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Le Collectif VAN présent à la commémoration de la Nuit de Cristal
Publié le : 09-11-2017
















































































Dans son intervention lors de la Commémoration de la Nuit de Cristal qui s’est tenue le jeudi 9 novembre 2017 devant le Gymnase Japy à Paris 11e, Séta Papazian, Présidente du Collectif VAN, a indiqué souhaiter « lire des témoignages de la Nuit de Cristal, telle qu'elle a été vécue ou rapportée par quelques-unes des personnes qui ont vécu cette barbarie ou qui l’ont fait vivre à autrui. »


Montage-photo Collectif VAN : De gauche à droite, Albert Herskowicz, président de Memorial 98, Séta Papazian, Présidente du Collectif VAN, et Malik Salemkour, nouveau président de la Ligue des Droits de l’Homme. En-bas, les gerbes de fleurs déposées par Mémorial 98 et le Collectif VAN.

Le bandeau #FreeOsmanKavala, situé au-dessous du visuel, se veut un rappel permanent et quotidien par le Collectif VAN de l'appel à libérer Osman Kavala.



Nuit de Cristal : La parole des victimes contre celle des bourreaux

Au nom du Collectif VAN, je tiens à remercier Albert Herskowicz, président de Memorial 98, de son invitation à participer pour la 4ème année consécutive, à cette commémoration de la Nuit de Cristal.
L'année dernière, j'avais lu, ici-même, le compte-rendu des propos des principaux dignitaires nazis réunis en Conseil des ministres le 12 novembre 1938, soit 3 jours après la Nuit de Cristal. Cette réunion - relatée en détail par Léon Poliakov, dans son ouvrage "Bréviaire de la haine: Le IIIe Reich et les Juifs" - apportait un éclairage terrifiant sur le racisme décomplexé de ceux qui avaient développé l'idéologie nazie. Aujourd’hui, je souhaite lire des témoignages de la Nuit de Cristal, telle qu'elle a été vécue ou rapportée par quelques-unes des personnes qui ont vécu cette barbarie ou qui l’ont fait vivre à autrui.

Témoignages de victimes et de bourreaux

Le premier témoignage [1] concerne une jeune adolescente de 16 ans dont seul le nom de famille nous est parvenu, ainsi que l'initiale « D » de son prénom :

D. Golly qui a seize ans et vit alors à Brême, se souvient de cette nuit d'horreur :
« Nous nous étions couchés tôt. Moi et ma famille, nous dormions tous les quatre quand nous avons entendu frapper violemment à la porte d'entrée. Mon père a dévalé l'escalier, il a ouvert la porte devant laquelle se tenaient deux nazis en uniforme brun. « Dis à ta famille de s'habiller rapidement, vous venez avec nous. Dépêchez-vous ! » Nous n'avions pas le choix. Nous nous sommes habillés en vitesse, et les deux soldats nous ont conduits dans une salle d'une caserne du centre-ville. En entrant, nous avons réalisé que tous les Juifs de la ville avaient été raflés et emmenés dans cette salle. Personne ne savait pourquoi. Personne ne savait ce qui allait se passer. Ils nous ont laissés sur nos chaises pendant des heures, des heures d'affilée, jusqu'à ce que finalement ils séparent les femmes des hommes et qu'ils emmènent les hommes. Nous ne savions pas où ils allaient, Ils ont emmené mon père et mon frère.
Au matin, ma mère et moi, et toutes les femmes avons été autorisées à rentrer chez nous. C'est là que nous avons découvert ce qui s'était passé pendant la nuit, pendant que nous étions enfermées dans la salle. Les Chemises brunes avaient brisé toutes les vitrines des commerces juifs, forcé les maisons et les appartements juifs, cassant tout ce qu'ils pouvaient. L'affaire de mon père fut dévastée cette nuit-là. Et évidemment notre synagogue fut incendiée.
Le jour d'après, sans me douter de rien, je suis retournée à l'école, c'était le lendemain de la Kristallnacht. J'ai monté l'escalier pour rejoindre ma classe et j'ai croisé par hasard mon professeur principal, M. Koch, qui s'est approché et m'a dit, l'air vraiment attristé : « Mlle Golly, je suis profondément désolé, mais les Juifs ne doivent plus venir en cours. » Je n'avais pas d'autre choix que de m'en aller. Je suis rentrée à la maison la tête baissée, tous mes projets d'avenir venaient de voler en éclats. »
La jeune adolescente poursuit :
« Le lendemain, on a sonné à la porte, une de mes camarades de classe se tenait sur le seuil. Je peux vous dire qu'à l'époque ces contacts avec des Juifs étaient tabous - plus que tabous. Cette pure Aryenne, ma camarade, issue d'une des familles les plus puissantes de la ville - son père était le plus célèbre avocat de Brême - est venue... chez nous, elle a monté l'escalier, elle n'avait qu'un seul message à nous délivrer. Au nom de sa famille, elle tenait à exprimer à quel point ils se sentaient gênés et honteux à propos de ce qui s'était passé la nuit précédente, la Kristallnacht, la nuit d'avant. Je n'ai jamais oublié ce geste, d'ailleurs nous sommes toujours en contact. Nous nous écrivons encore. Nous nous revoyons chaque fois que je retourne chez moi à Brême.»

