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Turquie: La violence et ses masques/Naissance du discours négationniste
Publié le :


































Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - Le Collectif VAN vous propose cette analyse d'Etienne Copeaux, chercheur français spécialiste de la Turquie, publiée sur son blog susam-sokak.fr le 23 Février 2018.

Légende photo : Le bandeau #FreeOsmanKavala , situé sous chaque visuel de notre site, est un appel du Collectif VAN à libérer Osman Kavala, injustement incarcéré en Turquie depuis le 1er novembre 2017.


susam-sokak.fr

La violence et ses masques, 5. 1918-1919, naissance du discours négationniste

Publié par Etienne Copeaux

23 Février 2018, 16:05pm

Après le long détour par l'Allemagne pour explorer la notion de culpabilité, nous allons nous rapprocher de l'oeil de la spirale pour examiner le jugement des génocidaires à Istanbul, en 1919, en particulier avec les ouvrages de Vahakn Dadrian, Taner Akçam et Sévane Garibian.

Très tôt, le crime était connu par le Livre Bleu du gouvernement britannique, publié en 1916 en anglais et en 1917 en français ; par le Rapport secret de Johannes Lepsius en Allemagne en 1916 ; le livre du juriste russe André Mandelstam, Le Sort de l'empire ottoman paru en 1917 chez Payot y consacrait tout un chapitre (disponible en ligne : https://archive.org/details/lesortdelempireo00manduoft). La presse de l'époque a également largement fait état des massacres : V. Dadrian signale que de 1915 à 1922, le New York Times publie 194 articles sur la question, dont 70 % dans les quatre premières pages (Dadrian et Akçam, Jugement à Istanbul, 42).

Crime contre l'humanité et principe d'impunité

C'est dans ce contexte que naît la notion de « crime contre l'humanité ». Le 24 mai 1915, les Alliés avaient émis une déclaration directement liée à l'accomplissement du génocide, à la fin de laquelle on remarquera l'expression de « crime de lèse-humanité »

« Les gouvernements de France, d’Angleterre et de Russie ont décidé en commun accord de faire les déclarations suivantes : Depuis un mois, les populations turque et kurde, de concert avec les agents du gouvernement turc, et souvent avec leur aide, sont en train de massacrer les Arméniens. En particulier, des massacres ont eu lieu vers la mi-avril, à Erzeroum, Terdjan, Bitlis, Mouch, Sassoun, Zeïtoun et dans toute la Cilicie. Dans les environs de Van, la population de plus de cent villages a été massacrée en masse. Le gouvernement turc est aussi en train de persécuter la population arménienne inoffensive de la capitale. Devant ce nouveau crime de lèse-humanité perpétré par les Turcs, les puissances de l’Entente déclarent publiquement à la Sublime Porte qu’elles en tiendront personnellement responsables les membres du gouvernement ainsi que tous ceux qui auront participé à ces massacres » (Chaliand et Ternon, Le génocide, 45).

André Mandelstam a utilisé cette même formulation dans son ouvrage de 1917 dont un chapitre est intitulé « La guerre mondiale envisagée comme lutte pour le droit humain ». On considère souvent que la notion de crime contre l'humanité a été introduite dans le droit international par l'article 230 du traité de Sèvres (10 août 1920). Elle n'y apparaît qu'implicitement, mais le traité prévoit le droit, pour les puissances alliées, de juger les responsables des massacres. Il ne s'agirait que d'une « justice des vainqueurs » si l'article ne stipulait également que, « dans le cas où la Société des Nations aurait constitué en temps utile un tribunal compétent pour juger lesdits massacres, les Puissances alliées se réservent le droit de déférer lesdits accusés devant ce tribunal et le Gouvernement ottoman s'engage également à reconnaître ce tribunal ». Cette disposition opère ainsi un glissement d'une justice de vainqueurs à une justice internationale, supposément impartiale, qui préfigurerait le Tribunal pénal international pour la Yougoslavie (1993) puis la Cour pénale internationale dont la création a été ratifiée par 60 États en 2002.

Si la notion est née, son application est restée lettre morte dans le cas du génocide des Arméniens, et c'est par des tribunaux turcs qu'une partie des responsables a été jugée. Taner Akçam, à la fin de son livre Un acte honteux, estime que la montagne a accouché d'une souris puisque ces procès ont abouti à un nombre limité de condamnations, et que les trois principaux responsables condamnés à mort, Talaat, Cemal et Enver, ont échappé à l'exécution de la sentence par la justice. Le livre commun de Vahakn Dadrian et Taner Akçam, Jugement à Istanbul, considère également que justice n'a pas été rendue. De fait, les procès d'Istanbul, en restant limités à quelques personnes et leurs sentences restant souvent lettre morte, constituent une parenthèse qui a été vite refermée par le kémalisme. Après 1919 et jusqu'à aujourd'hui, c'est le principe de l'impunité qui a prévalu, « une sorte de récompense négative en faveur des auteurs du génocide », mais aussi, peut-on rajouter, en faveur des auteurs de tous les massacres et pogroms commis antérieurement à l'encontre des Arméniens et des orthodoxes de l'empire, puis, postérieurement sous la république, à l'encontre des Arméniens, des orthodoxes, des Alévis et des Kurdes.

Ce principe d'impunité est extrêmement important pour la compréhension de la Turquie moderne, car il fonde un droit et un encouragement implicites au recours à la violence dans le règlement des conflits, violence qui peut même être parée de vertu une fois qu'elle est « légitimée » par l'idée de nation. Ainsi la violence a-t-elle continuellement encouragé la violence, jusqu'à nos jours.

Pourtant cette courte parenthèse de 1918-1919 est cruciale, malgré la déception qu'ont pu engendrer les jugements d'Istanbul. En effet, nous pouvons considérer les événements de manière rétroactive, avec nos yeux d'aujourd'hui, et nous serons alors étonnés par la liberté de parole et d'expression qui prévalait, à Istanbul, au sujet des massacres de masse de 1915.

Lire la suite sur le blog d'Etienne Copeaux susam-sokak.fr



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Source/Lien : susam-sokak.fr



   
 
   
 
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