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La dénonciation calomnieuse sur Facebook, nouvel instrument du négationnisme pro-turc (II)
Publié le :

Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - Une dénonciation calomnieuse s’affiche sur Facebook où des procureurs auto-proclamés, extrapolant à partir de la prose de Maxime Gauin, en viennent à proférer contre Ara Toranian des accusations d’« antisémitisme » et de «négationnisme » envers la Shoah. Ignorantes ou d’accord tacitement sur le fond, les personnes qui font écho à M. Gauin sur les réseaux sociaux déclarent que leur campagne vise à stopper les soutiens juifs en faveur d’Ara Toranian.
Découvrant les écrits de Maxime Gauin, une jeune femme très virulente - qui compte apparemment au nombre de ses amis sur Facebook - a reproduit sur le réseau social - sans préciser sa source – l’un des articles spécieux de l’étudiant, intitulé « Sigest : de la « cause arménienne » aux réseaux Faurisson-Dieudonné-Soral » (en ligne sur un blog personnel hébergé par Mediapart) qui tend à jeter l'opprobre de l'antisémitisme sur tous les militants arméniens.

En tant qu’association engagée auprès de nombreuses associations juives de France, mais aussi tutsies, darfouries et antiracistes, le Collectif VAN [Vigilance Arménienne contre le Négationnisme] alerte ses ami(e)s et partenaires sur les mécanismes pervers qui sont à l’œuvre ici. Le Collectif VAN présente ici la seconde partie de son article dans lequel il détaille un antisémitisme – celui de la Turquie - qui semble étrangement passer sous les radars de ces « justiciers ».


LĂ©gende : L'une des multiples Ă©ditions de Mein Kampf (Kavgam en turc) qui fait "fureur" en Turquie, depuis que le livre de Hitler y est devenu un best-seller en 2005.


La première partie de l'article est à lire ICI.

Seconde partie :

L’antisémitisme en Turquie


Au lieu de se tromper de cible, celles et ceux qui se préoccupent, à juste raison, de l’antisémitisme et du négationnisme de la Shoah, seraient bien inspirés de tourner plutôt leur regard vers la Turquie d’aujourd’hui, Le pays où Mein Kampf est roi, comme le décrit Antoine Vitkine dans un livre édifiant, et de s'interroger sur la complaisance de Maxime Gauin à cet égard.

Car la Turquie, pays qui pratique un négationnisme d’État envers le génocide arménien, est aussi l'un des plus virulents en matière d'antisémitisme. Mais nous n'avons jamais relevé la moindre critique à ce sujet de la part de Maxime Gauin, si prompt, par ailleurs, à fustiger l’antisémitisme supposé des Arméniens.

L’antisémitisme en Turquie est pourtant porté au plus haut niveau de l'État, par le président Erdogan lui-même dont les vociférations récurrentes à l'encontre de ses présumés opposants soulignent régulièrement leur judéité réelle ou fantasmée. Des articles ou commentaires antisémites sont repris quotidiennement dans la presse de caniveau qui tient lieu de caisse de résonance à la "pensée" erdoganienne. Là encore, sans que cela donne l'occasion à M. Gauin d'exprimer ses préoccupations.

L'un des derniers exemples en la matière est la terrible campagne orchestrée contre le philanthrope turc, notre cher ami Osman Kavala, arrêté le 18 octobre dernier, placé en détention ce 1er novembre en Turquie sous les charges ubuesques de « tentative de renverser le gouvernement et violation de la constitution », inculpé selon les articles 312 et 309 du code pénal turc qui peuvent lui faire encourir une peine de prison à perpétuité. Osman Kavala est vilipendé comme étant le "Soros rouge", ou le « Soros turc » selon Erdogan, le "sioniste", le "Yahudi". Là encore, nous n’avons pas lu de communiqué outragé de Maxime Gauin pour, d’une part, pourfendre de sa plume acerbe cet antisémitisme-là, et d’autre part, afficher son soutien à l’une des plus belles personnes de la société civile turque, injustement incarcérée.

