Aujourd'hui : Mardi, 25 septembre 2018
 Veille Media Contact



 
 
 
 

 
 
 
Dossier du Collectif VAN - #FreeOsmanKavala ! Liberté pour #OsmanKavala !
PHDN
Rejoignez le Collectif VAN sur Facebook
Cliquez pour accéder au site Imprescriptible : base documentaire sur le génocide arménien
Observatoire du Négationnisme
Le Collectif VAN, partenaire du Festival de Douarnenez 2016
xocali.net : La vérité sur Khojali !
Cliquez ici !

Imprimer dans une nouvelle fenêtre !  Envoyer cette page à votre ami-e !
 
1915 : Les Juifs ottomans face au génocide arménien
Publié le : 14-09-2018

Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - Le journal israélien The Times of Israel vient de publier un article de John Paul O’Malley révélant la nature des relations entre les Juifs ottomans et les Jeunes-Turcs du Comité Union et progrès (CUP), artisans du génocide arménien de 1915. L’article s’appuie sur l’étude du livre de Hans-Lukas Kieser, (Talaat Pasha: Father of Modern Turkey, Architect of Genocide ). L’historien suisse-allemand, spécialiste de l’Empire ottoman, y traite du soutien (essentiellement médiatique) apporté par des Juifs sionistes ottomans à Talaat Pacha, architecte du génocide, alors que l’extermination des chrétiens de l’Empire ottoman battait son plein à l’ombre de la Première Guerre mondiale. D’autres Juifs sionistes (hélas minoritaires), membres de l'organisation secrète NILI, avaient, quant à eux, pris fait et cause pour les Arméniens durant les massacres. Kieser développe par ailleurs deux idées intéressantes : d’une part, les points communs ne manquent pas selon lui entre Talaat Pacha et l’actuel président turc, Erdogan, et d’autre part, le véritable fondateur de la Turquie moderne serait le génocidaire en chef Talaat, plutôt que Mustafa Kemal.

A la lecture de l’article très sérieux du Times of Israel (introduit de manière trompeuse par un titre trop simplificateur), apparaît la complexité des relations entre les minorités non musulmanes (vivant sous le statut discriminant des dhimmi) et le pouvoir turc en 1915. Vingt-cinq ans avant la Shoah, des Juifs ottomans avaient déjà peur pour leur vie, et étaient prêts à bien des compromissions - y compris en fermant les yeux sur des crimes de masse atroces – afin de favoriser leur idéal sioniste, à savoir la création d’un pays où ils vivraient en sécurité.

La situation des minorités non-musulmanes et leur soumission au pouvoir n’a guère changé depuis un siècle en Turquie : le 22 janvier 2018, le Patriarcat arménien d’Istanbul a publié sur son site un communiqué apportant son soutien à Erdogan pour l’agression militaire turque sur le canton d’Afrin en Syrie, canton alors contrôlé par les forces kurdes. L’occupation d’Afrin par l’État turc a pourtant provoqué un déplacement massif des populations - y compris arméniennes - qui avaient trouvé refuge dans cette enclave épargnée jusqu’alors par la guerre civile syrienne. L’invasion turque de la Syrie, menée conjointement avec les milices djihadistes, a rendu possible l’épuration ethnique contre les Kurdes, les Yézidi et les chrétiens. Ce nettoyage ethnique prémédité par le président turc a entraîné des conséquences humanitaires dramatiques, ce que n’ignore bien évidemment pas Monseigneur Atechian.