Le deuxième témoignage[2] est terrifiant.

C’est celui que fait Adolf Heinrich Frey, chef des SA, dans sa déposition du 14 novembre 1938 relatant ses activités de la matinée du 10 novembre à Elberstadt, dans le Württemberg.
La scène décrit ce qu’il s’est passé dans l’appartement de
Susanne Stern, une veuve âgée de 81 ans :
"J'ai frappé à la porte… et j'ai demandé à Stern de s'habiller… elle s'est assise sur le canapé. Quand je lui ai demandé si elle avait l'intention de suivre mes instructions et de s'habiller, elle a répondu qu'elle ne s'habillerait pas et ne viendrait pas avec nous. Nous pouvions faire ce que nous voulions "je ne quitterai pas ma maison, je suis une vieille femme". J'ai sorti mon arme de service de ma poche et j'ai incité la femme encore cinq ou six fois à se lever et à s'habiller. Stern a crié haut et fort dans mon visage avec mépris et insolence : "je ne me lèverai pas et je ne m'habillerai pas". Au moment où elle a crié "faites de moi ce que vous voulez", j'ai ôté la sécurité de mon arme et tiré une fois… Stern s'est effondrée sur le canapé.
Elle s'est penchée en arrière et a porté ses mains à sa poitrine. J'ai alors tiré une deuxième fois, en visant la tête".
Dans sa déposition, il précise qu'elle est tombée du canapé et a roulé par terre, émettant par moment un râle. Ne voyant pas de raison de rester plus longtemps dans la maison, il a néanmoins tiré une dernière balle au milieu du front, à une distance d'environ dix centimètres pour s'assurer qu'elle était bien morte. Sur quoi, il a fermé la maison à clé et a fait son rapport.


Adolf Heinrich Frey ajoute dans son rapport n’avoir aucun remord : « J'ai rempli mon devoir. Je souligne que je ne regretterai jamais cet acte tant que je vivrai. » Il a dit s'être appuyé sur une directive de son supérieur Ullmer qui l’avait autorisé à faire tout ce qu'il voulait avec les Juifs.

