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Le Collectif VAN sur le Huffingtonpost : La Turquie face au tsunami du Centenaire du génocide arménien
Publié le : 24-04-2015

Le 24 avril 2015, le Huffington Post avait publié l'article de Séta Papazian, présidente du Collectif VAN [Vigilance Arménienne contre le Négationnisme], intitulé "La Turquie face au tsunami du Centenaire du génocide arménien".











Légende : Commémoration du génocide arménien à Istanbul, Turquie, le 24 avril 2015.


Le Huffington Post

Séta Papazian,
Présidente du Collectif VAN [Vigilance Arménienne contre le Négationnisme]

Publication: 24/04/2015 (mise à jour sur le site du Collectif VAN le 11 mai 2015)

Le 24 avril 2015, malgré tous ses efforts, la Turquie n'a pas échappé au tsunami du Centenaire du génocide arménien. Qu'il s'agisse des cérémonies étatiques que l'Arménie a organisées en cette occasion et auxquelles des chefs d'État ont assisté, tel François Hollande qui avait - le premier - répondu à l'invitation du président Serge Sarkissian, qu'il s'agisse d'initiatives portées en Turquie par les sociétés civiles européenne, turque ou kurde, de projets de l'Arménie ou des Arméniens de la diaspora, de créations artistiques et cinématographiques, d'émissions télévisuelles et radiophoniques, d'articles innombrables dans les plus grands médias du monde entier, de concerts et d'expositions concernant 1915, de colloques, de publications historiques, de romans, de bandes dessinées, de campagnes d'affichage publicitaire, de déclarations officielles émanant de personnalités (hormis Obama qui, une fois de plus, a failli à sa promesse de prononcer le "G word" à l'occasion de son communiqué annuel du 24 avril, ce qui - à défaut de lui donner une stature historique - lui a évité au moins d'être la cible de menaces de mort comme celles visant le pape François), ou qu'il s'agisse de résolutions votées par des parlements reconnaissant le génocide arménien (ce que l'Allemagne - allié trop conciliant de la Turquie durant la Première Guerre mondiale - s'apprêterait à faire à la suite de son président) et enjoignant la Turquie d'en faire autant, il semblerait qu'une vague de sang et de larmes venue de la nuit des temps, mais aussi et surtout une vague d'indignation, se soit abattue sur cet État qui, depuis 100 ans, a érigé le négationnisme en dogme absolu.

Malgré les "Gallipolipettes"[1] d'Ankara et la présence honteuse des États qui ont participé à cette mascarade (dont la France en la personne de son ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian), malgré les vociférations d'Erdogan contre les déclarations et résolutions internationales, malgré les chantages et pressions de toutes sortes sur les pays alliés de la Turquie, malgré les tentatives de Davutoglu d'imposer son concept poisseux de "mémoire juste", ou celles du Vice-Premier ministre turc d'affirmer que la Turquie n'aurait pas "sciemment, intentionnellement, volontairement commis de génocide" (inaugurant par là une nouvelle définition, celle du "génocide par inadvertance"), malgré le désir soudain des plus hautes autorités du pays, de programmer, le 24 avril à 10:30 au Patriarcat arménien d'Istanbul, une messe en mémoire des "victimes de la Première Guerre mondiale" - une première depuis l'avènement de la République turque, hormis quand le 24 avril coïncide avec un dimanche - messe à laquelle le gouvernement turc a été représenté pour mieux l'instrumentaliser, oui, malgré tout ceci, les commémorations du génocide perpétré par le gouvernement Jeune-Turc contre les populations arméniennes de l'Empire ottoman - mais aussi, ne l'oublions pas, contre les Assyriens, Chaldéens, Syriaques et Grecs pontiques - ont atteint leur but : faire connaître et reconnaître un génocide oublié et impuni, répercuter les exigences de justice portées par les Arméniens depuis des décennies, donner à voir l'ampleur des spoliations subies, et démontrer le négationnisme insupportable de l'État turc.

Ce dernier tente par tous les moyens de contrebalancer l'image détestable véhiculée par ce déni centenaire et pourtant ô combien actuel : c'est ainsi que Ahmet Davutoglu a renouvelé le lundi 20 avril l'antienne des "condoléances aux petits-enfants d'Arméniens" lancée fort à propos le 23 avril 2014 par son prédécesseur au poste de Premier ministre (l'actuel Président Erdogan) et qui ont au moins le mérite de - peut-être - interpeller la population turque : malgré la manipulation visant à amalgamer les victimes arméniennes de 1915 et les pertes civiles turques subies durant la guerre, il a bien fallu que les Arméniens aient été victimes de quelque chose d'innommable à partir d'avril 1915, pour que ce soit justement à la date anniversaire du déclenchement de ce génocide que le gouvernement turc se sente obligé de communiquer à ce sujet.