Plus anecdotique, mais révélateur du climat de peur régnant en Turquie, suite à un rapport annuel du Département d’État US critiquant l’absence de liberté religieuse dans ce pays, les leaders des minorités non musulmanes de Turquie (arménienne, juive, grecque, syriaque, chaldéenne, etc.) se sont vues contraintes par Ankara de signer le mardi 31 juillet 2018, une déclaration conjointe - largement diffusée dans la presse nationale et internationale - niant toute « pression » de l’État turc sur leurs communautés…

Précisons que les travaux de Hans-Lukas Kieser et l’article que le Collectif VAN a traduit ci-dessous ne constituent en rien un appui - malgré les raccourcis sommaires que certains seraient tentés de faire – aux fumeuses thèses conspirationnistes de Christopher Jon Bjerknes : cet énergumène (qui se revendique comme juif) se base sur une approche raciale et met en cause la « véritable » affiliation ethnico-religieuse des membres du gouvernement Jeune-Turc ayant perpétré le génocide arménien. Arguant que les Jeunes-Turcs, originaires pour la plupart de Salonique, seraient en fait des Dönme (Juifs convertis à l’Islam), Bjerknes se fonde sur cette éventualité pour reprendre une vieille théorie délirante, selon laquelle ce sont les Juifs "sabbatéens" qui ont fomenté le génocide arménien car ils auraient assimilé les Arméniens aux Amalékites mentionnés dans l'Ancien Testament. Signalons que cette vaseuse élucubration est amplement partagée depuis des décennies en Turquie par les négationnistes – qui voient là l’occasion de brandir d’« idéals coupables juifs » pour dédouaner la Turquie de ses crimes - et en France par l’extrême-droite antisémite, par l’entremise notamment du journal Rivarol. Comme nous l’écrivions déjà en 2007, « Quelle que fût l'origine ethnique des Jeunes-Turcs (Turcs, Tcherkesses, Dönme), ces individus ont exécuté la solution finale du peuple arménien et des Assyro-Chaldéens au nom de l'idée qu'ils se faisaient de l'identité turque. »

L’article du Times of Israel revient aussi sur la complaisance actuelle du gouvernement israélien envers la Turquie négationniste, mais tient à mentionner – et ce n’est que justice – les positions des intellectuels et militants juifs européens et israéliens qui réclament de nos jours la reconnaissance officielle du génocide arménien par l’État d’Israël. Une reconnaissance urgente pour des raisons éthiques de plus en plus évidentes.

Le Collectif VAN vous propose sa traduction de cet article signé par John Paul O’Malley, et publié par The Times of Israel le 7 septembre 2018.



Légende : En-haut, la couverture du livre de l’historien Hans-Lukas Kieser sur Talaat Pacha, ministre Jeune-Turc de l’Intérieur, père de la Turquie moderne et architecte du génocide arménien de 1915 (Princeton University Press - 2018).
Au-dessous, un article pro-Talaat publié le 1er mai 1917 dans le Deutsche Levante-Zeitung, journal sioniste d’Hambourg, Allemagne (Archives Université de Princeton).




'Israël est toujours aux prises avec ce problème'

Avant la Shoah, des Juifs ottomans soutenaient "l'architecte" du génocide arménien.

L'auteur Hans-Lukas Kieser dit qu'une presse sioniste désespérée faisait l'éloge de l'Empire, y compris durant le massacre de sa population minoritaire, un crime qu’Israël préfère négliger aujourd'hui.

Times of Israel
Par JP O’ MALLEY
7 septembre 2018

En juin, la Knesset devait se prononcer pour dire si oui ou non les massacres des Arméniens pendant la Première Guerre mondiale était un génocide, mais le vote a été finalement annulé par manque de soutien gouvernemental.

Du fait de la relation diplomatique tumultueuse qu’entretient Israël avec la puissance régionale qu’est la Turquie, l’État hébreu « n’a pas été en mesure de faire ce que de nombreux Israéliens réclament d’un point de vue éthique, c’est-à-dire la reconnaissance du génocide arménien par la Knesset », explique le professeur Hans-Lukas Kieser, de l’université de Newcastle (Australie), au Times of Israel.

L’année dernière, Hans-Lukas Kieser a été décoré du prix de la Présidence de la République d’Arménie pour sa contribution à l’histoire du génocide arménien. Il a d’ailleurs récemment publié un ouvrage sur le sujet intitulé Talaat Pasha: Father of Modern Turkey, Architect of Genocide (« Talaat Pacha : Père de la Turquie moderne, Architecte d’un génocide »).