Osman Kavala est également traité de "sperme d'Arménien" sur les réseaux sociaux. Si les Juifs sont l'une des bêtes noires de la paranoïa turque, il est bon de rappeler qu’ils partagent ce "privilège" avec les Arméniens dont subsiste une petite communauté à Istanbul. Le fait que le prédicateur islamiste, Fethullah Gülen, désigné par Erdogan comme étant à l'origine du coup d'État raté de juillet 2016, ait été présenté dans les médias turcs et sur les réseaux sociaux comme étant moitié-juif et moitié-arménien, n’est pas dû au hasard, cette « révélation » donnant aussitôt libre cours sur internet et les médias turcs aux déversements haineux et racistes habituels. Là encore, sans réaction du « chercheur » basé à Ankara.

Rappelons d'autre part les propos de janvier 2016 du président turc Erdogan, favorable à l'extension de ses prérogatives, et citant l'Allemagne nazie d'Hitler comme exemple de régime présidentiel efficace... Maxime Gauin a-t-il réagi ? Et si oui, était-ce pour voler au secours de la présidence turque qui a déclaré que "La métaphore d'Erdogan sur l'Allemagne d'Hitler a été déformée par certaines sources d'information et utilisée dans un sens contraire" au message qu'il comptait adresser" ?

Nous n’avons pas plus souvenir des réactions de M. Gauin aux violentes diatribes anti-israéliennes du président turc qui valent à ce dernier l’adhésion de la rue turque. On se souvient du retour triomphal de Recep Tayyip Erdogan après le clash de Davos, où il avait eu, en 2009, un accrochage avec le président israélien Shimon Peres, ce qui lui avait valu les félicitations du Hamas : « Nous considérons son départ de la salle comme une expression de soutien aux victimes de l'holocauste perpétré par les sionistes » avait déclaré le porte-parole du Hamas dans un communiqué.

Autre sortie "magistrale" du président turc, celle de novembre 2016 consistant à décréter qu'entre Hitler et Israël, Erdogan juge "déplacé de demander qui est le plus barbare." Il est vrai qu'il n'en était pas à son coup d'essai puisque en juillet 2014, en pleine intervention israélienne à Gaza, M. Erdogan avait accusé l’État hébreu d'avoir "surpassé Hitler en matière de barbarie", provoquant un tollé. Maxime Gauin aurait-il publié, au sujet de ces déclarations, des articles qui auraient échappé à notre attention (car, contrairement à ce que le jeune homme se plaît à penser, nous ne scrutons pas 24 heures sur 24 ses publications si tristement prévisibles en termes "d'analyses") ?

Ou faudrait-il aussi s’inquiéter du mutisme de M. Gauin lorsque Erdogan, alors Premier ministre, avait tenu en mai 2014 des propos antisémites en s’en prenant violemment à un contestataire, sur les lieux de la catastrophe minière de Soma ? «Où vas-tu, espèce de sperme d’Israël, viens par ici !» avait crié le chef du gouvernement turc comme on pouvait le constater dans une vidéo publiée sur le site internet des journaux d’opposition.

Dès lors, retournons la politesse au justicier Gauin : ne pourrait-on déduire de tous ses silences répétés, que ce jeune étudiant-activiste – dont on connaît les attaches professionnelles en Turquie et son "engagement" constant à nier le génocide arménien depuis plus d'une décennie - approuve de facto cette politique-là ? En tout état de cause, il la trouve suffisamment attrayante pour choisir de mener sa thèse en Turquie, en ces temps où 50.000 universitaires turcs ont été brutalement déchus de leur poste, voire emprisonnés. Là encore, sans un mot de solidarité de sa part.

Fréquentation et admiration des milieux ultra-nationalistes turcs

S’il accuse Urbi et orbi Ara Toranian d’être un terroriste ou du moins d’en avoir côtoyé (comme nombre de journalistes, ce qu’il s’abstient naturellement de préciser), Maxime Gauin n'est pas très regardant concernant ses propres fréquentations qui ne se placent pas, quant à elles, sur le terrain des médias et de l’information.

Le doctorant Maxime Gauin - à droite sur cette photo - ne répugne pas à poser aux côtés de Gökçen Çatli, la fille de l'un des pires criminels fascistes turcs, Abdullah Çatli, affilié aux sinistres Loups Gris et suspecté - entre autres actions illégales - d'avoir voulu attenter à la vie… d'Ara Toranian [7].

