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Turquie : Osman Kavala ou l'idéal démocratique qu'Erdogan veut briser
Publié le : 10-11-2017


























Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - Osman Kavala "est de ceux qui sont l’incarnation de tout ce qui est bon, généreux, prévenant et humain. Il est plein d’égards, sans une once de snobisme, préoccupé du bien-être de tout le monde, inlassable et toujours intelligent dans son amour pour son pays et les peuples qui y habitent. (...) Aujourd’hui, après deux semaines de détention, Osman Kavala est confronté à de fausses et ridicules accusations, inventées de toutes pièces pour l’envoyer croupir très longtemps en prison. (...) Mettant en œuvre un simulacre de justice, [le président Erdogan] a accusé Osman Kavala d’avoir financé un réseau terroriste avant même qu’il soit formellement mis en examen. Or accuser Osman Kavala de financer le terrorisme est aussi ridicule qu’accuser une girafe d’être un crocodile. (...) Il a voué sa vie à la paix. En Turquie, cela implique de reconnaître le mal fait aux minorités et lutter pour qu’elles aient leur juste place dans la société. Il a ainsi œuvré sans relâche pour que les Arméniens et les Kurdes fassent pleinement partie de la communauté nationale turque." Le Collectif VAN vous propose la traduction en français de cet article en anglais de Anthony Barnett publié sur le site Open Democracy le 3 novembre 2017.


Légende photo : Le bandeau #FreeOsmanKavala, situé au-dessous du visuel, se veut un rappel permanent et quotidien par le Collectif VAN de l'appel à libérer Osman Kavala.


Osman Kavala, la démocratie turque sur l'enclume

Open Democracy

Anthony Barnett, 3 novembre 2017

Personne ne devrait avoir à lire et entendre dire de soi, ce que je vais écrire et dire au sujet d’Osman Kavala.

Il faudrait parfois réserver à leur oraison funèbre les louanges qu’on aimerait adresser aux hommes et femmes les plus admirables, d’une part pour ne pas trop les embarrasser, mais surtout pour notre propre bien. Comment, en effet, se trouver en présence de la personne qu'on vient de qualifier d'incarnation de tout ce qui est bon, généreux, prévenant et humain en ce monde ? Que faire si, par la suite, elle montrait des signes de faiblesse ? Personne ne devrait avoir à assumer le fardeau d’un tel éloge.

Je vais toutefois me lancer. Je connais Osman Kavala depuis plus de trente ans. Il est de ces gens-là, de ceux qui sont l’incarnation de tout ce qui est bon, généreux, prévenant et humain. Il est plein d’égards, sans une once de snobisme, préoccupé du bien-être de tout le monde, inlassable et toujours intelligent dans son amour pour son pays et les peuples qui y habitent.

Il y a ceux qui essaient d’être bons. Il y a ceux qui sont bons. Et il y a Osman Kavala, qui est à part. Je n’ai jamais connu quelqu’un de plus vertueux.

Qu’il existe quelqu’un comme lui donne de l’espoir à tous ceux qui le connaissent, et son influence s’étend à tous ceux qu’il inspire par ses efforts sans réserve pour remédier aux injustices et apporter son soutien au dialogue et à la compréhension mutuelle.

Aujourd’hui, après deux semaines de détention, Osman Kavala est confronté à de fausses et ridicules accusations, inventées de toutes pièces pour l’envoyer croupir très longtemps en prison.

Parfois, il arrive qu’un scandale épouvantable ne soit qu’une erreur judiciaire arbitraire et accidentelle. Celle-ci demande peut-être à être rectifiée, mais elle n'est pas systémique. En d’autres cas (et il y a quelque vérité dans l’adage selon lequel peu de bonnes actions demeurent impunies), une injustice énorme peut frapper ceux qui sont la noblesse même, à cause de la jalousie et du ressentiment qu’ils suscitent.

Mais la menace qui pèse sur Osman Kavala est différente. Dire que ce qu’on lui fait subir est mauvais ne suffit pas. En effet, les conséquences de cette injustice pourraient être le début d’une potentielle implosion d’un vaste et beau pays qui a des liens étroits avec le Moyen-Orient, le Caucase, l’Europe et la Russie.

Tout d’abord, on ne peut qu’être indigné à la perspective qu’un tel homme se retrouve derrière les barreaux. Tout le monde sait qu’il est un homme de paix. Mais il est aussi quelqu’un d’extrêmement prudent. Il a toujours été conscient du risque qu’il courait à encourager la réconciliation. C’est pourquoi il a pris le temps de construire un réseau de relations en Turquie mais aussi à l’international afin de garantir la réputation et la légitimité de son travail. Je ne parle donc pas d’un saint provocateur et têtu, mais plutôt d’un homme qui a su entretenir des relations et négocier avec brio.