Cette biographie politique explore comment Mehmed Talaat, que l’on connaît mieux sous le nom de Talaat Pacha, a organisé presque à lui seul le génocide arménien.

Le 24 avril 1915, les intellectuels arméniens de Constantinople (aujourd’hui Istanbul) ont été arrêtés, rafle qui a été ensuite suivie de l’extermination systématique d’un million et demi de personnes, principalement en raison de leur appartenance ethnique arménienne.

Ce génocide, au fondement idéologique, a été commandité par le Comité Union et Progrès (CUP), dirigé par les leaders de facto de l’Empire ottoman : Ismail Enver (ou Enver Pacha), Ahmed Djemal (ou Djemal Pacha) et Talaat. Collectivement, les trois dirigeants étaient connus par leurs titres militaires sous le nom des «Trois Pachas».

Aujourd’hui, la Turquie continue de nier officiellement le génocide arménien, mais les historiens sont unanimes pour dire que c’est une réalité historique.

Poser les fondations d’un État turc

Le livre de Kieser affirme que Talaat a exploité une nouvelle forme messianique de nationalisme qui cherchait à «diluer» les identités non musulmanes dans sa tentative de construire en 1915 une nouvelle nation en Turquie. Talaat était le «cerveau de son univers génocidaire» a déclaré Kieser.

Pour l’historien, c’est Talaat - plutôt que Kemal Atatürk - qui a posé les fondations de l’État turc moderne, fondé en 1923.

« Bien sûr, la République turque est apparue sous Kemal Atatürk », explique-t-il. « Talaat ne planifiait pas l'instauration d'une république ; il était, après tout, un fils de l’Empire. Mais il est à l’origine d’un nombre important de mesures qui vont permettre ensuite à Atatürk d'établir l’État-nation turc ».

Talaat Pacha a utilisé le « djihad » pour engager l’Empire ottoman dans la Première Guerre mondiale, ajoute l’historien. De ce fait, il a fait de l’Asie mineure le foyer national turc et a créé une « Turquie pour les Turcs », selon le slogan utilisé à l’époque.

L’ouvrage de Hans-Lukas Kieser, qui fait plus de 400 pages, est quelquefois d'une lecture difficile, en particulier lorsque l’historien rapporte l’assassinat systématique des chrétiens arméniens. On peut par exemple citer cet extrait : « l’élimination des Arméniens de l’Asie mineure orientale a principalement eu lieu entre mai et septembre 1915, période pendant laquelle femmes et enfants ont subi la famine, les viols de masse et l’esclavage lors de leurs marches [vers la mort] ».

Hans-Lukas Kieser raconte qu’un grand nombre de villages du nord de la Syrie devinrent en 1915 une « arène de crimes de masse », où les civils arméniens - considérés comme des « proies faciles » - « furent violés, enlevés et massacrés en masse sans aucune sorte de protection, ni de sanctions pour les agresseurs ».

Cependant, pour ses admirateurs, Talaat Pacha est toujours considéré comme un grand homme d’État, un révolutionnaire habile et le fondateur avant l’heure de l’État turc moderne, explique Hans-Lukas Kieser.

Cette version des faits est aujourd’hui particulièrement prégnante en Turquie, d’autant plus que le pays adopte une vision de plus en plus autoritaire et islamiste de son identité politique. Comme le souligne Hans-Lukas Kieser, c’est notablement le cas de l’idéologie fondamentaliste portée par le Parti de la Justice et du Développement (AKP) et par son chef autoritaire, Recep Tayyip Erdoğan.

Pour Hans-Lukas Kieser, « Talaat est sans aucun doute le grand tabou de la politique turque actuelle ». « Erdoğan est le maître incontesté d’un parti, et à cet égard ses idées s’alignent avec celles de Talaat, même si peu sont ceux qui l’expriment explicitement au sein des cercles liés à l’AKP ».

