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Dieudonné, Faurisson et le négationnisme : des liens idéologiques constants
Publié le :

Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - Dieudonné a rendu hommage, par un tweet immonde de 7 lignes et 3 fautes d'orthographe, au négationniste Robert Faurisson, mort le dimanche 21 octobre 2018 à Vichy (ça ne s'invente pas...) : «Robert Faurrisson nous a quitté, je perds un ami, un homme exceptionnel qui m'a beaucoup inspiré. Je sais que la soif de vérité à laquelle il était enchaîné est à présent apaisée, elle aura fait de sa vie une œuvre incomparable. Dans un monde normal, ta place serai au Panthéon. Tu es le seul homme pour qui je vais m'imposer un devoir de mémoire». Marc Knobel, Historien, Directeur des Etudes au Crif, revient ici sur les liens idéologiques constants, tissés entre "l'humoriste" Dieudonné et le négationniste Robert Faurisson.



Publié le 23 octobre 2018 sur le site du Crif

Dieudonné, Faurisson, le négationnisme en partage

Dieudonné rend un hommage sur son compte Twitter au négationniste Robert Faurisson, mort dimanche. Négationnisme, Dieudonné et Faurisson ? Des liens idéologiques constants.

Par Marc Knobel, Historien, Directeur des Etudes au Crif

Dieudonné, condamné à plusieurs reprises, notamment pour des propos antisémites, s'est exprimé sur la mort du négationniste de 89 ans. «Robert Faurisson nous a quitté, je perds un ami, un homme exceptionnel qui m'a beaucoup inspiré. Je sais que la soif de vérité à laquelle il était enchaîné est à présent apaisée, elle aura fait de sa vie une œuvre incomparable » écrit-il. Dieudonné enchaîne ensuite, en s'adressant directement à Robert Faurisson, dans une provocation immonde qui n'est pas passée inaperçue: «Dans un monde normal, ta place serai (sic) au Panthéon (…) Tu es le seul homme pour qui je vais m'imposer un devoir de mémoire». Quelle est la stratégie de Dieudonné ?

La stratégie de Dieudonné

Il était une fois… un jeune humoriste, parmi les plus doués de sa génération. Dans une enquête intitulée «Les bons amis de Dieudonné», le quotidien Le Monde du 25 février 2009 s’interroge: «C’est l’histoire d’un humoriste dont les meilleurs amis d’aujourd’hui sont les pires ennemis d’hier. D’un comique qui (…) s’engageait en politique à Dreux (Eure), contre Jean-Marie Le Pen, qu’il qualifiait alors de “grand marabout borgne” et qui offre désormais son théâtre à des courants politiques encore plus radicaux que le Front national.»

Il est vrai que, depuis de nombreuses années, le comédien reprend en les exacerbant des fantasmes/thèmes courants : l’idée d’une «injustice» dans le traitement des racismes, d’une exagération de l’antisémitisme ou encore d’une exploitation de la Shoah par Israël. En matière d’antisémitisme, le «comique» répète donc les mêmes thèmes depuis des années.

1. Les sionistes (il faut comprendre les Juifs) tiennent les médias.

2. Ils imposent le culte de leur «martyre» à l’opinion.

3. Ils exploitent la Shoah Ă  des fins mercantiles et politiques.

4. Abrités derrière la Shoah, ils occultent leur participation à la traite des Noirs, ils étouffent la mémoire de l’esclavage.

5. Ils massacrent les Palestiniens.

Dieudonné poursuit donc une stratégie que décrit Éric Marty, professeur de littérature française contemporaine à l’Université Paris VII-Diderot (1) :

1. Dénier la qualité de victimes aux Juifs en leur attribuant les caractères de leurs propres bourreaux.

2. Faire des Juifs les artisans du martyr noir et de lÂ’esclavage.

3. «Se donner soi-même comme victime nègre», ce que fait Dieudonné en dénonçant le lynchage dont il est victime», dit-il.

Cette stratégie est ancienne. Éric Marty rappelle comment, en 2001, lors de la conférence contre le racisme à Durban (Afrique du Sud), le mythe du Juif esclavagiste a fait son apparition sur la scène mondiale, tandis que des manifestants hurlaient «Kill the Jews !». Cet antisémitisme traverse le discours des mouvements radicaux noirs américains, tels les Black Panthers ou Nation of Islam, dont le chef est Louis Farrakhan. La journaliste Anne-Sophie Mercier (2) a publié une enquête fouillée, intitulée La Vérité sur Dieudonné, dans laquelle elle rapporte que Dieudonné a rencontré le représentant en France de Louis Farrakhan et surtout qu’il poursuit un but politique à trois volets :

-En attisant la haine entre Noirs et Juifs, il tente de fédérer une communauté noire très dispersée, mais dont le ressentiment monte face à une République qui ne tiendrait pas ses promesses.

