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Dialogue arméno-turc : débat du Collectif VAN en Arménie (I)
Publié le : 07-11-2007

Info Collectif VAN - www.collectifvan.org - Environ trente jeunes Arméniens ont répondu à la proposition de rencontre initiée par l’Antenne d’Erevan du Collectif VAN et sa représentante Lilith Stépanian, le 6 octobre 2007 à Erevan. Celle-ci, en association avec le Club des Etudiants Francophones (CLEF) de SPFA Arménie, a voulu donner aux jeunes d’Arménie, l’opportunité de débattre avec des spécialistes, de sujets politiques et citoyens. Le thème choisi en commun (« Etablissement de relations diplomatiques entre l’Arménie et la Turquie. Par quoi commencer le dialogue? »), correspondait aux préoccupations et attentes du Conseil des Jeunes Sympathisants du Collectif VAN en Arménie.

Il était intéressant pour nous ici, à Paris, de donner toute lattitude à nos représentants sur place à Erevan, pour organiser et mener cette première expérience démocratique et citoyenne, et ce d’autant plus que les préoccupations et les idées de la jeunesse d’Arménie sont nécessairement différentes des nôtres en diaspora. A défaut de pouvoir les aider, il nous appartient – au moins – de les écouter.

Le but de notre représentante Lilith Stépanian, était de donner, avec cette première rencontre, la parole à des intervenants spécialistes de ce brûlant sujet d’actualité, qu'est «le dialogue entre la Turquie et l’Arménie» : M.Mikaël Zolian, politologue et historien, M.Tigran Nazarian, historien et M.Diran Lokmagyozian, représentant du journal «Agos» en Arménie. Tous trois nous ont fait l'amitié de leur présence : ils se sont exprimés durant toute une après-midi, devant un auditoire passionné qui a souhaité que d'autres rencontres de ce type se reproduisent prochainement.

Signalons également, que ce mini-colloque s'est déroulé dans une atmosphère chaleureuse et conviviale, et a eu l'honneur d'accueillir, de manière totalement inattendue, Mme Rakel Dink, la veuve de Hrant Dink (venue avec deux de ses amies).

Nous remercions donc tous les intervenants et en particulier bien sûr Mme Rakel Dink, ainsi que le Club des Etudiants Francophones (CLEF) de SPFA Arménie pour avoir gracieusement mis à notre disposition leur local. Nous adressons un coup de chapeau à notre jeune représentante Lilith Stépanian pour avoir organisé avec un engagement et une implication sans faille cet évènement, et enfin nous remercions Hasmig Hakobian, membre du Conseil des Jeunes Sympathisants du Collectif VAN en Arménie, de nous avoir soumis le compte-rendu ci-dessous, rédigé avec une maîtrise impressionnante de la langue française…

Nous terminerons ce préambule par la citation du représentant du journal Agos, à propos du négationnisme en Turquie :
«Ceux qui sont «en haut» savent et nient, ceux qui sont «en bas» ignorent et nient».
A méditer…

Collectif VAN



« Etablissement de relations diplomatiques entre l’Arménie et la Turquie. Par quoi commencer le dialogue? »

Erevan - Samedi 6 octobre 2007

Rencontre entre une trentaine de jeunes d'Arménie et des intellectuels arméniens, organisée par l’Antenne d’Erevan du Collectif VAN et sa représentante Lilith Stépanian, en association avec le Club des Etudiants Francophones (CLEF) de SPFA Arménie.

Lilith Stépanian a ouvert la réunion : la représentante du Collectif VAN, à l'occasion de cette première conférence publique de notre Association en Arménie, a fait un bref exposé des actions du Collectif VAN en France et en Arménie, puis a présenté les trois invités, le sujet du débat et a donné certains détails sur l’organisation de l’événement en question. Ensuite, les invités ont procédé à tour de rôle à une présentation du sujet, du point de vue de leur profession et de leur expérience personnelle.

Le discours du politologue et historien M.Mikaël Zolian a été basé sur une méthode interactive qui a permis au public de participer à la partie conférence dès les premiers instants de sa prise de parole.

