie. Kadri GĂĽrsel a dĂ©clarĂ© au tribunal que lÂ’article Ă©tait Ă©crit sur le ton de lÂ’humour noir.

Dans l’acte d’accusation émis le 4 avril, les liens entre Kadri Gürsel et des personnes utilisant l’application pour téléphone ByLock ont été présentés à titre d’éléments de preuve, au motif qu’il s’agissait d’un moyen de communication utilisé par les membres de la FETÖ. L’acte d’accusation ne précisait pas les raisons pour lesquelles le fait qu’il connaisse ces personnes et le contenu des communications entre eux pouvaient avoir été illégaux.

« Ils essaient d’inventer des éléments de preuve de ma culpabilité alors qu’ils n’existent pas. »

Kadri GĂĽrsel

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Détruire les médias kurdes

En juillet 2015, le processus de paix fragile entre le gouvernement et le PKK s’est effondré. Le contexte de conflits armés et de couvre-feux de 24 heures qui a suivi dans la région du sud-est a été très difficile.

Les personnes travaillant sur la question kurde et les droits humains des Kurdes ont particulièrement ressenti la répression de la liberté d’expression après la tentative de coup d’État.

Presque tous les journaux, stations de radio et agences de presse kurdes ont été fermés.

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Zehra Doğan : dĂ©tenue de juillet 2016 Ă  dĂ©cembre 2016

Zehra Doğan, la rĂ©dactrice en chef de JINHA, a Ă©tĂ© placĂ©e en dĂ©tention provisoire le 21 juillet 2016 pour des accusations dÂ’appartenance Ă  une organisation terroriste et de propagande pour le compte dÂ’une organisation terroriste.

« Ils m’ont menacée avec une arme à feu. L’un d’eux a dit que je devrais devenir sa maîtresse, que si je le faisais, il me sauverait. C’était affreux. Je répétais sans cesse que je suis journaliste. »

Zehra Doğan

L’affaire contre elle reposait sur les déclarations de témoins qui affirmaient qu’elle avait été vue en train de parler avec des membres du YPS, la branche jeunesse du PKK, pendant le couvre-feu. Son interrogatoire par le procureur n’a pas duré plus de 10 minutes.

À la prison de Mardin, elle a été détenue avec 51 autres femmes dans une aile destinée à accueillir 30 personnes. Pendant des mois, elle a dormi par terre sur des couvertures. Elle n’avait accès à de l’eau que pendant trois plages horaires d’une heure chaque jour.

Zehra Doğan a Ă©tĂ© libĂ©rĂ©e en dĂ©cembre 2016. En mars 2017, elle a Ă©tĂ© acquittĂ©e des accusations dÂ’appartenance Ă  une organisation terroriste mais dĂ©clarĂ©e coupable de propagande pour le compte dÂ’une organisation terroriste, sur la base de publications sur les rĂ©seaux sociaux qui ne contenaient aucune incitation Ă  la violence. Elle a Ă©tĂ© condamnĂ©e Ă  deux ans, neuf mois et 22 jours dÂ’emprisonnement, mais est actuellement libre dans lÂ’attente de la dĂ©cision relative Ă  son appel.

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Des médias contraints au silence

Imaginez un instant un monde sans presse libre. Comment serait-ce ?

Des informations limitées sur le monde qui nous entoure. Aucun accès à des analyses différentes et donc moins de possibilités d’amener les institutions et les gouvernements à rendre des comptes de manière ouverte et transparente.

Des médias dynamiques et pluralistes sont indispensables pour que tous les membres de la société puissent exercer leurs autres droits humains. C’est un moyen essentiel d’assurer l’exercice de la liberté d’expression, et notamment du droit de rechercher et de recevoir des informations et des idées de toutes sortes. La liberté de la presse est indispensable pour amener les puissants à rendre des comptes pour leurs actions.

L’emprisonnement prolongé de journalistes et d’autres professionnels des médias les réduit au silence, a un effet dissuasif sur les autres et crée un gouffre considérable dans le débat public. Il est donc primordial d’obtenir la libération des journalistes emprisonnés, afin de créer un meilleur futur pour les droits humains en Turquie.

Cette répression doit cesser. Les journalistes et autres professionnels des médias en détention provisoire prolongée et punitive doivent être libérés. Le journalisme n’est pas un crime : les personnes qui exercent cette profession doivent avoir le droit de travailler.





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Source/Lien : Amnesty International



   
 
   
 
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