-Il prospère sur les atermoiements des politiques qui ont voté en 2001 la loi Taubira (faisant de la traite négrière un crime contre l’humanité), puis, quatre ans plus tard, ont reconnu les bienfaits de la colonisation.

-Garantissant ainsi son succès, il souligne que les premières victimes du racisme sont les Noirs et les Maghrébins, pas les Juifs.

Suivent les propos négationnistes concernant la Shoah. De quoi s'agit-il?

Dieudonné : «La Shoah est une pornographie mémorielle»

Le 16 février 2005, Dieudonné se produit à Alger. Son nouveau spectacle est intitulé «Mes excuses ». Jean-Marcel Bouguereau, alors rédacteur en chef du Nouvel Observateur, raconte le show (3): «[Ce] fut pour lui l’occasion de se ‘‘lâcher’’ devant un public a priori conquis, se comparant à Dreyfus et à Jésus, dessinant par petites touches le portrait d’une France où la parole serait interdite, où violer un bébé serait moins grave que de critiquer Israël, tout cela à cause du célèbre lobby juif dont il jette en pâture certains noms (Patrick Bruel, Elie Wiesel, Bernard-Henri Lévy…), décrivant un intellectuel juif nommé Goldenkraut (entendre par là Golden-crotte) qui passe à la télévision, présenté comme un psychopathe voulant rétablir l’esclavage !» À l’issue de la conférence de presse donnée avant le spectacle, Dieudonné parle de la France, qu’il décrit en ces termes : c’est un «territoire occupé par le sionisme». Il ajoute que «la Shoah est une pornographie mémorielle». C’est le journal en ligne Proche-orient.info (aujourd’hui disparu) qui lance l’affaire, suscitant une nouvelle polémique et l’ouverture d’une enquête préliminaire au parquet de Paris. Pourtant, Dieudonné nie avoir associé la Shoah aux termes de «pornographie mémorielle», qu’il assure avoir empruntée au livre d’une historienne israélienne Idith Zertal pour dénoncer l’«instrumentalisation d’une forme de racisme dissociée des autres», l’antisémitisme. Et il dépose plainte contre le journal en ligne.

Arrêtons-nous un peu sur ce point. Idith Zertal, professeur d’histoire à l’Université hébraïque de Jérusalem, est l’auteur d’un ouvrage paru en 2004, La Nation et la Mort (4), dans lequel elle analyse l’influence du souvenir de la Shoah sur la société israélienne. C’est à elle que Dieudonné affirme avoir emprunté l’expression «pornographie mémorielle».Mais le 23 février 2005, dans une interview accordée à France Info, Zertal nie farouchement avoir employé ces termes. «Je suis en colère, dit-elle. L’expression que Dieudonné m’attribue n’existe pas dans mon livre, ni dans la version française, ni dans la version anglaise. Je suis sûre qu’il n’a pas lu le livre, qu’il n’a aucune idée de quoi le livre parle. […] J’ai été kidnappée par ce monsieur pour servir ses propos répugnants, ça m’enrage vraiment.» Elle ajoute avoir été «utilisée pour des buts qui [lui] sont étrangers». «Je pense qu’il n’a pas beaucoup de savoir au sujet de la Shoah et au sujet de la mémoire de la Shoah», précise-t-elle.

Le 25 février 2005, sur Radio Judaïques FM, une station radiophonique juive de la région parisienne, Idith Zertal est interrogée par Marc Lefebvre. L’interview porte sur cette polémique. L’historienne enfonce le clou : «Je ne connais pas Dieudonné, je n’ai pas vu exactement la façon dont il s’est servi de mon livre, mais il me semble, de tout ce que j’ai lu dans la presse, de ce dont j’ai entendu parler, qu’il a commis un acte qui m’est vraiment étranger, qui est assez douteux à mon avis. C’est-à-dire qu’il s’est servi d’un Juif – ou d’une Juive, dans ce cas – pour se couvrir, pour légitimer ses propres propos antisémites. Pour l’expression dont il a usé en mon nom – “pornographie mémorielle” –, il faut une fois pour toutes dire : cette expression n’existe nulle part, ni dans la version française de mon livre, ni dans la version anglaise de mon livre, ni dans la version originale en hébreu de mon livre, ni dans la version allemande. C’est faux. C’est une invention ou une incompréhension, et il faut le dire une fois pour toutes (5)»

