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Scolarité arménienne en diaspora : Un professeur peut changer une vie
Publié le : 20-10-2017

Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - "Je n’ai jamais oublié la gentillesse et la générosité de Mme Balian qui a payé mes frais [de scolarité], déduits de son maigre salaire. Presque 40 ans plus tard, je suis revenu à Beyrouth pour la première fois, pour faire un don total de 4,5 millions de dollars destinés aux 28 écoles arméniennes du pays, de la part de la Fondation Lincy de Kirk Kerkorian. Mon ancienne école faisait partie de celles que j’ai visitées. Tout en remettant le don de plusieurs centaines de milliers de dollars au directeur, je lui ai conseillé de ne pas refuser un élève pour manque de financement, car personne ne sait ce que cet étudiant serait devenu s’il avait pu poursuivre ses études. Il pourrait être un médecin brillant, un bon diplomate, un directeur d’école, un responsable religieux ou quelqu’un travaillant pour un mécène millionnaire qui pourrait faire un don généreux à l’école !" Merci à Harut Sassounian pour son témoignage très touchant en hommage à la professeure d'anglais qui a payé anonymement ses frais de scolarité au Liban. Une leçon à méditer pour les établissements scolaires arméniens de diaspora qui refusent trop souvent des inscriptions pour cause d'incapacité financière des parents. Il n'est pas possible de se lamenter du recul (voire, de la disparition) de la langue arménienne en diaspora et de se couper dans le même temps d'une très grande partie des familles désireuses d'envoyer leurs enfants dans ces établissements mais qui n'ont pas les moyens de payer des mensualités très lourdes. Le Collectif VAN vous propose la traduction de l’éditorial du journaliste arméno-américain Harut Sassounian, paru dans The California Courier le 19 octobre 2017.


Légende : Le staff du Levon & Sophia Hagopian College de Beyrouth et la professeure d'anglais au lycée, Olivia Balian, décédée le mois dernier. Elle avait payé les frais de scolarité de Harut Sassounian, déduits de son maigre salaire.


Une professeure de lycée exceptionnelle qui a changé ma vie

De Harut Sassounian
The California Courier
www.TheCaliforniaCourier.com
Éditorial du 19 octobre 2017

J’aimerais dédier cet article à la triste occasion du décès le mois dernier de ma professeure de lycée, Olivia Balian, qui a changé ma vie grâce à son geste noble.

C’était en 1968. Je fréquentais le lycée arménien Sophia Hagopian à Beyrouth, au Liban.

Lorsque j’ai dû m’inscrire en classe de 10e*, je suis allé au secrétariat du directeur et j’ai dit que mes parents ne pouvaient pas payer les frais de scolarité. Bien que j’aie été le meilleur élève de ma classe, on m’a renvoyé chez moi en raison du manque d’argent ! Ce fut une expérience déchirante pour un jeune homme, car j’adorais être à l’école et je voulais désespérément poursuivre mon éducation.

Une fois chez moi, j’ai passé la journée au magasin de réparation de pneus de mon père, qui gagnait à peine de quoi payer les frais scolaires de mes deux autres frères et sœurs. Un homme très âgé et membre respecté du parti Ramgavar m’a vu au magasin et s’est demandé pourquoi je n’étais pas à l’école. Je lui ai expliqué que l’on m’avait renvoyé pour manque de fonds. Il m’a proposé son aide en téléphonant au directeur du lycée Hovaguimian-Manougian de l’UGAB ; il lui a demandé de m’inscrire sans payer. Le lycée était loin de chez moi, mais je ne pouvais pas rater cette occasion de poursuivre mes études. J’ai pris un bus allant à Beyrouth et je me suis rendu au bureau du directeur. Gêné de lui dire que j’étais censé étudier gratuitement, j’ai dit au directeur que des dispositions avaient été prises pour que les frais scolaires de mes études soient réduits. J’ai été stupéfait d’entendre le directeur me crier que des frais scolaires réduits n’existaient pas. J’ai immédiatement fait demi-tour et je suis vite reparti dans le magasin de mon père !

