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Kedistan : La torture se porte bien en Turquie
Publié le :























Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - Le Collectif VAN vous invite à lire cet article de Chris T. publié sur Kedistan le 8 novembre 2017.


Légende photo : Le bandeau #FreeOsmanKavala, situé au-dessous du visuel, se veut un rappel permanent et quotidien par le Collectif VAN de l'appel à libérer Osman Kavala.

KEDISTAN

La torture se porte bien en Turquie, merci pour elle

Chronique de Chris T.

8 novembre 2017

L’organisation non-gouvernementale Human Rights Watch a publié le mois dernier un rapport alarmant intitulé « En détention : tortures policières et enlèvements en Turquie ». [versions en anglais et en turc ICI]. Il y est fait état de nombreux actes de tortures, de mauvais traitements, de disparitions et d’enlèvements forcés par les forces de l’ordre à travers toute la Turquie.

Ces nĂ©gations des droits humains Ă©lĂ©mentaires concernent essentiellement deux catĂ©gories dÂ’individus. Ceux soupçonnĂ©s dÂ’appartenir Ă  la mouvance de Fethullah GĂĽlen, FETĂ–, et ceux soupçonnĂ©s dÂ’appartenir ou de collaborer avec le Parti des Travailleurs du Kurdistan, le PKK. Il est important de rappeler ici que la notion de prĂ©somption dÂ’innocence nÂ’est guère en vogue au sein dÂ’une justice turque soumise Ă  la volontĂ© autoritaire dÂ’Erdoğan. Depuis le coup dÂ’Etat “manqué” de juillet 2016, plus de 4000 juges et procureurs ont Ă©tĂ© limogĂ©s dont 2400 sont maintenus en dĂ©tention dans lÂ’attente de leur procès, tout comme des centaines dÂ’avocats Ă  travers le pays. CÂ’est donc tout lÂ’appareil judiciaire turc qui a Ă©tĂ© purgĂ© et mis sous tutelle du pouvoir exĂ©cutif.

Le rapport, disponible en anglais sur le site internet de l’organisation, rappelle à quel point l’impunité policière est tenace en Turquie. Les cas de tortures et d’enlèvements forcés soumis aux autorités judiciaires turques reste dans leur écrasante majorité lettre morte. Seules quelques mises à pieds temporaires ont été prononcées, aucune poursuite judiciaire sérieuse n’étant engagée à l’encontre des responsables de ces actes inhumains. Leur augmentation significative au cours de ces deux dernières années a mené Human Rights Watch à comparer la situation actuelle à celle prévalant dans les années 90. La justice est enrayée tandis que les forces de l’ordre sont déchaînées.

AccusĂ© de soutenir lÂ’organisation FETĂ– et de tentative de renversement du gouvernement turc, Hasan Kobalay est interrogĂ© le 2 novembre 2016 par la section anti-terrorisme de Kırıkkale, ville proche dÂ’Ankara oĂą il Ă©tait directeur dÂ’une Ă©cole maternelle. Lors de son audience du 17 fĂ©vrier 2017, il raconte lÂ’interrogatoire survenue trois mois auparavant : ” jÂ’ai Ă©tĂ© dĂ©shabillĂ©, menottĂ© et bâillonnĂ© avant dÂ’ĂŞtre emmenĂ© dans une salle de bain, les yeux bandĂ©s. LĂ , ils mÂ’ont jetĂ© de lÂ’eau froide sur tout le corps, surtout sur mes testicules et mes fessesÂ… LĂ , ils mÂ’ont frappĂ© de partout, ils mÂ’ont Ă©crasĂ© les parties gĂ©nitales et on fait quelque chose Ă  mon anus, mais je ne sais pas exactement quoi. Ils mÂ’ont demandĂ© de parler et je leurs ai demandĂ©s ce que je devais direÂ… Ça a durĂ© comme ça plus dÂ’une heure et ils ont alors dit quÂ’ils amèneraient ma femme et quÂ’ils lui feraient la mĂŞme chose quÂ’Ă  moi. A ce moment-lĂ , je me suis effondrĂ© en larmes car ma femme et mon enfant sont ce quÂ’il y a de plus important pour moi. Après, ils mÂ’ont emmenĂ© dans une autre salle et mÂ’ont aiguillĂ© sur ce que jÂ’avais besoin de dire : « tu Ă©tais lÂ’imam du groupe » affirmaient-ils mais je niais « non je ne lÂ’Ă©tais pas » ; « tu lÂ’Ă©tais, tu Ă©tais professeur et donnait des leçons » ; « non je nÂ’Ă©tais pas un imam » ; « si tu lÂ’Ă©taisÂ… »“.