Seule une puissance qui lui veut froidement et délibérément du mal pourrait donc percevoir Osman Kavala comme un ennemi qu’il faudrait punir physiquement et enfermer. Malheureusement, c’est le président de la république de Turquie en personne qui est derrière cette puissance. Mettant en œuvre un simulacre de justice, il a accusé Osman Kavala d’avoir financé un réseau terroriste avant même qu’il soit formellement mis en examen. Or accuser Osman Kavala de financer le terrorisme est aussi ridicule qu’accuser une girafe d’être un crocodile.

Erdogan aurait même poursuivi en disant qu’Osman Kavala « cherche à abattre le pays de l’intérieur ».

C’est une expression invraisemblable, qui montre qu’Osman Kavala obsède Erdogan, d’une manière dont seuls ceux qui sont réellement bons parviennent à exaspérer et faire enrager ceux qui sont égoïstes.

Le président l’a lui-même plus ou moins reconnu, en disant notamment à son auditoire que « ils » vont chercher à « changer le sujet » en prétendant qu’« il était un bon citoyen ». Erdogan ajoute : « ses liens occultes ont été exposés au grand jour. Vous ne trompez personne ».

Mais les liens qu’entretient Osman Kavala n’ont rien d’occultes. Il n’y a pas de secret à révéler. Osman Kavala représente la société civile turque dans son entièreté, ainsi que sa moitié laïque, d'une façon unique. Il a en particulier œuvré pour lutter contre les discriminations subies par les Kurdes et les Arméniens, pour renforcer le caractère séculier et tolérant de la démocratie turque. Il travaille aussi avec nos voisins grecs pour une meilleure entente sur les problèmes écologiques, et pour donner leur juste place dans l’histoire aux échanges de populations entre la Grèce et la Turquie, ainsi que faire mieux reconnaître l’héritage hellénique de la Turquie.

Les procès en cours à l’encontre de journalistes et défenseurs des droits de l’homme en Turquie, ainsi que l’emprisonnement de ces derniers sont tout aussi injustes que celui auquel doit faire face Osman Kavala. Cependant, certains pourraient considérer ces premiers comme un mécanisme de défense naturel du régime pour se protéger. Tandis que mettre en prison Osman Kavala se rapproche plutôt d’une déclaration de guerre civile délibérée, guerre civile qui a déjà touché des milliers de fonctionnaires innocents chassés de leurs postes dans la fonction publique, l’université et la justice, sans parler des Kurdes en état de siège.

Laissez-moi vous toucher deux mots à son sujet. Il est grand, athlétique et mesuré dans ses mouvements, ce qui lui donne une présence saisissante. Il prend son temps pour répondre et quand il sourit, tous ceux qui sont près de lui s’illuminent. Il écoute, une qualité rare en soi. Il s’imprègne des arguments et les considère avec soin. Il est pragmatique pour défendre un projet idéaliste, celui de contribuer à organiser un monde meilleur.

Ce n’est ni un théoricien, ni un écrivain. Il a hérité de la fortune de l’entreprise de transport de son père mais il n’a pas fait du négoce son métier principal. Il est plutôt ce dont toute société civilisée a besoin : une personne qui, profitant d’une situation financière confortable et d’une bonne éducation, peut dédier sa vie au bien commun et a compris qu’il est nécessaire d’améliorer l’accès à la culture et à la compréhension de l’histoire.

Il a voué sa vie à la paix. En Turquie, cela implique de reconnaître le mal fait aux minorités et lutter pour qu’elles aient leur juste place dans la société. Il a ainsi œuvré sans relâche pour que les Arméniens et les Kurdes fassent pleinement partie de la communauté nationale turque, et ce pendant des décennies, afin de les aider à obtenir une légitimité nationale et une reconnaissance internationale, en rejetant toujours l’usage de la force. Il a soutenu l'expression pacifique et véridique de leur histoire et de leur expérience, ainsi que de celles des Grecs et des chrétiens, afin qu’elles soient partagées par tous les Turcs. Il a travaillé dur pour créer des espaces d’échanges et de vérité, comme des galeries d’art ou des expositions, il a contribué à des restaurations historiques et apporté son aide à l’organisation de séminaires et à la recherche. Parallèlement à tout cela, il cherchait à éduquer ses compatriotes et à les persuader de la nécessité de défendre la liberté.

C’est pourquoi envoyer Osman Kavala en prison, c'est emprisonner la démocratie même.


Traduction Collectif VAN - 10 novembre 2017 - www.collectifvan.org


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Source/Lien : Open Democracy



   
 
   
 
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