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25ème Commémoration du génocide des Tutsi : Le Collectif VAN à la Veillée du souvenir
Publié le :

Comme chaque année, Séta Papazian, présidente du Collectif VAN [Vigilance Arménienne contre le Négationnisme], a été invitée par ses partenaires et ami(e)s de l’association Ibuka France Mémoire au siège de Médecins du Monde à Paris, afin de prendre la parole lors de la Veillée du Souvenir dédiée aux 1.074.017 victimes du génocide des Tutsi du Rwanda, dont on commémorait hier le 25e anniversaire. Un discours qu’elle a conclu en ces termes : « Aussi difficile que cela soit, à l’heure où les haines racistes et l’antisémitisme s’affichent sans complexe dans l’espace public, nous devons nous souvenir de ce qui fut et porter ce message au monde. C’est votre travail, et vous le faites magistralement, mais c’est aussi notre travail. Aujourd’hui, contre l’oubli, je suis Tutsi. »
Cette intervention fut suivie de trois mélodies issues de l’univers musical arménien, jouées au duduk et au clavier par Gérard Madilian, Armand Sarian et Jeanine Never Tchaloyan, de l’ensemble arménien Ververi. Les trois musiciens étaient venus, à l’appel du Collectif VAN, témoigner de leur solidarité aux rescapés tutsi, comme ce fut déjà le cas pour la Veillée 2016 avec la prestation des joueurs de duduk Artyom Minasyan et Gérard Madilian. Un bel exemple de fraternité. Qu’ils en soient ici remerciés.



Légende : Séta Papazian, présidente du Collectif VAN [Vigilance Arménienne contre le Négationnisme]. En médaillon, Armand Sarian, Gérard Madilian et Jeanine Never Tchaloyan, de l’ensemble arménien Ververi.



Publié le 8 avril 2019

7 avril 2019 - 25ème Commémoration du génocide des Tutsi

Séta Papazian, présidente du Collectif VAN [Vigilance Arménienne contre le Négationnisme]


Bonsoir,

Je suis particulièrement émue de prendre la parole ici, ce soir, au nom du Collectif VAN [Vigilance Arménienne contre le Négationnisme], pour les 25 ans du génocide des Tutsi du Rwanda. Je me souviendrai toujours de la première Veillée du souvenir à laquelle j’ai assisté, celle du 7 avril 2009. C’est donc il y a dix ans très exactement, au milieu de vos témoignages, les uns plus bouleversants que les autres, que j’avais appris qu’au Rwanda, avril se disait "le mois du lait".

Pour ma part, je savais qu’avril était devenu, depuis trop longtemps, le mois du sang.

En arménien, avril se dit « abril », un verbe qui signifie « vivre ». Et pourtant, on sait ce qu’il en fut en Turquie.

Car c’est aussi en avril que mon histoire de petite-fille de rescapés du génocide arménien rejoint la vôtre, puisque notre 24 avril 1915 est votre 7 avril 1994.

Ces deux dates fatidiques, l’une au début du XXe siècle, l’autre à la fin, ont à jamais sali l’innocence immaculée du lait que l’on donne aux enfants et la beauté du verbe vivre.

Et au milieu de ce même XXe siècle, comme une protubérance monstrueuse plantée au cœur de l’Europe, la Shoah est elle aussi jalonnée de dates meurtrières, à l’instar de ce 6 avril 1944 qui vit 44 enfants et 7 adultes juifs de la colonie d'Izieu déportés dans les camps allemands, au cours d’une rafle dont a été commémoré hier le 75e sinistre anniversaire.

Il y a un fil rouge qui nous lie tous. C’est ce fil qu’en tant que Collectif VAN, nous avions commencé à tisser en 2008, lors de notre action sur le Parvis de Notre-Dame de Paris, intitulée « Les génocides vous regardent : Arméniens, Juifs, Tutsis, Darfouris, un mur contre le déni ».

Nous avions à nouveau exposé sur le parvis ce lien précieux en 2014, pour les 20 ans du génocide des Tutsi, avec les peintures monumentales « Les Hommes Debout » de Bruce Clarke.

Nous avions bénéficié pour cet événement annuel du soutien de 28 associations des droits de l’homme et de la présence effective à nos côtés d’Ibuka France, de SOS Racisme, du Collectif Urgence Darfour, de l’UEJF, de Mémorial98 et de la LICRA.

Si je rappelle ces évènements de sensibilisation aux génocides et à leur déni, c’est parce que notre engagement à vos côtés est l’une des expériences les plus enrichissantes qu’il m’ait été donné de vivre.

Bien sûr, il y a en arrière-plan, comme en monumental tableau d’ombres chinoises, ces millions de morts que nous portons tous sur nos épaules, pour que justice leur soit rendue, pour que le négationnisme cesse de proliférer. Mais paradoxalement, cet environnement pesant qui nous hante tous s’est mué en force positive. Il nous a soudés les uns aux autres.

Il a ouvert les portes d’un certain apaisement car nous savons, vous savez, que chacun est là pour porter, au moins symboliquement, la charge morale supportée par l’autre.

Répondre à la haine raciste, à l’antisémitisme, par l’amitié, la solidarité, la connaissance de l’histoire, le soutien aux victimes, la lutte contre tous les négationnismes, tel est le défi auquel nous tentons tous de répondre, chacun avec les moyens qui sont les siens : nul doute que les génocidaires du Hutu Power n’imaginaient pas un instant que leur œuvre criminelle, destinée à éradiquer la minorité tutsi du Rwanda, aurait des retombées contraires à leur plan machiavélique, aujourd’hui, en 2019, à des milliers de kms du pays des 1000 collines ; pas plus que les Hitler et les Talaat Pacha ne l’envisageaient dans leur entreprise meurtrière contre les peuples juif et arménien.

On ne peut évidemment pas renverser le cours de l’Histoire. L’horreur est tatouée de manière indélébile dans vos mémoires, dans nos mémoires.

Et la science aurait même révélé que le traumatisme d’un génocide se transmettrait de génération en génération, au plus profond de nos cellules.

Taire l’insoutenable souffrance ne servirait donc à rien. On le sait, le mutisme au sein des familles génère au contraire un malaise palpable dont les enfants – ces enfants que l’on croit protéger – sont les premières victimes, car ils grandissent en apesanteur, sur un gouffre de non-dit.

Permettez-moi de conclure en reprenant un récent témoignage de rescapé tutsi, qui a paraphrasé Aragon en ces termes : « Tout ce qui fut sera, pourvu qu’on s’en souvienne ».

Aussi difficile que cela soit, à l’heure où les haines racistes et l’antisémitisme s’affichent sans complexe dans l’espace public, nous devons nous souvenir de ce qui fut et porter ce message au monde. C’est votre travail, et vous le faites magistralement, mais c’est aussi notre travail.

Aujourd’hui, contre l’oubli, je suis Tutsi.


Lire aussi:

Agenda - Paris/7 avril : Cérémonies de la 25ème commémoration du génocide contre les Tutsi




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