Aujourd'hui : Jeudi, 17 janvier 2019
 Veille Media Contact



 
 
 
 

 
 
 
Dossier du Collectif VAN - #FreeOsmanKavala ! Liberté pour #OsmanKavala !
PHDN
Rejoignez le Collectif VAN sur Facebook
Cliquez pour accéder au site Imprescriptible : base documentaire sur le génocide arménien
Observatoire du NĂ©gationnisme
xocali.net : La vérité sur Khojali !
Cliquez ici !

Imprimer dans une nouvelle fenętre !  Envoyer cette page ŕ votre ami-e !
 
Kedistan : Obtenir un permis de tuer en Turquie
Publié le :
























Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - Le Collectif VAN vous invite à lire cet article publié sur Kedistan le 26 décembre 2017.


Légende photo : Le bandeau #FreeOsmanKavala , situé sous chaque visuel de notre site, est un appel du Collectif VAN à libérer Osman Kavala, injustement incarcéré en Turquie depuis le 1er novembre 2017.


KEDISTAN

Obtenir un permis de tuer en Turquie

26 décembre 2017

Les derniers décrets à valeur de loi n°695 et 696, annoncés le 24 décembre 2017 en Turquie, ne se contentent pas de prononcer de nouvelles purges. Ils promettent une quasi immunité aux “civils” qui feraient preuve de “civisme” anti-terroriste.

On se souvient des images de groupes hystĂ©riques punissant de jeunes soldats lors du coup dÂ’Etat manquĂ© de juillet 2016. Et lÂ’on sait comment ce putsch manquĂ©, devenu pour Erdoğan un cadeau bĂ©ni du ciel, a Ă©tĂ© instrumentalisĂ© Ă  lÂ’extrĂŞme, Ă  tel point quÂ’on peut sans se tromper parler de coup dÂ’Ă©tat civil rĂ©ussi qui se prolonge jusquÂ’Ă  aujourdÂ’hui.

La Turquie est toujours sous régime d’état d’urgence, renouvelé à cinq reprises, et, depuis le changement de constitution, se trouve plus que jamais gouvernée par décrets successifs. Le Parlement est devenu une chambre d’enregistrement au mieux, un résidu de façade démocratique où l’on cause, en réalité.

Voici donc un Nième décret qui précarise, licencie, jette à la rue plus de 2700 fonctionnaires ou employés d’Etat. Plus de 140 000 ont déjà subi le même sort depuis 2016. Et parmi eux/elles, plus de 55 000 ont été arrêtéEs à un moment ou un autre, où sont sous procédures judiciaires.

Nous avons suivi et accompagné à Kedistan l’exemplarité de la lutte désespérée et emblématique de Nuriye et Semih, pour ne citer qu’eux, contre cette politique de purges qui détruit des vies et des familles. Leur combat continue.

Derrière le prĂ©texte avancĂ© du 15 juillet 2016, personne ne peut ĂŞtre dupe. Si des militaires, des policiers, de haut fonctionnaires Ă©taient rĂ©ellement liĂ©s Ă  la mouvance politique GĂĽlen, et certains avec la bĂ©nĂ©diction de lÂ’AKP dans les annĂ©es prĂ©cĂ©dentes, oĂą ce courant cohabitait avec Erdoğan dans son accession au pouvoir, dÂ’autres, les plus nombreux, sont des victimes opportunistes. LÂ’immense majoritĂ© des “liquidĂ©Es” sont des opposantEs, des victimes de dĂ©lation et dĂ©nonciation, voire de règlements de comptes. Pour quasi totalitĂ©, les Universitaires sont les signataires de la pĂ©tition pour la Paix, ou des empĂŞcheurEs de rĂ©formes Ă©ducatives.

Bien que les journalistes soient poursuiviEs et arrêtéEs par d’autres procédures, les agences, les médias, sont fermés aussi par décret. 17 institutions dans toute la Turquie, deux journaux, et sept associations entre autres, sont cette fois encore éliminées.