Le troisième et dernier témoignage est celui de Hanna Klopstock, interviewée par Le Figaro en 2008 [3]. Voici des extraits de cet article :
« Hanna a tout juste 14 ans. Un père ingénieur, une mère au foyer, un frère de 16 ans. En novembre 1938, la jeune fille est une adolescente juive presque comme les autres. Les temps sont durs. Les insultes légion, et les lieux publics, à commencer par les écoles, sont devenus infréquentables pour les Juifs. «La loi ne nous interdisait pas encore d'y aller, mais nous y étions déjà des parias», se souvient-elle. Hanna habite à quelques kilomètres de Berlin : « On savait bien que la Nuit de cristal se préparait. Les gens parlaient dans le bus. Et Goebbels hurlait sa haine antijuive sur toutes les ondes», confie la veille dame, depuis son appartement de la banlieue parisienne. À l'époque, les nazis tentaient d'accréditer l'idée d'un mouvement spontané. «Mais je peux vous dire qu'aucun Juif n'a cru à cette version, et surtout pas moi », décrète Hanna Klopstock.
En cette nuit d'horreur, sa maison est épargnée. Mais au matin, c'est la désolation.
«J'ai pris mon train pour aller en cours. Dans le wagon, un homme que je voyais tous les matins a pris l'air désagréablement surpris en m'apercevant. Une fois descendue, j'ai vu la synagogue en flammes, les carreaux de l'école brisés. J'ai rebroussé chemin.» Dans le chaos, Hanna rate son train. Entre-temps, son père est arrêté. Il mourra un mois plus tard. Dans son souvenir, le silence est assourdissant. Comme si chacun avait compris que les choses avaient pris une autre tournure, qu'une Shoah qui ne disait pas encore son nom était en marche. Quelques Juifs se tiennent debout devant leur pas-de-porte ravagé, beaucoup se terrent. Il y a des dizaines de suicides. Le verre des vitrines brisées crisse sous les pas. Un petit garçon insulte Hanna et la traite, comme tous les jours ou presque, de «sale Juive». «Mais pour une fois, sa mère l'a brusquement fait taire», remarque Klopstock. Soixante-dix ans après, elle se demande encore pourquoi elle est ainsi intervenue. Qui sait ? Peut-être était-ce là la preuve que tous les Allemands n'étaient pas à l'unisson avec Hitler. »


Je terminerai en disant qu’en cet automne 2017, durant lequel nous avons tous suivi le procès Merah, il importe plus que jamais de garder en mémoire le nom des victimes de Mohamed Merah. C’est pourquoi je voulais rappeler ici, aujourd’hui, les noms de Jonathan Sandler, 30 ans, de ses deux jeunes fils, Gabriel, 3 ans, et Aryeh, 6 ans, de Myriam Monsonégo, 8 ans, tous assassinés lâchement, parce que Juifs, devant ou dans leur école Ozarah Torah de Toulouse, sans oublier le nom de Aaron « Bryan » Bijaoui, 15 ans et demi, qui a été grièvement blessé.

Je vous remercie de votre attention.

Séta Papazian
Présidente
Collectif VAN [Vigilance Arménienne contre le Négationnisme]
BP 20083 - 92133 Issy-les-Moulineaux - France
Email: contact@collectifvan.org
http://www.collectifvan.org


[1] Golly D., 16 ans pendant la Nuit de Cristal, citée dans
Témoigner, Paroles de la Shoah, Flammarion, 2000

[2] LA NUIT DE CRISTAL
et :
https://www.leo-bw.de/fr/themen/landesgeschichte/der-zweite-weltkrieg/der-fall-adolf-heinrich-frey

[3] http://www.lefigaro.fr/culture/2008/11/11/03004-20081111ARTFIG00005-hanna-se-souvient-de-la-nuit-de-cristal-.php

Nota CVAN : Au cours de la commémoration, Séta Papazian a ensuite repris la parole pour annoncer, d’une part, la sortie le 28 novembre 2017 du film de Terry George, La Promesse, en rappelant que ce film - qui traite du génocide arménien - a fait l’objet d’une campagne de dénigrement négationniste menée par les associations américano-turques afin de décourager les réseaux de distribution aux USA..
Elle a d’autre part averti les personnes présentes de la situation dramatique dans laquelle se trouve le mécène turc Osman Kavala, injustement poursuivi et emprisonné à Silivri, près d’Istanbul, et qui risque la perpétuité. Séta Papazian a aussi décrit en quelques mots la situation des démocrates de Turquie en butte à une répression sans précédent de la part de la dictature turque.



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