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Turquie : La journaliste Seda Taşkın jugée dans une affaire entachée de graves irrégularités
Publié le :

Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - Le Collectif VAN vous invite à lire cet article publié sur Kedistan le 16 mai 2018.















Kedistan

Turquie • Le procès dÂ’injustice de la journaliste Seda Taşkın

16/05/2018

La journaliste de lÂ’agence Mezopotamya, Seda Taşkın, est jugée dans une affaire qui a été entachée de graves irrégularités, et comporte notamment de mauvais traitements.

Seda Taşkın nÂ’est que lÂ’une des nombreuses journalistes kurdes, aux côtés dÂ’İdris Sayılgan, Şerife Oruç et İdris Yılmaz, qui attendent depuis des mois en prison. DÂ’autres collègues comme Nedim Türfent, Zehra Doğan et Meltem Oktay ont, elles, déjà été condamnés à plusieurs années de prison après jugement définitif.

Seda Taşkın venait d’être envoyée à Muş, une minuscule ville de lÂ’est de la Turquie, dans une plaine fertile entourée de hautes montagnes, pour documenter quelques nouvelles, lorsque la police a commencé à la traquer. Pressés sur lÂ’affaire, la police sÂ’est apparemment servi dÂ’une machine à remonter le temps, arrêtant la journaliste de lÂ’agence de presse Mezopotamya à la fin du mois de décembre 2017, une demi-heure avant quÂ’un procureur ait même émis un mandat dÂ’arrêt contre un informateur. Le procès ultérieur de Taşkın, cependant, démontre que plutôt que de franchir le mur du son, les autorités turques sont en train dÂ’enfreindre la loi.

Taşın a comparu devant le tribunal pour la première fois le 30 avril pour faire face à des accusations d'”appartenance à une organisation terroriste” et de “propagande pour une organisation terroriste”. La comparution a toutefois révélé de graves irrégularités ; concernant la garde à vue et les “preuves” retenues contre elle. Au cours de lÂ’audience devant la 2 ème Haute Cour Criminelle de Muş, lÂ’avocat de Taşkın a souligné la provenance douteuse des allégations, faites via une adresse électronique, utilisée pour avertir les autorités des crimes attribués à la journaliste.

Selon le document officiel du correspondant turc de Mapping Media Freedom, lÂ’adresse électronique dénonçant Taşkın comme une “militante”, portait une extension “EGM”, pour lÂ’abréviation turque de “département général de la police”. SÂ’interrogeant sur le fait que lÂ’unité antiterroriste avait, en fait, fabriqué lÂ’info, Gülan Çağın Kaleli a demandé que la source de lÂ’email soit identifiée en fonction de son numéro IP, mais la cour a fini par rejeter la demande. Il a également dit que le tribunal avait estimé que 20 minutes seulement avaient été nécessaires pour localiser Taşkın et lÂ’arrêter – une période encore plus courte que le délai nécessaire pour délivrer un mandat dÂ’arrêt obligatoire.

“La police lÂ’a avertie et l’état lÂ’a attrapée. C’était une mise en scène”, a déclaré Hakkı Boltan, coprésident de lÂ’Initiative des journalistes libres (ÖGİ), un groupe de journalistes basé à Diyarbakır qui surveille les violations de la liberté de la presse et aide les journalistes qui font lÂ’objet de poursuites judiciaires dans les provinces kurdes.

Taşkın est une journaliste basée dans la ville de Van, qui couvre principalement les nouvelles sociales et culturelles. Au moment de son arrestation, elle travaillait sur plusieurs rapports, y compris une histoire sur la famille de Sisê Bingöl. Les autorités ont emprisonné une femme de 78 ans, en juin 2016, dans le district de Varto, à Muş sur les accusations d’être une “terroriste” avant de la condamner à quatre ans et deux mois de prison. Boltan a déclaré à la MMF que ce type de reportage est souvent considéré comme une menace pour lÂ’Etat, car il révèle des violations de droits par la police. “Le public a le droit d’être informé de cet emprisonnement injuste. CÂ’est ce que Seda essayait de faire lorsquÂ’elle a été ciblée par lÂ’Etat.”

Mauvais traitement de la part de la police, menaces du procureur
Les autorités turques ont arrêté Taşkın le 20 décembre 2017, avant de la libérer quatre jours plus tard. Le procureur a cependant déposé une objection contre lÂ’ordonnance de libération de la cour. Un mois plus tard, le 23 janvier, des policiers ont de nouveau arrêté Taşkın à Ankara, où la journaliste était partie rejoindre sa famille.