Dieudonné et Faurisson au Zénith, à Paris

Le Journal du Dimanche, dans son édition du 28 décembre 2008, raconte comment sur la scène du Zénith de Paris, devant 5000 spectateurs, Dieudonné remet au négationniste Robert Faurisson, condamné à plusieurs reprises pour contestation de crime contre l’humanité, «un prix de l’infréquentabilité et de l’insolence» (6). Rappelons que le négationniste Faurisson est devenu l’icône du négationnisme mondial lors de la Conférence internationale sur l’Holocauste organisée par le régime iranien en 2006 (7).

Dans les travées du Zénith donc, quelques personnalités –dont Julien Lepers, animateur de l’émission «Questions pour un champion»– voisinent avec le gratin de l’extrême droite : Jean-Marie Le Pen, accompagné de son épouse Jany et de sa fille Marie-Caroline, ainsi que Patrick Bourson, associé du leader frontiste dans une affaire de champagne. Un peu plus loin, on trouve l’essayiste Alain de Benoist, Dominique Joly, un conseiller régional FN élu sur la liste de Marine Le Pen, Frédéric Chatillon, un ancien dirigeant du GUD, et Marc George, alias Marc Robert, coordinateur de la campagne de Dieudonné pour la présidentielle de 2007. «Il y avait aussi des gens d’extrême gauche», tente de rééquilibrer Dieudonné, qui toutefois, sous prétexte de ne gêner personne, refuse de donner des noms. La militante pro palestinienne Ginette Skandrani est là aussi, non loin du leader radical noir Kémi Seba, dont le mouvement de la Tribu Ka avait été dissous en 2006 par le ministère de l’Intérieur.

Il faut voir Dieudonné jubiler lors de son spectacle au Zénith. «Il est sur scène, il s’amuse comme un petit fou. Juste avant d’accueillir le négationniste Robert Faurisson, il fait monter Jacky, son acolyte. Jacky est en chemise de nuit avec une énorme étoile jaune sur la poitrine. La salle adore. Jacky ne comprend pas pourquoi il doit se déguiser en Juif. “C’est pour que les gens n’oublient pas !” hurle Dieudonné. Et Jacky, ovationné par le public, quitte la salle en bêlant : “N’oubliez pas !”», raconte le Nouvel Observateur (8).

Sur scène, Faurisson se voit remettre un trophée en forme de chandelier sur lequel sont plantées des pommes par un technicien (Jacky) habillé en pyjama à carreaux, avec une étoile jaune sur la poitrine et le mot «juif» inscrit dessus, évoquant un déporté. Une partie de la salle crie «Vive la Palestine !»

Par la suite, Dieudonné présente l'apparition de Faurisson dans son spectacle comme une provocation délibérée, soit, selon ses propres termes « une bombe médiatique artisanale (...) Fallait que je trouve plus fort que Le Pen. Tu ne peux pas faire deux fois un coup avec le même personnage. (...) À côté [de Faurisson], Le Pen, c’est Casimir dans L'Île aux enfants. C’est Lorie. (...) Dans le métier, si tu serres la main à ce mec-là, t’es grillé, t’es calciné. Vaut mieux avoir le sida. (...) [La spécialité de Faurisson], c’est la contestation. Il conteste, très, très fort. (...) Je me suis dit, avec un mec comme ça, on va faire péter le compteur (...) C’est nucléaire ce qui vient de se passer. J’ai fait mieux que Fourniret, Dutroux, tous les pédophiles. Pourquoi tu vas te faire chier à violer un enfant. T’invites Robert chez toi, t’es peinard (9)»

Quelques semaines plus tard, Dieudonné, hilare, tourne un «sketch» avec son nouveau partenaire Robert Faurisson… coiffé d’une kipa.

Dieudonné est condamné le 27 octobre 2009 à 10 000 euros d’amende. Le tribunal qualifie les propos tenus sur la scène du Zénith lors de la remise du «prix de l’infréquentabilité» à Faurisson d'«injures commises à l’encontre d’un groupe de personnes en raison de leur origine ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée, en l’espèce des injures antisémites (10). » La condamnation est confirmée par la Cour d'appel de Paris le 17 mars 2011, et le pourvoi en cassation introduit par Dieudonné est rejeté en octobre 2012 (Le Point, 17 octobre 2012).