M.Mikaël Zolian a commencé par inviter nos jeunes participants à exprimer trois associations d'idées qui nous viennent à l’esprit avec le mot «Turquie».

Voici les principales associations d'idées qui ont été verbalisées : «génocide», «parasites», «fainéants», «n’a jamais rien créé», «forte diplomatie», «peuple qui utilise et exploite».

Il est à noter que le débat n’était pas sensé être un dialogue entre «pour» et «contre» l’établissement de relations diplomatiques entre l’Arménie et la Turquie mais plutôt un moyen de comprendre à différents niveaux la situation actuelle et d’essayer de répondre à la question posée qui était : «Par quoi commencer le dialogue?» entre nos deux pays.

Pour donner une certaine idée sur l’état des choses dans la Turquie actuelle, M.Mikaël Zolian, qui a eu l’opportunité de visiter ce pays, a un peu parlé de ses brèves vistes à Istanbul et des rapports qu’il a eus avec des Turcs.

D’après lui, il y a un grand manque d’information dans les deux pays, aussi bien en Arménie qu’en Turquie. La Turquie se présente à nous d’une manière contradictoire, puisque pour nous, Arméniens d’Arménie, elle est le berceau du négationnisme du Génocide arménien de 1915, qu'elle véhicule cette image autour de l’idée qu'un « Turc reste un Turc» mais qu'en même temps nous voyons très bien ses avancées en direction de l’Europe et donc de la démocratie.

Un exemple pour illustrer cette idée : le cas de l’assassinat du journaliste d’origine arménienne, le fondateur et rédacteur en chef du journal «Agos» Hrant Dink, vient confirmer la barbarie du peuple turc tandis que la foule qui a manifesté contre cet assassinat avec pour slogan «Nous sommes tous Hrant. Nous sommes tous Arméniens» prouve le contraire.

La vérité est que rien n’est noir ou blanc. La Turquie n’est pas neutre, la vérité est quelque part au milieu entre les mass medias, les réformes en Turquie et ses problèmes qui nous touchent directement. Il est vrai que la Turquie exerce des pressions diplomatiques très fortes, mais il est vrai aussi que nous avons des amis en Turquie.

D’après M.Mikaël Zolian, il est important pour nous de trouver des réponses à plusieurs questions pertinentes parmi lesquelles les suivantes:

• Quel prix sommes-nous prêts à payer pour établir des relations diplomatiques avec la Turquie?

Il s’agit d’accepter certains compromis par les deux parties. Il est important de comprendre ce qui est prioritaire pour nous : la reconnaissance du génocide arménien, l’ouverture des frontières, l’unité territoriale, le remboursement des dommages causés par le génocide, les problèmes de sécurité, le matériel ou le moral. Est-ce qu’il s’agit pour nous de voir la reconnaissance formelle du génocide ou préferons-nous voir la société turque, bien informée au niveau historique, politique et culturel, reconnaître l’acte barbare de ses ancêtres afin de construire de vraies relations de voisinage sur une base stable? Quelles seront nos étapes après une reconnaissance probable? Qu’est-ce que nous donne la reconnaissance probable du Génocide arménien par le gouvernement américain?

• Quels sont nos problèmes liés à l’identité?
Est-ce que le génocide subi au début du 20ème siècle est le seul socle unissant les Arméniens à travers le monde? Quelles sont nos priorités dans le domaine des relations entre l’Arménie et la Diaspora?

• Quels sont les causes de la non-reconnaissance et du négationnisme de la part de la Turquie?
Quels étaient les buts du Génocide? Qu’est-ce que les Turcs ont eu comme résultats en perpétrant le Génocide arménien? Les causes historiques sont évidentes. Est-ce que nous pouvions éviter ce Génocide?

Il n’y a pas de réponse absolue. Ce sont des problèmatiques diverses qui sont entreliées et qui concernent non seulement la société de l’Arménie actuelle mais aussi la Diaspora et le monde entier qui va vers la démocratie et l’Europe.