Le troisième jour, un de mes camarades de classe du lycée Sophia Hagopian est venu au magasin de mon père pour m’informer que le directeur l’envoyait me dire que je pouvais revenir m’inscrire à l’école. Lorsque j’y suis arrivé, j’ai dit à la secrétaire que je ne pouvais pas payer les frais. Elle m’a annoncé que mes frais scolaires étaient entièrement payés et que je pouvais rejoindre mes camarades de classe. Je lui ai demandé qui avait payé, afin que je remercie la personne. On m’a répondu que le bienfaiteur voulait rester anonyme !

Je suis donc allé en classe, mais je n’ai cessé de me demander qu’elle était la personne ou l’organisation qui m’avait offert cette opportunité en or de poursuivre mes études. Après la fin des cours, je suis retourné au secrétariat du directeur et j’ai supplié la secrétaire de me révéler le nom du bienfaiteur. Devant mon insistance, elle m’a annoncé avec réticence que la personne n’était nulle autre que ma professeure d’anglais, Olivia Balian, à la condition que je n’aille pas la remercier, car la secrétaire aurait été licenciée pour violation de confidentialité. Je lui ai promis que je n’irai pas lui parler. La secrétaire m’a également raconté que lorsque l’année scolaire avait débuté et qu’elle avait remarqué que ma place était inoccupée, elle avait demandé pourquoi je n’étais pas à l’école. On lui a répondu que mes parents ne pouvaient pas payer les frais scolaires. Elle a alors dit au directeur qu’il déduise mes frais de son salaire !

J’ai suivi toute l’année les cours de Mme Balian en pensant à son geste magnanime, mais sans pouvoir lui exprimer ma gratitude. Un an plus tard, je suis parti aux États-Unis et j’ai finalement obtenu deux diplômes, un master de l’université Columbia à New-York en Affaires internationales et un MBA de l’université Pepperdine à Los Angeles.

Mais je n’ai jamais oublié la gentillesse et la générosité de Mme Balian qui a payé mes frais, déduits de son maigre salaire. Presque 40 ans plus tard, je suis revenu à Beyrouth pour la première fois, pour faire un don total de 4,5 millions de dollars destinés aux 28 écoles arméniennes du pays, de la part de la Fondation Lincy de Kirk Kerkorian. Mon ancienne école faisait partie de celles que j’ai visitées. Tout en remettant le don de plusieurs centaines de milliers de dollars au directeur, je lui ai conseillé de ne pas refuser un élève pour manque de financement, car personne ne sait ce que cet étudiant serait devenu s’il avait pu poursuivre ses études. Il pourrait être un médecin brillant, un bon diplomate, un directeur d’école, un responsable religieux ou quelqu’un travaillant pour un mécène millionnaire qui pourrait faire un don généreux à l’école !

Pendant que j’étais au Liban, j’ai voulu absolument voir Mme Balian pour la remercier de sa générosité, après tant d’années. Elle était à la retraite depuis longtemps et vivait seule dans un appartement en dehors de Beyrouth. J’ai pris des dispositions pour que mes anciens camarades de classe et l’archevêque du Liban aillent lui rendre visite. Elle a été enchantée de me voir. La visite a été très chaleureuse. Assis près d’elle, j’ai enfin pu la remercier, mais elle n’a pas voulu en entendre parler et j’ai humblement changé de sujet. Je lui ai proposé de l’aider de tous les moyens possibles, y compris une aide financière ou une reconnaissance spéciale de la part de la communauté pour ses décennies de services pour l’éducation des jeunes Arméniens. Elle a décliné toutes les offres.

J’ai quitté son appartement satisfait, car j’avais enfin pu la remercier de sa générosité après toutes ces années !

Même si cet article concerne Mme Balian, c’est également un témoignage montrant qu’une seule personne peut faire une grande différence dans la vie des autres. Sans son aide ponctuelle, qui m’a donné la chance unique d’apprendre l’anglais, je ne serais probablement jamais allé aux États-Unis et je ne serais pas devenu l’éditeur d’un journal en anglais, The California Courier. J’aurais sans doute passé le reste de ma vie à réparer des pneus dans le magasin de mon père à Beyrouth !

©Traduction de l’anglais C.Gardon pour le Collectif VAN – 19 octobre 2017 – www.collectifvan.org


*Système scolaire calqué sur le système américain, soit la classe de Seconde

Levon & Sophia Hagopian College - Bourj Hammoud, Beirut, Lebanon







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Source/Lien : The California Courier



   
 
   
 
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