Il n’ignore pourtant pas que Madame Çatli, membre du Parti d’Action Nationaliste (MHP) et proche des islamo-nationalistes du Parti de la Grande Unité (BBP), entretient avec dévouement la mémoire de son assassin de père. Mais cela ne rebute pas le moins du monde Maxime Gauin qui soutient fermement le MHP, parti d’extrême droite de Turquie prônant la synthèse entre l’islamisme et le nationalisme le plus virulent, avec deux constantes que l’on retrouve sur l’échiquier politique turc, de l’extrême-gauche à l’extrême-droite : l’antisémitisme et l’antisionisme. Mais ça non plus, ça ne dérange pas M. Gauin.

Excusez du peu, le MHP - auprès duquel le Front National passerait pour un mouvement humaniste et droit-de-l’hommiste - chapeaute les assassins Loups Gris [6], l’un des pires groupuscules violents turcs, actif y compris hors des frontières de la Turquie (l'opinion européenne avait découvert son existence en 1981 avec la tentative d'assassinat de Jean-Paul II par Mehmet Ali Agca).

Tout ceci ne perturbe en rien M. Gauin : il nous a écrit à propos de ce MHP (Milliyetçi Hareket Partisi en turc), qui est pourtant réputé pour sa propagande antisémite et xénophobe : « J’ai dit, je persiste et je signe : le MHP n’est ni d’extrême droite, ni à plus forte raison antisémite. »

Nous présentons dans nos notes de bas de page, quelques éléments d'information au sujet du fondateur du MHP, Alparslan Türkes, qui serait même un « philosémite » selon M. Gauin. Un qualificatif qui ne nous viendrait pas spontanément à l’esprit en découvrant celui attribué par les agents de la Gestapo à Alparslan Türkes, qu’ils dénommaient de manière élogieuse le « Führer du panturquisme » [3] [4] [5] [6].

L’ouvrage d’Antoine Vitkine, Mein Kampf, histoire d’un livre, apporte aussi un éclairage qui contredit singulièrement les certitudes de M. Gauin : «Le succès actuel de Kavgam [Nota CVAN : titre de Mein Kampf en turc] doit beaucoup à une extrême droite puissante et ancienne, qui exerce une influence réelle sur l’ensemble de la société turque. L’ouvrage a été longtemps une référence pour les membres des Loups Gris, milice fascisante et pan-turque, pour ceux du BBP, parti islamo-nationaliste dont l’un des chefs prône ouvertement la lecture de l’ouvrage, et pour les plus durs des militants du MHP, le Parti d’Action Nationaliste. Élément révélateur du malaise ambiant, ce parti, à l’extrême droite de l’échiquier politique, est aujourd’hui la troisième force politique turque. »

Il est néanmoins nécessaire de préciser qu’Alparslan Türkes - le fondateur de ce MHP qui serait selon M. Gauin « ni d’extrême droite, ni à plus forte raison antisémite » (il est vrai que l’étudiant ne voit pas non plus malice dans les textes hideux de l’écrivain Pierre Loti [8]) – n’a pas manqué de ressources pour « amadouer » les Juifs qu’il exécrait pourtant (une véritable « répulsion » apprend-on). Sa tactique calculatrice a été étudiée par le chercheur juif de Turquie, Rifat N. Bali [5].

Il est donc aisé de constater que les travaux d’approche opportunistes des défenseurs du nationalisme turc auprès des Juifs du monde entier ne datent pas d’aujourd’hui. Les membres du fan-club de Maxime Gauin sur Facebook, qui fustigent « les juifs utiles » qui entourent « ce Toranian sous prétexte du « genocide arménien », devraient en être conscients afin de ne pas devenir les « Juifs utiles » du négationnisme.
Rappelons cette question que nous avions soulevée en 2007 : « Qui a intérêt à dresser les Juifs contre les Arméniens (et vice-versa) ? ».

En cherchant à désigner tous les militants de la mémoire arménienne comme antisémites, l’argumentaire négationniste fait appel à la rhétorique de l’épouvantail. Il importe de ne jamais oublier que la démarche négationniste use d’une méthodologie perverse, partiale et malhonnête qui ne se contente pas d’opérer le détournement d’informations susceptibles de corroborer l’existence du crime : sa finalité est de procéder à une inversion de l’histoire et de transformer les victimes en bourreaux. En ce sens, cette triste affaire est exemplaire.