Dieudonné, l’ami du négationniste Mahmoud Ahmadinejad

En février 2007, Dieudonné se rend à Téhéran pour dit-il «apporter son soutien à la résistance iranienne contre la politique de l’axe américano-sioniste et dénoncer les politiques terrorisantes américaines et israéliennes». Au programme de cette visite de trois jours figurent des entretiens avec plusieurs personnalités et responsables universitaires, des chercheurs et des médecins. Dieudonné participe également à deux émissions de télévision et rencontre en particulier Mohammed Honardoust, le premier vice-président d’Ahmadinejad, chargé de la direction de la télévision iranienne. À cette occasion, il exprime sa bienveillance à l’égard d’une bombe nucléaire iranienne, juste élément stabilisateur, selon lui, «face à l’armada nucléaire israélienne (11)». Dieudonné dit espérer aussi voir le gouvernement des mollahs promouvoir des actions culturelles qui permettraient une meilleure connaissance mutuelle des peuples (12).

Avec Ahmadinejad, des liens existent entre eux depuis au moins l’année 2009.

Le 21 novembre 2009, Dieudonné M'Bala M'Bala effectue une visite en Iran, au cours de laquelle il rencontre le président iranien de l'époque, Mahmoud Ahmadinejad. L'entretien, qui dure une heure, se déroulé de manière «détendu(e) et amical(e)», selon le Parti antisioniste. Au cours de ce séjour, Dieudonné s'exprime lors d'une conférence sur le cinéma organisée au ministère de la Culture iranien. Dans une interview au quotidien pro-gouvernemental Tehran Times, réalisée à cette occasion, il se plaint de l'impossibilité d'aborder le thème de «l'holocauste» en France. Il y déplore aussi l'annulation de ces spectacles à cause, selon lui, du «lobby sioniste». Une visite qui permet à Dieudonné de se voir ouvrir les portes des chaines de télévisions iraniennes à plusieurs reprises, comme en témoignent deux vidéos (13), datant respectivement de 2010 et 2011, rapporte Le Figaro (14) :

L'année suivante, Dieudonné met d'ailleurs en scène son amitié avec le chef de l'État iranien - un «guide pour (lui)» - dans son spectacle intitulé Mahmoud, rappelle la journaliste Marion George, dans Le Figaro du 8 janvier 2014. En février 2015, Dieudonné rend visite à «un vieil ami ». Cet homme, c'est Mahmoud Ahmadinejad, rapporte Le Monde du 25 février 2015 (15).

« Visitant un vieil ami, un grand artiste. #Dieudonne #all4Palestine ». C’est par ce Tweet (16) que l’ancien président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, rapporte sa rencontre avec Dieudonné, à Téhéran. Lors de cette récente rencontre, Dieudonné remet à Mahmoud Ahmadinejad une statuette, plus précisément «une Quenelle d’or», peut-on lire sur le site iranien Fararu (17).

Un film négationniste : «L’antisémite»

Au cours de l'année 2011, le rapprochement de Dieudonné et de la République islamique prend une tournure financière. Le Français réalise son premier long-métrage, L'Antisémite, qu'il coproduit avec une société iranienne. Le film, qui n'est pas diffusé en salles mais commercialisé sur internet pour ses seuls «abonnés» est présenté le 15 janvier 2012 en avant-première au théâtre de la Main d'or, rapporte Le Figaro (18).

Dieudonné se lance donc dans une réalisation, mais de «L’Antisémite», une coproduction franco-iranienne dont le sujet gravite autour d’un personnage alcoolique et violent, déguisé en officier nazi pour un bal costumé (19).

Le négationniste Robert Faurisson y joue pendant quelques minutes son propre rôle. Cela commence sur les chapeaux de roues avec une reconstitution façon “actualités Gaumont” de la découverte d’Auschwitz par l’armée US à la fin de la guerre. Séquence où les camps sont finalement représentés comme une succursale du Club Med et les crematoriums comme les restes d’un énorme barbecue party entre déportés. Trois minutes à peine pour se mettre dans le bain du négationnisme ambiant, en attendant quelques instants plus tard l’apparition en guest de Robert Faurisson présenté ici comme un sympathique historien incompris. Après ce prologue, il s’agit de se mettre à raconter une histoire, et non plus de faire n’importe quoi avec la grande, et c’est là que les galères commencent pour Dieudonné. Le pitch : poussé par sa femme mourante, un antisémite maladif accepte de se faire psychanalyser par un thérapeute juif. Tout se complique quand on entend le premier “Coupez !”, et que l’argument de base se met à servir de prétexte pour raconter un tournage foireux et apocalyptique», raconte dans le détail, le magazine Première (20). Le premier extrait (de 3 minutes) de «L’Antisémite» est accessible sur Internet. La date de sortie officielle est le 21 mars 2012. Dans ce court extrait, sur fond de piano tourné avec une couleur très années 1920, on peut voir un Américain, William Murdock (qui joue son propre rôle) inspecter une chambre à gaz. On reconnaît Jacky, son technicien, qui porte l’habit rayé des déportés (21).

