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Missak Manouchian : La dernière lettre d'un étranger mort pour la France
Publié le :

Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - La lettre de Missak Manouchian à son épouse Mélinée a été écrite le 21 février 1944 à la prison de Fresnes, quelques heures avant qu’il ne soit fusillé par les nazis à 37 ans, au fort du Mont Valérien. Manouchian, né en 1906 dans l'Empire ottoman, a perdu ses parents au cours du génocide perpétré en 1915 par le gouvernement Jeune-Turc contre la minorité arménienne de Turquie. Orphelin à neuf ans, il a été élevé dans un orphelinat du protectorat français de Syrie et arrive en France à 19 ans. Les Arméniens réfugiés en France, qui - à l'instar de Missak Manouchian - se sont engagés dans la Résistance durant la Seconde Guerre mondiale, sont tous des rescapés du génocide de 1915. Ils ont été très vite sensibilisés à la lutte contre les Nazis car, enfants, ils avaient déjà vu les officiers allemands diriger l'État-major turc durant les massacres des Arméniens (l'Allemagne étant alliée de la Turquie durant la Première Guerre mondiale). Durant son procès devant le tribunal militaire allemand du Grand-Paris, Manouchian a répondu aux injures racistes des miliciens et collabos français :« Vous avez hérité la nationalité française, nous l'avons méritée ». Missak Manouchian, au nom de tous les Résistants étrangers du Groupe Manouchian morts pour la France, mériterait amplement de rentrer au Panthéon.

Écrivain, poète, Missak Manouchian a fondé 2 revues littéraires, a traduit des auteurs français en arménien (Baudelaire, Verlaine et Rimbaud), avant d'accepter des responsabilités dans la Résistance.

Militant communiste (responsable de la section arménienne de la M.O.I.), Missak Manouchian rejoint les rangs du premier détachement des FTP-MOI en 1943. Il est interpellé, le 16 novembre 1943 à la gare d'Evry-Petit-Bourg (Seine-et-Oise), lors d'un rendez-vous avec Joseph Epstein, chef inter régional des FTP. Manouchian est condamné à la peine de mort, le 19 février 1944, par le tribunal militaire allemand de Paris, pour activité de franc-tireur, comme ses vingt-deux camarades FTP-MOI. Le service de propagande allemand utilise sa photographie pour réaliser sa campagne "L'armée du crime" autour de l'Affiche Rouge.

Missak Manouchian est fusillé le 21 février 1944 au Mont-Valérien, peu après avoir écrit cette lettre émouvante et si forte à sa femme Mélinée. Sur le côté de la deuxième page, on déchiffre la signature "Djanigt" : ton petit chéri, en arménien...

Missak Manouchian, au nom de tous les Résistants étrangers du Groupe Manouchian morts pour la France, mériterait amplement de rentrer au Panthéon.


Lettre à sa compagne Mélinée :

Dernière Lettre de Missak Manouchian


Ma Chère Mélinée, ma petite orpheline bien-aimée,

Dans quelques heures, je ne serai plus de ce monde. Nous allons être fusillés cet après-midi à 15 heures. Cela m'arrive comme un accident dans ma vie, je n'y crois pas mais pourtant je sais que je ne te verrai plus jamais.
Que puis-je t'écrire ? Tout est confus en moi et bien clair en même temps.

Je m'étais engagé dans l'Armée de Libération en soldat volontaire et je meurs à deux doigts de la Victoire et du but. Bonheur à ceux qui vont nous survivre et goûter la douceur de la Liberté et de la Paix de demain. Je suis sûr que le peuple français et tous les combattants de la Liberté sauront honorer notre mémoire dignement. Au moment de mourir, je proclame que je n'ai aucune haine contre le peuple allemand et contre qui que ce soit, chacun aura ce qu'il méritera comme châtiment et comme récompense.

Le peuple allemand et tous les autres peuples vivront en paix et en fraternité après la guerre qui ne durera plus longtemps. Bonheur à tous... J'ai un regret profond de ne t'avoir pas rendue heureuse, j'aurais bien voulu avoir un enfant de toi, comme tu le voulais toujours. Je te prie donc de te marier après la guerre, sans faute, et d'avoir un enfant pour mon bonheur, et pour accomplir ma dernière volonté, marie-toi avec quelqu'un qui puisse te rendre heureuse. Tous mes biens et toutes mes affaires je les lègue à toi à ta sœur et à mes neveux. Après la guerre tu pourras faire valoir ton droit de pension de guerre en tant que ma femme, car je meurs en soldat régulier de l'armée française de la libération.

Avec l'aide des amis qui voudront bien m'honorer, tu feras éditer mes poèmes et mes écrits qui valent d'être lus. Tu apporteras mes souvenirs si possible à mes parents en Arménie. Je mourrai avec mes 23 camarades tout à l'heure avec le courage et la sérénité d'un homme qui a la conscience bien tranquille, car personnellement, je n'ai fait de mal à personne et si je l'ai fait, je l'ai fait sans haine. Aujourd'hui, il y a du soleil. C'est en regardant le soleil et la belle nature que j'ai tant aimée que je dirai adieu à la vie et à vous tous, ma bien chère femme et mes bien chers amis. Je pardonne à tous ceux qui m'ont fait du mal ou qui ont voulu me faire du mal sauf à celui qui nous a trahis pour racheter sa peau et ceux qui nous ont vendus. Je t'embrasse bien fort ainsi que ta sœur et tous les amis qui me connaissent de loin ou de près, je vous serre tous sur mon cœur. Adieu. Ton ami, ton camarade, ton mari.

Manouchian Michel.


P.S.
J'ai quinze mille francs dans la valise de la rue de Plaisance. Si tu peux les prendre, rends mes dettes et donne le reste à Armène. M. M.



Lire aussi :

https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Missak_Manouchian

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Légende photo : L'Affiche rouge; la lettre de Missak Manouchian à sa compagne Mélinée

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