Puisse la solidarité que nous construisons entre Arméniens et Juifs prospérer dans le temps et ne pas être salie à dessein par le négationnisme et ses partisans.


Collectif VAN [Vigilance Arménienne contre le Négationnisme]
BP 20083 - 92133 Issy-les-Moulineaux - France
contact@collectifvan.org - http://www.collectifvan.org

Notes :

[3] "Leader incontesté des ultranationalistes turcs pendant plus de trois décennies, Alparslan Türkes est né à Nicosie (Chypre) en 1917. En juin 1941, la Turquie et l'Allemagne nazie signent un traité d'amitié. Alparslan Türkes, jeune officier chargé de la propagande, approuve. Alors que les agents de la Gestapo, très nombreux en Turquie jusqu'en 1944, le qualifient de « Führer du panturquisme », il comparaît devant la justice turque en 1944 pour « activités racistes ». ALPARSLAN TÜRKES - Universalis.edu

[4] Dans son étude, L'Europe de l'extrême droite de 1945 à nos jours, Editions Complexe, Anne-Marie Duranton-Crabol parle de « l’aversion pour les Juifs » d’Alparslan Türkes.

[5] « [Alparslan] Türkes, pour donner l'image d'un dirigeant politique modéré, a établi des contacts avec des notables juifs et des dirigeants de la communauté juive de Turquie. Par leur intermédiaire, il a aussi rencontré des représentants de la communauté juive américaine. Son projet est de rapprocher la Turquie et Israël, car il souhaite utiliser Israël pour accroître l'influence de la Turquie dans les nouvelles républiques turques de l'ex-Union soviétique. » Rifat N. Bali "Turquie", in Jean-Yves Camus (dir.), Extrémismes en Europe, Paris, Éditions de l'Aube, 1997, p. 381.

[6] À propos des Loups Gris en Europe : CEMOTI - La droite nationaliste dans les milieux turcs immigrés - François Antakyali

[7] Attentat contre Ara Toranian par Adbullah Catli dans Open Wounds: Armenians, Turks and a Century of Genocide, Par Vicken Cheterian, p 164/165).

[8] À toutes fins utiles, nous signalons que le « chercheur » Maxime Gauin n’a pas eu à chercher bien loin pour étayer sa prose anti-arménienne : son article hébergé sur Mediapart est truffé de liens vers le blog raciste et négationniste Arménologie (Le peuple arménien : histoire, mœurs, mentalités) que ne désavouerait pas l’écrivain turcophile, raciste et antisémite, Pierre Loti.
Ah, mais il est vrai que Maxime Gauin ne juge pas que les écrits de Pierre Loti soient racistes ou antisémites puisque Loti n’a jamais stipulé « Je hais les Arméniens », ou « Je hais les Juifs », ainsi que l’étudiant en histoire avait estimé devoir le souligner en 2011 sur le site arméno-américain, Armenian Weekly, dans les commentaires d’un article :

« Loti did never write that he hated the Armenians, or even less the Jews. Quite the contrary, Loti praised the huge majority of Ottoman Jews, loyal subjects of the Sultan. » « Hatred is a strong word, completely irrelevant to label the feelings of Loti vis-à-vis the Jews. Guess who was Loti’s publisher: Calmann-Lévy! » Maxime Gauin // January 5, 2011 at 6:00 am

Nota CVAN - Il est possible de se faire son propre avis sur les sentiments que portait Pierre Loti Ă  lÂ’Ă©gard des Juifs en relisant ces extraits des descriptions de lÂ’Ă©crivain:

« Les nez en lame de couteau et les mauvais regards, une laideur spéciale, à donner le frisson. Les robes sont magnifiques: des velours noirs, des velours bleus, des velours violets ou cramoisis, doublés de pelleteries précieuses. Les calottes sont toutes en velours noir, – bordées de fourrures à longs poils qui mettent dans l’ombre les nez en lame de couteau et les mauvais regards. Les visages, qui se détournent à demi pour nous examiner, sont presque tous d’une laideur spéciale, d’une laideur à donner le frisson: si minces, si effilés, si chafouins, avec de si petits yeux sournois et larmoyants, sous des retombées de paupières mortes…Des teints blancs et roses de cire malsaine et, sur toutes les oreilles, des tire-bouchons de cheveux, qui pendent comme les «anglaises» de 1830, complétant d’inquiétantes ressemblances de vieilles dames barbues.