Mais, pourrait-on dire, rien de bien nouveauÂ…

Le terrorisme est à nouveau désigné comme le fléau qui porte atteinte à l’unité nationale, et, partant de 2016 et du putsch prétexte, on arrive très vite au terrorisme en général qui se nicherait dans les coins sombres. Tout opposant devient ennemi de l’intérieur potentiel, et fera l’objet d’un chef d’inculpation idoine.

Il suffit de regarder la litanie des arrestations, des emprisonnements, mêlant toutes catégories sociales, toutes personnalités ou simples militantEs pour les droits humains, responsables politiques ou non, journalistes et intellectuellEs, pour retrouver à chaque fois le mot “terrorisme”.
La jurisprudence est acquise, être terroriste, faire de la propagande pour le terrorisme, avoir ou entretenir des liens avec le terrorisme, s’acquière dès lors où on ne se soumet pas.
Mais cette fois, le diable se niche dans les détails.

Depuis la parution au journal officiel, des juristes mettent en garde contre une phrase qui concerne “la lutte des citoyens contre le terrorisme”.

Qu’elles portent un titre officiel ou non, qu’elles remplissent un devoir officiel ou non, les personnes qui agissent ou ont agi pour empêcher la tentative de coup d’Etat qui s’est déroulée le 15.7.2016 et les actions de terrorisme, et des actions dans la continuité de celles-ci, n’encourent pas pour leurs actes, de responsabilité judiciaire, administrative, financière et pénale.

La délation généralisée avec récompense existe déjà depuis 2016. La mise sous surveillance systématique des métropoles (ne parlons pas du Kurdistan turc) est effective. Une caméra, un mouchard se voit moins qu’un uniforme au coin de la rue. La possibilité pour certains cadres politiques AKP, ou militants, de se fournir des armes a été élargie et légalisée. Les supplétifs policiers sont légions. L’appareil d’Etat a subi des purges et des remaniements, voire des transferts de compétences vers le politique. La justice exécute.

Et au bas de cette pyramide répressive, le civil qui voudra désormais “servir la Nation une et indivisible”, en intervenant directement contre la suspicion et la menace terroriste, bénéficiera d’une possible immunité.

Il manquait le permis de tuer Ă  lÂ’Ă©difice.

Le populisme bigot et nationaliste vient au détour d’un décret de le rendre possible. Les milices occultes peuvent ressurgir et pallier aux quelques rares difficultés que représente la loi, encore façade démocratique, dans la liquidation des opposantEs.

Le premier à se réjouir en Turquie fut un truand et mafieux notoire, qui déjà avait promis un “bain de sang” aux universitaires signataires de l’Appel pour la Paix.

Le décret favorisant ouvertement d’éventuelles exécutions sommaires et arbitraires, l’inquiétude des barreaux turcs a aussitôt été très légitime.

On ne peut également que faire un lien avec les révélations récentes de Garo Paylan (député HDP) qui a remis à des gouvernements européens des noms d’opposants qualifiés d’ennemis terroristes de la Turquie à l’étranger, désignés pour assassinat ciblés. Les auteurs en seraient blanchis à l’avance… Et l’on connaît désormais les moyens de pression du gouvernement turc à l’encontre des gouvernements européens, tant sur la question des migrants, que sur celles de deals d’armement, voire de questions géo-politiques liées aux négociations irako-syriennes via le “général Poutine”.
D’autres parties du décret pourraient presque paraître anecdotiques.

Quelques exemplesÂ…

Article 6-87 – La Vakıfbank est transfĂ©rĂ©e au trĂ©sor public. CÂ’est Ă  dire mise quÂ’elle est sous protection. Sachons que son nom figure dans lÂ’affaire Zarrab. Si une condamnation aux Etats-Unis devait advenir, cÂ’est le trĂ©sor public qui paiera, et bien sĂ»r pas ceux qui ont reçu les pots de vin.