Pour comprendre ce dont il s’agit dans l’antisémitisme dé tabouisé et l’horreur de cette chose, nous reproduisons l’extrait suivant :

Le narrateur : Alors, arrivés à Auschwitz, les Alliés découvrent un spectacle d’horreur et de désolation.

Un prisonnier (Ă  un autre gros prisonnier fumant la pipe) : DĂ©gage !Â… On filme lÂ’histoire !

Le prisonnier : S’il vous plaît ! À manger !

Le narrateur : L’officier américain William Murdock dira… William Murdock : Tiens ! Bouffe !

Le narrateur : L’humanité tout entière s’est vue à jamais marquée du fer rouge de la barbarie ! Grâce à un système de tuyauterie particulièrement ingénieux et complexe, le gaz était acheminé jusqu’à l’intérieur de la pièce.

William Murdock : Oh my God ! Oh mon Dieu !

Le narrateur : Sur la porte de cette chambre Ă  gaz est inscrit SALICH DOUCHEN : salle de douches.

William Murdock : Les preuves irréfutables…

Le narrateur : C’est dans une chambre à homicide comme celle-ci que le régime nazi a gazé deux millions de Juifs et quelques autres manants, sans conséquence.

Un personnage (au sujet du gaz) : Mais comment ça marche ?

Un personnage (sous la douche qui coule) : CÂ’est incroyable !

Le narrateur : Plus de 80 déportés étaient entassés dans cet endroit réduit pour y être asphyxiés.

Un personnage : Les fameuses douchesÂ… Un autre : Mais dÂ’oĂą venait le gaz ?

Le narrateur : Le gaz utilisé pour tuer était le Zyklon B. Les corps étaient transportés au crématorium central jusqu’à des crématoriums de fortune comme celui-ci [mini-barbecue], qui servaient à incinérer des nourrissons.

Un personnage (au sujet du Zyklon B) : Je peux l’emporter ? Ça peut toujours servir !

Un personnage (tirant une fourchette du barbecue) : Une fourchette ?– Euh… On coupera au montage.

Un personnage (tirant des os de poulet du barbecue) : Des os de poulet ? – Euh… Non ! Des os d’enfants.

Le narrateur : D’autres corps étaient dépecés, et les peaux utilisées pour faire de confortables fauteuils en cuir…

Un prisonnier (désignant un fauteuil) : Attention ! Vous vous asseyez sur ma grand-mère !

Le narrateur : … ou bien encore de luxueux abat-jour particulièrement prisés par la bourgeoisie nazie.

Un personnage : Ça aussi, c’est en peau de Juif ? – Bien sûr !

Le narrateur : Malgré cet amoncellement de preuves irréfutables, il s’en trouvera encore pour nier la Shoah !

Alors Dieudonné, principal diffuseur de Faurisson ?

L’historienne Valérie Igounet (22) analysant la position politique de Robert Faurisson juge que ce dernier, un temps marginalisé, se trouve désormais au centre d'une «nébuleuse» dont les figures principales sont Dieudonné et Paul-Éric Blanrue (23) et dont le «point de ralliement [...] est un «antisionisme» radical paravent d'un antisémitisme déguisé, qui trouve aujourd'hui son aboutissement discursif dans le négationnisme (24). Dieudonné, ce polémiste qui fait rire son public avec des propos antisémites et négationnistes.

Notes :

1. Éric Marty, « Que Dieudonné se rassure ! », Le Monde, 7 mars 2004.

2. Paris, Plon, 2005, 188 pages.

3. Jean-Michel Bougereau, «Terrifiante comptabilité», Le Nouvel Observateur, 21 février 2005.

4. Idith Zertal, La nation et la mort. La Shoah dans le discours et la politique d’Israël, Paris, 2005, La Découverte.

5. Voir Marc Knobel, Haine et violences antisémites. Une rétrospective 2000-2013, Paris, Berg International éditeurs, 2013, pp. 58-59.

