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À l’ombre de l’Ararat
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Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - Le Collectif VAN vous propose cette traduction d'un article paru en allemand dans Der Tagesspiegel du 12 mai 2007.


Turcs, Arméniens et Allemands jouent ensemble la pièce « Le Conte » de Edgar Hilsenrath, à Berlin. Fin janvier, lors des funérailles de Hrant Dink, un ami turc du journaliste arménien assassiné, a pris une résolution. En hommage, Recai Hallac a promis à son compagnon intellectuel, qu’il poursuivrait son travail afin d’apporter des explications à tous ceux qui en Turquie nient toujours le génocide arménien. Le traducteur et acteur, Recai Hallac, né en 1962 à Istanbul, travaille à présent à Berlin, au Théâtre « Theater unterm Dach »(le théâtre sous le toit) à la mise en scène du génocide de 1915. C’est « un premier pas » explique-t-il, envers « la promesse faite à mon frère arménien ».

« Le Conte », qui n’en est pas un du tout, décrit l’inidentifiable cruauté qui s’est déroulée. Thomas Khatisian meurt pendu à la porte de la ville anatolienne de Bakir et « sa dernière pensée » le mène à Meddah, le conteur, son père. Dont la vie est passée d’un petit village tranquille de montagne à la salle de torture des assassins turcs. Ses yeux ont été témoins d’un pogrom, « un holocauste avant l’holocauste ». En racontant, en entendant, Khatisian s’unie à son histoire.

Edgar Hilsenrath est particulièrement touché par la mise en scène de son roman « Le conte de la pensée dernière ». Pour la première fois, des Turcs, des Arméniens et des Allemands jouent ensemble, cette pièce adaptée du roman que l’écrivain juif a écrit en 1989 et qui a reçu le prix Alfred-Döblin. La troupe du « Conte » se retrouve dans le drôle de pied-à-terre d’Edgar Hilsenrath, fait de murs de livres et de photos, pour se raconter des histoires. Circonspects, ils n’ont pas battu le rappel pour leur courageux travail. La Première s’est déroulée en présence d’une protection policière. « Nous ne pouvions pas évaluer qu’elle serait la réaction des nationalistes turcs » dit Bea Ehlers, qui grâce à son engagement a réussi à mener à bien ce projet. « Heureusement, à part quelques vociférations, il ne s’est rien passé. »

« Nous ne sommes pas uniquement des gens de théâtre », expliquent les acteurs. « Chacun d’entre nous appartient à la troisième génération et est lié à ce thème. » La mise en scène intense et dépouillée, loin de toute tendance mode, initie la dynamique. La mère de Bea Ehlers, sous le nom de Maria Krkorian, est née en Éthiopie au milieu des années 20, dans une famille noble arménienne, réfugiée. Elle rencontre ensuite à Addis-Abeba un pharmacien allemand et part vivre avec lui, dans la région de la forêt Noire. C’est dans la diaspora, qu’elle entend des fragments d’histoires, pas plus. Que les Turcs ont pendu l’arrière-grand-père aux portes d’une ville, ou que la grand-mère racontait comment « les femmes avaient été massacrées ».

Stepan Gantralyan, né en 1963 à Érevan, joue le rôle de Vartan Khatisian, le père de Thomas, qui pense aux 11 frères de son arrière-grand-père qui n’ont pas survécu aux meurtres. Dans sa famille, on parlait beaucoup « lorsque le grand-père s’allongeait avec les enfants à midi, nous entendions parler des heures durant des déportations dans le désert, de l’exil en Grèce, jusqu’au retour dans l’Arménie stalinienne, qui n’était aucunement le paradis de leurs rêves, à l’ombre de l’Ararat. » Ces images l’ont marqué et il sait : « Nous sommes la dernière génération à avoir connu les témoins oculaires. »

Dans les livres d’école turcs, dans les familles, dit Recai Hallac, pas un mot sur les Arméniens. C’est en arrivant en 1990 en Allemagne, qu’il en a entendu parler davantage. Et surtout, son amitié avec le journaliste turco-arménien Hrant Dink, avec qui il a fait connaissance en lui servant de traducteur en Allemagne, lui a ouvert un nouvel horizon historique et émotionnel. « Autant qu’un jeune allemand ne peut ignorer la Shoah, je ne peux en tant que Turc fermer les yeux sur cette partie de l’Histoire. » Hallac raconte ses rêves à Hilsenrath, quel peut être le futur de la pièce, tandis que ce dernier, âgé de 82 ans, étendu sur le canapé, s’allume une cigarette. Un jour, s’imagine Hallac, « le théâtre d’Istanbul aura un directeur arménien. Car c’est aux Arméniens que les Turcs doivent leur découverte du théâtre. » Et ce directeur, c’est ce que Hallac souhaite, « nous invitera à venir voir une pièce à Istanbul. » Tous ceux qui se trouvent dans le bureau de Hilsenrath le savent : c’est une utopie européenne. En tout cas, aujourd’hui encore.

©Traduction résumée C.Gardon pour le Collectif VAN 2007 -www-collectifvan.org

Theater unterm Dach
Prolongation 14 et 15 mai 07 - 20 h
Dantziger Straße 101.

« Le conte de la dernière pensée » de Edgar Hilsenrath éditions Albin Michel et livre de Poche

Sur Edgar Hilsenrath

Odyssée tragique et rocambolesque d’un paysan arménien émigré aux Etats-Unis et accusé à son retour, en 1914, de l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand à Sarajevo ; saga familiale foisonnante de destins heureux, cruels ou cocasses ; épopée tentaculaire du peuple arménien condamné à mort par le pouvoir turc lors du « grand massacre » de 1915 : tout se mêle et se répond dans ce roman prodigieux, envoûtant à la manière des contes orientaux, tour à tour truculent, lyrique, subversif, cinglant pour raconter les mille et une nuits de l’Arménie. Après Le Nazi et le Barbier, Edgar Hilsenrath a écrit, avec Le Conte de la pensée dernière, prix Alfred Döblin, une nouvelle grande geste épique digne des Quarante jours de Musa Dagh de Franz Werfel.

Le Conte de la pensée dernière




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