Article 15 – Pour les affectations du personnel de cadre supérieur du ministère des affaires étrangères, l’examen professionnel est supprimé. Les embauches seront faites sur simple entretien. Un personnel du MIT pourra donc être envoyé plus facilement à l’étranger comme personnel du Ministère des affaires étrangères, aux fins de renseignements.

Article 45 – Pour le Conseil général de la cour de cassation et le Conseil Général Pénal, les modes de séances, les procédures de décision sont modifiées. Il est notifié que ces changements resteront en vigueur jusqu’en fin 2022. Vive l’état d’urgence jusqu’en 2023.

Article 61 – Le sous-secrétariat de l’industrie de la défense, a été lié à la Présidence. Autant dire que l’industrie de la défense sera dirigé e via le nouveau gendre Bayraktar.

Article 86 – Le fond souverain, pourra céder ses dettes extérieures à des entreprises ou sous-fonds à garantie d’Etat. C’est à dire que dans le cas de perte éventuels, les factures seront pour le trésor public.

Article 88 – Les fonctionnaires affectés dans les établissements pénitenciers, ne peuvent démissionner avant de terminer leur période de service obligatoire, s’ils démissionnent ils doivent rembourser à l’Etat les frais en double. C’est à dire que la porte de sortie est fermée pour les gardiens qui ne veulent pas persécuter et qui veulent démissionner.

Article 108-109 – Les “kayyum” (administrateurs affectés par l’Etat à la place d’unE maire, d’unE dirigeantE d’entreprise suspenduEs) n’ont pas d’obligation de confirmation” c’est à dire qu’ils n’ont aucune responsabilité, même s’ils amènent l’entreprise vers la faillite, du fait d’une exploitation illégale.

Enfin, les articles 101-103 concernent l’adoption et la généralisation d’un uniforme “caca d’oie” pour les inculpéEs pour terrorisme, liéEs au putsch manqué… qui n’attendra guère pour être étendu aux suspects de terrorisme en général.

Dans une chronique récente sur Kedistan,
la question était posée de la “Turquie toujours en voie de…”

Au détour d’un décret de fin d’année, on pourrait presque dire, que sur le fil qui sépare le régime actuel du fascisme, un pas de côté pourrait être fait, au profit de ce dernier, si besoin était.

Derrière la clinquante façade libĂ©rale et moderniste de la Turquie promise Ă  2023, date du centenaire de la RĂ©publique, la nouvelle rĂ©volution nationale, imbibĂ©e dÂ’islamisme sunnite et de vieilles lunes de califat dÂ’Erdoğan, sÂ’installe un populisme qui peut mettre le pays en putrĂ©faction.

Le libĂ©ralisme ultra-nationaliste de Meral Akşener (İyi Parti – le Bon Parti) pourrait quasiment paraĂ®tre plus propre et plus prometteur dÂ’avenir, Ă  cĂ´tĂ© du rĂ©gime AKP, et le kĂ©malisme du CHP un refuge pour la dĂ©mocratie.

Ce dernier décret est révélateur d’une poursuite de crise du pouvoir, toujours lancé dans sa course folle, délitant l’Etat-nation sur lequel il s’appuie, et remettant une pièce dans la machine infernale, peut être en préparation idéologique déjà d’échéances électorales à venir.

Elections ou guerre civile… Une nouvelle question de référendum ?


LIRE AUSSI EN COMPLEMENT :

Aux armes citoyennEs ! Allumons le feu !

Traductions & rédaction par Kedistan




Retour Ă  la rubrique


Source/Lien : Kedistan



   
 
   
 
  Collectif VAN [Vigilance Arménienne contre le Négationnisme]
BP 20083, 92133 Issy-les-Moulineaux - France
Boîte vocale : +33 1 77 62 70 77 - Email: contact@collectifvan.org
http://www.collectifvan.org