L’historien M. Tigran Nazarian, qui a travaillé au Musée du Génocide arménien, a basé son discours sur les idées exprimées par son collègue en les développant un peu plus. Il a donc parlé des conditions préliminaires à l’ouverture des frontières entre l’Arménie et la Turquie en posant la question suivante:

«Au nom de quoi la Turquie doit-elle ouvrir les frontières?». S’agit-il des relations économiques entre nos deux pays ? Actuellement, bien que les frontières soient fermées, le commerce se développe, ce qui rend la situation contradictoire.

Et par quoi donc commencer nos relations?
A propos de son expérience personnelle concernant ses relations avec de jeunes Turcs, M. Tigran Nazarian a décrit sa première rencontre avec une jeune Turque en Europe comme étant un choc profond, car cette dernière n’a rien eu à lui dire si ce n'est lui demander où se trouvait l’Arménie.

Bien sûr il ne faut jamais généraliser, et ce n’est qu’une impression personnelle ne représentant aucun intérêt sociologique. Les gens se basent souvent sur ce genre d’impression pour former tel ou tel avis sur un pays et/ou un peuple.

De sorte que ceux qui ne se sont jamais heurtés à des situations négationnistes peuvent avoir une opinion positive sur la manière de penser des Turcs.
M. Tigran Nazarian, lui, a beaucoup d’espoir pour les jeunes des deux pays. Des jeunes qui ont l’esprit critique et sont réalistes. Ce sont eux qui, d’après l’historien, pourront servir de pont entre l’Arménie et la Turquie pour passer à un vrai dialogue. Il est souvent nécessaire de briser certaines opinions et stéréotypes qui nous empêchent d’avancer, d’en approfondir d’autres et de revoir nos positions. Il est très important de pouvoir dialoguer sans piétiner les identités des deux peuples en question. Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise identité, chacun doit réfléchir à sa propre identité et trouver des possibiltés de dialogue.

Nous tenons à noter que la présence du représentant du journal «Agos» en Arménie M.Diran Lokmagyozian, a été particulièrement intéressante et a suscité beaucoup de questions et de demandes de commentaires de la part du public, puisque M.Diran Lokmagyozian a vécu à Istanbul : son point de vue et sa manière de voir la situation a été naturellement un peu différente de la nôtre voire très interéssante pour nous.
M.Diran Lokmagyozian trouve que pour le peuple arménien, l’ouverture des frontières est une priorité, tandis qu’il est très important de distinguer l’ouverture des frontières de l’établissement des relations diplomatiques. Il est possible d’exercer des relations diplomatiques sans avoir des frontières ouvertes.
Et pourtant il est beaucoup plus important d’avoir des relations diplomatiques. Il est vrai qu’il y a beaucoup de cas de désinformations aussi bien en Turquie qu’en Arménie. Cela concerne aussi les chiffres sur le nombre des Arméniens ayant la nationalité arménienne vivant et travaillant en Turquie. Il est paradoxal qu’il y ait des relations entre les deux peuples mais pas de relations diplomatiques. Cela rend la situation très compliquée lorsque pour telle ou telle cause, les structures turques ont besoin de se mettre en contact avec les structures correspondantes en Arménie.

Pour ce qui est des conditions imposées, il s’agit surtout de deux grandes problèmatiques: le Génocide arménien de 1915 et le conflit du Haut-Karabagh. M.Diran Lokmagyozian a tenu à signaler qu’en Turquie il existe: «l’Etat» et «l’Etat profond».
C’est «l’Etat» qui nous est visible, mais en réalité c’est «l’Etat profond» qui dirige les choses. M.Diran Lokmagyozian est sûr, par exemple, que l’assassinat de Hrant Dink est l’affaire de «l’Etat profond». En Turquie les gens trouvent que tous les voisins sont des ennemis et que le peuple turc n’a pas d’amis, rien que des ennemis. Et pourtant les Turcs ne sont pas une nation, un peuple, ils sont encore dans le processus de formation d'un peuple, un processus qui continue encore.

La population turque elle aussi a beaucoup souffert de la disparition des Arméniens car l’engagement social de ces derniers était énorme à différents niveaux et donc le pays a eu 30 ans de recul après 1915.

