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Le Collectif VAN rend hommage aux Résistants de l'Affiche rouge
Publié le : 23-02-2012

Groupe Manouchian : un vibrant hommage judéo-arménien

Une foule nombreuse s'est pressée dans la Salle Nourhan Fringhian de l'Eglise arménienne de la rue Jean-Goujon à Paris, pour rendre hommage aux Résistants de l'Affiche rouge, morts pour la France, fusillés le 21 février 1944 sur le Mont Valérien. On reconnaissait entre autres au premier rang, M. Richard Prasquier, Président du CRIF, M. Viguen Tchitechian, Ambassadeur d'Arménie en France, M. Levon Sayan, manager de Charles Aznavour, M. Pierre Schapira, Adjoint au Maire de Paris, Adjoint chargé des relations internationales, des affaires européennes et de la francophonie, M. Philippe Kaltenbach, Sénateur-Maire de Clamart et Arsène Tchakarian, 96 ans, dernier survivant arménien du Groupe Manouchian. Cet éternel jeune homme a étonné l'assemblée par sa vivacité d'esprit et sa forme olympique tandis qu'une pensée émue était adressée à son compagnon d'armes, Henri Karayan, décédé le 2 novembre 2011. Séta Papazian, Présidente du Collectif VAN, a lu à la tribune les noms des 23 résistants, juifs polonais, arméniens, italiens, espagnols, hongrois et français, tombés dans leur combat commun contre le nazisme. Cette cérémonie était organisée pour la deuxième année consécutive par le rabbin Haïm Korsia, aumônier général israélite des armées et le Président de l'ANACRA (Association Nationale des Anciens Combattants et Résistants Arméniens), Antoine Bagdikian, dont nous reproduisons ici le discours. Vous retrouverez dans notre photothèque les clichés de Jean Manouk Yérémian que nous remercions ici.


Légende photo : Antoine Bagdikian, Président de l'ANACRA (Association Nationale des Anciens Combattants et Résistants Arméniens), lit son discours. Copyright Jean Manouk Yeremian.

Photothèque :

68ème anniversaire de l’exécution du Groupe Manouchian

Discours d’Antoine Bagdikian, Président de l’ANACRA

68ème anniversaire de l’exécution du Groupe Manouchian


J’ai évoqué le titre du journal « Actualité communautaire juive » qui titrait « la première pierre dans la construction du dialogue judéo-arménien » à l’issue de la cérémonie de l’an dernier, à la synagogue Chasseloup-Laubat. Un titre superbe et que nous avons maintes fois repris !

En fait, la toute première pierre, c’est vous qui l’avez posée, M. Richard Prasquier, en 2007, quand vous avez répondu à notre invitation au déjeuner à l’Ecole militaire lors de la commémoration du 90ème anniversaire de la création de l’Association des Volontaires arméniens, jumelée le même jour avec l’Hommage aux Fusillés de l’Affiche rouge.

Ensuit, le relais a été assuré par une prière en hébreu, dans l’après midi, au Mont Valérien, sur la Dalle des Fusillés, par le Grand Rabbin Haïm Korsia, suivi par une prière en arabe par le Grand Imam de la Mosquée de Paris et une prière en arménien par Monseigneur Norvan Zakarian.

Nous répéterons chaque année en ce même 21 février, cette cérémonie d’hommage et de mémoire car ces Résistants ne doivent pas tomber dans l’oubli et pour rappeler cette inoubliable Affiche rouge, que les Allemands placardaient sur les murs de Paris pour inspirer la terreur. Et si cette Affiche était si rouge, c’était du sang mêlé de nos Héros.

Nous garderons, entre autres, les 2 symboles des chefs de réseau de ce Groupe : Joseph Epstein, juif polonais et Missak Manouchian, arménien, qui se retrouvent pour lutter contre la barbarie nazie. « Ces deux figures emblématiques de la résistance française oeuvrent sans relâche pour le retour de le Liberté et de l’Indépendance de leur Patrie, même s’ils n’étaient pas citoyens français, et révèlent par leur sacrifice suprême, l’intime dénominateur commun liant les peuples juif et arménien : le devoir de justice », écrira Haïm Ouizemann.

Et Mélinée Manouchian, l’épouse de Missak, elle-même grande résistante, me déclarait : « Missak et moi étions deux orphelins du génocide, nous n’étions pas poursuivis par les nazis, nous aurions pu rester cachés, mais nous ne pouvions pas rester insensibles à tous ces meurtres, à toutes ces déportations de Juifs par les Allemands, car je voyais la main de ces mêmes Allemands qui encadraient l’armée turque lors du génocide des Arméniens ». Un autre parallèle dans nos Histoires.