Une douzaine de cas de tortures et dÂ’enlèvements sont relatĂ©s dans le rapport de lÂ’ONG qui prend soin de prĂ©ciser que ces affaires ne reprĂ©sentent quÂ’une infime partie des abus crĂ©dibles relatĂ©s par les mĂ©dias et les rĂ©seaux sociaux. Parmi eux, celui des villageois de Şapatan dans le district de Şemdinli (province de Hakkari) illustre lÂ’absence de droits des victimes de violence policière.

Le 5 aoĂ»t un officier de police est tuĂ© suite Ă  un accrochage avec le PKK dans cette rĂ©gion que le pouvoir central Ă  les plus grandes peines Ă  contrĂ´ler. Avides de revanche, les forces de sĂ©curitĂ©s investissent le village dès le lendemain et rassemble en son centre plusieurs dizaines dÂ’hommes. Une unitĂ© spĂ©ciale de la police dÂ’une douzaine dÂ’individus passe Ă  tabac les villageois. Les coups pleuvent durant des heures et se poursuivent Ă  la direction de la sĂ©curitĂ© de Şemdinli : “une fois arrivĂ©s dans le bâtiment de la sĂ©curitĂ© un officier nous a dit « que nous nÂ’avions encore rien vu, que le tabassage ne faisait que commencerÂ… ». Il nous a fait allonger Ă  plat ventre et nous a frappĂ© sur le dos avec un manche Ă  balai” raconte lÂ’une des victimes.

Un autre villageois affirme que “des officiers de police ont frappé à ma porte à 4h du matin. J’ai à peine eu le temps d’ouvrir la porte qu’ils ont commencé à me frapper, à m’insulter. Comme ma mère de 80 ans essayer de s’interposer, ils l’ont aussi frappée. Ça a continué jusqu’à 6h, jusqu’à ce que je m’évanouisse. Ils m’ont alors jeté sur le balcon de la maison en me laissant pour mort.” Cette punition arbitraire et collective, en dehors de tout cadre légal, a été dénoncée par de nombreuses victimes à la préfecture de Hakkari qui, si elle a dans un premier temps qualifié les accusations de tortures comme étant “totalement infondées et destinées à faire la propagande d’une organisation terroriste”, a néanmoins suspendu quelques jours plus tard un seul officier de police. Aucune suite judiciaire n’a pour l’instant été donnée aux 38 plaintes déposées pour actes de tortures.

Human Rights Watch s’indigne de la pratique “généralisée” de la torture dans les prisons turques. Electrochocs, mises à nues forcées, sévices physiques et sexuels, menaces verbales à l’égard des proches des personnes incarcérées ; les histoires sordides se suivent et se ressemblent aux parloirs. Lorsque les détenus osent briser la loi du silence. C’est pour renforcer cette chape de plomb sur les prisons et ce qu’il s’y passe que la Fédération des associations d’aide et de solidarité aux familles des prisonniers (TUHAD-FED) a été contrainte de fermer ses portes par un décret-loi du gouvernement en 2016.

Comme le souligne un membre de l’antenne locale de Van, les activités de l’association dissoute “sont essentielles car il y a de nombreuses violations des droits humains en prison, avec beaucoup de cas de torture psychologiques ou physiques. Pour obtenir des aveux, des dénonciations, pour que les prisonniers renoncent à leurs activités passées ou simplement pour humilier et briser la personne. Nous connaissons un prisonnier qui n’a pas de bras et qui est toujours détenu malgré une expertise médicale indiquant que son état n’est pas compatible avec une incarcération. Quant aux mineurs, plus vulnérables, ils sont l’objets de pressions et violences pour travailler avec la police. Ça se passe comme ça dans les prisons turques.”

A lÂ’extĂ©rieur des centres pĂ©nitentiaires, personne nÂ’est Ă  lÂ’abris et la libertĂ© de chacun peut sÂ’interrompre brutalement. Le rapport de Human Rights Watch sÂ’Ă©meut du recours de plus en plus courant aux disparitions forcĂ©es et enlèvements. Sont considĂ©rĂ©s comme tels les cas oĂą une personne est dĂ©tenue par les autoritĂ©s sans que celles-ci ne le reconnaissent ou lorsquÂ’une personne ne connaĂ®t pas le lieu de sa dĂ©tention. Ces agissements sont contraires Ă  de nombreuses lois internationales dont la Turquie ne semble pas avoir ouvert les livres. LÂ’arrestation dĂ©but octobre de sept membres prĂ©sumĂ©s du PKK dans la rĂ©gion de Muğla, Ă  lÂ’ouest de la Turquie, est un condensĂ© du rapport de lÂ’ONG. DĂ©nudĂ©s sur la route et plaquĂ©s au sol, lÂ’identitĂ© et la mise en dĂ©tention de ces personnes nÂ’ont pas Ă©tĂ© communiquĂ©es par les autoritĂ©s. Le lendemain en revanche, elles ont affirmĂ© avoir abattu cinq membres du PKK dans cette mĂŞme rĂ©gion de MuğlaÂ…




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Source/Lien : KEDISTAN



   
 
   
 
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