Le 24 avril 2015, venus des quatre coins du monde, des Arméniens de la diaspora se sont recueillis à Erevan, en Arménie. D'autres ont fait le choix, et cela a été celui du Collectif VAN, d'être présents sur les lieux même du Crime, en Turquie, en mémoire du 24 avril 1915 : cette nuit-là, une première vague d'arrestation avait frappé 250 intellectuels arméniens de Constantinople. Ils avaient été arrêtés, envoyés en déportation, torturés, assassinés. Leur martyre est considéré comme le prélude d'un génocide qui a effacé de la surface de la terre les deux-tiers des Arméniens de l'Empire ottoman.

Au nom des 1.500.000 victimes arméniennes sans sépulture de 1915, le Collectif VAN a choisi de commencer son pèlerinage de la mémoire avec la délégation de l'historien Ara Sarafian (Institut Gomidas de Londres), dans l'Est de la Turquie actuelle, sur les terres où prospéraient les Arméniens depuis l'antiquité et où ils ont été éradiqués il y a cent ans.

Dans la province de Bitlis, qualifiée en 1915 de "province-abattoir", le Collectif VAN est parti à la rencontre des traces du génocide, qu'elles soient de pierre ou de chair : églises en ruine qui parsèment encore la région, ou "restes de l'épée", selon l'expression turque à propos des Arméniens cachés qui ont été islamisés de force ou ont abandonné leur foi chrétienne pour échapper aux massacres, et dont on découvre depuis peu les descendants.

Ce voyage vers un monde disparu a été l'occasion de tisser des liens en Turquie, avec ceux qui n'acceptent pas la politique négationniste relayée dans toutes les instances nationales et internationales par les gouvernements turcs successifs depuis 1923. C'est le cas notamment des militants et élus progressistes kurdes du HDP que la délégation conduite par Ara Sarafian a rencontrés. Conscients du rôle terrible joué par les tribus kurdes dans l'exécution du génocide de 1915, ils ont tous martelé un même message : "Ces terres sont aussi les vôtres, vous êtes ici chez vous".

L'IHD [Association turque de Défense des Droits de l'Homme], partenaire du Collectif VAN depuis 2008, et connue pour œuvrer sans relâche en faveur de la reconnaissance par l'État turc du génocide arménien et des réparations dues au peuple arménien, a cette année officiellement sollicité le Collectif VAN comme soutien des commémorations organisées à Istanbul le 24 avril 2015 à 11:00, place Sultanhamet et à 13:00, devant la gare HaydarPacha.

Par ailleurs, comme en 2013, le Collectif VAN a été invité à rejoindre la délégation antiraciste européenne conduite à Istanbul par l'EGAM et l'UGAB : les deux associations ont lancé avec l'ONG turque DurDe, la pétition Remember 24 April 1915 et ont appelé au rassemblement place Taksim le 24 avril à 19:15, à Istanbul.

Cette dernière manifestation a d’ailleurs donné – et c’est une première historique – l’occasion aux jeunes militants arméniens d’Istanbul de l’association Nor Zartonk, aidés de centaines d’activistes turcs et kurdes, de bousculer le caractère silencieux et non revendicatif de la cérémonie, en défilant avec panneaux et slogans chocs. Un acte citoyen d’autant plus courageux que leur cortège était talonné par celui des ultra-nationalistes turcs, connus pour leurs pratiques agressives.

En Turquie, mais aussi dans les communautés turques de l'étranger, le négationnisme schizophrène, imposé par l'État depuis un siècle, fait le lit du racisme, du nationalisme, de la violence et de la haine.

A défaut d'éprouver de véritables regrets pour les génocides pluriels commis sur son sol il y a un siècle, il est temps pour la Turquie d'offrir une autre perspective d'avenir à sa jeunesse que celle de s'enorgueillir de cet "acte honteux".

Talaat Pacha, le "Hitler" turc, ne peut plus être le héros dont des écoles et des avenues portent encore le nom en Turquie.

Ça suffit.

Fait à Istanbul, le 24 avril 2015 (mis à jour sur le site du Collectif VAN le 11 mai 2015)

En mémoire du jeune Arménien d'Istanbul, Sevag Balikci, assassiné le 24 avril 2011 dans la caserne de Batman (Est de la Turquie) où il faisait son service militaire.

En mémoire de Hrant Dink, journaliste arménien de Turquie exécuté à Istanbul le 19 janvier 2007 par un jeune nationaliste turc de 17 ans.

Pour Sevan Nisanyan, brillant intellectuel arménien de Turquie, bâillonné et emprisonné depuis le 2 janvier 2014.


[1] Pour allumer un contre-feu aux 100 ans du génocide arménien, la Turquie a célébré en grandes pompes ce 24 avril 2015 le Centenaire de la bataille de Gallipoli, bataille d'ordinaire commémorée le 18 mars ou le 25 avril. Elle y a convié 102 chefs d'États. Au final, elle aura principalement reçu le dictateur azerbaïdjanais Ilham Aliyev, le Prince Charles et son fils Harry, ainsi que les Premiers ministres australien et néo-zélandais.




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Source/Lien : Le Huffington Post



   
 
   
 
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