1921. Berlin. Soghomon Tehlirian, Arménien, assassine Talaat Pacha, ex-ministre de l’intérieur du gouvernement « Jeune-Turc », principal instigateur du génocide arménien. Cinq ans plus tard, en 1926, à Paris, Sholem Schwartzbard, Juif français d’origine ukrainienne, assassine Simon Petlioura, ancien président du Directoire ukrainien (1918-1919) jugé responsable de pogroms perpétrés sur des milliers de Juifs d’Ukraine (*1). Plaidant volontairement coupables et accusés de meurtre, Tehlirian et Schwartzbard sont acquittés. Même destin pour ces deux hommes, l’un Arménien, l’autre Juif.

Le voilà, le grand symbole qu’il nous reste à cultiver : la solidarité et la fraternité pour engager des combats au nom des grands idéaux, dignes de l’héritage que nous ont laissé ceux qui sont morts pour leur conviction. La commémoration de ce soir n’est pas seulement le rappel du passé, et l’hommage aux morts juifs ou arméniens, c’est aussi le rappel que leur héroïsme doit nous donner un élan pour la défense des grandes valeurs de l’Humanité et c’est assurément aux 2 peuples martyrs que nous sommes, qu’il appartient de mener ce combat.

Je parlais de pierres que nous avions posées mais il y en a eu d’autres, illustres et prestigieuses ;
- M. Henry Mongenthau, Ambassadeur des Etats-Unis, témoin oculaire des faits qui a même acheté la survie de villages entiers d’Arméniens, rapportait dans ses Mémoires la réponse de Talaat, un des trois ordonnateurs du génocide : « Pourquoi perdre cet argent, de toute façon bientôt, il ne restera plus aucun Arménien » et aussi « Il faudra tous les détruire car sinon il faudra craindre leur vengeance ». Morgenthau a un mausolée en Arménie que visitent ses descendants fiers de lui ;
- M. Franz Werfel, écrivain autrichien, qui a laissé avec son roman « Les 40 jours du Moussa Dagh » un impressionnant témoignage des faits. Son livre est précurseur de la montée du nazisme ;
- M. Elie Wiesel, immense personnage qui a bien compris le livre de Werfel en le qualifiant de chef d’œuvre, écrit en réaction au négationnisme turc : « tolérer le négationnisme, c'est tuer une seconde fois les victimes ».
- Le manifeste de 116 rabbins des Etats Unis qui déclarent que ne pas reconnaître le génocide des Arméniens est contraire à l’esprit de la Shoah et indigne d’Israël ;
- Maître Forster, dont la mère était sur la liste de Schindler, qui défendit gratuitement les Arméniens et fit perdre au tribunal le négationniste Bernard Lewis ;
-Messieurs Israël Charny et Yaïr Auron de Jérusalem et à Paris MM. Bernard-Henri Lévy et Serge Klarsfeld qui prennent même le micro devant le Sénat pour en appeler à la loi de protection et s’opposer fermement à la négation turque, etc. …

Est-ce aussi le moment de rappeler les paroles du président de la Knesset, Réouven Rivline qui déclare sans ambages, lors de la commission parlementaire du 26 décembre 2011: « Le devoir moral nous incombe de nous souvenir et de remémorer la tragédie qui toucha le peuple arménien; il ne s’agit point d’un sujet politique mais de l’expression d’une position éthique de la plus haute importance; il en va de notre devoir moral, comme Juifs et hommes, de reconnaître les tragédies des autres peuples. Le peuple juif ne peut pas rester indifférent au génocide du peuple arménien. Des considérations diplomatiques, aussi importantes soient elles, ne nous permettent pas de nier la catastrophe d’une autre nation ».

Haïm Ouizemann rappelle dans la rubrique Israël Flash les paroles d’Hitler en 1939 : « Qui se souvient du massacre des Arméniens » et ajoute « C’est cette même indifférence à l’égard du peuple arménien qui a frappé les Juifs 25 ans plus tard ».