« Mais, de manière implicite, Erdoğan et Talaat partagent un certain nombre de points communs, en particulier lorsque l’on voit qu'un processus démocratique s’oriente au final vers une dérive très autoritaire », ajoute-t-il.

Kieser dit qu'à l'instar de Talaat, Erdoğan est «loin d'être un vrai démocrate» et semble n’avoir qu'une «notion très vague de ce que signifie réellement le constitutionnalisme».

De plus, comme le leader du CUP, Erdoğan déploie tous ses efforts «pour obtenir et conserver le pouvoir».

Vagues de honte

La récente décision d’Israël de ne pas se prononcer sur ce génocide qui a eu lieu il y a 103 ans est critiquée par des historiens, des universitaires, des écrivains et des défenseurs des droits de l’homme, souvent israéliens eux-mêmes.

Pour le professeur Yehuda Bauer, l’un des grands historiens israéliens et consultant pour le Mémorial de Yad Vashem (Jérusalem) consacré aux victimes de la Shoah, l’échec du parlement israélien à reconnaître le génocide arménien est une « trahison » (lors d’une interview radio en juin dernier).

Benjamin Abtan, président de l’European Grassroots Antiracist Movement (« Mouvement antiraciste européen », EGAM) et coordinateur de l’Elie Wiesel Network of Parliamentarians of Europe (« Réseau Elie Wiesel des parlementaires d’Europe »), déclare dans un article publié dans Haaretz en juin qu’Israël « a une responsabilité particulière et doit donc reconnaître le génocide arménien pour éviter que de telles atrocités de masse puissent se répéter dans le futur ».

Selon Hans-Lukas Kieser, reconnaître le génocide arménien, pour les Israéliens, est un sujet qui devrait dépasser le terrain habituel des relations entre la Turquie et Israël. Il explique que les Juifs ont joué un rôle clé dans la promotion de la propagande ottomane alors que les Arméniens étaient en train d’être massacrés.

L’historien ajoute que Talaat appréciait « particulièrement la bonne presse juive » d’Istanbul et de l’étranger pendant la période du génocide, en particulier celle venant d’Allemagne, où un journal comme le Deutsche Levante-Zeitung faisait son éloge comme étant un « dirigeant remarquable » et le « sauveur de la Turquie impériale ».

Hans-Lukas Kieser estime que de nombreux Allemands ont pris pour argent comptant les informations diffusées par la presse juive et ont été gagnés par sa logique corrosive, malgré la dimension de propagande et de mensonge perceptible dans cette glorification.

S'attirer des faveurs ?

L’historien rapporte que de nombreux Juifs loyaux envers les autorités ottomanes fermèrent les yeux sur les souffrances des Arméniens. Parmi eux, on trouve par exemple Alfred Nossig, qui contribua plus tard à la fondation de la General Jewish Colonization Organization (AJK) et de la Zionist Organization (ZO).

Ces deux organisations ont été créées pour promouvoir le sionisme au Moyen-Orient et partout dans le monde, et ont par la suite encouragé des relations proches entre Juifs et Ottomans.

Cependant, Hans-Lukas Kieser explique qu’il faut remettre les choses dans leur contexte historique. Ce fut un tournant crucial dans l'histoire juive - avant l'annonce de la déclaration Balfour de 1917. Les Juifs étaient alors à la recherche de soutien diplomatique partout où ils pouvaient le trouver, dans l'espoir d'atteindre l'objectif ultime du sionisme : l’établissement d’un État juif en Palestine.

De ce fait, un certain nombre de journaux juifs ont délibérément tenté de promouvoir les relations de Talaat avec les politiciens et diplomates juifs, dans cet Empire ottoman déclinant. Certains allaient même jusqu’à exagérer grossièrement l’existence de telles relations à des fins de propagande, explique Hans-Lukas Kieser.