Il y a des vieillards surtout, des vieillards à l’expression basse, rusée, ignoble. Mais il y a aussi quelques tout jeunes, quelques tout petits Juifs, frais comme des bonbons de sucre peint, qui portent déjà deux papillotes comme les grands, et qui se dandinent et pleurent de même, une bible à la main. […]

«En pénétrant dans ce cœur de la juiverie, mon impression est surtout de saisissement, de malaise et presque d’effroi. Nulle part je n’avais vu pareille exagération du type de nos vieux marchands d’habits, de guenilles et de peaux de lapin; nulle part, des nez si pointus, si longs et si pâles. C’est chaque fois une petite commotion de surprise et de dégoût, quand un de ces vieux dos, voûtés sous le velours et la fourrure, se retourne à demi et qu’une nouvelle paire d’yeux me regarde furtivement de côté, entre des papillotes pendantes et par-dessous des verres de lunettes. Vraiment, cela laisse un indélébile stigmate, d’avoir crucifié Jésus; peut-être faut-il venir ici pour s’en convaincre, mais c’est indiscutable, il y a un signe particulier inscrit sur ces fronts, il y a un sceau d’opprobre dont toute cette race est marquée. […]

Et il y en a deux ou trois, de ces vieux, qui versent de vraies larmes, qui ont posé leur Bible dans les trous des pierres, pour avoir les mains libres et les agiter au-dessus de leur tête en geste de malédiction. […]


On pleurerait avec eux, – si ce n’était des Juifs

«En soi, cela est unique, touchant et sublime: après tant de malheurs inouïs, après tant de siècles d’exil et de dispersion, l’attachement inébranlable de ce peuple à une patrie perdue! Pour un peu, on pleurerait avec eux, – si ce n’était des Juifs, et si on ne se sentait le cœur étrangement glacé par toutes leurs abjectes figures. […]
Ce soir est, paraît-il, un soir spécial pour mener deuil, car cette place est presque remplie. Et, à tout instant, il en arrive d’autres, toujours pareils, avec le même bonnet à poils, le même nez, les mêmes anglaises sur les tempes; et aussi sordides et aussi laids, dans d’aussi belles robes. Ils passent, tête baissée sur leur bible ouverte, et tout en faisant mine de lire leurs jérémiades, nous jettent, de côté et en dessous, un coup d’œil comme une piqûre d’aiguille; – puis vont grossir l’amas des vieux dos de velours qui se pressent le long de ces ruines du Temple: avec ce bourdonnement, dans le crépuscule, on dirait un essaim de ces mauvaises mouches, qui parfois s’assemblent, collés à la base des murailles. […]»


Ce repaire de la juiverie

«Quand nous nous en allons, remontant vers la ville haute par d’affreuses petites ruelles déjà obscures, nous en croisons encore, des robes de velours et des longs nez, qui se dépêchent de descendre, rasent les murs pour aller pleurer en bas. Un peu en retard, ceux-là, car la nuit tombe; – mais, vous savez les affaires!…Et au-dessus des noires maisonnettes et des toits proches, apparaît au loin, éclairé des dernières lueurs du couchant, l’échafaudage des antiques petites coupoles dont le mont Sion est couvert. En sortant de ce repaire de la juiverie, où l’on éprouvait malgré soi je ne sais quelles préoccupations puériles de vols, de mauvais œil et de maléfices, c’est un soulagement de revoir, au lieu des têtes basses, les belles attitudes arabes, au lieu des robes étriquées, les amples draperies nobles.
Puis, le canon tonne au quartier turc et cÂ’est, ce soir, la salve annonciatrice de la lune nouvelle, la fin du ramadan. Et JĂ©rusalem, pour un temps, va redevenir sarrasine dans la fĂŞte religieuse du baĂŻram.

L’indélébile stigmate d’avoir crucifié Jésus, sceau d’opprobre dont toute cette race est marquée. »


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