Il y a aussi un autre domaine où la solidarité devant les négationnismes devrait s’instituer, c’est celui de la Loi contre la pénalisation des génocides. Nous sommes honorés que, et je les cite encore, Bernard-Henri Lévy et Serge Klarsfeld aient fait de notre combat leur combat et qu’ils s’insurgent contre les députés ou sénateurs qui s’acharnent pour bloquer la loi. Les arguments et les chicaneries administratives, et des textes qui seraient contre la loi, et le parlement qui ne devrait pas …

Que peut-on donc répondre sinon que si un crime aussi honteux et aussi immense qu’un génocide ne trouve pas sa place dans les textes, alors il faut modifier les textes. Aucune constitution d’aucun pays ne peut prévoir ce cas unique, un génocide révélé, mille fois révélé et comme adversaire tout un pays, la Turquie, qui se dresse et menace, et calomnie avec les pires horreurs, par exemple, contre Madame Valérie Boyer, et qui fait reculer le parlement et le Sénat de la France. Personne n’était préparé à cet état de choses, et bien, que le courage s’empare de nos élites pour trouver les textes qui conviennent : ce sera toujours moins dangereux pour leur vie de manipuler des textes, que ces pauvres émigrés transpercés de balles, morts pour que cette « élite » ait le droit de vivre ..et d’écrire !

En attendant, nous sommes blessés devant de telles tergiversations et, doit-on le dire dans cette enceinte de prière, encore plus profondément blessés, quand ce sont des enfants de la Shoah qui nous portent les coups les plus durs et se révèlent les meilleurs amis des négationnistes turcs. Toute cette énergie à nous démontrer que les textes ne laissent pas de place à la protection du génocide des Arméniens, toute cette science à nous faire mal, ne serait-elle pas mieux orientée pour tenter plutôt d’ouvrir et de modifier enfin ces textes, 90 ans après le crime, pour protéger les citoyens français que nous sommes, contre cette cinquantaine d’atteintes et d’agressions par an à nos monuments de mémoire. Quand de plus, il n’y a pas de la part de certains élus, comble de la frustration, à édulcorer nos plaques commémoratives en enlevant toute allusion au génocide la veille d’une inauguration ! Quand donc cette vérité historique du génocide des Arméniens va-t-elle enfin s’imposer !

Alors, implorons tous ceux qui ont quelque pouvoir pour entrer dans ce combat, et comme vous autres, chers Amis juifs, qui avez cette protection de la Loi Gayssot, demandons-leur cette loi de protection des Arméniens, au nom des plus grandes valeurs dont nous sommes les héritiers et que nous voulons défendre ! C’est ce combat qui sera digne de l’héritage de nos Fusillés !

Car nul autre qu’un Arménien ne peut comprendre la douleur d’un Juif encore sujet au racisme et à l’antisémitisme et nul autre qu’un Juif ne peut aussi comprendre la douleur d’un Arménien quand il doit encore se battre pour imposer la réalité de son génocide et chercher désespérément à le protéger contre le négationnisme d’un puissant Etat, encore loin de regarder en face son Histoire !

Je terminerai avec la phrase de Bernard-Henri Lévy : » A ceux qui seraient tentés de jouer au jeu de la guerre des mémoires, je veux répondre en plaidant pour la fraternité des génocidés. »

Antoine Bagdikian
Discours 21 février 2012

Les noms des membres du groupe Manouchian exécutés par les nazis :

Celestino Alfonso, Espagnol, 27 ans

Olga Bancic, Roumaine, 32 ans (décapitée en Allemagne le 10 Mai 1944 )

Joseph Boczov [József Boczor ; Wolff Ferenc] (AR), Hongrois, 38 ans -

Georges Cloarec, Français, 20 ans

Rino Della Negra, Italien, 19 ans

Thomas Elek [Elek Tamás], Hongrois, 18 ans

Maurice Fingercwajg, Polonais, 19 ans

Spartaco Fontano, Italien, 22 ans

Jonas Geduldig, Polonais, 26 ans

Emeric Glasz [Békés (Glass) Imre], Hongrois, 42 ans

Léon Goldberg, Polonais, 19 ans

Szlama Grzywacz, Polonais, 34 ans

Stanislas Kubacki, Polonais, 36 ans

Césare Luccarini, Italien, 22 ans

Armenak Arpen Manoukian, Arménien, 44 ans

Marcel Rayman, Polonais, 21 ans

Roger Rouxel, Français, 18 ans

Antoine Salvadori, Italien, 24 ans

Willy Schapiro, Polonais, 29 ans

Amédéo Usséglio, Italien, 32 ans

Wolf Wajsbrot (AR), Polonais, 18 ans

Robert Witchitz (AR), Français, 19 ans

Missak Manouchian, Arménien, 37 ans

Morts au cours des combats

H.Tébirian, E. Blaukopf, J. Cliscitch





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