Le journal judéo-allemand Die Welt, organe de l’Organisation sioniste, écrivait par exemple en 1916 que Talaat Pacha entretenait « des relations amicales avec de nombreuses personnalités juives ».

Toutefois, malgré tous ces articles élogieux en provenance de journaux juifs, l’attitude qu’avait Talaat vis-à-vis du sionisme était complexe. D’un côté, il ne voulait pas vraiment être associé aux Juifs et au sionisme. Mais de l’autre, il était conscient des bénéfices potentiels qu'il y avait à courtiser publiquement les intérêts politiques juifs.

En 1913, un article publié dans L’Aurore, journal stambouliote juif financé par des sionistes, a fait l’éloge des relations judéo-turques, sous-entendant même qu’une alliance entre le panjudaïsme et le panislamisme en Turquie serait une option viable, une voie séduisante pour Talaat selon Hans-Lukas Kieser.

Cependant, l’historien rappelle que Talaat n’avait aucune sympathie pour le sionisme, quoi qu'aient pu dire des observateurs de l’époque et certains historiens par la suite.

« On sait, à partir de ce qu’il a dit et de ce qu’il a écrit, qu’il n’avait aucune sympathie pour le sionisme. De plus, à partir des négociations qu’il a menées, il est clair qu’il n’avait besoin des Juifs que jusqu’à un certain point, dans le but de survivre sur la scène internationale. De ce point de vue, il est d’ailleurs parvenu à ses fins », explique-t-il.

« La Question juive » mobilisa des Juifs faisant tout leur possible pour obtenir des faveurs des Ottomans, qui avaient alors encore une emprise considérable sur le Moyen-Orient. Mais ces dynamiques de pouvoir allaient aussi dans l’autre sens, explique l’historien.

« La relation qu’entretenait Talaat avec les Juifs à ce moment-là lui conféra une influence politique internationale considérable qu’il utilisa pour détourner l’attention de l’Arménie, avec succès », ajoute Hans-Lukas Kieser.

« Au printemps 1915 - période qui fut un état de grâce pour les sionistes à Istanbul - Talaat s’assura qu’il n’y avait aucun enjeu conflictuel sur la scène internationale car il voulait frapper les Arméniens », explique-t-il. « Les Juifs avaient alors peur de subir le même destin que les Arméniens, ce qui les poussa à ne pas soutenir des actions pro-arméniennes ou pro-victimes car ils craignaient pour leur vie ».

Une nouvelle jeunesse sioniste prend position

Il y avait, cependant, quelques exceptions, en particulier celle d’un groupe de jeunes sionistes appelé Netzah Yisrael Lo Yeshaker (NILI) ou The Eternal One of Israel Will Not Lie (« L’éternité d’Israël ne mentira pas »), un groupe d’espionnage pro-britannique opérant alors en Palestine.

Le groupe NILI était solidaire des Arméniens persécutés, allant jusqu’à rédiger des rapports qu’il a diffusés sur la scène internationale dans l’espoir de provoquer une prise de conscience face aux atrocités.

« Le groupe NILI - incluant entre autres des personnes comme Aaron Aronson - a été témoin du génocide arménien et a même écrit de longs rapports à ce sujet », explique Hans-Lukas Kieser. « Pour eux, cette stigmatisation totale conduisant à une extermination, était un processus pouvant un jour toucher les Juifs ».

« Ils étaient donc très sensibles [aux souffrances des Arméniens], d’un point de vue émotionnel, mais aussi d’un point de vue biblique et prophétique », ajoute-t-il. « Mais ils ne représentaient qu’une petite minorité ».

« Malheureusement, ce silence s'est poursuivi pendant des décennies après la guerre. On avait ainsi des Juifs en Israël et les Juifs de Turquie qui continuaient à aider la Turquie à nier le génocide arménien », explique Hans-Lukas Kieser.

Hans-Lukas Kieser s’intéresse dans son ouvrage à la comparaison entre le génocide arménien et la Shoah et met en lumière des similarités.