6. Le Journal du Dimanche, 28 décembre 2008.

7. Robert Faurisson apporte trois ressorts à l’édifice négationniste : le scandale, la prétendue preuve scientifique de l’inexistence des chambres à gaz et un soutien inattendu d’une certaine gauche française. Fin décembre 1978, la publication d’une partie de ses thèses, dans Le Monde, déclenche l’affaire Faurisson et sort le négationnisme de son confinement. Ce maître de conférences en littérature du XXe siècle à l’université Lyon II – qui se présente comme un spécialiste de la critique des textes – s’emploie à soulever des contradictions sur différents documents et témoignages oraux afin d’«établir» l’impossibilité technique de l’extermination des Juifs. Ses thèses se résument à cette phrase prononcée en décembre 1980 sur Europe 1 : «Les prétendues “chambres à gaz” hitlériennes et le prétendu “génocide” des Juifs forment un seul et même mensonge historique, qui a permis une gigantesque escroquerie politico-financière dont les principaux bénéficiaires sont l’État d’Israël et le sionisme international et dont les principales victimes sont le peuple allemand – mais non pas ses dirigeants – et le peuple palestinien tout entier.» Si l’extrême droite française (dont le Front national de Jean-Marie Le Pen) intègre le négationnisme dans son patrimoine idéologique, une partie minoritaire de l’ultragauche (portée par Pierre Guillaume) apporte son soutien à Robert Faurisson arguant de la défense de la liberté d’expression et affichant une haine de l’antifascisme et un antisionisme sans faille. Le lecteur verra l’intégralité de la fiche sur le négationnisme, dont nous extrayons ce long passage, en cliquant sur le lien suivant : https://www.reseau-canope.fr/eduquer-contre-le-racisme-et-lantisemitisme/negationnisme.html

8. Le Nouvel Observateur, 5 février 2009.

9. Libération, « Quand Dieudonné s’explique sur Faurisson… », 2 janvier 2009.

10. L’Express, «Dieudonné condamné pour "injures" antisémites », 27 octobre 2009.

11. Voir le site Internet non-resist.org.

12. Source http://www.iran-resist.org/article3149

13. https://www.dailymotion.com/video/xj0x08

14. Marion Joseph, «Les étranges liens de Dieudonné avec l'Iran», Le Figaro, 8 janvier 2014.

15. Blog du Monde, «Dieudonné à Téhéran pour remettre une Quenelle d’or à « l’antisioniste » Ahmadinejad», 25 février 2015.

16. https://twitter.com/DrAhmadinejad/status/570563967719858176/photo/1

17. https://fararu.com/fa/news/224184/

18. Marion Joseph, «Les étranges liens de Dieudonné avec l'Iran», Le Figaro, 8 janvier 2014.

19. Sur la question des financements, voir : https://www.nouvelobs.com/rue89/rue89-politique/20131021.RUE9641/les-iraniens-ont-ils-finance-la-liste-antisioniste-de-dieudonne.html

20. Romain Thoral, «L’Antisémite. Le nanar bien nommé de Dieudonné », Première.fr, 10 avril 2012.

21. Une dépêche de l’Institut du MEMRI diffuse les extraits vidéo. Voir Marc Knobel, Haine et violences antisémites. Une rétrospective 2000-2013, op.cit., pp. 64-65.

22. Voir le compte-rendu du Crif : http://www.crif.org/fr/tribune/robert-faurisson-portrait-d%E2%80%99un-n%C3%A9gationniste-de-val%C3%A9rie-igounet/30345

23. Dans le numéro 375 de L’Histoire en mai 2012, Valérie Igounet rappelle qu’en septembre 2011, un film d'environ une heure et demi circule sur le Web. Son titre, « Un homme. Robert Faurisson» répond aux questions de Paul-Éric Blanrue », fait ouvertement référence à l'ouvrage de Primo Levi Si c'est un homme. L'intention première du réalisateur est bien de provoquer. Le choix du sujet le confirme. Ce documentaire est tout à la gloire de Robert Faurisson. L'auteur de cette entreprise, Paul-Éric Blanrue, répond à une de ses obsessions : la défense du négationniste français. Sur Paul-Eric Blanrue, voir Meir Waintrater, «Paul-Eric Blanrue, un antisémite très ordinaire », Conspiracy Watch, 18 mars 2011. Voir également : https://fr.wikipedia.org/wiki/Paul-%C3%89ric_Blanrue

24. Valérie Igounet, «Robert Faurisson, "historien" officiel de l'Iran ?» Huffpost, 29 février 2012.





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