Lorsque l’on parle de distinguer «l’Etat» de «l’Etat profond», il faut aussi savoir que le peuple turc n’est pas «l’Etat profond» et vice versa. «L’Etat profond» a été nécessaire pour créer une unité en Turquie. Les Etats-Unis, dont la population est multinationale et multiculturelle, n’ont pas besoin d’entretenir une unité car chaque citoyen est libre et donc l’unité fonctionne tout naturellement. Tandis que ce n’est pas le cas en Turquie où les gens ne sont pas libres et où tout le monde est obligé de dire: «Je suis Turc».

Mais par quoi commencer le dialogue? Plusieurs théories pour la négation du Génocide arménien sont élaborées en Turquie. En réalité, beaucoup de gens en Turquie sont très bien au courant des événements.
On pourrait résumer la situation à : «Ceux qui sont «en haut» savent et nient, ceux qui sont «en bas» ignorent et nient».
Une forte propagande fonctionne en Turquie un peu à tous les niveaux. Ce que nous pouvons faire, c’est informer coûte par coûte, avancer peu à peu. Pour ce qui est des publications sur le Génocide arménien présentes dans les librairies en Turquie, il est évident que de nombreuses publications négationnistes voient le jour et sont vendues un peu partout.
En même temps on peut aussi trouver de «vraies publications» sur le Génocide traduites en turc. M.Diran Lokmagyozian a tenu à mentionner le nom des Editions Belge (Nota CVAN : de Ragip Zarakolu) qui impriment le genre de livres qui, généralement, en Turquie, «ne sont pas destinés à paraître».
Dans les librairies on peut trouver les études d’Arsène Avakian, les livres de Peter Balakian, etc. publiés par les Editions Belge. En Turquie il n’y a pas de censure mais il y a des lois qui sont appliquées, ce qui fait qu'après avoir été publié, un livre peut être mis au pilon et ses auteurs et éditeurs mis en prison ne serait-ce qu’à cause d’une seule ligne ou phrase.
A ce propos, M.Diran Lokmagyozian a présenté l’exemple du couple Zarakolu (Nota CVAN : Ragip et sa femme Ayse, décédée maintenant), mari et femme qui se sont succédés en prison et au sein de leur maison d’édition pour poursuivre leur cause : celle de publier librement des livres et des études.
En revenant au problème du dialogue, notre intervenant a souligné l’importance de l’établissement de relations humaines entre les deux sociétés sans tomber dans des extrêmes qui ne font que nuire. Il est important de ne pas généraliser et de ne pas juger un peuple d’après un seul cas. Il ne faut pas choisir entre «adorer» et «détester». On peut commencer par nous mettre en contact et établir certaines relations avec ceux d'entre eux qui ont de la sympathie pour nous ou du moins qui ne nous détestent pas… La nécessité du dialogue a été particulièrement soulignée.

M.Diran Lokmagyozian a aussi parlé du journal «Agos» qui est passé de 12 pages - dont 2 en arménien et le reste en turc - à sa création, à 24 pages actuellement. La raison de la priorité des pages rédigées en turc est très simple: 80% de la population arménienne d’Istanbul est turcophone ou au moins ne sait pas lire l’arménien. L’objectif principal de la fondation du journal «Agos» était d’informer les Arméniens via une source arménienne. Et pourquoi pas aussi le lecteur non arménien qui pourrait être ainsi à l’écoute de l’avis des Arméniens. C’était une partie de la lutte de Hrant Dink pour la liberté et les Droits de l’Homme pour tous. Il luttait non seulement pour les Arméniens mais pour les Hommes dans le sens le plus large du terme.
Pour terminer je me permets de citer ces paroles de M.Diran Lokmagyozian: «Hrant n’est pas seulement le problème des Arméniens».

Article préparé par Hasmig Hakobian,
membre du Conseil des Jeunes Sympathisants du Collectif VAN en Arménie

© Collectif VAN - Erevan - 26 octobre 2007 - 09:10 - www.collectifvan.org

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Dialogue arméno-turc : débat du Collectif VAN en Arménie




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