Pour sa défense, Taşkın a déclaré au tribunal que la police lÂ’avait soumise à une fouille à nu après son arrestation initiale. “Quand jÂ’ai refusé, ils ont dit quÂ’ils me forceraient”, a-t-elle déclaré via un système de vidéoconférence judiciaire du centre pénitentiaire des femmes Sincan dÂ’Ankara, où elle reste en détention provisoire. Elle a été soumise à une deuxième fouille avant de finalement voir son avocat. “JÂ’ai également été battue physiquement lorsque jÂ’ai refusé dÂ’entrer dans le véhicule blindé. Si je dis cela, cÂ’est parce que je veux que le tribunal en tienne compte”, a-t-elle dit.

La cour ne semble pas très inquiète.
Taşın a également été menacée après sa libération initiale. “Le procureur lui a dit ‘Comment pouvez-vous être libérée ? Vous verrez, nous allons déposer une objectionÂ’ devant son avocat en tant que témoin”.

LÂ’avocat a également déclaré que la preuve contre son client se limitait aux retweets et aux partages sur Facebook – principalement des articles de presse. Il nÂ’y a même pas un seul article écrit par Taşkın dans le dossier, a-t-elle dit. “Vous pouvez ne pas aimer lÂ’agence où mon client travaille. Mais cette agence fonctionne toujours légalement, et cela concerne la liberté dÂ’expression et la liberté de la presse.”

Inclus dans lÂ’acte dÂ’accusation, comme preuve, il était question dÂ’un “paquet” quÂ’un collègue aurait cherché à donner à Taşkın. Il y aurait eu un certain mystère, dans la conversation privée entre Taşkın et son collègue, le journaliste et photographe Refik Tekin, basé à Diyarbakır. Mais lÂ’objet en question n’était quÂ’un blouson – et la police aurait pu vérifier lÂ’innocence de lÂ’affaire si elle avait cliqué sur le lien incorporé dans la conversation.

Tekin a déclaré à MMF que tous les deux avaient simplement discuté de la logistique de Taşkın, à propos du blouson. Il a finalement envoyé le vêtement à la prison dÂ’Ankara, après sa mise en prison, mais Taşkın fut toujours incapable dÂ’en prendre possession : Le blouson est bleu foncé – une couleur qui est interdite en prison parce quÂ’elle correspond à lÂ’uniforme des gardes.

Tekin a déclaré que Taşkın adorait la photographie. Elle visitait des villages autour du lac Van à la recherche de nouvelles et dÂ’histoires humaines. “CÂ’est une personne très amicale. Les gens dans les villages sont généralement un peu timides, mais ils sÂ’ouvrent immédiatement à Seda”, a déclaré Tekin. “Elle a pris des photos dÂ’enfants dans les villages, de femmes travaillant dans les champsÂ… Celles-ci étaient belles, très touchantes. Elles racontaient une histoire. Elle sera sur le toit du monde, quand ses photos paraîtront dans [le journal maintenant fermé] Özgürlükçü Demokrasi”, a-t-il dit.

Son ami proche, Nimet Ölmez, reporter à Mezopotamya, a déclaré que la photo de Taşkın de deux enfants revenant de l’école avec leurs vêtements sales et leurs grands paniers au lieu de sacs à dos, a contribué à sensibiliser le public à la situation précaire des enfants de la Région. “Ils ont été partagés sur les médias sociaux pendant des jours. Tant de gens nous ont appelés et nous ont demandé comment ils pouvaient aider.”

Mais elle admet que lÂ’amour de Taşkın pour la photographie était peut-être un peu excessif. “Elle prenait tellement de photos que toutes nos cartes mémoire se remplissaient. Elle est allée un jour dans un village pour faire un rapport sur un berger. Il avait environ 200 moutons, mais Seda a quand même réussi à revenir avec 230 photos – plus dÂ’une photo par mouton”, a-t-elle plaisanté. “Il me manque vraiment de me battre pour faire des photos, remplir des cartes mémoire et écrire des articles avec elle.”

Le 30 avril, la Cour a statué contre la libération de Taşkın au motif quÂ’elle nÂ’utilisait pas le vrai nom de sa carte dÂ’identité, Seher, dans la vie quotidienne, même si tout le monde, y compris sa famille proche, lÂ’appelle Seda.

La prochaine audience aura lieu le 2 juillet à Muş – une ville qui apparaît dans une chanson populaire avec les paroles “la route de Muş est une longue côte.” Plutôt que Muş, il semble que les auteurs de la chanson parlaient du chemin de la justice. Turquie dÂ’aujourdÂ’hui.




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Source/Lien : Kedistan



   
 
   
 
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