« Le cataclysme dans l'Empire et un singulier concours de circonstances lors des premiers mois de la Première Guerre mondiale, ont fait des Arméniens une cible évidente », écrit-il.

Il poursuit en déclarant : « Des acteurs du haut et du bas de l'échelle, des idées extrémistes, des préjugés profondément ancrés et des incitations matérielles, ont joué un rôle dans la destruction brutale [des Arméniens] ».

Un peu moins de deux décennies plus tard, les Juifs d’Europe connaîtront une « situation analogue », observe-t-il.

« Qui, après tout, parle aujourd’hui de l’extermination des Arméniens ? », a demandé Hitler à ses généraux lors de son tristement célèbre discours d’Obersalzberg du 22 août 1939, quelques jours seulement avant l’invasion de la Pologne.

Talaat « n’était certainement pas Hitler », dit l’historien, admettant qu’il hésite à faire des comparaisons directes entre les deux démagogues d’extrême droite.

Néanmoins, pour Hans-Lukas Kieser, les deux dirigeants partagent un certain nombre de points communs : ils représentaient chacun une société, un État et un parti politique qui ont adopté une violence nationale radicale pour surmonter ce qu’ils percevaient comme une crise et une défaite.

« Talaat était le cerveau d’un régime de parti unique », conclut Hans-Lukas Kieser. « C’était un régime de parti unique qui a violemment stigmatisé un groupe en particulier ».

Traduction Collectif VAN - 14 septembre 2018 - www.collectifvan.org

-----------------------

Nota CVAN : L’auteur de cet article, John Paul O’Malley, est un journaliste freelance basé à Londres. Son travail a été publié dans de nombreux médias, dont The Washington Post, The Irish Times, The Sunday Independent, The Spectator, The Economist, The Daily Beast, New African, The American Interest et Times of Israel. John Paul O’Malley écrit régulièrement sur la littérature, la politique et la culture. On peut le suivre sur son blog et sur Twitter: @johnpaulomallez

-----------------------

Lire aussi :

An interview with Hans-Lukas Kieser, author of Talaat Pasha: Father of Modern Turkey, Architect of Genocide

Armenian Patriarchate expresses support for Turkey’s operation in Afrin

Turquie : les minorités religieuses sous une double pression

Afrin • Déplacements de populations et réfugiés

Génocide arménien : les témoins du réseau NILI

Turquie : les témoins juifs du génocide arménien

« Nous demandons à l’Etat d’Israël de reconnaître le génocide des Arméniens »

Génocide arménien : Nous, Juifs, Israéliens, nous ne pouvons plus garder le silence !

Une journaliste turque révèle la persécution des Juifs en Turquie

Pourquoi Israël ne reconnaît pas le génocide des Arméniens ?

Comment le génocide arménien a façonné la Shoah

Qui a intérêt à remonter les Arméniens contre les Juifs ?

-----------------------

Dossier du Collectif VAN

Depuis le 12 juillet 2012, cette page recense tous les articles mis en ligne, traduits ou écrits par le Collectif VAN concernant Israël, les Juifs et le génocide arménien, ou la situation des Juifs en Turquie. Ils sont classés du plus récent au plus ancien.


http://www.collectifvan.org/article.php?r=3&id=65532

------------------------

Le livre en anglais est disponible sur le site de Princeton University Press :

Talaat Pasha Father of Modern Turkey, Architect of Genocide Hans-Lukas Kieser

2018 - 39.95$ (£30.00 pour l’Europe)
https://press.princeton.edu/titles/11285.html









Retour à la rubrique


Source/Lien : The Times of Israel



   
 
   
 
  Collectif VAN [Vigilance Arménienne contre le Négationnisme]
BP 20083, 92133 Issy-les-Moulineaux - France
Boîte vocale : +33 1 77 62 70 77 - Email: contact@collectifvan.org
http://www.collectifvan.org